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Tendance muséale: Exposer des copies et des faux dans les musées ?

1 Février 2015 , Rédigé par Célimène Bonjour Publié dans #Egyptologie, #Muséologie

Site officiel: http://toutankhamon.ch

Site officiel: http://toutankhamon.ch

À l’image de l’exposition internationale et itinérante sur le pharaon Toutankhamon, il existe de multiples musées qui présentent – partiellement ou totalement - au public des objets non originaux. 

 

Applaudie par certains, discréditée par d’autres, cette tendance fait naître des questions intéressantes quant aux avantages et inconvénients de cette nouvelle façon de proposer au public une expérience basée sur du « faux ». En effet, les professionnels du monde muséal, tout comme des amateurs se posent des questions, notamment éthiques sur l’authenticité des œuvres : Peut-on présenter au visiteur des reproductions ? Quels sont les buts et les motivations des organisateurs de ce type d’expositions ? Ce type d’expositions s’inscrit-il toujours dans les missions d’étude et d’éducation des musées ou relève-t-il d’une pure attraction marketing à but lucratif, basée sur l’événementiel et le divertissement ? Ces expositions représentent-elles un danger pour les musées qui exposent de « vraies choses » ? 

Pour tenter de répondre à ces questions, nous étudierons les raisons qui poussent les institutions à user de ce type de dispositifs ainsi que des avantages et des inconvénients de cette pratique désormais assez connue et utilisée mais pourtant encore débattue dans le monde muséal. 

 

L’exemple de l’exposition sur Toutankhamon, intitulée Toutankhamon – son tombeau et ses trésors illustre bien le propos. 

Présentée pour la première fois dans la ville suisse de Zürich en 2008, cette exposition propose au visiteur de découvrir le tombeau et les trésors du pharaon en l’immergeant totalement dans une reconstitution à l’échelle 1 :1 des salles et objets découverts par Howard Carter et ses collaborateurs en 1922. À travers un parcours précis, le visiteur est amené à prendre connaissance de certains éléments historiques en rapport avec l’Egypte ancienne et l’archéologue anglais Howard Carter avant de pénétrer dans le tombeau du roi. Tous les objets découverts et répertoriés, soit plus de mille objets - dispersés dans plusieurs musées du monde - sont reconstruits à la perfection grâce à des outils hautement technologiques. L’exposition, ainsi que le travail de réplique aura coûté plus de cinq millions de francs suisses. « Organisée dans plusieurs grandes villes européennes : Barcelone, Munich, etc., elle aurait déjà attiré plus de 1,7 millions de visiteurs ». Elle n’est pas la seule à s’inscrire dans cette tendance de « l’exposition-événement » présentée comme une expérience spectaculaire. Nous pouvons également citer l’exposition à la National Gallery de Londres intitulée « Close examination : Fakes, Mistakes & Discoveries » présentée du 30 juin au 12 septembre 2010 ou, plus récemment, l’exposition itinérante « Titanic », en ce moment à Genève et prolongée jusqu’au 1er février 2015 en raison de son succès et proposant des copies ainsi que des œuvres authentiques. 

En ce qui concerne les inconvénients de ces expositions, le journal Artclair souligne, dans son article à propos de la présentation de Toutankhamon, que ce type de " […] manifestation relève davantage du goût pour les présentations spectaculaires que de la véracité historique. Les organisateurs revendiquent d’ailleurs ce parti pris : ils expliquent vouloir mettre le visiteur à la place de l’archéologue ». En effet, quels sont les buts de ce genre de projets ? En quoi ce type d’exposition muséal se différencie-t-il de l’attitude, par exemple, de la chaîne Harrods qui reproduit des salles égyptiennes dans ses locaux de Londres ? Selon la définition du terme « musée » donnée par l’ICOM, « Le musée est une institution permanente sans but lucratif au service de la société et de son développement, ouvert au public, qui acquiert, conserve, étudie, expose et transmet le patrimoine matériel et immatériel de l’humanité et de son environnement à des fins d’études, d’éducation et de délectation ». 

Dans le cas de Toutankhamon, bien qu’il s’agisse là d’une exposition internationale impressionnantes dans leur envergure, leur coût et leur médiatisation, les aspects d’accessibilité, d’éducation, de délectation ainsi que les éléments historiques sont incontestablement présents. Néanmoins, s’agit-il réellement du but premier de cette présentation ? Les réponses varient. Pour certains, le point économique est problématique. En réalité, la plupart de ces expositions sont payantes (22 CHF pour les adultes durant la semaine). Les institutions insistent et misent beaucoup sur le charme de l’exposition, l’expérience vivante, en exhibant fièrement les aspects spectaculaires et impressionnants parfois au détriment des aspects éducatifs et historiques : « Découvrir le tombeau de Toutankhamon à travers les yeux d’Howard Carter, le célèbre archéologue britannique ! Telle est l’expérience que « Toutankhamon – son tombeau et ses trésors » vous propose de vivre. […] La reconstitution de cette fascinante découverte est exceptionnelle. ».

Mais rappelons que certains musées, notamment le British Museum, possèdent des collections élaborées avec des œuvres authentiques et dont l’entrée est gratuite. Dans le cas de l’exposition à la National Gallery de Londres, cette exposition gratuite a un objectif différent. Ici, l’exposition a pour but de montrer que l’institution avait commis des erreurs en acquérant des œuvres qui se sont révélées être des faux après une analyse plus détaillée quelques temps plus tard, grâce au développement des moyens techniques. Cette exposition propose aussi au visiteur de réfléchir sur la question de l’exposition ou non de ces œuvres : « […] est-ce que ces tableaux-copies peuvent être considérées comme de l’art ? Ou leur étiquette de « copie » les condamne définitivement à n’avoir aucun style, aucun talent et aucune raison d’être exposés ? ». Ce type de questions est tout à fait pertinent puisqu’elles existent dans le quotidien. La mise en garde et la prise de conscience d’un « art de la copie » sont ici clairement exprimées. En outre, cela a aussi le mérite de mettre en avant les méthodes et technologies inédites employées à l’heure actuelle. 

 

Pour finir, l’on peut également se poser la question de l’avenir de ces objets, une fois l’exposition terminée ? Seront-ils détruits ? Exposés dans un espace permanent ? Qu’en est-il du coût d’entretient ? Qui va héberger et assumer la collection ? Dans ces cas, les objets représenteront dans leur finalité un réel inconvénient qu’il ne faut pas oublier.

Cependant, rappelons qu’il existe tout de même des points positifs liés à cette tendance.  Le nombre important de visiteurs – un total de 25 millions de visiteurs enregistré rien que pour l’exposition Titanic jusqu’à aujourd’hui et plus de 4 millions pour celle de Toutankhamon -  indique très clairement que la présentation de copies ou de faux est une vraie réussite. Il semblerait donc que leur exhibition, à la place d’une œuvre originale ne freine pas le visiteur.  

D’ailleurs, notons que la pratique du « faux » n’est pas un acte récent. En effet, depuis des siècles les professionnels aussi bien que les amateurs produisent et/ou possèdent de faux artefacts dans l’optique de détenir la copie d’un objet – unique ou non - ayant une importante valeur symbolique, esthétique à leur yeux etc par curiosité, prestige ou encore intérêt culturel. Dans le cas de l’exposition de Toutankhamon, l’intérêt pour l’Egypte et ses trésors ont intéressés depuis bien longtemps les professionnels et les amateurs. Par conséquent, comme le souligne le journal The guardian : « In the age of Napoleon, every fashionable house had a faked-up, Egyptian-style chaise longue. In Regency London you could visit the Egyptian Hall in Piccadilly, a simulated Egyptian temple complete with colossal columns and statues, run as a profitable enterprise (today Harrods has its own Egyptian Hall). ». C’est pourquoi, ces expositions de « faux » s’inscrivent dans la continuité d’une tendance déjà existante dans le domaine privé. De plus, l’utilisation de copies peut aider à résoudre le problème du déplacement et de la conservation des originaux. Conservés dans leur lieu d’origine, les artefacts de base n’ont pas besoins d’être transportés à multiples reprises et sont donc moins susceptibles d’être endommagée – et l’on sait combien le transport d’objets parfois fragiles peut aboutir à des problématiques sérieuses en ce qui concerne la conservation de ces derniers. En outre, les frais de transports et de conservations sont donc inexistants de ce côté, bien qu’il ne faille pas oublier les coûts non négligeables de production et de transport des copies elles-mêmes. Ces expositions participent non seulement indirectement à la bonne conservation des objets restés dans les musées et représentent aussi un réel avantage pour les personnes ne possédant pas les moyens de se déplacer dans les musées conservant les pièces uniques. Bien que les copies sont elles aussi considérées comme précieuses et méritent une attention toute particulière, leur conservation et détérioration représente une problématique véritablement moins grande que les originaux.

 

Ayant eu l’occasion de visiter à Zürich en 2008 puis à Genève en 2013 l’exposition Toutankhamon j’ai trouvé que cette dernière était non seulement très divertissante, mais également très enrichissante d’un point de vue éducatif. De plus, ma formation en égyptologie et copte permet d’ajouter que ce type d’exposition est toute aussi intéressante pour un/e amateur/trice tel que je l’étais en 2008 avant de débuter mes études universitaires, que pour un/e professionnelles ou étudiant/e comme ce fut le cas lors de ma seconde visite en 2013.

La question de valeur de ces objets-copies est aussi importante. En effet, les copies ont-elles leur place dans les musées et le monde de l’art en général ? Je pense que le but de l’exposition est un facteur à prendre en compte. En effet, si l’exposition a de réelles fins d’apprentissage, alors je pense que ces œuvres – qu’elles soient exposées partiellement ou dans le cadre d’une exposition complète - peuvent être considérées comme pertinentes dans le monde muséal. De plus, je pense que la concurrence n’a ici pas lieu d’être. Le prix d’entrée de ces dernières, la plupart du temps payantes, pallie à la gratuité de la majorité des musées environnants. En revanche, s’il s’agit d’une exposition purement basée sur l’événementiel et le divertissement, se rapprochant plus d’une « attraction touristique » alors je pense qu’il n’est pas bon de cautionner ce type d’activité. 

 

Bibliographie

✦ Jones, Jonathan, « Why Egyptian replicas are as good as the real thing », The guardian, 24 octobre 2010. [URL (consulté le 27 janvier 2014) http://www.theguardian.com/culture/2010/oct/24/egyptian-replicas-manchester-tutankhamun#comments]

✦  Casedas, Claire, « Musée-Oh! Débat : Exposer eds faux et des répliques de musées : pour ou contre ?, Musée-Oh ! Le blog d’une muséographie, 27 octobre 2010. [URL (consulté le 27 janvier 2014) http://musee-oh.museologie.over-blog.com/article-musee-oh-debat-exposer-du-faux-et-des-repliques-pour-ou-contre-59793506.html]

✦ Flo, « La National Gallery de Londres expose des faux et copies de tableaux », MadmoiZelle.com, 23 juillet 2010. [URL (consulté le 28.12.14) http://www.madmoizelle.com/national-gallery-londres-13289 ]

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Henri-Edouard Naville, un égyptologue suisse.

27 Janvier 2014 , Rédigé par Tania Falone Publié dans #Egyptologie

Henri-Edouard Naville

Henri-Edouard Naville

Né à Genève le 14 juin 1844 de l'union d'Adrien et Sophie Naville, Henri-Edouard Navile est un égyptologue suisse de grande renommée. En 1861, il suit des cours de littérature classique et de science naturelle à l'Académie de Genève. En septembre 1862, il part pour Londres et étudie au King's College. Dès lors, il découvre sa passion pour l'histoire de l'Antiquité. Son intérêt est particulièrement porté sur l'Egypte antique. Il passe l'hiver 1864 à Rome et cherche alors à enrichir ses connaissances sur l'Antiquité.

L'année suivante, il se retrouve à Bonn, en Allemagne pour perfectionner ses connaissances sur la civilisation égyptienne. En 1866, il rejoint Paris pour obtenir sa licence et ainsi se spécialiser en égyptologie.

Il part ensuite à Berlin, en 1867, où il a l'occasion de suivre les cours de Richard Lepsius, l'un des célèbres égyptologue de son temps. De cette relation très enrichissante nait une forte admiration et amitié.

Il fait un grand voyage en Egypte de novembre 1868 à avril 1869. Edouard Naville descend jusqu'à Assouan et copie les hiéroglyphes relatifs au mythe d'Horus dans le temple d'Edfou.

Il décède dans sa maison de Malagny, dans la commune de Genthod le 17 octobre 1926 à l'âge de 82 ans.

Edouard Naville nous laisse un grand nombre de découvertes et de connaissances relatives à l'Egypte antique. En effet, il a participé à de nombreuses fouilles notamment pour l'Egypt Exploration Society (EES) dès 1882. Il publie également d'importants travaux sur les textes solaires et sur le fameux Livre des Morts. Il a fait une publication majeure sur la tombe de Séthi Ier à Thèbes. En 1910, il va faire une inspection de la nécropole royale d'Abydos. Puis, en 1914, il participe à la fouille de l'Osireion avec Gibson et Wainwright, fouille interrompue par la Première Guerre Mondiale. Il va également déblayer le grand temple de Deir el Bahari dont le monument funéraire de la célèbre reine Hatchepsout.

De ses voyages en Egypte, il a ramené plusieurs objets importants dans la tête de granite d'Amenemhat III conservée aujourd'hui au British Museum de Londres.

L'égyptologue genevois a publié de nombreux articles ainsi que des ouvrages majeurs sur les tombes, les textes funéraires et la langue égyptienne. Dans un cadre général, il s'intéresse aux textes relatifs à la religion égyptienne et au destin de l'âme après la mort.

Edouard Naville est également à l'origine de la première chaire d'égyptologie à l'Université de Genève permettant ainsi l'accessibilité de l'Egypte antique aux étudiants genevois.

Bibliographie:

BERBIER, M.-L., Who was who in egyptology, Londres, Egypt Exploration Society, 1995, p.307-308.

HALL, H.R., Edouard Naville, JEA 13, Londres, 1927, p. 1-6.

VAN BERCHEM, D., L'égyptologue genevois Edouard Naville. Années d'études et premiers voyages en Egypte, Genève, Gerog éditeur S.A., 1989, p.1-97.

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Jean Yoyotte (1927 – 2009)

12 Novembre 2013 , Rédigé par Célimène Bonjour Publié dans #Egyptologie

Jean Yoyotte, égyptologue, Paris, le 23/07/2002. Photo de Jean Marie Lamblard.

Jean Yoyotte, égyptologue, Paris, le 23/07/2002. Photo de Jean Marie Lamblard.

Vie privée

Jean Yoyotte naît le 4 août 1927 en France, et plus précisément à Lyon. Sa famille possède des origines martiniquaises.

À 18 ans, il entame une licence d’Histoire et entre, à 21 ans, au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) en tant que stagiaire.

En 1951, à 24 ans il poursuit ses études à l’École pratique des hautes études (EPHE) et obtient, l'année suivante, un diplôme en histoire, qui lui permet de partir à l’Institut français d’archéologie orientale du Caire (IFAO) comme membre scientifique en 1953. Puis, il voyage en Egypte et y reste jusqu’en 1957. C'est là qu'il se spécialise dans les sites du Delta, auxquels il consacrera une grande partie de ses recherches.

En 1964, il est nommé directeur du chantier de fouilles de Tanis et reprend les travaux qui avaient été interrompus. Il y mènera dix campagnes. En 1964 toujours, il donne des cours à l’EPHE où il enseigne principalement la grammaire égyptienne, la religion, la géographie, la littérature funéraire.

En 1991, Jean Yoyotte est élu professeur au Collège de France. Son enseignement sera essentiellement consacré à l’Égypte tardive ainsi que du rôle qu’ont joués les grandes cités du delta, en particulier Naucratis. Il continue ensuite de travailler sur des publications, notamment le Bestiaire des pharaons publié en 2005 avec Pascal Vernus. Il décède en 2009, à Paris, à l’âge de 82 ans.

Quelques unes de ses publications

YOYOTTE, Jean, « Les principautés du Delta au temps de l’anarchie libyenne : études d’histoires politiques », in : Recherche d’archéologie de philologie et d’histoire (RAPH), t.34, Le Caire, 1961. Rentré d'Egypte, il écrira cet article qui restera l’une de ses plus grandes œuvres. Il y organise la documentation complexe de cette période, fournissant une synthèse neuve. Cette oeuvre servira d'ailleurs de bases aux travaux postérieurs sur le même sujet.
YOYOTTE, Jean, VERNUS, Pascal, Les Pharaons, Paris, 1988.
YOYOTTE, Jean, POSENER, Georges, SAUNERON, Serge, Dictionnaire de la Civilisation égyptienne, Paris, 1998.
Paru pour la première fois en 1959, le dictionnaire de la civilisation égyptienne est un dictionnaire très complet de l’importance des animaux dans l’Egypte ancienne.
YOYOTTE, Jean, VERNUS, Pascal, Dictionnaire des pharaons, Paris, 1998.
YOYOTTE, Jean, VERNUS, Pascal, Bestiaire des pharaons, Paris, 2005.
Jean Yoyotte (1927 – 2009)

Bibliographie

GRIMAL, Nicolas, « Jean Yoyotte (1927-2009), titulaire de la chaire d’Égyptologie, 1991-1997 », La lettre du Collège de France [En ligne], 28, 2011, URL : http://lettre-cdf.revues.org/1104

ZIVIE-COCHE, Christiane, GUERMEUR, Ivan, « Parcourir l’éternité : Hommage à Jean Yoyotte », in : Bibliothèque de l’Ecole des Hautes Etudes (BEHE), 156, vol. 2, Turnhout, 2012

Image 2: http://djeserdjeserou.blogs-de-voyage.fr/2012/09/09/hommage-a-jean-yoyotte/

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Le décret d'Horemheb

4 Octobre 2013 , Rédigé par Sabrina Ciardo Publié dans #Egyptologie

Le décret d'Horemheb

La XVIIIe dynastie, qui débute sur le Nouvel Empire, est marquée par la libération de l’Egypte du peuple Hyksôs par les princes thébains. Ahmosis tenta d’expulser ce peuple comme ses prédécesseurs qui ont essayé au cours des années précédentes. Après la prise d’Avaris, le prince thébain poursuivi les Hyksôs jusqu’en Palestine. Mais, l’Egypte était aussi menacée par le Sud. Ahmosis se rendit jusqu’à la deuxième cataracte, dans le but « de détruire les Iountyou Sétyou »[1]. Plusieurs interventions en Nubie ont été nécessaires sous Thoutmosis I et II. Une reine-pharaon régna sur l’Egypte, qui n’est autre qu’Hatchepsout. Thoutmosis III partagea son trône avec cette dernière. Les Annales de ce roi comportent dix-sept campagnes en Asie et en Nubie, dont la Bataille de Qadesh et l’établissement de la frontière en Nubie jusqu’à la quatrième cataracte. Une période de paix et de stabilité est instaurée par les actions des rois précédents. Amenhotep III mena une campagne dans le pays de Koush pour maîtriser une révolte. La période amarnienne est menée par le pharaon Amenhotep IV, qui changera son nom en Akhénaton après l’instauration du culte du dieu unique, Aton. Il fonda la nouvelle capitale à Amarna et l’art amarnien se développa en un style plus « réaliste » et la famille royale surmontée du dieu Aton est représentée sur les bas-reliefs de cette période. Toutankhamon restaura le culte du dieu Amon et transféra la capitale à Memphis. Aÿ succéda au jeune roi défunt, mais il ne régna pas longtemps à cause de son âge avancé et, par conséquent, il laissa la place à Horemheb, le dernier roi de la XVIIIe dynastie.

1 Vandersleyen, Claude, L'Egypte et la Vallée du Nil, vol. 2, Paris, 1995, p. 225.

La vie d’Horemheb

Sa famille

Horemheb n’était pas de sang royal. « Rien, dans ses monuments, ne nous permet de déterminer avec certitude l’origine d’Horemheb »2. Il était probablement né et élevé à Hout-Nesout, dans la Moyenne-Egypte. Ce personnage avait une relation spéciale avec Horus, le dieu local de son lieu d’origine, qui est apparent dans son nom qui veut dire « Horus-est-en-fête »3. Sa première épouse était Amenia, la « Chanteuse d’Amon »4, mais après sa mort, Horemheb épousa Moutnedjemet, « fille du roi Aï et […] sœur de Nefertiti »5. Elle est la « dernière héritière royale »6 qui apporta à Horemheb la légitimité d’accéder au trône, même si celui-ci détenait déjà les « doubles titres d’idenou du roi et de Prince héréditaire du pays dans sa totalité »7. Le roi n’eut pas de descendance, ce qui explique la désignation de son vizir, Ramsès I, pour l’accession au trône.

2 Hari, Robert, Horemheb et la Reine Moutnedjemet – ou la fin d’une dynastie, Genève, Imprimerie La Sirène, 1964, p.137.
3 Redford, Donald B., The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt, Etats-Unis, Oxford University Press, 2001, p. 114.
4 Redford, Donald B., The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt, 2001, p. 115.
5 Hari, Robert, Horemheb et la Reine Moutnedjemet – ou la fin d’une dynastie, Genève, Imprimerie La Sirène, 1964, p.241.
6 Idem
7 Idem

Sa carrière préroyale

Horemheb a commencé probablement sa carrière militaire sous Akhénaton, quand il était peut-être connu sous le nom de Paatonemheb1. Il portait « le titre de scribe royal, directeur des travaux d’Akhenaton, général et peut-être intendant »2. Horemheb devint « généralissime et grand majordome, installé à Memphis »3. Part la suite, Toutankhamon le nomma Prince héritier et « député », ce qui voulait dire qu’il aurait eu le droit de succéder à Toutankhamon s’il n’y avait pas d’héritier au trône4. Horemheb a dû entreprendre plusieurs opérations militaires sous le règne du jeune roi, dans le but de rétablir le prestige de l’Egypte à l’étranger5.

1 Shaw, Ian, Nicholson, Paul, The Princeton Dictionary of Ancient Egypt, Princeton and Oxford, Princeton University Press,2008, p. 149.
2 Hari, Robert, Horemheb et la Reine Moutnedjemet – ou la fin d’une dynastie, Genève, Imprimerie La Sirène, 1964, p.138.
3 Vernus, Pascal, Yoyotte, Jean, Les Pharaons, Paris, Ma Editions, 1988, p. 67.
4 Redford, Donald B., The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt, Etats-Unis, Oxford University Press, 2001, p. 114.
5 Idem

L’ascension au trône

A la mort de Toutankhamon, le droit de succéder au roi défunt revenait à Horemheb, mais ce dernier ne put le faire, car Aÿ, un prêtre âgé, pris sa place. Horemheb était probablement victime d’un coup mené par Aÿ, il a été éclipsé par le général Nakhtmin, qui a été désigné comme le nouveau prince héritier6. A la mort de ce roi, Horemheb prit le pouvoir à la place du présumé héritier et fit en sorte « d’effacer complètement les traces »7 d’Aÿ ainsi que celle de Nakhtmin. Il aurait régner de 1321 à 1293 av. J.-C. et il prit comme nom de Couronnement Djéserkheperourê Setepenrê ce qui signifie « Saintes sont les manifestations de Rê, l’élu de Rê »8. Horemheb « se rattache à la famille royale par les femmes »9, c’est-à-dire que le mariage avec Moutnedjemet, fille royale, serait la manière de s’assurer le pouvoir pour régner sur l’Egypte. En essayant de remettre de l’équilibre dans le pays, Horemheb est même allé jusqu’au point d’effacer le nom de Toutankhamon sur certaines de ses statues pour le remplacer par le sien. « Sa volonté de poursuivre des réformes concrètes se révèle dans son nom d’Horus : « Aux plans efficaces »10. En effet, il créera par la suite le Décret, sujet de notre développement.

6 Idem
7 Vandersleyen, Claude, L'Egypte et la Vallée du Nil, vol. 2, Paris, 1995, p. 486.
8 Clayton, Peter A., PHARAONS – L’histoire règne par règne des souverains et des dynasties de l’Egypte ancienne, Paris, Thames & Hudson, 2010, p. 137.
9 Idem
10 Vandersleyen, Claude, L'Egypte et la Vallée du Nil, vol. 2, Paris, 1995, p. 488.

Un constructeur et un réformateur

Un grand bâtisseur

Horemheb construisit et restaura plusieurs monuments, avant même de devenir roi. Il érigea à Karnak la Salle hypostyle et le IIe pylône en utilisant « comme matériel de remplissage des massifs des talatates débitées dans les blocs d’un Temple d’Aton construit par Akhenaton dans l’enceinte du temple d’Amon »1. Ensuite il érigea le IXe et le Xe Pylônes, puis le temple de Khonsou et le temple de Montou. A Louxor, il construisit la colonnade processionnelle. A Médinet-Habou, il construisit son temple funéraire. En Basse-Egypte, Horemheb enterra trois taureaux Apis au Sérapéum et construisit le temple de Ptah à Memphis. En Haute-Egypte, le roi creusa des Spéos : au Gebel Silsilah et au Gebel Addeh. Plusieurs vestiges ont étés trouvés un peu partout dans l’Egypte avec ses cartouches. Horemheb n’était pas seulement bâtisseur mais aussi restaurateur. Des attestations ont été trouvées, par exemple, dans le temple de Ptah à Karnak et deux œuvres de Thoutmosis III ont été restaurées.

1 Hari, Robert, Horemheb et la Reine Moutnedjemet – ou la fin d’une dynastie, Genève, Imprimerie La Sirène, 1964, p.325.

Les tombes

Sa toute première tombe est celle qui se trouve à Saqqara. Cette tombe fut construite sous le règne de Toutankhamon. « Cette tombe est du type "temple-tombe", avec des pylônes, des cours à colonnes et une chapelle de culte »2. « L’énumération de ses titres et la mise en évidence de sa personne font penser qu’il se considérait comme le régent du royaume, le représentant du roi […] »3.Un uraeus fut rajouté après l’ascension au trône sur les bas-reliefs. Les reliefs dans cette tombe commémorent la présentation des captifs de Syrie et de Nubie à Toutankhamon par Horemheb4. Ce roi fit construire une nouvelle tombe dans laquelle il fut enterré. Il s’agit de la tombe KV57 qui se trouve dans la Vallée des Rois, mais cette tombe ne sera jamais achevée. Les deux tombes de ce roi étaient très innovatrices : c’étaient les premières tombes royales à avoir des corridors et des chambres arrangées dans une seule rangée5.Une autre nouveauté apparente, dans la Vallée des Rois, est le relief peint6, mais aussi la première apparition du Livre des Portes.

2 Guilleux Alain, “La tombe d’Horemheb à Saqqara”, http://alain.guilleux.free.fr/saqqara-horemheb/saqqara-tombe-horemheb.php , 19/05/12.
3 Vandersleyen, Claude, L'Egypte et la Vallée du Nil, vol. 2, Paris, 1995, p. 489.
4 Redford, Donald B., The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt, Etats-Unis, Oxford University Press, 2001, p. 114.
5 Redford, ibidem, 2001, p. 116.
6 Reevers, Nicholas, Wilkinson, Richards H., The Complete VALLEY of the KINGS – Tombs and Treasures of Egypt’s Greatest Pharaohs, Londres, Thames & Hudson Ltd, 1996, p.132.

La stèle de la Restauration

Durant le règne de Toutankhamon, une stèle de la Restauration fut érigée dans le but de « restaurer les droits des dieux traditionnels de l’Egypte »1. Ce jeune roi remit en place le culte d’Amon et des autres dieux du panthéon égyptien qui furent remplacés auparavant par le dieu Aton durant la période amarnienne. Les cartouches de ce roi furent usurpés par Horemheb. « Ce qui nous reste, ce n’est ni l’or ni le bois, mais les constructions en pierre et les statues, travail le plus souvent oblitéré par Horemheb qui a usurpé ou démonté presque tout les monuments de Toutankhamon »2. En effet, la plupart des travaux exécutés par Horemheb ont été réalisés à Karnak. De ce fait, en usurpant cette stèle, il s’appropriait la gloire de son prédécesseur de façon à légitimer son pouvoir et son rôle de restaurateur qui sera accentué, quelques années plus tard, lorsqu’il fera ériger la stèle de l’édit.

1 Vandersleyen, Claude, L'Egypte et la Vallée du Nil, vol. 2, Paris, 1995, p. 471.
2 Vandersleyen, ibidem, 1995, p. 472.

L’Edit d’Horemheb

Découverte et état de conservation

En 1882, Maspero, chargé des fouilles à Karnak, découvre et dégage la stèle de l’édit qui se trouve devant le Xe pylône. Du granit noir a été utilisé pour ce document. Elle devait mesurer environ 5 mètres de hauteur, environ 2,5 mètres de largeur. Le texte a été écrit sur une face principale et deux faces latérales. Il était couronné d’un cintre représentant le roi qui faisait une offrande au dieu Amon. L’édit se trouve actuellement devant le Xe pylône de Karnak, de ce fait, il a été exposé aux intempéries, au sable et au vent détériorant encore plus son état. Plusieurs fragments se sont détachés et ont été perdus depuis sa découverte.

La traduction, qui suivra tout au long du développement, a été faite d’après la traduction anglaise de celle de Helck et d’après la traduction de Kruchten [3].

3 Davies, Benedict G., Egyptian Historical records of the later eighteenth Dynasty – Fascicle VI, Londres, Aris & Phillips Ltd, 1995, pp. 77-83. et Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d'Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1981, pp. 193-202.

Préambule

(1)[Vive l’Horus, Taureau puissant, Planificateur ; Nebty, grand en merveilles à Karnak] ; Horus [d’Or : satisfait avec Maât, celui qui fait venir le Double Pays à l’existence ; le dieu accompli………….] comme […………semence glorieuse] issue du dieu, (2)[…………..un guerrier] à la façon de [Montou. On ne pouvait se tenir à proximité (de lui) dans…………. (3)…………….les Seigneurs de Thèbes sont en jubilat]ion et [L’Ennéade] est dans la [joie ; parce que les greniers] sont pleins [de l’or l’argent des tributs de tous les pays étrangers………(4) Fils charnel de Rê, son aimé, Seigneur des apparitions, Méryamon Horemheb], doué de vie éternellement et à jamais !

En [ce] jour, début de l’éternité, commencement de [la perpétuité – faisant des millions de fêtes-Sed et des centaines de milliers d’années de paix…………… (5)…………Il lui a été donné l’office excellente de] celui qui est au ciel, et la royauté de Rê. Celui en faveur duquel il est pourvu au trône d’Horus[…………]Le [plus] vieux fils (6)[d’Amon…………]son[…………….]le pays est inondé par son amour ; étant (re)venue, Maât a (ré)occupé sa place et elle a uni [avec lui………enf]ants………. les gens communs (7) [se réjouissent]. L’Egypte a entamé le nouveau cycle ; l’Egypte est dans [la] joie, dans l’allégresse. [Le peuple d’Héliopolis est gardé] et [l’Egypte] est protégée [……]

Les Asia]tiques [naviguent au sud] et (8) [le pays de Ka]roy navigue au nord pour le voir. Ainsi est-il venu auréolé de son prestige et il a rempli les Deux Pays de son action bienfaisante – car le dieu accompli, c’est pour Rê [qu’il a été engendré], le Seigneur des dieux. Brave Souverain, celui qui est vigil[ant et actif, sans qu’il n’y ait d’autres comme lui………….] les cupides. [Il (9) a] décrété [les lois] en réalisant la Justice à travers les Deux Pays, parce qu’il se fait une joie d’exalter sa beauté.

Maintenant Sa Majesté tint conseil en son cœur [à propos] de la protection du pays [entier……….. (10)………….] écraser le mal et détruire l’iniquité. Les plans de Sa Majesté constituent un abri efficace pour tenir dehors le cupide…………. (11)……. survenu parmi eux. Mais Sa Majesté était en év[eil] à tout moment, cherchant ce qui est utile à l’Egypte, scrutant les [excellents] cas de[……………] Ils ont apporté [le scribe de] (12) Sa Majesté. Il prit la palette et le rouleau de papyrus. Ensuite, il écrivit conformément à tout ce que disait Sa Majesté. Le roi en personne, dit à titre de : [« ………. »] l’ordre [scellé] en la Présence de Sa Majesté [pour mettre un terme] (13) aux cas de vol dans le pays.

Le texte devait, probablement, commencer par une date inscrite sous une forme traditionnelle : « An X, tel mois de telle saison, tel jour, sous la majesté de l’Horus un tel »1. Ce passage devait comporter aussi la titulature royale avec plusieurs épithètes du roi. L’expression utilisée dans la titulature du roi ressemble à celle de Toutankhamon, par conséquence nous pouvons nous demander si cet édit est d’Horemheb ou de Toutankhamon, car il y a plusieurs échos forts de l’inscription de la stèle de Restauration2. Horemheb expose son action bienfaisante d’une manière classique à la ligne 7 : L’Egypte a entamé le nouveau cycle ; l’Egypte est dans [la] joie, dans l’allégresse. Enfin, après avoir exposé « les mesures à prendre »3, il fait mander un scribe, muni de ses instruments de travail, pour que le roi en personne puisse lui dicter l’édit complet.

1 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d'Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1981, p. 25.
2 Helck, Wolfgang, "Das Dekret des Königs Haremheb“, ZÄS 80 (1955), pp.114-115.
3 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d'Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1981, p. 26.

Paragraphe I et II

Lorsque le « particulier » se fabrique un bateau portant sa tente (?) pour être en mesure de servir Pharaon, V.[S.F.…………………… ensemble avec les] serviteurs [de la chambre des offrandes de Pharaon, V.S.F., sont venus [et prirent] le bateau et prirent [l’] argent qui a ét[é] amené comme (14) taxes, pour que le « particulier » se retrouve dépouillé de ses biens et privé de ses multiples services [….…………pour] permettre[son] bateau [d’être emporté.
Ensuite, Sa Majesté ordonna qu’on agisse plus de cette manière, parce que, le vol est un méfait contre] les joies de [l’Egypte. N’en provoque pas un pour agir contre] (15) ses bonnes intentions.

Quant à [tout] bateau qui est mis au travail au profit des Wâbout de Pharaon, V.S.F. par l’intermédiaire des deux lieutenants [de l’armée…….…………
Quant à tout préposé au Magasin à Offrandes dont on apprendra qu’il va] (16) et qu’il saisit le bateau de tout membre de l’armée ou de toute personne qui se trouve dans le pays entier, la loi lui sera appliquée de la manière suivante : son nez sera coupé et il sera d
éporté à T3-rw.

[Maintenant comme pour un autre acte de méfait. Comme pour le « particulier » qui causera une taxe, qui sera mis au travail au profit des Wâbout du Pharaon, V.S.F. par l’intermédiaire des deux lieutenants de l’armée, et qui versent contribution au Harem afin d’offrir à tous les dieux. Quand le] (17) « particulier » est dépourvu de bateau, il se procure (alors) un bateau pour accomplir ses prestations au moyen de (celui d’)un autre, il se met (ainsi) en mesure d’apporter, pour son compte personnel du bois. Il remplit ses obligations auprès de [Pharaon, V.S.F. en faisant descendre ses taxes par la rivière] ensemble avec [ses biens, et les préposés au Magasin à Offrandes du Pharaon, V.S.F. vont……………….. son bateau est emporté] (18), ils saisi(ssent) et vide(nt) son chargement entre les mains de voleurs ( ?), et ensuite le « particulier » se retrouve (par conséquent) privé de ses [services……………….]tous [ses biens] sont délivrés, de sorte qu’il ne lui reste plus rien[………..………] (19) Apprenez qu’il n’est pas beau cet acte ! (C’est même) un abus caractérisé ! Ma Majesté a ordonné de mettre un terme à cela. Attention[………………]

Comme pour tous les préposés au Magasin à [Offrandes de Pharaon, V.S.F., de qui il faudrait entendre dire – il va et emporte les bateaux des « particuliers » qui ont été mis au travail au profit des Wâbout] (20) et ceux qui versent contribution au Harem (ou) semblablement aux « Sacrifices à tous les dieux » en étant mis au travail par l’intermédiaire des deux lieutenants de l’armée et les [bateaux] de [tout homme de l’armée et tout autre personne dans le pays entier] en n’importe quel jour duquel il [suit Pharaon, V.S.F. …………Quant à tout….…. dont on apprendra qu’il……………] (21) la loi lui sera [appliquée] de la manière suivante : son nez lui sera coupé et (il) sera déporté à T3-rw.

Ces paragraphes traitent de la « protection des bateaux utilisés par les particuliers pour exécuter les corvées dues à Pharaon »1. Le terme de nmhy définit tout homme de l’armée ou tout homme en Egypte, c’est- à-dire le particulier. Le texte parle d’une tente, à la ligne 13, qui serait en fait « une tente royale »1. Lorsque le roi mentionne la sanction que tout particulier qui enfreindrait la loi aurait à subir, il parle d’un certain endroit nommé T3-rw. Il s’agirait, d’une « ville frontière à Tell Abou Seïf »2. Ces deux paragraphes traitent « des cas de rétention arbitraire, par l’administration, des bateaux dont se servaient les gens du pays à l’occasion de l’accomplissement de leurs obligations envers Pharaon »3. Le roi, d’une part, instaure une pénalité qui sera appliquée à toute personne enfreignant la loi et, d’autre part, prend une mesure pour réparer le mal qu’à été fait à la victime en lui restituant « la valeur des journées de travail soustraites au temple ou au contribuable »4. Les services dus au Pharaon concernent les Wâbout du Pharaon, le Harem, les Sacrifices à tous les dieux. Le but de ces paragraphes est de protéger les bateaux pendant que les particuliers accomplissent les travaux exigés pour le service royal. Les particuliers seront donc dédommager de leur perte de jours de travail en bateau.

1 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d'Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1981, p. 28.

1 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d'Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1981, p. 35.
2 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d’Horemheb, 1981, p. 47.
3 Ibid, p.71.
4 Ibid, p.71.

Paragraphe III

Egalement, les préposés au Magasin à Offrandes de Pharaon V.S.F. ont l’habitude de se répandre par les villages en [réquisitionnant de la main-d’œuvre pour la cueillette du safran] et les préposés [du Magasin des Offrandes de Pharaon, V.S.F., s’emparent (alors), qui du serviteur, qui de la servante du « particulier », et les (mêmes) préposés les envoient en mission cueillir le safran] (22) pendant six à sept jours d’affilée sans qu’ils aient l’autorisation de s’en aller librement. Apprenez que c’est un abus, cela ! Qu’on n’agisse plus de cette manière ! Quant à tout service [……..………..

Quant à tout préposé au Magasin à Offrandes de Pharaon V.S.F. dont on] (23) apprendra qu’il réquisitionne encore de la main-d’œuvre pour effectuer la cueillette du safran, et que quelqu’un viendra dénoncer en ces termes : « c’est par lui (?) qu’a été enlevé mon serviteur ou ma servante [pour six à sept jours ». La loi lui sera appliquée de la manière suivante : son nez sera tranché, (il) sera déporté à T3-rw, et le travail du serviteur ou de la servante,] pendant chaque jour qu’ils auront passé [avec lui, sera confisqué.

Ce paragraphe traite de « l’interdiction des réquisitions d’esclaves par les agents du Magasin à Offrandes de Pharaon »5. Le Magasin à Offrandes de Pharaon est « un local du palais où étaient entreposés les offrandes à présenter au nom du roi dans les temples […] »6. Au Nouvel
Empire, les prisonniers, pour combler les vides, travaillaient souvent dans la main-d’œuvre en Egypte. Le nom de la plante kt apparaît au Nouvel-Empire. La première attestation est faite sur la stèle de la Restauration de Toutankhamon. Cette plante, qui est traduite par safran, était d’origine étrangère. Horemheb interdit « aux agents de son Magasin à Offrandes, de prendre les serviteurs de ces mêmes nmhy »1. Le roi interdit que le personnel du Magasin des Offrandes aille cueillir le safran « sur les terres de ses tenanciers, alors qu’il ne leur était permis de le faire que sur les terres royales administrées directement par ses agents »2. Ce paragraphe nous informe que le roi interdit les réquisitions injustes de serviteurs ou de servantes du particulier qui sont exécutés par le personnel du Magasin à Offrandes du Pharaon. La victime aura droit à un dédommagement basé sur le nombre de journées perdues de travail des serviteurs.

5 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d’Horemheb, 1981, p. 58.
6 Ibid, p. 62.

1 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d'Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1981, p. 77.
2 Idem

Paragraphe IV

Quand] (24) les deux corps de l’armée [ont l’habitude], lorsqu’ils se trouvent à la campagne, l’un dans le district Sud, l’autre dans le district Nord, de s’emparer des peaux partout dans le pays entier sans faire relâche une année pour permettre a[ux gens] de souffler[……………..(Ils s’emparent des peaux) sans] (25) faire de distinction en apposant la marque au fer parmi elles , et après être allés de maison en maison, maltraitant et tourmentant, sans laisser (aucune) peaux à [qui que ce soit……….

Lorsque l’intendant des troupeaux de Pharaon] V.S.F., [vient ensuite pour effectuer l’inspection du bétail dans le pays entier et] il [réclame les peaux de qui que ce soit en] (26) (bien) qu’on ne puisse plus trouver ces peaux chez eux. On est en droit (alors) de les rendre responsables du manque, (mais) ils se justifient en déclarant : « Elles nous ont été enlevées ! Apprenez que ceci est une vilenie ! – Qu’on n’agisse plus de cette manière ! ».

Lorsque l’intendant des troupeaux de Pharaon V.S.F. ira pour effectuer l’inspection du bétail dans tout le pays entier, ce sera lui qui ramassera les peaux des [bêtes] mortes qui sont sur (ou, qui proviennent du) [pays entier, Ma Majesté ordonna qu’un terme y soit mis (27) par] sa bonne volonté.
Aussi, tout membre de l’armée dont on apprendra qu’il effectue encore, à partir de ce jour, la saisie des peaux, la loi lui sera appliquée de la manière suivante : il sera battu de cent coups de bâton, recevra cinq blessures ouvertes, et la peau qu’il s’est appropriée par vo
l sera confisquée.

Ce paragraphe traite du « ramassage des peaux et inspection du bétail de Pharaon »3. Les paysans devaient être en mesure de justifier le manque de bétail observé dans le troupeau en fabriquant des peaux des bêtes mortes. Le bétail de l’édit n’appartient pas au paysans, mais au Pharaon. Ce bétail était marqué au fer, de sorte que l’intendant des troupeaux de Pharaon puisse reconnaître le bétail appartenant au roi. Horemheb fait en sorte que les habitants ne subissent plus les méfaits de l’armée qui saisissaient les peaux des bêtes à la place de l’intendant des troupeaux du Pharaon. Un des usages de cette époque était de présenter la peau de l’animal lorsqu’il venait à mourir à l’intendant des troupeaux du Pharaon, faute de quoi, il devait rembourser celle-ci. Donc, si l’armée venait à passer en ramassant les peaux pour son propre intérêt « avant l’inspection générale des troupeaux, elle ne laissait plus au paysan aucune preuve de la mort de l’animal à opposer à l’intendant ou à ses agents, qui étaient alors en droit d’exiger le prix de l’animal manquant »1. C’est pourquoi, Horemheb décide que seulement l’intendant du bétail de Pharaon sera en droit de collecter ces peaux chez les paysans.

3 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d’Horemheb, 1981, p.80.

1 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d'Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1981, p. 207

Paragraphe V

Autre malhonnêteté que [l’on apprend] dans tout le pays : le fait que les [agents] (28) de la Maison de la Reine, ainsi que les scribes de la Table du Harem, poursuivent les maires de localité, les rudoyant et exigeant (d’eux) la contribution de l’"aller-retour", qu’on exigeait des maires de localité à l’époque du roi Menkhéperrê (Thoutmosis III).

Pour cela, l’"aller-retour" qu’ils extorquent (aujourd’hui), (il n’était prévu que) lorsque [le roi] Menkhéperrê (Touthmôsis III) se rendait par "aller-[retour"] (29) [chaque] année [lors de la fête d’Opet, en] expédition à Thèbes ; et que les [agents] du Harem allaient trouver (à cette occasion) les maires de la localité, avec ces mots : « Donne donc la contribution de l’expédition qui n’est pas (encore) versée. Car prends garde, Pharaon, V.S.F, a coutume d’accomplir le voyage de la fête d’Opet, chaque année, sans (qu’il) ne manque (quoi que ce soit) ! » (Cependant de nos jours,) on prépare en prévision de l’arrivée de Pharaon V.S.F. [toutes les choses qui doivent se trouver au Débarcadère des agents (30) et des scribes de la Table] du Harem ; (et) on poursuivit (de nouveau) (le recouvrement de)[la contribution des maires de localité], en s’employant à ce qu’elle soit déposée par force. A quoi cela ressemble-t-il donc de revenir, ensuite, en arrière pour exiger d’eux la contribution ? Par ailleurs, c’est sur les biens des « particuliers » que les maires de la localité empiètent au profit de l’expédition [………….(31)……………..] à titre d’apport de ceux qui sont devant [………….]
Apprenez que ceci est [une vilenie] !Ma Majesté a ordonné de ne plus permettre qu’on agisse encore ainsi, à partir de ce jour. Quant à la [contribution] qu’on percev[ra] (dorénavant) au Débarcadère, c’est sur elle que
l’on enquêtera !

Ce paragraphe traite de l’ « abolition de la contribution à l’approvisionnement des débarcadères royaux instaurée par Thoutmosis III »2. « Depuis le début de la XVIIIe dynastie, la Cour résidait en Basse-Egypte et ne se rendait plus à Thèbes, la capitale religieuse, qu’à certaines occasions, notamment, lors de la grande fête annuelle d’Opet »3. Le but de cette fête était de faire une visite à Amon de Karnak dans son Harem qui se trouve au sud de Thèbes. Le roi escortait la statue du dieu en naviguant dans le bateau de ce dernier jusqu’à Louqsor, où Amon passait certains jours avant de reprendre sa place habituelle dans le temple. Les annales de Thoutmosis III qui se trouvent à Karnak exposent plusieurs fois que le Pharaon surveillait ses ports afin qu’ils soient remplis « en toutes choses grâce aux impôts et aux tributs pesant les indigènes »1. Les maires des nomes entre Thèbes et la capitale se voient dans l’obligation « de verser leur contribution aux frais occasionnés par le séjour royal dans leur ville »2. Par cet édit, Horemheb supprime cet impôt établit par Thoutmosis III à l’avantage des Débarcadères. Cette suppression ne peut que s’expliquer par un recours à une autre manière d’approvisionner les Débarcadères. De cette façon, Horemheb interdit de saisir « le « petit quelque chose » dans les ports »3. Donc, c’est entre les règnes de Thoutmosis III et Horemheb que les Débarcadères royaux n’ont pu subvenir que par leurs revenus agricoles.

2 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d’Horemheb, 1981, p.96.
3 Ibid, p.109.

1 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d'Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1981, p. 111.
2 Idem
3 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d’Horemheb, 1981, p.207.

Paragraphe VI

Egalement, ceux qui ramassent le fourrage pour les Wâbout [de Pharaon V.S.F.] ont coutume d’aller [quotidiennement dans les……… (32) ainsi que] les jardins [des] « particuliers » en [ramassant] leur fourrage avec ces mots : « il sera destiné à l’impôt [de Pharaon], V.S.F. », (et) en s’appliquant (ainsi) [à dépouiller] les « particuliers » des fruits de leur travail. – Apprenez que ceci est une mauvaise action ! [Qu’on n’agisse plus de cette manière !]

C’est (uniquement), (33) dans les vergers et les [prairies] des domaines de Pharaon V.S.F., ainsi que les arbres du jardin et les sols des entrepôts de Pharaon V.S.F. qui sont affectés à la production de fourrage, que [ceux qui ramassent le fourrage pour les Wâbout de Pharaon V.S.F. iront (dorénavant)] ramasser le fourrage pour le service de Pharaon V.S.F. Si l’on apprend qu’ils vont (encore) dans le jardin de tout membre de l’armée, de [toute] personne qui [se trouve dans le pays entier, et qu’ils ramassent son fourrage pour le revenu de Pharaon, V.S.F.] – [la loi] sera [appliquée](34) [à tout individu qui a enfreint des décrets.

Ce paragraphe traite de l’ « abolition de l’impôt en fourrage collecté au profit des Wâbout de Pharaon »4. Le fourrage smw, dont il est question dans l’édit, est de l’herbe qui servait, de nourriture pour le bétail. Ce type d’herbe sous forme de paille ou de foin est attesté au Nouvel Empire. Ce smw pousse dans les champs, mais aussi dans les jardins. Horemheb, par ce paragraphe, veut que les Wâbout du Pharaon cessent de soumettre les habitants du pays aux demandes de fourrage. Par conséquence, il limite « le champ d’action des collecteurs aux seules propriétés de Pharaon affectées à cette production »5. Il semble étrange que ces Wâbout, c’est-à-dire les cuisines du Palais, aient besoin d’énormes quantités de ce smw, lesquelles des animaux étaient gardés jusqu’au moment de l’abattage pour la Table du Pharaon, mais ces livraisons peuvent être expliquées par le fait que les Wâbout avaient des étables. Horemheb décrète que les Wâbout qui ramassent le fourrage ne pourront que le récolter sur les terres du roi assignées à cette production.

4 Ibid, p. 116.
5 Ibid, p. 125.

Paragraphe VII

Quant à ces gardiens des singes kyky qui procèdent à taxation [………….], dans le district Sud ou le district Nord, percevant des céréales des habitants (en) oipe du domaine d’une contenance de 50 hin, et ils sous-évaluent ce qui est exigé des postes de gardes en réclamant du lin, des légumes, des fru[its……….Apprenez que ceci est une mauvaise action! Qu’on n’agisse plus de cette manière !

Maintenant, comme pour les gardiens des singes kyky dont on entendra dire qu’(35) ils] sont occupés à percevoir dans les domaines ou sur les bateaux, alors que [d’autres] gens, à l’inverse ( ?) […..], procèdent à taxation, tant dans le district Sud que dans le district Nord, en percevant l’oipe, des « particuliers » de sorte que tout se passe correctement pour le paiement [………..(36)……… les pains et les biens……..]là. Ma Majesté a ordonné qu’on les supprime complètement pour ne plus donner l’occasion de [………. (dépouiller)……….] les « particuliers » par fraude.

Ce paragraphe traite de la « suppression des gardiens de singes kyky »1. A partir de la ligne 34, le texte est de plus en plus abîmé car le bas de la stèle a subi l’érosion à cause du sable soulevé par le vent. L’oipe mentionnée dans l’édit est une mesure de capacité équivalente à environ 20 litres. Les gardiens de singes utilisaient une mesure trop grande, par conséquent ils sous-évaluaient les denrées. Comme les gardiens jouissaient du pouvoir d’exiger quelque chose des habitants du pays, nous pouvons en déduire, que les animaux qu’ils gardaient devaient appartenir au roi ou à un temple. « Le fait que les singes passaient, aux yeux des Egyptiens, pour saluer de leurs cris le soleil levant pourrait expliquer que l’on en ait entretenus dans l’enceinte des temples solaires »2. « Leur suppression par Horemheb s’inscrirait donc dans le cadre de la liquidation de l’œuvre religieuse d’Akhenaton »3. Les singes étaient placés sous la surveillance de gardiens spécialisés qui étaient subventionnés par un impôt payé par la population. Certains de ces gardiens modifiaient les mesures sur le grain pour bénéficier 10 hin en plus. Horemheb supprimera cette fonction de gardiens de singes kyky dans le but de protéger les particuliers des abus commis par ceux-ci.

1 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d'Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1981, p. 128.
2 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d’Horemheb, 1981, p. 136.
3 Idem.

Paragraphe VIII-IX-X

Face principale :
Quant à cet autre cas méprisable, qui est contraire à ce qui est juste […..…… (37)……..] façonné (?) [………] tous les entrepôts dans lesquels ils sont [………….] le
siège du roi

[……….(38)………….] le surveillant des pays étrangers a donné de l’or [au] roi [……….] à ceux qui étaient en[………….]

Face latérale droite :
(1) […………………Egalement lorsque les percepteurs du Harem] vont réquisitionnant les hommes du peuple, afin de faire en sorte qu’ils les voient, alors que, par contre, [………] comme blanchisseur (?). Si on apprend de nouveau qu[e………(2)…………….]la totalité de leur [………..cela] est un crime[………..]percepteurs du Harem qui vont dans le village [……….] alors que le [Harem] est (pourvu) de pêcheurs et de tendeurs en (chaque) saison [……..] portant leur […
…….(3)………..]

Ces trois derniers paragraphes des faces latérales sont en très mauvais état et contiennent beaucoup de lacunes. Il est difficile de savoir de quoi ils traitaient, mais avec le peu qu’il nous reste nous pouvons en tirer que ces paragraphes traitent des mines d’or qui se trouvaient dans les déserts entourant l’Egypte. Par contre, à la ligne 2 nous pouvons en tirer un renseignement qui concerne le Harem. Ce dernier avait sous ses ordres des pêcheurs et des tendeurs qui le fournissait en poissons et en oiseaux.

Horemheb et la justice égyptienne

J’ai restauré entièrement ce pays, et je l’ai efficacement traversé au sud. J’en ai façonné la Haute Egypte et la Basse Egypte […………] J’ai [évalué] les taxes [par] ses actions. Je connais complètement son intérieur car je l’ai atteint au plus profond de lui-même. J’ai examiné les gens et [j’ai choisi les hommes] discrets, d’un caractère juste, capable de sonder les pensées, obéissant aux injonctions du Palais et aux lois de la Cour. Je les ai nommés pour juger les Deux Pays, à la satisfaction de celui qui est dans [le palais………….] (et) je les ai installés dans les capitales de la Haute et la Basse Egypte, chacun vivant tranquille grâce à eux, sans qu’il y ait d’exception. Je leur ai donné des consignes verbales (et j’ai fait) des lois [leur] instrument permanent de travail ; [(Je leur ai recommandé de se montrer)] (5) actif(s) ; je leur ai inculqué (en outre) une ligne de conduite, les guidant vers la Justice. Voici l’enseignement que je leur ai destiné : « Ne vous compromettez pas avec les gens, et n’acceptez pas de récompenses d’autre (que moi) [………………] En quoi voudrait-il plus que le commun, un de votre espèce, si même vous, vous donnez gain de cause à celui qui n’est pas dans son droit ? »

Quant à ce qui est exigé en argent, or et [cuivre, (6) Ma] Majesté [a ordonné] de le supprimer, et de ne plus permettre qu’on lève un droit, en quoi que ce soit, des Cours de Haute et Basse Egypte. Aussi, tout maire, tout prophète dont on apprendrait qu’il siège afin de rendre la justice dans la Cour constituée pour rendre la justice et qu’il y donne gain de cause à celui qui n’est pas dans son droit, ce sera retenu contre lui comme un crime capital, car, précisément, Ma Majesté a fait cela pour rendre efficaces les lois de l’Egypte et pour ne plus laisser survenir d’autres cas de [………………..] les juges des Cours. Ce sont les prophètes des sanctuaires, les maires de l’intérieur de ce [pays] et les prêtres des dieux qui forment toute Cour qu’ils souhaitent, afi
n de juger n’importe quel habitant.

Ainsi, Ma Majesté s’est souciée de l’Egypte pour rendre prospère l’existence de ceux qui y vivent, tant qu’Elle apparaîtra sur le trône de Rê : juridiction a été établie avec compétence étendue au pays entier, dans chaque [ville, (mais) prophètes et maires] continueront à former tribunaux dans les villes selon les plans que (8) [Ma Majesté] avait rendu efficace [……………….] complètement.

Cette partie se trouve sur la face latérale droite. « Ce chapitre qu’Horemheb consacre à sa politique en matière judiciaire comporte une large part de rhétorique conventionnelle »1. Nous pouvons distinguer deux catégories de magistrats : d’une part, ce sont des personnes que le roi, en personne, a élues, dans son entourage par rapport aux compétences et aux qualités humaines que ceux-ci possédaient, d’autre part, il a choisi des prophètes ou des prêtres w’b de différents temples du pays et des maires de ville. Il faut distinguer les juges des Cours vizirales et les notables provinciaux. Les premiers, dont l’origine remonte au début de la XVIIIe dynastie, voient leur fonction dédoublée. Les derniers se distribuaient les charges de magistrat parmi les tribunaux régionaux. Les tribunaux locaux sont constitués de prophètes des sanctuaires, les maires de l’intérieur de ce [pays] et les prêtres des dieux.

1 Helck, Wolfgang, "Das Dekret des Königs Haremheb“, ZÄS 80 (1955), p.127.

Dispositions protocolaires concernant le service de la cour

(1)[……………] appartement du maître des deux pays (?) […………….] en étant conduit au pays dans la [place] de […………(2)………..] porteur de sandales ; ils accomplissent leur service dans les cours des appartements privés, étant libres de sortir et d’entrer par leurs portes sans (devoir) dire : « Puisse[…………(3)……..] car je suis le fonctionnaire ! » Ils franchissent les portes de […………] en vitesse, (pénétrant) en char jusqu’à l’endroit consacré, un chien pour compagnon aux pieds du domestique qui les suit (4) […………..] Cour, vêtu(s) de [……..], chaussé(s) de sandales, un bâton comme sceptre (?) pareil(s) à (celui) des berges du Palais dans [………(5)……….] à la place qui lui revient, comme à l’origine. J’ai rappelé le protocole relatif aux appartements privés, les usages qui concernent l’intérieur de la Maison des Princes ; j’ai (re)placé ma maison ( ?). J’ai fait en sorte que la maison mendie du dieu (?) […………(6)……….]leur […….] les hérauts de la Cour, conformément à leur office, ouvrant le chemin par le Palais entier, les courtisans royaux se tenant à leur place, les membres du Conseil (royal), à la leur, […………]

Ce passage se trouve sur la face latérale gauche qui a été conservée seulement sur 1/3 du texte. Le char est attesté au Nouvel Empire pour les rois et pour les messagers royaux. Horemheb veut réinstaurer l’ancienne tradition concernant les cérémonies de la Cour, en particulier les audiences royales. Le roi veut instaurer une discipline stricte qui interdirait aux particuliers d’entrer et sortir comme bon leur semble dans les appartements privés du roi sans que celui-ci ne connaisse leurs raisons. Horemheb veut instaurer une loi qui permettrait aux hérauts de faire régner la bien séance et le bon ordre.

Conclusion

[……….(7)………] Aussi vrai que mon existence sur terre est stable, (consacrée de manière constante) à élever les monuments des dieux, je renaîtrai (indéfiniment) pareil (en cela) à la lune ! Je suis, en effet, [un………..(8)………] (quelqu’un) pourvu de vie, stabilité, puissance, (quelqu’un) dont les membres ont illuminé les limites de la terre comme le disque du soleil, (quelqu’un) dont l’éclat est aussi fort que (celui de) Rê quand il se dispense en qualité de saison de la végétation (Akhet), (quelqu’un) dont la perfection est rendue très resplendissante, dont la puissance imprègne les cours des Pât (9)[…………..]pour faire en sorte que vous preniez connaissance de ces nouveaux décrets, qu’a fait rédiger Ma Majesté diriger le pays entier, après que Ma Majesté se fut rappelé ces cas de vol qui se pratiquent au vu et su de ce pays. Grands sont les commandements (?)[…………](10)[…..……………]

Ce passage ce trouve aussi sur la face latérale gauche. La dernière partie de cette face est très abîmée et elle occupait les trois dernières lignes de cette face. Aux lignes 7 et 8, Horemheb insiste sur son côté divin en affirmant qu’il renaîtra (indéfiniment) pareil (en cela) à la lune. Il se présente comme quelqu’un qui a toutes les qualités divines. Il fait en quelque sorte une autoglorification qui semble parler d’un dieu en général à la place d’un dieu spécifique – dont Amon – dans laquelle il le remercie ainsi : d’abord par ses monuments sacrés, et en lui donnant vie, stabilité, puissance, il a promis et glorifie son apparence et son pouvoir[1]. La conclusion de l’édit reste dans un ton conventionnel. A la fin de l’édit, le roi nous expose son but qui est de supprimer certains abus qui se faisaient en Egypte. Nous pouvons en conclure que le discours d’Amon a probablement été transmis par le roi lui-même et, avec son discours [2].

1 Helck, Wolfgang, "Das Dekret des Königs Haremheb“, ZÄS 80 (1955), p.136.
2 Idem.

Interprétation générale de l’édit

L’utilisation de la langue vernaculaire dans l’édit permet au peuple d’être assez proche du texte. Nous pouvons aussi constater qu’il y a un mélange « entre l’égyptien classique et tantôt néo-égyptien »3, ce qui pourrait expliquer le fait d’utiliser le néo-égyptien pour une langue plus vernaculaire et l’égyptien classique pour une langue qui imposerait une loi précise. Le roi présente d’abord les exemples de méfaits, ensuite il annonce la peine que la personne devra subir s’il viole la loi. Il utilise un ton plus archaïque lorsqu’il présente l’auteur du crime à la pénalité annoncée dans l’édit. L’édit est un rappel de la politique d’Horemheb. Depuis son ascension au trône, il se soucie du domaine judiciaire, dont deux parties essentielles : la première serait de perfectionner le fonctionnement de la justice, et la deuxième, serait de ne pas aller contre le pouvoir des prophètes, des maires et des prêtres-w’b qu’ils avaient obtenu parmi les tribunaux locaux. Les juges du Nouvel Empire se laissaient corrompre par les « cadeaux » et prononçaient les sentences par rapport à ce qu’ils avaient reçu de la personne. Pour arrêter cet abus, Horemheb recourt à deux types de sanctions : tout d’abord, il prive les tribunaux de Haute et de Basse Egypte du paiement qui était demandé, ensuite, il interdit aux juges d’accepter les dons des « coupables » et le roi menace ceux qui avaient violé la loi de la peine capitale et justifie avoir pris la peine de choisir attentivement « de nouveaux magistrats dans les deux Cours vizirales »4. Mais, il déclare aussi léguer la composition de la cour des magistrats régionaux aux clergés et aux maires de ville. L’armée accomplissait un service sous forme de rotation chaque dix jour, veillant sur la protection du roi, pour ensuite retourner à leur garnison d’origine. Chaque trois mois, au changement de la garde, le roi nommait ses hommes par la « fenêtre d’apparition », auxquels il donnait des dons de luxe qui s’ajoutaient à leur rétribution ordinaire constituée de céréales à la charge des « Deux Greniers ». Ensuite, Horemheb se conforme aux usages en payant les rations habituelles et en donnant les produits très chers, provenant des réserves royales, aux soldats de l’armée égyptienne. Avant la conclusion, Horemheb, voyant que des règles n’étaient plus respectées sous les règnes des rois précédents, réinstaure le protocole et la préséance. Cet édit applique des règles instaurées par le dernier roi de la XVIIIe dynastie, mais aussi, il rappelle des dispositions prises déjà dans les règnes précédents. Nous pouvons dire que les exemples de méfaits cités dans l’édit proviennent de constatations du pharaon et qu’il veut aboutir ainsi à une norme plus large pour interdire tel ou tel comportement de façon plus globale. Ces méfaits ne relevaient pas du droit des tribunaux car avant l’interdiction de ceux-ci par le roi, ils n’étaient pas encore reconnus comme interdits. Le but de cet édit est de gagner la confiance des habitants d’Egypte pour légitimer le pouvoir du roi qui n’est pas de sang royal, par conséquent, cette réforme devait se placer au début du règne de son auteur. Par contre, selon Helck, nous pouvons nous questionner sur l’auteur de cette stèle. Comme nous l’avons dit dans le préambule, la titulature du roi ressemble à celle de Toutankhamon, mais aussi, des expressions communes à la stèle de la Restauration de ce dernier réapparaissent. Mais néanmoins, son souci de restauration, dont à plusieurs reprises les coupables sont des soldats de l’armée égyptienne, et son emplacement devant le Xe pylône de Karnak, pourrait prouver que cet édit appartenait, bel et bien à Horemheb. Pour imposer sa nouvelle autorité, le roi a dû rassembler un maximum d’habitants d’Egypte, en supprimant plusieurs abus. Donc cet édit ne traite pas que « de la justice, ni de la constitution de tribunaux, mais aussi de l’administration locale »1.

3 Kruchten, J.-M., "Le Décret d’Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel ", The Journal of Egyptian Archeology, Vol. 71, Reviews Supplements (1985), p. 45.
4 Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d'Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1981, p. 210.

1 Allam, S., « L’administration locale à la lumière du décret du roi Horemheb », The Journal of Egyptian Archéology, Vol. 72 (1986), p. 195.

Pour conclure, cet édit est l’œuvre d’un roi dont la légitimité pouvait être revendiquée. Ce texte pouvait avoir une fonction de propagande pour entourer le souverain de l’ensemble de la population et plusieurs hommes destinés à la Cour. Cet édit comportait, d’une part, une série de nouvelles règles qui venaient punir les abus commis par les agents royaux, et d’autre part, un résumé de la politique générale qui comprenait la répétition de choix déjà pris et la promesse de continuer dans les traditions déjà existantes avant son ascension au trône. Horemheb tente aussi de « réconcilier le passé et le temps présent, de mettre l’accent sur leurs antagonismes »2. L’édit est important non seulement parce qu’il met certains détails juridiques et administratifs ; mais aussi parce qu’il nous renseigne sur une bonne partie de l’esprit de la restauration en montrant que grâce à celle-ci l’édit n’est pas un simple moyen, mais incarne une révolution inégalable dans la tradition. La XVIIIe dynastie se clôt avec Horemheb, qui grâce à ses actions et son édit sera un exemple pour la génération future, c’est-à-dire la période ramesside. Les tombes des rois de la XIXe dynastie s’inspireront de celle d’Horemheb et les écrits prendront exemple sur son édit. Horemheb sera considéré comme le créateur de la période ramesside.

2 Plüger, K. ,”The Edict of King Haremheb”, JNES 5 (1946), p. 267.

Bibliographie

Traduction de l’édit:

Davies, Benedict G., Egyptian Historical records of the later eighteenth Dynasty – Fascicle VI, Londres, Aris & Phillips Ltd, 1995, pp. 77-83.

Helck, Wolfgang, "Das Dekret des Königs Haremheb“, ZÄS 80 (1955), p.109-136.

Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d'Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1981.

Monographies:

Clayton, Peter A., PHARAONS – L’histoire règne par règne des souverains et des dynasties de l’Egypte ancienne, Paris, Thames & Hudson, 2010, pp. 137-138.

Hari, Robert, Horemheb et la Reine Moutnedjemet – ou la fin d’une dynastie, Genève, Imprimerie La Sirène, 1964.

Kruchten, Jean-Marie, Le Décret d'Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 1981.

Redford, Donald B., The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt, Etats-Unis, Oxford University Press, 2001, pp. 114-116.

Reevers, Nicholas, Wilkinson, Richards H., The Complete VALLEY of the KINGS – Tombs and Treasures of Egypt’s Greatest Pharaohs, Londres, Thames & Hudson Ltd, 1996.

Shaw, Ian, Nicholson, Paul, The Princeton Dictionary of Ancient Egypt, Princeton and Oxford, Princeton University Press, 2008, pp. 149-150.

Vandersleyen, Claude, L'Egypte et la Vallée du Nil, vol. 2, Paris, 1995, pp. 213-490.

Vernus, Pascal, Yoyotte, Jean, Les Pharaons, Paris, Ma Editions, 1988, p. 67.


Sources :

Allam, S., « L’administration locale à la lumière du décret du roi Horemheb », The Journal of Egyptian Archéology, Vol. 72 (1986), pp. 194-195.

Helck, Wolfgang, "Das Dekret des Königs Haremheb“, ZÄS 80 (1955), p.109-136.

Kruchten, J.-M., "Le Décret d’Horemheb. Traduction, commentaire épigraphique, philologique et institutionnel ", JEA, 71, Reviews Supplements (1985), pp. 45-46.

Kruchten, J.-M., "Nouveaux fragments du « décret d’Horemheb »", CFEETK Cahiers de Karnak 11 (2003), p. 500.

Plüger, K.,”The Edict of King Haremheb”, JNES 5 (1946), pp. 260-276.


Site internet:

Guilleux Alain, “La tombe d’Horemheb à Saqqara”, http://alain.guilleux.free.fr/saqqara-horemheb/saqqara-tombe-horemheb.php , 19/05/12.

Texte du décret

Inscription du cintre :

Sous le disque ailé : Celui de Béhédet, le maître du ciel .

Moitié droite :
Au-dessus du roi : Le dieu accompli, Djéserkhépérourê-Setenpenrê, fils de Rê, Méryamon Horemheb, puisse-t-il être doué de vie
Au-dessus du dieu Amon: Amon-Rê, roi de tous les dieux, maître du ciel et de l’ennéade.
Discours adressé par Amon à Horemheb : Paroles prononcées : « (Je) te donne toute vie, toute stabilité, toute force, toue santé et toute joie comme Rê éternellement ».

Moitié gauche :
Au-dessus du dieu Amon : Amon-Rê, seigneur des trônes des Deux Terres, maître du ciel, souverain de Thèbes.
Discours adressé par Amon à Horemheb: Paroles prononcées : « Je te donne toute vie, toute stabilité, toute force, toute santé et toute joie comme Rê éternellement ».

Préambule
(1)[Vive l’Horus, Taureau puissant, Planificateur ; Nebty, grand en merveilles à Karnak ] ; Horus [d’Or : satisfait avec Maât, celui qui fait venir le Double Pays à l’existence ; le dieu accompli………….] comme […………semence glorieuse] issue du dieu, (2)[…………..un guerrier] à la façon de [Montou. On ne pouvait se tenir à proximité (de lui) dans………….(3)…………….les Seigneurs de Thèbes sont en jubilat]ion et [L’Ennéade] est dans la [joie ; parce que les g
reniers] sont pleins [de l’or l’argent des tributs de tous les pays étrangers………(4) Fils charnel de Rê, son aimé, Seigneur des apparitions, Méryamon Horemheb], doué de vie éternellement et à jamais !

En [ce] jour, début de l’éternité, commencement de [la perpétuité – faisant des millions de fêtes-Sed et des centaines de milliers d’années de paix…………… (5)…………Il lui a été donné l’office excellente de] celui qui est au ciel, et la royauté de Rê. Celui en faveur duquel il est pourvu au trône d’Horus[…………]Le [plus] vieux fils (6)[d’Amon…………]son[…………….]le pays est inondé par son amour ; étant (re)venue, Maât a (ré)occupé sa place et elle a uni [avec lui………enf]ants………. les gens communs (7) [se réjouissent]. L’Egypte a entamé le nouveau cycle ; l’Egypte est dans [la] joie, dans l’allégresse. [Le peuple d’Héliopolis est gardé] et [l’Egypte] est protégée[……]

Les Asia]tiques [naviguent au sud] et (8) [le pays de Ka]roy navigue au nord pour le voir. Ainsi est-il venu auréolé de son prestige et il a rempli les Deux Pays de son action bienfaisante – car le dieu accompli, c’est pour Rê [qu’il a été engendré], le Seigneur des dieux. Brave Souverain, celui qui est vigil[ant et actif, sans qu’il n’y ait d’autres comme lui………….] les cupides. [Il (9) a] décrété [les lois] en réalisant la Justice à travers les Deux Pays, parce qu’il se fait une joie d’exalter sa beauté.

Maintenant Sa Majesté tint conseil en son cœur [à propos] de la protection du pays [entier……….. (10)………….]écraser le mal et détruire l’iniquité. Les plans de Sa Majesté constituent un abri efficace pour tenir dehors le cupide…………. (11)……. survenu parmi eux. Mais Sa Majesté était en év[eil] à tout moment, cherchant ce qui est utile à l’Egypte, scrutant les [excellents] cas de[……………] Ils ont apporté [le scribe de] (12) Sa Majesté. Il prit la palette et le rouleau de papyrus. Ensuite, il écrivit conformément à tout ce que disait Sa Majesté. Le roi en personne, dit à titre de : [« ………. »] l’ordre [scellé] en la Présence de Sa Majesté [pour mettre un terme] (13) aux cas de vol dans le pays.

Paragraphe I : Protection des bateaux utilisés par les particuliers pour exécuté les corvées dues à Pharaon
Lorsque le « particulier » se fabrique un bateau portant sa tente ( ?) pour être en mesure de servir Pharaon, V.[S.F.…………………… ensemble avec les] serviteurs [de la chambre des offrandes de Pharaon, V.S.F., sont venus [et prirent] le bateau et prirent [l’] argent qui a ét[é] amené comme (14) taxes, pour que le « particulier » se retrouve dépouillé de ses biens et privé de ses multiples services [….…………pour] permettre [son] bateau [d’être emporté. Ensuite, Sa Majesté ordonna qu’on agisse plus de cette manière, parce que, le vol est un méfait contre] les joies de [l’Egypte. N’en provoque pas un pour agir contre] (15) ses bonn
es intentions.

Quant à [tout] bateau qui est mis au travail au profit des Wâbout de Pharaon, V.S.F. par l’intermédiaire des deux lieutenants [de l’armée…….…………..
Quant à tout préposé au Magasin à Offrandes dont on apprendra qu’il va] (16) et qu’il saisit le bateau de tout membre de l’armée ou de toute personne qui se trouve dans le pays entier, la loi lui sera appliquée de la manière suivante : son nez sera coupé et il sera dé
porté à T3-rw.

Paragraphe II : Protection des bateaux utilisés par les particuliers pour exécuter les corvées dues à Pharaon
[Maintenant comme pour un autre acte de méfait. Comme pour le « particulier » qui causera une taxe, qui sera mis au travail au profit des Wâbout du Pharaon, V.S.F. par l’intermédiaire des deux lieutenants de l’armée, et qui versent contribution au Harem afin d’offrir à tous les dieux. Quand le] (17) « particulier » est dépourvu de bateau, il se procure (alors) un bateau pour accomplir ses prestations au moyen de (celui d’)un autre, il se met (ainsi) en mesure d’apporter, pour son compte personnel du bois. Il remplit ses obligations auprès de [Pharaon, V.S.F. en faisant descendre ses taxes par la rivière] ensemble avec [ses biens, et les préposés au Magasin à Offrandes du Pharaon, V.S.F. vont……………….. son bateau est emporté] (18), ils saisi(ssent) et vide(nt) son chargement entre les mains de voleurs ( ?), et ensuite le « particulier » se retrouve (par conséquent) privé de ses [services……………….]tous [ses biens] sont délivrés, de sorte qu’il ne lui reste plus rien[………..………] (19) Apprenez qu’il n’est pas beau cet acte ! (C’est même) un abus caractérisé ! Ma Majesté a ordonné de mettre un terme à cela. Att
ention[………………]

Comme pour tous les préposés au Magasin à [Offrandes de Pharaon, V.S.F., de qui il faudrait entendre dire – il va et emporte les bateaux des « particuliers » qui ont été mis au travail au profit des Wâbout] (20) et ceux qui versent contribution au Harem (ou) semblablement aux « Sacrifices à tous les Dieux » en étant mis au travail par l’intermédiaire des deux lieutenants de l’armée et les [bateaux] de [tout homme de l’armée et tout autre personne dans le pays entier] en n’importe quel jour duquel il [suit Pharaon, V.S.F. …………Quant à tout….…. dont on apprendra qu’il……………] (21) la loi lui sera [appliquée] de la manière suivante : son nez lui sera coupé et (il) sera déporté à T3-rw.

Paragraphe III : Interdiction des réquisitions d’esclaves par les agents du Magasin à Offrandes de Pharaon
Egalement, les préposés au Magasin à Offrandes de Pharaon V.S.F. ont l’habitude de se répandre par les villages en [réquisitionnant de la main-d’œuvre pour la cueillette du safran] et les préposés [du Magasin des Offrandes de Pharaon, V.S.F., s’emparent (alors), qui du serviteur, qui de la servante du « particulier », et les (mêmes) préposés les envoient en mission cueillir le safran] (22) pendant six à sept jours d’affilée sans qu’ils aient l’autorisation de s’en aller librement. Apprenez que c’est un abus, cela ! Qu’on n’agisse plus de cette manière ! Quant à tout serv
ice [……..………..

Quant à tout préposé au Magasin à Offrandes de Pharaon V.S.F. dont on ] (23) apprendra qu’il réquisitionne encore de la main-d’œuvre pour effectuer la cueillette du safran, et que quelqu’un viendra dénoncer en ces termes : « c’est par lui( ?) qu’a été enlevé mon serviteur ou ma servante [pour six à sept jours ». La loi lui sera appliquée de la manière suivante : son nez sera tranché, (il) sera déporté à T3-rw, et le travail du serviteur ou de la servante,] pendant chaque jour qu’ils auront passé [avec lui, sera confisqué.

Paragraphe IV : Ramassage des peaux et inspection du bétail de Pharaon
Quand] (24) les deux corps de l’armée [ont l’habitude], lorsqu’ils se trouvent à la campagne, l’un dans le district Sud, l’autre dans le district Nord, de s’emparer des peaux partout dans le pays entier sans faire relâche une année pour permettre a[ux gens] de souffler[……………..(Ils s’emparent des peaux) sans] (25) faire de distinction en apposant la marque au fer parmi elles , et après être allés de maison en maison, maltraitant et tourmentant, sans laisser (aucune) peaux à [qui q
ue ce soit……….

Lorsque l’intendant des troupeaux de Pharaon] V.S.F., [vient ensuite pour effectuer l’inspection du bétail dans le pays entier et] il [réclame les peaux de qui que ce soit en] (26) (bien) qu’on ne puisse plus trouver ces peaux chez eux. On est en droit (alors) de les rendre responsables du manque, (mais) ils se justifient en déclarant : « Elles nous ont été enlevées ! Apprenez que ceci est une vilenie ! – Qu’on n’agisse plus de cette manière ! ».

Lorsque l’intendant des troupeaux de Pharaon V.S.F. ira pour effectuer l’inspection du bétail dans tout le pays entier, ce sera lui qui ramassera les peaux des [bêtes] mortes qui sont sur (ou, qui proviennent du) [pays entier, Ma Majesté ordonna qu’un terme y soit mis (27) par] sa bonne volonté.
Aussi, tout membre de l’armée dont on apprendra qu’il effectue encore, à partir de ce jour, la saisie des peaux, la loi lui sera appliquée de la manière suivante : il sera battu de cent coups de bâton, recevra cinq blessures ouvertes, et la peau qu’il s’est appropriée par vol se
ra confisquée.

Paragraphe V : Abolition de la contribution à l’approvisionnement des Débarcadères Royaux, instauré par Thoutmosis III
Autre malhonnêteté que [l’on apprend] dans tout le pays : le fait que les [agents] (28) de la Maison de la Reine, ainsi que les scribes de la Table du Harem, poursuivent les maires de localité, les rudoyant et exigeant (d’eux) la contribution de l’"aller-retour", qu’on exigeait des maires de localité à l’époque du roi Menkhéperrê (Thoutmosis III).

Pour cela, l’"aller-retour" qu’ils extorquent (aujourd’hui), (il n’était prévu que) lorsque [le roi] Menkhéperrê (Touthmôsis III) se rendait par "aller-[retour"] (29) [chaque] année [lors de la fête d’Opet, en] expédition à Thèbes ; et que les [agents] du Harem allaient trouver (à cette occasion) les maires de la localité, avec ces mots : « Donne donc la contribution de l’expédition qui n’est pas (encore) versée. Car prends garde, Pharaon, V.S.F, a coutume d’accomplir le voyage de la fête d’Opet, chaque année, sans (qu’il) ne manque (quoi que ce soit) ! » (Cependant de nos jours,) on prépare en prévision de l’arrivée de Pharaon V.S.F. [toutes les choses qui doivent se trouver au Débarcadère des agents (30) et des scribes de la Table] du Harem ; (et) on poursuivit (de nouveau) (le recouvrement de)[la contribution des maires de localité], en s’employant à ce qu’elle soit déposée par force. A quoi cela ressemble-t-il donc de revenir, ensuite, en arrière pour exiger d’eux la contribution ? Par ailleurs, c’est sur les biens des « particuliers » que les maires de la localité empiètent au profit de l’expédition [………….(31)……………..] à titre d’apport de ceux qui sont devant [………….]
Apprenez que ceci est [une vilenie] !Ma Majesté a ordonné de ne plus permettre qu’on agisse encore ainsi, à partir de ce jour. Quant à la [contribution] qu’on percev[ra] (dorénavant) au Débarcadère, c’est sur elle que l
’on enquêtera !

Paragraphe VI : Abolition de l’impôt en fourrage collecté au profit des « Wâbout » de Pharaon
Egalement, ceux qui ramassent le fourrage pour les Wâbout [de Pharaon V.S.F.] ont coutume d’aller [quotidiennement dans les……… (32) ainsi que] les jardins [des] « particuliers » en [ramassant] leur fourrage avec ces mots : « il sera destiné à l’impôt [de Pharaon], V.S.F. », (et) en s’appliquant (ainsi) [à dépouiller] les « particuliers » des fruits de leur travail. – Apprenez que ceci est une mauvaise action ! [Qu’on n’agisse plus de c
ette manière !]

C’est (uniquement), (33) dans les vergers et les [prairies] des domaines de Pharaon V.S.F., ainsi que les arbres du jardin et les sols des entrepôts de Pharaon V.S.F. qui sont affectés à la production de fourrage, que [ceux qui ramassent le fourrage pour les Wâbout de Pharaon V.S.F. iront (dorénavant)] ramasser le fourrage pour le service de Pharaon V.S.F. Si l’on apprend qu’ils vont (encore) dans le jardin de tout membre de l’armée, de [toute] personne qui [se trouve dans le pays entier, et qu’ils ramassent son fourrage pour le revenu de Pharaon, V.S.F.] – [la loi] sera [appliquée](34) [à tout individu qui a enfreint des décrets.

Paragraphe VII : Suppression des gardiens de singes kyky
Quant à ces gardiens des singes kyky qui procèdent à taxation [………….], dans le district Sud ou le district Nord, percevant des céréales des habitants (en) oipe du domaine d’une contenance de 50 hin, et ils sous-évaluent ce qui est exigé des postes de gardes en réclamant du lin, des légumes, des fru[its……….Apprenez que ceci est une mauvaise action! Qu’on n’agisse plus de
cette manière !

Maintenant, comme pour les gardiens des singes kyky dont on entendra dire qu’(35) ils] sont occupés à percevoir dans les domaines ou sur les bateaux, alors que [d’autres] gens, à l’inverse ( ?) […..], procèdent à taxation, tant dans le district Sud que dans le district Nord, en percevant l’oipe, des « particuliers » de sorte que tout se passe correctement pour le paiement [………..(36)……… les pains et les biens……..]là. Ma Majesté a ordonné qu’on les supprime complètement pour ne plus donner l’occasion de [………. (dépouiller)……….] les « particuliers » par fraude.

Paragraphes VIII, IX et X
Face principale :
Quant à cet autre cas méprisable, qui est contraire à ce qui est juste […..…… (37)……..] façonné (?) [………] tous les entrepôts dans lesquels ils sont [………….] le siège du roi [……….(38)………….] le surveillant des pays étrangers a donné de l’or [au] roi [……….]
à ceux qui étaient en[………….]

Face latérale droite :
(1) […………………Egalement lorsque les percepteurs du Harem] vont réquisitionnant les hommes du peuple, afin de faire en sorte qu’ils les voient, alors que, par contre, [………] comme blanchisseur (?). Si on apprend de nouveau qu[e………(2)…………….]la totalité de leur [………..cela] est un crime[………..]percepteurs du Harem qui vont dans le village [……….] alors que le [Harem] est (pourvu) de pêcheurs et de tendeurs en (chaque) saison [……..] portant leur
[……….(3)………..]

Horemheb et la Justice égyptienne :
Côté droit :
J’ai restauré entièrement ce pays, et je l’ai efficacement traversé au sud. J’en ai façonné la Haute Egypte et la Basse Egypte […………] J’ai [évalué] les taxes [par] ses actions. Je connais complètement son intérieur car je l’ai atteint au plus profond de lui-même. J’ai examiné les gens et [j’ai choisi les hommes] discrets, d’un caractère juste, capables de sonder les pensées, obéissant aux injonctions du Palais et aux lois de la Cour. Je les ai nommés pour juger les Deux Pays, à la satisfaction de celui qui est dans [le palais………….] (et) je les ai installés dans les capitales de la Haute et la Basse Egypte, chacun vivant tranquille grâce à eux, sans qu’il y ait d’exception. Je leur ai donné des consignes verbales (et j’ai fait) des lois [leur] instrument permanent de travail ; [(Je leur ai recommandé de se montrer)] (5) actif(s) ; je leur ai inculqué (en outre) une ligne de conduite, les guidant vers la Justice. Voici l’enseignement que je leur ai destiné : « Ne vous compromettez pas avec les gens, et n’acceptez pas de récompenses d’autre (que moi) [………………] En quoi voudrait-il plus que le commun, un de votre espèce, si même vous, vous donnez gain de cause à celui qui n’est pas dans son droit ? »

Quant à ce qui est exigé en argent, or et [cuivre, (6) Ma] Majesté [a ordonné] de le supprimer, et de ne plus permettre qu’on lève un droit, en quoi que ce soit, des Cours de Haute et Basse Egypte. Aussi, tout maire, tout prophète dont on apprendrait qu’il siège afin de rendre la justice dans la Cour constituée pour rendre la justice et qu’il y donne gain de cause à celui qui n’est pas dans son droit, ce sera retenu contre lui comme un crime capital, car, précisément, Ma Majesté a fait cela pour rendre efficaces les lois de l’Egypte et pour ne plus laisser survenir d’autres cas de [………………..] les juges des Cours. Ce sont les prophètes des sanctuaires, les maires de l’intérieur de ce [pays] et les prêtres des dieux qui forment to
ute Cour qu’ils souhaitent, afin de juger n’importe quel habitant.

Ainsi, Ma Majesté s’est souciée de l’Egypte pour rendre prospère l’existence de ceux qui y vivent, tant qu’Elle apparaîtra sur le trône de Rê : juridiction a été établie avec compétence étendue au pays entier, dans chaque [ville, (mais) prophètes et maires] continueront à former tribunaux dans les villes selon les plans que (8) [Ma Majesté] avait rendu efficace [……………….] complètement.

Rétribution de la garde palatine
J’appliquerai la coutume qui concerne la garde (particulière) de Ma [Majesté] à chaque pre[mier jour], qu’elle monte la garde sur ma personne, trois fois par mois : cela [se passera] pour eux comme s’il s’agissait d’une fête, (et) chacun aura sa part de toute bonne chose, telle que le pain de qualité, viande, gâteaux, provenant des biens du Roi. [Leurs têtes] étaient ointes [avec] de l’huile pour que leur voix aura, quant à elle, atteint le ciel louant tout bienfait à la déesse du Seigneur [……………….] Les commandants de l’infanterie et tout les chefs de l’armée et tout homme […….. (9)…………….sans] limite (?), par le jet pour eux (des récompenses) depuis la fenêtre (royale), et l’appel de chaque homme par son nom, auquel procédera le roi en personne. Ils défileront (ensuite) en poussant des acclamations, largement approvisionnés en choses du Palais, alors que, d’autre part, ils toucheront des rations régulières à charge des Deux Greniers – chacun d’entre eux (en effet) aura droit à de l’orge et de l’épeautre, (et) on ne pourra trouver celui qui n’(en) aurait sa part – [..…………..] ( ?) pour faire pour lui le restant. [………… (10)……….(Enfin, ils retourneront)] vers leurs villes, ayant achevé, quant à eux, le(ur) temps complet de garde là-bas sans (s’) accorder (le moindre) repos, (faisant route) tandis que leurs valets se hâtent derrière eux jusqu’à leur lieu (de garnison) respectif en portant tout ce qu’ils doivent trouver là (au Palais) comme choses dignes qu’ils disent (d’elles) : « […………………..] selon le désir des valets
( ?) […………………]

Dispositions protocolaires concernant le service de Cour
Côté gauche :
(1)[……………] appartement du maître des deux pays (?) […………….] en étant conduit au pays dans la [place] de […………(2)………..] porteur de sandales ; ils accomplissent leur service dans les cours des appartements privés, étant libres de sortir et d’entrer par leurs portes sans (devoir) dire : « Puisse[…………(3)……..] car je suis le fonctionnaire ! » Ils franchissent les portes de […………] en vitesse, (pénétrant) en char jusqu’à l’endroit consacré, un chien pour compagnon aux pieds du domestique qui les suit (4) […………..] Cour, vêtu(s) de [……..], chaussé(s) de sandales, un bâton comme sceptre (?) pareil(s) à (celui) des berges du Palais dans [………(5)……….] à la place qui lui revient, comme à l’origine. J’ai rappelé le protocole relatif aux appartements privés, les usages qui concernent l’intérieur de la Maison des Princes ; j’ai (re)placé ma maison ( ?). J’ai fait en sorte que la maison mendie du dieu (?) […………(6)……….]leur […….] les hérauts de la Cour, conformément à leur office, ouvrant le chemin par le Palais entier, les courtisans royaux se tenant à leur place, les membres du Consei
l (royal), à la leur, […………]

Conclusion :
Côté gauche :
[……….(7)………] Aussi vrai que mon existence sur terre est stable, (consacrée de manière constante) à élever les monuments des dieux, je renaîtrai (indéfiniment) pareil (en cela) à la lune ! Je suis, en effet, [un………..(8)………] (quelqu’un) pourvu de vie, stabilité, puissance, (quelqu’un) dont les membres ont illuminé les limites de la terre comme le disque du soleil, (quelqu’un) dont l’éclat est aussi fort que (celui de) Rê quand il se dispense en qualité de saison de la végétation (Akhet), (quelqu’un) dont la perfection est rendue très resplendissante, dont la puissance imprègne les cours des Pât (9)[…………..]pour faire en sorte que vous preniez connaissance de ces nouveaux décrets, qu’a fait rédiger Ma Majesté pour diriger le pays entier, après que Ma Majesté se fut rappelé ces cas de vol qui se pratiquent au vu et su de ce pays. Grands sont les commandements (?)[…………
](10)[…..……………]

Le décret d'Horemheb
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Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

16 Septembre 2013 , Rédigé par Sabrina Ciardo Publié dans #Egyptologie

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Djoser est selon le papyrus royal de Turin, le second roi de la 3ème dynastie que l’on situe aux alentours de 2650/2600 av. J.-C. et il régna pendant dix-neuf ans[1]. Imhotep, son architecte, réalisa son complexe funéraire en développant le plus possible l’architecture de la 1ère à la 3ème dynastie en remplaçant la brique, un matériel périssable, par de la pierre, un matériel qui se préserve.

Mais la pierre n’est pas une nouveauté dans l’architecture de ces dynasties. Elle est déjà utilisée avant Djoser, par exemple : « les chambres funéraires des tombeaux Thinites peuvent comporter, dès le milieu de la 1ère dynastie, de grandes dalles de calcaire placées côte à côte dressés pour revêtir les parois ou posées à plat pour former le plafond. Le sol du caveau est parfois dallé, ou comporte un socle sur lequel le sarcophage est installé » [2], mais certaines tombes comportent aussi des herses. Dans cette nouvelle forme d’architecture, la méthode de construction des premières dynasties, utilisant la brique crue, étaient reprise et remplacée par de gros blocs de pierre. Le matériau utilisé dans tout le complexe funéraire est « un calcaire provenant de Toura, dans les montagnes de la rive orientale, de l’autre côté du Nil »[3].
Cette très grande architecture se trouve à Saqqarah Nord, entourée par les mastabas des 1ère et 2ème dynasties, ainsi que ceux des 3ème dynasties. Au Sud du complexe funéraire, se trouve le complexe de son successeur Sekhemkhet.
Plusieurs expéditions ont été faites durant deux siècles environ. En 1821, Heinrich Menu von Minutoli et Girolamo Segato découvrent le complexe, peut-être après d’autres personnes qui sont passées bien avant eux. En 1837, John Perring dégage des galeries latérales, et en dresse un plan, les décrivant comme des « catacombes étendues [comportant…grande quantité de fragments de marbre, de vases d’albâtre et de sarcophages »[4]. Six ans plus tard, Lepsius continue les fouilles. En 1924, Firth découvre les Maisons du Sud et du Nord et le serdab qui contenait la statue du roi. En accord avec Pierre Lacau, il décida d’explorer la Pyramide à degrés. Deux ans plus tard, il découvre des fragments d’un socle d’une autre statue royale, se tenant debout. L’inscription de ce fragment livre non seulement le nom du roi, mais aussi celui d’Imhotep. A sa mort, en 1931, Quibell continue les fouilles avec Lauer qui était chargé des relevés d’architecture depuis 1926. De 1933 à 1936, ils découvrent des milliers de vases en pierre, entassés dans une galerie. En 2011, une restauration du puits funéraire a été réalisée sous la direction de Zahi Hawass et Hassan.

[1] M. BAUD, Djéser et la IIIe dynastie, Paris, 2002, p. 71.

[2] Ibid, p. 101.

[3] K. LANGE, M. HIRMER, E. OTTO, C. DESROCHES-NOBLECOURT, L’Egypte, Paris, 1968, p. 57.

[4] BAUD, op. cit., p. 15.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Le complexe funéraire

Le mur d'enceinte

D’après l’estimation de Lauer, « l’enceinte est bastionnée et ornée de redans et s’élevait à l’origine […] à près de 10 m 50 »[1]. Elle mesure environ 545 mètres en longueur et 277 mètres en largeur. Elle délimite une surface d’environ une quinzaine d’hectares. L’enceinte est de forme rectangulaire et est orientée dans l’axe Nord-Sud. Baud ajoute d’autres chiffres à ce mur d’enceinte qui « comporte 211 bastions rectangulaires, larges de 3 m en moyenne, à l’exception de 15 d’entre eux qui sont doubles, qui correspondent à des entrées monumentales »[2]. Ces dernières comportent quatorze fausses portes, dont la seule qui se trouve sur la façade Est est la véritable entrée. Selon Hermann Kees, « les quinze portes étaient liées à la fête sed et renvoyaient à la moitié du mois lunaire comme la période pour les cérémonies »[3]. Il faut aussi remarquer que la façade de l’enceinte adopte un système de saillants et de rentrants typique de l’architecture des mastabas en briques crues des dynasties précédentes.

[1] J.-Ph. LAUER, Histoire monumentale des pyramides d’Egypte, I. Les Pyramides à degrés (IIIe dynastie) (BdE 39), Le Caire, 1962, p. 109.

[2] BAUD, op. cit., p. 99.

[3] M. VERNER, The Pyramids – Their Archaeology and History, Londres, 2002, p. 112.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
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L'entrée à colonnade

En entrant dans le complexe, on passe d’abord par une courette. Après l’avoir franchie, on passait par une longue galerie dans laquelle il y avait deux rangées de vingt colonnes fasciculées et engagées au mur. Cette colonnade supportait une lourde toiture en pierre qui était arrondie à sa partie inférieure pour imiter « des stipes de palmier »[1]. Cette colonnade couverte se termine « par un portique transversal à quatre colonnes adossées par paires »[2]. Certains égyptologues pensent que sur chaque côté de la colonnade, des chapelles représenteraient chacune les provinces de la Haute et de la Basse Egypte[3]. Selon Hans Goedicke, « l’arrangement structurel de la salle reflète une conception symbolique de la juridiction du jugement : les chapelles latérales entre les colonnes seraient réservées aux deux Ennéades en tant que juges, présidés par le souverain »[1]. Un socle de statue a été trouvé dans les décombres. Sur celui-ci, il est inscrit le serekh du roi, ainsi que les titres d’Imhotep : « Le chancelier du roi de Basse Egypte, le premier après le roi de Haute Egypte, l’administrateur du grand Palais, le noble héréditaire, le grand-prêtre d’Héliopolis, constructeur, sculpteur et [« fabricant de vases »] »[2]. Ce personnage était d’abord considéré comme un sage au Moyen Empire, puis vénéré au Nouvel Empire en tant que patron des scribes, ensuite, déifié à la période Saïte, mais aussi considéré comme le fils de Ptah et pour finir, il a été identifié à Asklépios par les Grecs, grâce à ses connaissances en médecine.

[1] LAUER, op. cit., p. 111.

[2] BAUD, op. cit., p. 106.

[3] VERNER, op. cit., p. 112.

[1] Ibid, p. 114.

[2] LAUER, op. cit., p. 114.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
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Les palais

Sur le côté Sud de l’entrée à colonnade, on accède à un temple d’accueil. Le bâtiment est allongé, comportant une façade à redans en son centre. Il ne contient que deux pièces étroites construites en chicane, permettant de se diriger vers une niche. De l’autre côté de la colonnade, du côté Nord-Est, on pouvait accéder – en suivant un couloir parallèle à l’enceinte – par une entrée placée sur le côté Ouest, à une construction plus complexe et de plus grandes dimensions. Plusieurs couloirs en chicane mènent à un ensemble de petites pièces allongées qui devaient abriter, au total, neuf statues. En longeant le couloir qui mène à ce deuxième palais, on accédait à un nouvel ensemble ouvert : la cour de la fête sed.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
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La cour Hb-sd

Deux rangées de chapelles longent l’espace cérémonial dans un axe Nord-Sud. Elles sont accolées les unes aux autres et se font face. Chaque chapelle comporte un accès en chicane à ciel ouvert, et séparé du mur de clôture, permet d’accéder à la statue qui se trouvait à l’intérieur. La rangée occidentale est composée de treize chapelles de deux types différents : le sh-nTr et le pr-wr. Trois d’entre elles sont du premier type : la première, la septième et la dernière. Les chapelles sh-nTr sont le type de « pavillon divin » consacré à Anubis »[1] et sont percées latéralement par un niche sur le côté Nord. La chapelle la plus grande se différencie non seulement par sa taille, mais aussi par la pièce intérieure en forme de « L ». Celle-ci contenait la statue d’un groupe de quatre personnes, identifiée au couple royal et à ses filles. Les autres chapelles, du type pr-wr, possèdent « des colonnes cannelées engagées dans la façade et une toiture voûtée »[1]. Ce type de chapelles est la représentation symbolique du sanctuaire divin de la Haute Egypte. Du côté oriental de l’espace cérémonial, douze chapelles du type pr-nw – à façade aveugle et à toit voûté – représentaient symboliquement les sanctuaires de la Basse Egypte. D’après plusieurs égyptologues, ces chapelles étaient identifiées, au début, aux nomes de Haute et Basse Egypte pour l’intronisation du roi unificateur des Deux Terres. Mais le nombre de chapelles était insuffisant, « à moins qu’il ne soit agi que des nomes du Delta […] »[2] . Alors Lauer proposa de voir plutôt des « chapelles des principales divinités de la Haute et de la Basse Egypte, respectivement situées à l’ouest et à l’est »[3].
Entre les deux rangées de chapelles, du côté Sud, il y a un podium à double escalier, qui, d’après Baud, « supportait, à l’origine, un modèle de pavillon à toiture incurvée, soutenue par de fins piquets sculptés dans la pierre […] »[4]. Ce podium servait peut-être de support pour un trône qui était utilisé lors de l’installation du roi de Haute et de Basse Egypte[5]. Selon Verner, le roi était « symboliquement couronné »[6].
L’ensemble de la cour était considéré, par plusieurs égyptologues, « comme une pétrification des installations nécessaires à cette fête-sed, qui comportait une série de stations devant les principaux sanctuaires des dieux territoriaux du pays, ainsi qu’une course rituelle du souverain »[7].

[1] Ibid.

[2] LAUER, op. cit., p. 148.

[3] Ibid

[4] BAUD, op. cit., p. 110.

[5] Ibid.

[6] VERNER, op. cit., p. 131.

[7] BAUD, op. cit., p. 110.

[1] BAUD, op. cit., p. 109.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
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Le temple T

Le temple T se trouve derrière les chapelles de la cour Hb-sd. Ce bâtiment est fonctionnel et constitué de salles qui pouvaient avoir servi de magasins à matériel culturel. Trois colonnes cannelées et engagées supportaient à l’origine une toiture en pierre. Une salle tripartite se trouve au fond de ce temple. Baud explique que cet édifice était « un modèle de palais destiné au repos royal en marge des cérémonies de la fête-sed »[1]. Mais la façade de ce temple ressemblait au pavillon divin d’Anubis, ce qui a amené certains égyptologues à « associer le bâtiment à des cérémonies de préservation du corps, relayant l’hypothèse d’une destination autre que jubilaire de la cour voisine »[1]. Quant à Firth, il suggére « qu’il aurait pu figurer le pavillon où, durant la cérémonie, le roi venait changer ses vêtements, ses attributs et ses couronnes, entre les rites d’intronisations successives sur l’estrade de la cour principale »[2]. Bien sûr, il fallait imaginer que la cérémonie était fictive, c’est-à-dire que cette dernière se faisait dans l’au-delà.

[1] Ibid, p. 112.

[1] Ibid.

[2] LAUER, op. cit., p. 151.

Les maisons du Nord et du Sud

Au nord de la cour Hb-sd, se trouvent deux bâtiments de très grande taille. Ceux-ci furent baptisés, « maison du Sud et du Nord » à cause de leur emplacement. La Maison du Sud comporte une cour qui la précède. Cette dernière possède deux bornes alignées au centre, sur un axe Nord-Sud. Elles sont caractéristique par leur forme en « D » et sont distancées l’une de l’autre de 35 m. Ces bornes représentent « les plots autour desquels le monarque accomplissait une course rituelle dans le contexte de la fête jubilaire […] »[1]. La façade de la maison Sud est caractérisée par le type de chapelle pr-wr. Sa taille est deux fois et demi supérieure à celles des chapelles décrites précédemment dans la cour Hb-sd. Cet édifice est caractérisé par une façade haute à colonnes cannelées et engagées, décorées par des chapiteaux floraux et soutenant une toiture arquée. Ce sanctuaire est typique de la Haute Egypte. La façade est ouverte par une niche qui mène à un couloir en chicane. La Maison du Nord est, elle aussi, très grande. Elle comporte cinq niches en hauteur qui donnent sur des couloirs en chicane. Dans la cour de ce sanctuaire, il y a trois colonnes possédant un chapiteau en forme de papyrus. Des traces de couleur ocre-rouge ont été relevées sur certaines colonnes de la Maison du Nord. Celles-ci simulaient la couleur du bois. Sur les deux édifices, il y avait une frise décorée de signe Xkrw qui n’était interrompue que par les pilastres ou les colonnes. Lauer interprète ces édifices comme les symboles de la Haute et de la Basse Egypte qui sont « caractérisés principalement par leur situation relative dans l’enceinte et par les colonnes représentant les deux plantes héraldiques des royaumes du Sud et du Nord, liseron et papyrus […] »[2]. Il ajoute encore, en comparant les chapelles avec le signe hiéroglyphique sH qui représente un pavillon – mais il sert aussi de déterminatif au nom Hb, fête – sous lequel on plaçait une image de la divinité célébrée[3]. C’est pour cela que Ricke propose d’identifier ces bâtiments comme « la figuration des deux salles du trône de Haute et de Basse Egypte, qui

trouveraient place ici – toujours à l’usage du ka – en symbole de la puissance royale sur les deux terres du Sud et du Nord »[1]. Un puits de chaque côté des édifices a été trouvé et semble avoir appartenu à deux princesses.
Un fragment d’ostracon a été exhumé du sable. Celui-ci serait une des rares traces trouvées permettant de construire une partie du monumental complexe. Il comportait « un diagramme d’une courbe avec des mesures ordonnées »[2]. Dans l’article de Gunn, il y a toute une description de ce fragment qui permet de construire une voûte à l’aide de coudées, de paumes et de doigts[3].

[1] BAUD, op. cit., p. 112.

[2] LAUER, op. cit., p. 164-165.

[3] Ibid, p. 165.

[1] Ibid.

[2] J.-Ph. LAUER, La Pyramide à degrés – L’architecture. Tome I – Texte (SAE), Le Caire, 1936, p. 241.

[3] B. GUNN, « An Architect’s Diagram of the Third Dynasty », ASAE 26 (1926), p.197-202.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
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La cour du serdab

Du côté Ouest de la Maison du Nord, il y a la cour du serdab. Contre la Pyramide et le temple funéraire, le serdab du roi contenait encore la statue du propriétaire du complexe. Cette sculpture en calcaire peint représente le monarque assis. Sur la parois du serdab, deux trous cylindriques « permettaient à la statue de communiquer avec le monde extérieur »[1]. Une reproduction de la sculpture du roi se trouve maintenant dans le serdab, quant à l’original il se trouve au Musée du Caire (JE 49158). Le roi porte un nemes, le manteau est peint en blanc et les cheveux en noir. Les yeux portaient à l’origine des pupilles de cristal, mais celles-ci ont disparu[2]. D’après la description de Lauer, le menton serait « enveloppé par une barbe très allongée dont l’extrémité cassée semble avoir atteint le bras droit rabattu sur la poitrine avec le poing serré, la main gauche étant posée à plat sur la cuisse »[3]. La titulature du roi est inscrite sur le socle, sur lequel repose la statue du roi : Netjerikhet. Tout au Nord de la cour, des vestiges d’un sanctuaire orienté vers l’Est ont été découverts. Cet édifice permettait l’entrée sur une cour secondaire qui était accessible depuis l’Est par « un simulacre de porte ouverte à une autre cour où donnent trois groupes de petits sanctuaires adossés au massif de la « maison du Nord » […] »[4].

[1] J.-Ph. LAUER, Histoire monumentale des pyramides d’Egypte, I. Les Pyramides à degrés (IIIe dynastie) (BdE 39), Le Caire, 1962, p. 169-170.

[2] C. FIRTH, « Excavations of the Departement of Antiquities at the Step Pyramid, Saqqarah (1924-1925) », ASAE 25 (1925), p. 150.

[3] J.-Ph. LAUER, Saqqarah, la nécropole royale de Memphis, Paris, 1997, p. 87.

[4] Id., Histoire monumentale des pyramides d’Egypte, I. Les Pyramides à degrés (IIIe dynastie) (BdE 39), Le Caire, 1962, p. 170.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrésLe complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
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Le temple nord et sa cour

Le temple de la pyramide a été construit de manière à suivre un trajet très complexe et « devait répondre à des principes de cheminement sacré »[1] selon Baud. Il fallait d’abord passer dans la première salle d’ablution qui permettait d’accéder à une deuxième salle identique en empruntant une antichambre. Ces deux salles de purification étaient séparées par une pièce carrée. En utilisant cette dernière il fallait emprunter un couloir en chicane en direction du Sud pour accéder à la cour II. Lauer propose de voir dans ces deux salles d’ablutions, placées au Nord et au Sud, « un culte funéraire royal l’une pour la Haute et l’autre pour la Basse Egypte »[2]. Dans la cour II, a été découverte la descenderie qui permettait d’accéder aux souterrains de la pyramide à degrés. Cette cour était séparée de la cour I – se trouvant à l’Est – par un massif qui possédait, au Sud, une chambre et, au Nord, par un couloir en chicane, permettant de communiquer avec les deux cours. Chacune comportait, au Sud, un vestige d’un portique à quatre colonnes, permettant de passer dans un long vestibule. A l’Est, la moitié du vestibule permettait d’accéder par quatre percées, à une salle voisine, parallèle, d’où l’on pouvait atteindre, par le Sud, une deuxième salle, orientée de la même manière. Pour finir, en se dirigeant vers l’Ouest, il était possible d’accéder à une autre chambre, mais, cette fois, perpendiculaire à la pyramide et un dernier accès donnait sur un sanctuaire carré. Lauer remarque une nouveauté dans ce temple : il est orienté en direction du Nord au lieu d’être en direction de l’Est[3]. Au fond de la cour, il y a un autel taillé dans la pierre. Lors des fouilles, Lauer et Quibell découvrirent « des simulacres de magasins superposés à des galeries souterraines contenant d’abondantes provisions de blé, d’orge, de figues de sycomore et de raisin »[4].

[1] BAUD, op. cit., p. 114.

[2] LAUER, op. cit., p.100.

[3] Id. Saqqarah, la nécropole royale de Memphis, Paris, 1977, p. 87.

[4] Ibid, p. 94-95.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrésLe complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
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La cour sud

Cette cour est limitée par la pyramide, au nord, et par des murs à redans, sur ses côtés. Elle ne contient que trois petits édifices. Il s’agit, d’abord, d’une sorte d’autel constitué d’une rampe d’accès et d’une plate-forme qui s’élève, selon les calcul de Lauer, à un mètre[1]. Devant la rampe, il y a dans le sol une cavité rectangulaire qui aurait pu contenir une autre statue du roi. Ensuite, les deux autres édifices sont caractéristiques par leur forme en « B ». Ils étaient construits à l’aide de « deux noyaux de pierraille liée par de la terre argileuse et par un revêtement de calcaire fin […] »[1]. Ceux-ci ont été interprétés, toujours par Lauer, comme des édicules « en relation avec les rites du couronnement et du Hb-sd »[2].

[1] Id. Histoire monumentale des pyramides d’Egypte, I. Les Pyramides à degrés (IIIe dynastie) (BdE 39), Le Caire, 1962, p. 116.

[1] Ibid., p. 116.

[2] Ibid., p. 117.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
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Le temple Sud et le tombeau Sud

Le temple du Sud était constitué d’un décor à redans et surmonté par une frise d’uraei qui a été reconstituée lors de la découverte des éléments décoratifs sous le sable. Ce temple possédait une ouverture en son centre, permettant l’accès, par un couloir en chicane, à un sanctuaire. Le tombeau du Sud se caractérise par une forme rectangulaire orientée sur un axe Est-Ouest. Celui-ci ressemble à un mastaba à l’extérieur, aussi par son toit légèrement voûté, mais à une pyramide à l’intérieur. Le puits funéraire mesure 28 mètres, comme celui de la pyramide, et possède un caveau de granit carré qui est surmonté par une chambre de manœuvre. La descenderie est dirigée dans un axe Est-Ouest, contrairement à l’axe Nord-Sud de la pyramide. Parallèlement à celle-ci, il y avait une galerie qui aurait servi de cellier. Sur toute sa longueur, la descenderie est composée de marches revêtues de calcaire fin. Un passage, donnant accès au magasin, se trouve directement après l’entrée en tunnel. Celui-ci était « rempli de grosses jarres en poterie et de quelques-unes en albâtre, où certains dépôts prouvent qu’elles avaient contenu des liquides (bière, lait, huile, etc.) »[1]. La chambre de manœuvre qui se trouvait légèrement au-dessus du caveau en granit, était remplie de déchets en albâtre, ce qui permettait, selon Lauer, de « dissimuler le caveau de granit et son orifice d’accès, une fois celui-ci obturé »[2]. Le passage qui mène aux appartements souterrains possède des parois latérales couvertes de faïences bleues. En poursuivant dans la chambre I, semblablement ornée, on accédait à la chambre II qui comportait trois stèles fausses portes sur sa paroi occidentale. Sur ces reliefs, le roi Netjerikhet est représenté trois fois : une fois en courant avec la couronne de la Haute Egypte, et deux fois marchant, portant d’abord la couronne de Basse Egypte, puis la couronne du Sud. Poursuivant le cheminement, on passe par une autre chambre à faïences bleues qui communique avec une autre sur le côté. Un problème se pose par rapport à la taille du tombeau. Son plan carré ne pouvait pas contenir un corps étendu, c’est pourquoi les égyptologues ont pensé que cette tombe était destinée au ka[3]. D’après Lauer, le ka avait « à sa disposition tous les édifices en surface construits autour de la pyramide à l’intérieur de sa vaste enceinte, qui devaient lui permettre, en s’incarnant en quelque sorte dans les différentes statues de Zoser réparties dans celle-ci, de continuer à régner, dans l’au-delà, sur les deux royaumes du Sud et du Nord »[1]. En 1933, une hypothèse différente fut émise : le tombeau pourrait contenir les vases canopes[2]. Selon Rocke et Schott, il aurait dû y avoir les couronnes du Nord et du Sud, car la frise d’uraei sur la façade du sanctuaire du tombeau Sud correspond au symbole du pouvoir royal présent sur les couronnes[3].

[1] Ibid., p. 120.

[2] Ibid., p. 123.

[3] Ibid., p. 138.

[1] Ibid., p. 138-139.

[2] Ibid., p. 135.

[3] Ibid., p. 135-136.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
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Le massif occidental

Du côté Ouest, trois galeries de 400 mètres longent le complexe. Ce massif est composé de « bourrage de déchets de taille de pierre, de débris divers, de terre argileuse et de sable […] »[1]. Sous toute cette structure, un réseau de galeries s’étend sous forme de dents de peigne par lesquelles il est possible d’entrer par cinq puits. La galerie centrale est la plus large. Les galeries n’ont pas encore été toutes fouillées, mais les rares explorées ont permit à Firth de trouver « des fragments de vaisselle de pierre cassées qui se trouvaient en très grand nombre dans les galeries, mais non dans les chambres proprement dites »[2]. Celui-ci arriva à la conclusion, que « ces dernières auraient pu constituer des simulacres de tombes de serviteurs en souvenir du temps où l’on sacrifiait un certain nombre d’entre eux à la mort du roi »[3]. D’après Arnold, il s’agirait des offrandes faites, à l’origine, pour un roi de la deuxième dynastie[4].

[1] Ibid., p. 142.

[2] Ibid., p. 143.

[3] Ibid., p. 143.

[4] D. ARNOLD, The Encyclopedia of Ancient Egyptian Architecture, New York, 2003, p. 74.

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La Pyramide à degrés

Une construction à étapes

D’après les relevés architecturaux de Lauer, il a été possible de distinguer six étapes différentes, nommées plus communément : M1, M2, M3, P1, P1’, P2. L’étape M1 est la construction sur un plan carré d’un mastaba. Son côté mesurait, au tout début, 63 mètres et 8 mètres de haut. D’après la description du responsable en relevés architecturaux, « il comporte un massif de libages de calcaire siliceux disposés en assises horizontales, chacune de celles-ci étant enrobée en deux épaisses couches de mortier d’argile grisâtre, jaune ou rouge »[1]. Un premier revêtement de calcaire fin de Toura fut mis en place. Le sommet du mastaba était légèrement bombé. A l’étape M1, on ajouta un deuxième revêtement M2 composé de « tranches périphériques de maçonnerie à assises horizontales »[2]. L’inclinaison du deuxième parement est légèrement plus accentué que le premier. Le plan du mastaba reste encore carré. Au stade M3, le monument subit un allongement en direction de l’Est de manière à couvrir onze puits percés en lisière du parement M2. D’après Lauer, l’agrandissement M3 serait constitué « par un noyau de blocaille de calcaire jaune du désert local abondamment lié à l’argile ainsi que par un revêtement de calcaire fin […], dont l’appareil était le prolongement de celui de M2 »[3]. Le premier stade de la pyramide P1 n’était construit qu’avec quatre gradins, atteignant une hauteur de 42 mètres. P1 recouvrait à ce moment là toute la surface du M3, auquel fut ajouté sur les quatre faces un revêtement. Le stade P1’ correspond à l’agrandissement de la pyramide pour la porter à six gradins. Pour simplifier l’opération, les architectes de l’époque agrandirent la pyramide que sur deux côtés, c’est-à-dire en direction du Nord et de l’Ouest. Pour finir, le stade P2 répondait à l’addition d’un dernier revêtement en appareil plus grand et plus soigné. A la fin de la construction, la pyramide mesurait « 109 m x 121 m à la base et près de 60 mètres de hauteur »[4]. La technique de construction en lit déversé, expliquée par Baud, « assure d’une part l’élasticité de la structure ménageant des possibilités de glissement, d’autre part une cohésion d’ensemble par effet de gravité, obtenue par l’inclinaison des murs en direction du noyau »[5]. D’après Nabil Swelim, le mastaba 1 et 2 diffèrent des autres constructions, ce qui le mène à penser que la tombe était destinée, au départ, au roi Sanakht, mais Lauer le contredit dans son article[6].

[1] LAUER, op. cit., p. 69.

[2] Ibid., p. 70.

[3] Ibid., p. 72.

[4] Ibid., p. 73.

[5] BAUD, op. cit., p. 144.

[6] J.-Ph. LAUER, « A propos de l’invention de la pierre de taille par Imhotep pour la demeure d’éternité du roi Djoser », in : P. POSENER-KRIEGER (dir.), Mélanges Gamal Eddin Mokhtar (BdE 97,2), Le Caire, 1985, p. 64-67.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

La descenderie

La descenderie débute dans la cour II du temple funéraire Nord. Elle est orientée sur l’axe Nord-Sud. Elle commence par un escalier à ciel ouvert, puis continue en tunnel creusé dans la roche, en pente douce sur environ 50 mètres. L’escalier principal mène à un étage intermédiaire composé d’un long magasin à provisions qui est perpendiculaire à la descenderie. Plusieurs autres chemins mènent au caveau royal, mais ceux-ci ont été surtout creusés par les pilleurs de tombes.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Le puits central et le tombeau royal

Dans un puits large de 7 mètres et profond de 28 mètres, qui s’ouvre dans la masse du mastaba M1, se trouve le tombeau royal constitué de neuf assises de blocs en granit rose d’Assouan assemblés les uns à côté des autres. Il est possible d’accéder au caveau qui mesurait 2m69 x 1m65, par un trou cylindrique percé vers l’extrémité Nord. Cet orifice était obturé, après les funérailles, « par un énorme bouchon de granit de 1m75 de haut et de 1 mètre de diamètre pesant trois tonnes et demie environ »[1]. Dans les tombes des prédécesseurs de Djoser, de la IIe dynastie, le tombeau était placé après un aboutissement d’une succession de plusieurs salles. Contrairement à eux, ce roi a fait mettre son caveau directement après la descenderie.

[1] BAUD, op. cit., p. 75.

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La salle des manœuvres

La salle des manœuvres se trouvait au-dessus du caveau de granit, ce qui permettait d’introduire la momie et de fermer le caveau en mettant en place le bouchon. Toute la partie supérieure du puits était fermé par de la blocaille, la seule ouverture qui permettait d’accomplir ce travail était la salle des manœuvres. Aujourd’hui cette chambre, ainsi que la blocaille, ont disparu.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Les magasins

Au niveau du caveau, des galeries s’ouvrent perpendiculairement à celui-ci, à peu près au trois angles du puits. Ces magasins sont au nombre de onze. Trois de ces galeries s’ouvrent sur des chambres disposées en dents de peigne. Les parois ne sont pas décorées, mais, au contraire, laissées brutes et irrégulières. Ces chambres devaient faire office de magasins pour le mobilier funéraire constitué surtout en « vaisselle de pierre dont de nombreux fragments ont été recueillis, principalement en albâtre et en diorite translucide »[1].

[1] J.-Ph. LAUER, Histoire monumentale des pyramides d’Egypte, I. Les Pyramides à degrés (IIIe dynastie) (BdE 39), Le Caire, 1962, p. 76.

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Les appartements du roi

En passant par un couloir en chicane et un autre tout droit, il était possible d’accéder aux appartements du roi. Comme au tombeau sud, il y a trois pièces allongées formant des « L » successifs. Ces chambres sont décorées de faïences bleues, à l’exception de la première. Celles-ci étaient connues sous le nom de chambres bleues. Pour les Egyptiens anciens, le turquoise symbolisait « la renaissance, la vie et la prospérité »[1]. Ces faïences imitent le clayonnage des roseaux. Les pièces possèdent « des encadrements de porte en calcaire fin, sculptés au nom du roi »[2]. Deux pièces sont allongées, en enfilade, construites sur un axe Nord-Sud. Allant dans la pièce Nord, un couloir permet l’accès à des salles latérales. Quant à la pièce Sud, des portes factices sont séparées par des panneaux. Ces derniers représentent, sur des stèles de calcaire fin, le roi « en course rituelle ou en visite à des sanctuaires divins »[3]. Ils étaient compris comme une unité courant dans la séquence du même axe Nord-Sud, reliant les panneaux du tombeau Sud[4]. Friedman donne toute une description des panneaux, faisant un lien entre les deux tombes. Dans le premier panneau, le roi porte la couronne de Haute Egypte, un pagne et un habit lourd. A sa ceinture, une queue de taureau, rappellant l’habillement de Narmer, y est attachée. Il tient une massue dans sa main gauche et un long sceptre dans la droite. Dans le deuxième panneau, le roi court, après avoir enlevé son habit lourd, et porte juste une ceinture et un tissus central. A côté de ses pieds il y a deux objets qui rappellent ceux de la cour Sud – les édicules en forme de « B ». Le roi porte un flagellum, symbole d’autorité, dans sa main droite et dans la gauche il porte un mks qui contient un document. Dans le dernier panneau, la tête du roi manque, mais on peut observer qu’il fait un plus grand effort pour courir. Cette fois, il porte juste un bout de tissu qui cache son sexe et la queue de taureau a été enlevée. Ces stèles répondent à celles qui se trouvent dans la tombe Sud, ce qui donne l’impression que le roi court autour des bornes de la cour Sud, bien sûr de manière fictive.

[1] VERNER, op. cit., p. 119.

[2] BAUD, op. cit., p. 159.

[3] Ibid., p. 160.

[4] F.D. FRIEDMAN, « The Underground Relief Panels of King Djoser at the Step Pyramid Complex », JARCE 32 (1995), p. 18.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Les galeries I à XI

Une autre structure plus profonde se trouve sous la pyramide, construite quand elle n’était qu’un mastaba. D’après Lehner, « onze puits verticaux ont été creusés, desquels de longues galeries s’étendent vers l’ouest »[1]. Ces puits sont plus profonds que celui du caveau, ils mesurent 33 mètres de profondeur et sont grossièrement taillés dans la pierre. Ils ont été fermés par le projet P1. Selon Lauer, certaines galeries étaient destinées « […] aux sépultures de princesses ou d’enfants royaux […] »[2]. La galerie I est la seule à posséder une descenderie « qui permettait de rejoindre son puits à une dizaine de mètres au-dessus de son fond »[3]. Celle-ci est faite de marches taillées dans le roc, à pente très raide. La galerie III et IV n’étaient séparées que par un mur de 35 centimètres d’épaisseur. Concernant le contenu des galeries I à IV, il n’y avait en général que des fragments de sarcophages. La galerie V s’écarte des autres en se dirigeant vers l’Ouest Sud-Ouest, contrairement aux autres qui sont axées vers l’Ouest Nord-Ouest. Dans cette galerie, il y avait un sarcophage d’un enfant de huit ans. La galerie VII se trouve sous la VI. Celles-ci étaient remplies, depuis le sol jusqu’en haut, de vases, de coupes et d’assiettes écrasées par le poids du plafond qui s’était effondré. Un total d’environ 40'000 pièces de vaisselle ont pu être recueillies. La plupart des vases avaient des formes et des types usuels de la 1ère et 2ème dynasties ainsi que des « inscriptions royales gravées sur ces vases appartenant toutes à cette période dite Thinite, prouvent que Zoser fit un large remploi de vaisselle antérieure pour en combler ces deux galeries »[4]. Presque tous les noms de la 1ère dynastie s’y trouvent, sauf celui de Aha. De même que ceux de la 2ème dynastie, en excluant Peribsen et Khâsekhemoui. Lacau et Lauer ont relevé tous les noms dans ces galeries et n’ont retrouvé le nom du roi Djoser que sur une empreinte de sceau en argile dans la galerie VII[5]. Les galeries VIII à XI ont surement dû faire office de magasins, comme les deux précédentes. Ces dernières galeries étaient remplies de remblais de terre compacte contenant des fragments de vaisselle ainsi que de rares objets en cuivre.

[1] M. LEHNER, The Complete Pyramids, Londres, 1997, p. 90.

[2] LAUER, op. cit., p. 82.

[3] Ibid., p. 83.

[4] Ibid., p. 92-93.

[5] P. LACAU, J.-Ph. LAUER, La Pyramide à degrés. Tome IV-V (SAE), Le Caire, 1959-1965.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Pour conclure, le complexe de Djoser marque l’apogée et la fin de l’art Thinite, mais il est aussi « […] le point de départ pour un art nouveau, celui de l’Ancien Empire »[1]. Dans ce vaste espace, furent disposés des éléments nouveaux, les édifices de cultes et les édifices symboliques. L’une des plus grandes innovations d’Imhotep fut l’élévation de la pyramide qui se fit par plusieurs tâtonnements pour atteindre une hauteur de 60 mètres. Si cette personne ne fut pas vraiment « l’inventeur de la construction en pierre de taille, du moins en fut-il probablement le véritable promoteur ; il semble avoir été le premier à l’employer en grand dans de vastes constructions […] ; il sut trouver des formes, des ordonnances et des adaptations nouvelles et vaincre avec une maîtrise incomparable les difficultés de réalisation »[1].

Plusieurs personnes se sont penchées sur la question de l’interprétation du complexe de Djoser. Ricke voit le complexe comme la résidence symbolique du souverain combinant la Haute et la Basse Egypte à travers des spécificités architecturales[2]. Lauer pense que le constructeur du complexe de Djoser n’a pas suivi un plan posé à l’avance, mais s’est fondé sur son expérience avec deux types très différents de bâtiments[3]. Le premier correspondait à des bâtiments symboliques, dits simulacres, qui se rattachaient à la fête sed et étaient destinés à abriter le ka du souverain dans l’au-delà, comme, par exemple, le complexe du festival sed, le temple T et les maisons Nord et Sud[4]. Le deuxième type était correspondait aux bâtiments fonctionnels pour les inhumations et les rites funéraires, comme le temple funéraire du Nord[5]. Il faut noter que dans le complexe aucun texte n’a été retrouvé, à part les titulatures du roi et l’éloge à Imhotep. Les égyptologues ont dû déchiffrer les graffitis laissés par les Egyptiens anciens, datant de la 26ème dynastie, pour confirmer que cette tombe appartenait bien au roi Djoser Netjerikhet, car le nom de Djoser n’existait pas dans les titulatures du roi à l’époque où le complexe fut construit. Par conséquent, les chercheurs se voient dans la nécessité d’interpréter ces monuments.
Les rois qui le succédèrent prirent comme exemple le complexe de Djoser, tout en le modifiant. Sekhemkhet fit une pyramide à sept degrés, avec un mur d’enceinte à redans et un tombeau sud comprenant un mastaba rectangulaire sur un puits funéraire qui s’enfouit en profondeur[6]. Sa structure souterraine ressemble à celle de son prédécesseur. A Zawiyet el-‘Aryan, entre Giza et Saqqarah, il y a une autre tombe, probablement celle du roi Khaba qui comporte une pyramide à six ou sept degrés[7] mais le nombre n’est pas certain car la pyramide n’a jamais été terminée.

[1] LAUER, op. cit., p. 174.

[1] Id., La Pyramide à degrés – L’architecture. Tome I – Texte (SAE), le Caire, 1936, p. 204-205.

[2] VERNER, op. cit., p. 137-138.

[3] Ibid., p. 139.

[4] Ibid., p. 139.

[5] Ibid., p. 139.

[6] P.J. WATSON, Egyptian Pyramids and Mastaba Tombs of the Old and Middle Kingdoms, (ShirEgypt), Aylesbury, 1987, p. 23.

[7] Ibid., p. 23-24.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrésLe complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Bibliographie

C.M. FIRTH, J.E. QUIBELL, The Step Pyramid. Volume II – Plates (SAE), Le Caire, 1935.

J.-PH. LAUER, La Pyramide à degrés – L’architecture. Tome I – Texte (SAE), Le Caire, 1936.

J.-PH. LAUER, La Pyramide à degrés – L’architecture. Tome II – Planches (SAE), Le Caire, 1936

J.-PH. LAUER, La Pyramide à degrés – Compléments. Tome III (SAE), Le Caire, 1939.

P. LACAU, J.-PH. LAUER, La Pyramide à degrés. Tome IV – Inscriptions gravées sur les vases. 1er Fascicule : Planches (SAE), Le Caire, 1959.

P. LACAU, J.-PH. LAUER, La Pyramide à degrés. Tome IV – Inscriptions gravées sur les vases. 2ème Fascicule : Texte (SAE), Le Caire, 1961.

P. LACAU, J.-PH. LAUER, La Pyramide à degrés. Tome V – Inscriptions à l’encre sur les vases (SAE), Le Caire, 1965.

J.-PH. LAUER, Histoire monumentale des pyramides d’Egypte, I. Les Pyramides à degrés (IIIe dynastie) (BdE 39), Le Caire, 1962.

J.-PH. LAUER, « A propos de l’invention de la pierre de taille par Imhotep pour la demeure d’éternité du roi Djoser», in : P. POSENER-KRIEGER (dir.), Mélanges Gamal Eddin Mokhtar (BdE 97,2), Le Caire, 1985, p. 61-67.

C. FIRTH, « Excavations of the Department of Antiquities at the Step Pyramid, Saqqara (1924-1925) », ASAE 25 (1925), p. 149-159.

B. GUNN, « An Architect’s Diagram of the Third Dynasty », ASAE 26 (1926), p. 197-202.

F.D. FRIEDMAN, « The Underground Relief Panels of King Djoser at the Step Pyramid Complex », JARCE 32 (1995), p. 1-42.

D. ARNOLD, The Encyclopaedia of Ancient Egyptian Architecture, New York, 2003, p. 72-74.

M. BAUD, Djéser et la IIIe dynastie, Paris, 2002.

K. LANGE, M.HIRMER, E. OTTO, C. DESROCHES-NOBLECOURT, L’Egypte, Paris, 1968, p. 55-58.

J.-PH. LAUER, Saqqarah, la nécropole royale de Memphis, Paris, 1977, p. 86-100.

M. LEHNER, The Complete Pyramids, Londres, 1997, p. 84-93.

M. VERNER, The Pyramids – Their Archaeology and History, Londres, 2002, p. 105-140.

P.J. WATSON, Egyptian Pyramids and Mastaba Tombs of the Old and Middle Kingdoms,(ShirEgypt), Aylesbury, 1987, p. 18-24.

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Les Textes des Pyramides chez Pépi Ier

15 Septembre 2013 , Rédigé par Célimène Bonjour Publié dans #Egyptologie, #Archéologie

Pyramide de Pépi Ier à Saqqarah, vue du ciel (http://www.ancienempire.net/article-la-pyramide-de-pepi-1er-64170619.html)

Pyramide de Pépi Ier à Saqqarah, vue du ciel (http://www.ancienempire.net/article-la-pyramide-de-pepi-1er-64170619.html)

Contexte historique du protagoniste :

Pépi Ier est le fils de Ipout Ière et Téti. Successeur de son père, il est le troisième roi de la VIème dynastie. Sa mère devait certainement être régente à ses débuts. Entre le règne de son père et sa montée sur le trône, on note un court règne d’un certain Ouserkarê. Est-ce un usurpateur ou le demi-frère de Pépi Ier ? Est-ce qu’il y a eu une corégence pendant un petit moment ? On ne sait pas.

Son temps de règne varie selon les sources et les avis des spécialistes. Les dates de règne vont de vingt ans pour le papyrus de Turin jusqu’à quarante ans pour Ian Shaw, tandis que Manéthon lui en donne cinquante-trois. En règle générale, il ne devrait pas dépasser quarante-cinq ans.

Durant son règne, Pépi change son nom de Nefersahor à Meryrê[1]. Il construit et décore un grand nombre de temples à Abydos, Boubastis, Dendérah, Éléphantine et probablement Hiérakonpolis. Peu de ses bâtiments sont encore sur pied. Cependant, les archéologues ont découvert un grand nombre de fragments inscrits de sa titulature, que ce soit pendant ou après son règne.

Verner note une probable conspiration[2] durant son règne due à un mariage tardif avec deux femmes, filles de Khui, un officiel d’Abydos qui aurait eu une grande influence sur le roi. En effet, des inscriptions contemporaines décrivent la préparation d'un procès contre une reine après qu'une conspiration non réussie contre le roi a eu lieu dans son harem. Certains détails manquent par la suite, mais on peut assurément penser que les reines favorisent leurs propres fils pour les faire accéder au trône.

La conspiration se déroule, selon les sources, la « 21ème année de recensement du bétail »[3], mais le nom de la reine n’est pas mentionné. Callender[4] pense que ce n’est pas l’une des épouses de Pépi, mais plutôt la mère de son adversaire, Ouserkaf.

Il semblerait que les deux filles de Khui, donnèrent au roi les deux futurs héritiers : Merenrê et Pépi II. Le fils de Khui, Djau, devient vizir sous Pépi Ier et Merenrê. Y’a-t-il eu une corégence avec Merenrê durant les dernières années de Pépi Ier ? Là encore, ce ne sont que des hypothèses.

Pépi a eu beaucoup d’épouses. Nous le savons grâce aux nombreuses petites pyramides que l’on a retrouvées au sud de la sienne. Or, ce nombre n’est pas représentatif du nombre réel des épouses qui l’accompagnaient. Effectivement, ce ne sont que les personnes les plus proches du pharaon qui sont enterrées à ses côtés.

Carte de la région de Saqqarah (http://msaqqara.free.fr/images/planSaqqara.gif)

Carte de la région de Saqqarah (http://msaqqara.free.fr/images/planSaqqara.gif)

Les Textes des Pyramides chez Pépi Ier

Architecture du complexe funéraire :

Le complexe funéraire de Pépi Ier est situé dans la moitié Sud de la nécropole de Saqqarah, proche de la pyramide de Djedkârê-isesi en bordure de la vallée, face à Memphis.

La pyramide de Pépi Ier se nomme mn-nfr-ppi que l’on peut traduire par : « Pépi est stable », « Pépi est parfait » ou « le beau monument de Pépi »[1]. Ce nom serait à l’origine de la nomination de la capitale la plus proche, Memphis.

Aujourd'hui, il ne reste que des vestiges de ce monument, dont la hauteur originale était de cinquante-deux mètres et d’une longueur de septante huit mètres. Elle est réduite en un petit amas de pierres et ne fait plus que douze mètres de haut. De plus, un grand puits a été creusé au centre de la pyramide par des pilleurs de tombes.

La pyramide est découverte en 1880 par Auguste Mariette. Une année plus tard, Georges Maspero se fraye un chemin dans la partie souterraine de la pyramide et découvre pour la première fois les Textes des Pyramides.

Dès 1950, les fouilles françaises de la mission de Saqqarah poursuivent une investigation autour de la pyramide. Le déblaiement de l’intérieur est mené par M. Leclant et M. Lauer.

On découvre également les petits complexes pyramidaux des épouses de Pépi.

Le complexe funéraire est composé de tous les éléments qui deviendront conformes au cours de la VIème dynastie. L’entrée de la pyramide est au nord avec la chapelle au niveau du sol, juste au dessus de l’entrée. À l’Est se trouvent un temple funéraire, une petite pyramide satellite et une chaussée qui relie le temple haut au temple bas dans la vallée. Au Sud du complexe funéraire se trouvent les pyramides des Reines.

En ce qui concerne les pyramides des Reines, nous ne possédons pas beaucoup d’informations. Nous savons qu’elles avaient une place importante auprès de Pépi. Elles pouvaient être ses épouses, mais aussi ses sœurs ou autres. Quelques-unes possèdent des textes. Parmi ces monuments se trouvent deux tombeaux d’hommes.

Une fois entré par la chapelle, un premier couloir descend dans la pyramide. Puis, l’on débouche sur une petite chambre horizontale. Si on continue, dans un second couloir horizontal, on bute sur trois herses. Leur objectif est d’éviter que des pilleurs entrent dans la chambre funéraire du pharaon. A la suite des herses, un couloir horizontal s'ouvre sur l'antichambre qui est placée exactement sous le centre de la pyramide.

À l'Est de l'antichambre, on trouve le serdab et à l'Ouest, la chambre funéraire avec son sarcophage. Il est toujours en place, mais vide avec le couvercle brisé. Lors de sa découverte, plus rien ne restait à l’exception d’un morceau de toile portant l’inscription « lin pour le roi de Haute et Basse Egypte, puisse-t-il vivre pour toujours »[2], un petit couteau de silex et un coffre à vases canopes. L’antichambre possède des dimensions difficiles à reconnaître car les murs Nord et Sud ont disparu lors de l’effondrement.

Les murs de la chambre funéraire, de l'antichambre et une partie du passage horizontal sont inscrits avec des Textes des Pyramides.

Les Textes des Pyramides chez Pépi Ier

Les Textes des Pyramides chez Pépi Ier :

Historique de la découverte:

Au XIXème siècle, l’égyptologue français Auguste Mariette était convaincu que les archéologues ne trouveraient jamais un texte ou une inscription dans des pyramides. Mais entre mai et juin 1880, Gaston Maspero se fraye, non sans difficulté, un chemin à travers les décombres de la Pyramide de Pépi Ier, plus particulièrement dans la chambre funéraire, et découvre les Textes des Pyramides. Mariette est informé de cette découverte juste avant son décès.

Cette pyramide est la première découverte avec des textes mais elle n’est pas la première à les posséder, puisque les textes d’Ounas sont antérieurs à ceux de Pépi Ier.

Par la suite, Gaston Maspero ordonne l’ouverture des pyramides des Vème et VIème dynasties. En quelques mois, on découvre des textes dans les chambres funéraires des pharaons Ounas, Pépi Ier et Pépi II.

En 1882 – 1893, Maspero publie les textes avec une première traduction assez hésitante. Effectivement, il n'y a, à cette période, encore aucun instrument de travail ou ouvrage de référence. Ils arriveront quelques années plus tard grâce aux découvertes de Jean-François Champollion.

En 1930, l’égyptologue suisse Gustave Jéquier constate que les inscriptions sont presque identiques dans toutes les pyramides découvertes jusque-là.

Durant de nombreuses années, la mission archéologique française dirigée par J.-Ph. Lauer et J. Leclant fouille, déblaye et restaure l’intérieur de la pyramide de Pépi Ier et met au jour les pyramides des Reines. En 1994, les 2'500 fragments de textes sont remis à leur place. En 1999, Bernard Mathieu rejoint la mission et publie l’année d’après l’étude complète de la pyramide de Pépi Ier.

Les Textes des Pyramides chez Pépi Ier
Emplacement des Texte des Pyramides chez Pépi Ier :

Chez Pépi Ier, Jean Leclant[1] démontre que les Textes des Pyramides sont exécutés de manière bien réfléchie, tout comme chez Ounas. Effectivement, les textes guident le roi défunt dans son parcours jusque dans l’au-delà. Il s’agit de formules magiques et rituelles qui sont souvent répétitives. Ces textes ont aussi permis de mieux comprendre les croyances des Egyptiens de l’Ancien Empire.

Les Textes des Pyramides se trouvent sur toutes les parois de la pyramide, sauf le serdab et la descenderie.

La pyramide de Pépi Ier comporte un bon nombre d’éléments nouveaux par rapport à Ounas. En effet, à l’intérieur, l’emploi du vert pour les textes rappelle la couleur de la végétation et de la croissance, ce que l’on ne retrouve pas chez Ounas. Cette teinte sera désormais de règle dans les pyramides suivantes. Dans l’ensemble, les textes sont relativement bien conservés mais certaines parties sont fragmentaires à cause des effondrements et des dégâts occasionnés par les pilleurs.

La paroi Est de la chambre funéraire est composée d’environ trente-neuf colonnes de textes de grands modules qui se poursuivent sans interruption de la partie inférieure jusqu’au plafond. Les inscriptions sont tournées vers la gauche sur les dix-sept colonnes centrales, elles sont donc orientées du Nord au Sud.

Les textes figurant sur la paroi est de la chambre funéraire sont relatifs au triomphe du roi qualifié d’Osiris.

Entre l’antichambre et la salle funéraire, il y a un passage entièrement gravé qui relate l’ascension du roi.

Les thématiques abordées sont plus ou moins identiques à celles se trouvant dans la pyramide d’Ounas qui est le modèle de base pour la répartition des textes des pyramides.

Particularités graphiques des textes chez Pépi Ier :

Aux yeux d’un Egyptien, toute image est une réalité agissante et possède un pouvoir magique. Comme l’écriture hiéroglyphique est composée d’images, elle est perçue comme une écriture magique et sacrée. De plus, certains signes peuvent renvoyer à des choses nuisibles dans le quotidien des Egyptiens.

Parmi les hiéroglyphes, beaucoup d’êtres ou d’objets ont une action qui peut être menaçante. Ainsi, le moyen le plus simple pour supprimer ce danger est de « tuer » le signe en le supprimant totalement, en le remplaçant ou en lui enlevant une partie du corps.

Chez Pépi Ier, les modifications touchent principalement les animaux. Chez Ounas, les « signes-animaux » sont intacts, tandis que chez Pépi, ils sont presque toujours coupés, supprimés ou remplacés. Par contre, les « signes-hommes » (relatifs au corps humain) sont systématiquement supprimés ou remplacés par un signe rond ou un trait comme dans le hiératique. Ils peuvent aussi être mutilés en laissant apparaître un simple bras, une partie du corps etc.

Pour éviter la présence d’un « signe-homme », l’orthographe du mot peut aussi être écrit de manière pleine en détaillant tous les signes. Cette méthode est la plus rapide et la plus simple, mais peut fortement nuire à la compréhension du mot.

Mis à part les modifications graphiques, les chercheurs ont également constatés plusieurs changements de types d’écritures dans la pyramide de Pépi Ier.

Premièrement, les hiéroglyphes chez Pépi Ier sont écrits avec deux types de modules différents. En effet, on constate pour deux sortes de modules que ceux-ci deviennent de plus en plus petits et de moins en moins détaillés au fur et à mesure que l’on se rapproche de la chambre funéraire du pharaon. Par conséquent, les inscriptions chez Pépi Ier ont été modifiées d’un grand type de signes à un plus petit type.

Deuxièmement, au début des textes le roi est nommé Nefersahor alors que par la suite, son nom est modifié en Merirê. Nous ne connaissons pas les raisons exactes de ce changement de nom. Peut-être le pharaon a décidé de modifier son nom en cours de règne.

Les hiéroglyphes sont peints en vert-bleu, couleur éternelle qui symbolise la végétation féconde des rives du Nil.

L’interdit des signes des parties du corps s’applique aussi à certains mammifères chez Pépi Ier. Par exemple, le léopard est parfois représenté sans tête. Ce sont surtout les signes du lion « rw », du faon « iw » ou le lièvre « wn » qui sont très souvent coupés en deux ou qui ont l’arrière-train plâtré. Ces mutilations sont pratiquées sur les animaux considérés comme dangereux. Ainsi, ils sont rendus inoffensifs de façon symbolique.

On constate cependant que les oiseaux restent intacts chez Pépi Ier. Il semblerait donc qu’ils ne soient pas considérés comme des animaux dangereux pour le pharaon.

En revanche, toutes les espèces de poissons sont supprimées de manière absolue dans tous les Textes des Pyramides. Dans l’idéologie égyptienne, le poisson est un animal impur pour le roi et son image souillerait la momie royale. Ici la règle est stricte : le signe est remplacé ou supprimé systématiquement. Cependant, on constate qu’au Moyen Empire, le poisson ne sera plus supprimé.

On remarque également que les serpents, qui ne sont pas modifiés dans les Textes des Pyramides de Pépi Ier et d’Ounas à l’Ancien Empire, seront supprimés dès le Moyen Empire.

Il faut savoir qu’à l’origine, les signes sont entièrement gravés. Puis l’opération magique consiste à replâtrer l’arrière-train de l’animal qui est privé d’une partie de son corps. Il ne reste donc plus que la partie peinte en vert.

Dans certains cas, le plâtre a été conservé et il était même si bien lissé que les inscriptions ne comportent que l’avant de l’animal, par exemple chez Sethe.

Mais, le plus souvent, une partie du plâtre étant tombée, tout le contour de l’animal apparaît et entraine une copie entière de l’animal alors que seule la partie avant est peinte.

Pour conclure, il faut souligner que ces signes sont dangereux dans un contexte bien particulier, car dans la vie courante, si ces signes avaient été considérés comme dangereux en tout temps, ils auraient rapidement disparu de l’écriture hiéroglyphique. Ainsi, une image inoffensive pour le vivant la journée peut devenir dangereuse pour le défunt dans sa tombe, une fois la nuit venue.

En fait, les suppressions et les modifications de signes ne se rencontrent que dans les textes funéraires, destinés à l’usage personnel du mort et qui sont placés à côté du défunt dans la chambre funéraire sur les murs et le sarcophage.

Les signes susceptibles de nuire au mort sont des êtres vivants (hommes et animaux), mais jamais des objets seuls. On les supprime soit parce qu’ils sont dangereux, impurs ou parce qu’ils risquent de déranger le mort. Malheureusement, ces modifications graphiques entraînent un bouleversement orthographique qui entraîne des confusions aussi bien pour les scribes que pour les chercheurs modernes.

Bibliographie:

[1] VERNER, M., The Pyramids. Their Archaeology and History, London, 2003, p. 355.

[2] VERNER, M., The Pyramids. Their Archaeology and History, London, 2003, p. 355.

[3] VERNER, M., The Pyramids. Their Archaeology and History, London, 2003, p. 355.

[4] VERNER, M., The Pyramids. Their Archaeology and History, London, 2003, p. 355.

[1] LABROUSSE, A., L’architecture des pyramides à textes (vol. 2 : Saqqarah Sud) (BdE 131), Le Caire, 2000, p. 2.

[2] VERNER, M., The Pyramids. Their Archaeology and History, London, 2003, p. 354.

[1] LECLANT, J., Les Textes de la pyramide de Pépy Ier (vol.1 Description et analse) (MIFAO 118), Le Caire, 2001.

Image 3 : http://www.ancienempire.net/article-la-pyramide-de-pepi-1er-64170619.html

Images 4 et 5 : http://antikforever.com/Egypte/rois/pepi_I.htm

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Compte-rendu: Christiane Zivie-Coche, Dieux et Hommes en Egypte 3'000 av. J.-C. – 395 ap. J.-C.

4 Septembre 2013 , Rédigé par Célimène Bonjour Publié dans #Egyptologie

Egyptologie : Dieux et Hommes en Egypte

3'000 av. J.-C. – 395 apr. J.-C.

IIème Partie : L’Univers religieux

Compte-rendu: Christiane Zivie-Coche, Dieux et Hommes en Egypte 3'000 av. J.-C. – 395 ap. J.-C.

Lorsque l’univers religieux égyptien, si fort et si ancré dans l’esprit des habitants, se heurte aux puissantes cultures de l’Antiquité, cela donne des étincelles. Dans cette deuxième partie du quatrième livre écrit par Christiane Zivie-Coche, docteur en Lettres, l’on découvre une nouvelle Egypte. Une Egypte qui conserve, avec toute sa force et son charme, ses valeurs traditionnelles. L’auteur se concentre sur la période gréco-romaine, très particulière, qui mérite toute son attention et nous transporte dans cet univers si solide et si fragile à la fois. Elle retrace les différentes cultures qui se succèdent en Egypte, analyse les réactions face à ces dominations et la manière dont elle rejette ou assimile ces notions religieuses étrangères.

Dans le premier chapitre, Christine Zivie-Coche aborde le sujet de la vitalité de la religion traditionnelle. Entre le IIIème siècle av. J.-C. et le IIème siècle ap. J.-C., la construction de grands sanctuaires de dieux fondamentaux montre que l’importance religieuse traditionnelle en Egypte n’a pas faibli au fil des ans, même sous la suprématie grecque puis romaine. Ces temples, plus proches de nous que ceux construits dans les périodes précédentes, sont mieux conservés et nous permettent de mieux connaître les décorations et l’architecture. En effet, depuis le IVème jusqu’au milieu du IIIème siècle av. J.-C., même sous la domination étrangère, les empereurs et les rois ont tenu à garder la religion égyptienne telle qu’elle existait depuis toujours.

Il existe en Egypte des milliers de temples. Cependant, certains possèdent une plus grande renommée comme les temples de Dendera, Esna, Edfou, Kom Ombo et Philae. Ils sont tous consacrés à des dieux différents, mais on retrouve des similitudes entre ces temples, tel que les textes liturgiques, mythologiques, des fêtes commémoratives, certes spécifiques, mais qui se célèbrent partout. Même si la grande majorité des temples n’ont ni le même gabarit, ni les mêmes propriétés architecturales, on en trouve dans toutes les zones rurales dépendantes des cités. Les papyrus grecs nous donnent beaucoup d’informations sur la diversité et l’étendue de ces temples gréco-égyptiens dans toute l’Egypte tardive.

Pendant cinq siècles, le développement des temples montre un vif intérêt religieux et un redoublement de l’intensité de la religion égyptienne. Le monde religieux est l’essentiel possesseur du savoir, car l’une des nombreuses activités dans le milieu sacerdotal est la copie de textes anciens A partir du IVème siècle, d’autres emplacements, comme la bibliothèque, le musée et les institutions d’Alexandrie et des écoles conservent aussi des écrits de tous types. Sous la domination grecque, les Egyptiens se rattachent à leurs traditions et principalement dans le domaine religieux, sans grands brassages culturels. Cet attachement grandissant suppose une réaction défensive face à ces dominations qui réduisent l’Egypte à une simple « province romaine ». Ainsi, l’on se réfugie dans les temples pour exercer son activité sans être dérangé. Sans s’en rendre compte, les prêtres gardent un équilibre divin en continuant à pratiquer les rituels dans l’Egypte gréco-romaine, ce qui permit la conservation de toute la culture égyptienne.

Même si l’Egypte reste polythéiste jusqu’à l’arrivée du Christianisme, Osiris et Isis sont adorés à travers tout le territoire. Hérodote mentionne déjà, au milieu du Vème siècle, une présence globale de « grands dieux » qui possèdent de vastes sanctuaires. Osiris et Isis peuvent englober l’intégralité des pouvoirs des autres dieux. La déesse Isis est connue dès l’Ancien Empire dans le Delta en tant que déesse locale. Dès le Ier siècle av. J.-C. son culte commence à se répandre à travers le « culte Osirien », sur tout le territoire égyptien, mais aussi dans tout le bassin méditerranéen. Dès la fin du IVème siècle, Isis devient une déesse commune, qui incarne toute la religion égyptienne. Beaucoup de sanctuaires à son effigie fleurissent dès l’époque ptolémaïque. Elle représente la « mère divine » par excellence. Osiris est rapidement lié à la fonction royale. C’est un dieu qui est lié à la mort et à la renaissance. De plus, plusieurs villes prétendent posséder une partie de son corps. Une fête importante, « la fête de Choiak » lui est consacrée dès le IVème siècle av. J.-C. Elle relate les événements de sa mort et de sa régénération.

Compte-rendu: Christiane Zivie-Coche, Dieux et Hommes en Egypte 3'000 av. J.-C. – 395 ap. J.-C.

Le deuxième chapitre aborde les divinités et cultes des nouveaux habitants d’Egypte. Même avant l’arrivée d’Alexandre le Grand et la domination, certains cultes grecs sont déjà pratiqués dans le nord du Delta, qui voit s’installer des soldats et marchands grecs qui y diffusent leurs cultes. En effet, les Egyptiens pouvaient probablement y participer et inversement, même s’il semblerait qu’ils soient plus attachés à leurs traditions. Néanmoins, certaines représentations égyptiennes portent des influences grecques. Sous la domination romaine, quelques cultes romains font surface, mais la situation générale ne change pas. Il semblerait cependant que le contact entre dieux romains et dieux égyptiens soit plus rare, peut être par le fait que les Romains sont sensiblement moins nombreux que les Grecs.

Depuis l’époque pharaonique, les rois sont considérés comme des dieux terrestres, des hommes suprêmes. Les rois Grecs d’Egypte, notamment les Lagides, portent également une grande importance aux « rois divinisés », dès le IIIème siècle, en introduisant des fêtes. Cette nouvelle perception du roi vient de l’influence égyptienne, car les grecs ont tendance à séparer le monde des dieux et le monde des Hommes. Le culte royal grec est fait par des prêtres et prêtresses. Ces responsabilités sont généralement héréditaires. Un prêtre peut exercer une autre fonction, en même temps. Le culte au roi se fait à sa mort et/ou de son vivant. Il est difficile de savoir comment se déroulait le culte, même si l’on pense qu’il devait y avoir des sacrifices. Le culte royal est une bonne méthode pour influencer les Grecs. Il évoque un sentiment de rassemblement et permet de justifier le pouvoir du roi. Ce culte grec n’est pas accessible aux Egyptiens. Cependant, dans les temples égyptiens, des images du souverain grec étaient placées, pour qu’ils lui adressent un culte. Dès la conquête romaine, le culte royal est remplacé par le culte impérial qui conserve quelques similitudes avec le précédent. L’empereur est toujours vu comme le garant d’un pouvoir continu et un personnage sacré. Cependant, il semble moins impliqué dans le culte impérial. En effet, l’ordre du culte est pris en charge par les autorités municipales ou par de simples citoyens, limitant la responsabilité du clergé. Contrairement aux Grecs, les Romains ne cherchent pas à « s’intégrer » et à comprendre la culture égyptienne, mais tentent d’exercer leur pourvoir.

Dès le IIIème s. ap. J.-C., l’infiltration d’un certain nombre de Juifs en Egypte s’accroît petit à petit. Ce serait lors de la prise de Juda et de la conquête de la ville de Jérusalem par les Babyloniens qu’une partie de la communauté juive se serait installée dans toute l’Egypte et plus précisément dans le Delta. Certains textes égyptiens datant du IVème siècle attestent de la présence de soldats juifs en Egypte. Même s’ils conservent leurs traditions religieuses, leur langue et leurs noms deviennent grecs. La croyance juive en Egypte se rapproche plutôt du syncrétisme. Au IIIème siècle av. J.-C., les textes religieux juifs sont traduits en grec, ce qui leur permet de toucher une plus grande partie de la population païenne. On voit apparaître un nouveau genre de personnes appelées « prosélytes », qui peuvent se joindre aux pratiques religieuses juives. Certains documents mentionnent même des mariages mixtes (juifs et païens), afin de les solliciter à la religion juive. Dès lors, une littérature juive hellénisée se crée. Cependant, même si la culture juive s’est bien intégrée, on remarque d’autre part une rivalité entre Grecs et Juifs, ce qui pourrait être à l’origine d’un antisémitisme primitif de la part des Grecs, des Egyptiens, et plus particulièrement des Romains. Effectivement, c’est sous la domination romaine que la situation en Egypte est la plus délicate. Des conflits d’ordre religieux, politiques et sociaux amènent à de fortes confrontations. La position des Juifs se dégrade dans l’Egypte romaine, puisque les Juifs alexandrins se retrouvent privés de leur « citoyenneté ». En 117 ap. J.-C., les Juifs d’Egypte ont presque tous disparus. Ainsi, pendant près de quatre siècles, les Juifs sont arrivés en Egypte et se sont intégrés à la culture grecque tout en conservant certaines vertus et coutumes religieuses. Ils construisent une relation avec les païens, même si les Juifs n’ont pas souvent été bien vus en Egypte, ce qui provoque des luttes et parfois même des expulsions.

Après la venue des Juifs, c’est au tour des chrétiens de venir s’installer sur le territoire égyptien. Il est pourtant très difficile de cerner avec précision le début du christianisme en Egypte, car les premiers millénaires sont vides d’informations. À la fin du IIème siècle, la présence chrétienne ne cesse d’augmenter, mais il faudra patienter jusqu’au IVème siècle pour voir une église chrétienne. Cependant, ce christianisme primitif diffère un peu de l’actuel, car l’orthodoxie n’est pas encore établie. Dès 350 ap. J.-C., l’orthodoxie romaine se dégage, sûrement grâce à sa bonne structure et donne naissance à la croyance reconnue de l’Eglise. C’est là que les Chrétiens débutent leurs combats contre les non-croyants. Voilà pourquoi il nous reste aujourd’hui si peu de documents du christianisme primitif, qui ont été supprimés intentionnellement. Puis, au Vème siècle la doctrine d’Arius, un prêtre de l’Eglise d’Alexandrie créée un conflit au sein de l’Eglise. Au cours de ce siècle, se créerons deux camps: les pro-ariens et les anti-ariens. D’autres conflits éclatent à cette période. Les Chrétiens d’Egypte exercent aussi ce qu’on appelle « le monachisme ». Il s’agit d’un procédé par lequel un fidèle se retire dans un endroit isolé, pour se purifier et se rapprocher du dieu. A partir de ce mouvement, l’on constate le développement de monastères qui fleurissent aux cours des siècles dans toute l’Egypte.

Le troisième chapitre se focalise sur le début des conflits. Si la religion égyptienne conserve ses traditions, même sous la domination, elle ne reste pas imperméable aux cultures présentes. En effet, même si elles sont différentes, on remarque à l’époque d’Hérodote que tous les domaines égyptiens assimilent quelques notions grecques et inversement. Cela s’explique par l’apprentissage du grec, par beaucoup d’Egyptiens. On retrouve spécialement des hymnes égyptiens rédigés en grec. Petit à petit, la pensée théologique s’ouvre et assimile les dieux grecs aux dieux égyptiens. L’une des transformations concerne Isis, qui rencontrera très vite un vif succès auprès des Grecs et ailleurs, mais elle sera aussi « hellénisée » et réinterprétée. La question est de savoir si ces modifications sont attribuées aux Hellénistes ou aux Egyptiens. Il semblerait que les figures égyptiennes hellénisées aient beaucoup de succès sur tout le territoire égyptien. Seule une partie du peuple égyptien, seulement dans l’Égypte impériale, approuve ces nouvelles représentations.

La cohabitation des cultures et des religions différentes en Egypte ne semble pas, au premier abord, poser de problèmes. La religion égyptienne protège à la fois ses traditions, tout en gardant une liberté d’ouverture aux autres religions. Elle en vient même à assimiler quelques dieux étrangers (Grecs, Perses, Asiatiques…etc.).

Les dieux sont représentés sous plusieurs formes: humaines, végétales ou animales et tout cela sur un pied d’égalité. Mais cette idée n’est pas celle des Grecs qui différencient les hommes des plantes et des animaux. Cela n’empêche pas les Grecs d’assimiler les dieux égyptiens et leurs représentations diverses. En revanche, les Romains sont plus circonspects. Lors de la venue des religions monothéistes, les conflits débutent. La religion juive, ne posera pas beaucoup de problèmes en Egypte car elle ne souhaite pas s’imposer. Cependant, ce qui déclenchera les conflits sera son refus de se mélanger aux autres cultures égyptiennes. Pour ce qui est du monothéiste chrétien, les problèmes sont plus tardifs. Au début, il y a un respect mutuel. Les luttes commencent dès le début du Vème siècle, sous la domination romaine. Cette « nouvelle » et jeune religion, venue de l’étranger est mal perçue. Le fait que les chrétiens s’opposent au culte impérial n’arrange pas les choses. Le christianisme entre en conflit avec les païens et les juifs, parallèlement aux conflits internes. Ces altercations se terminent par la prise du pouvoir de l’évêque Théophile d’Alexandrie et la démolition de temples.

La troisième partie aborde les mœurs égyptiennes. Le premier chapitre mentionne les activités autour des sanctuaires. En 280 av. J.-C. Ptolémée II d’Alexandrie instaure une fête grecque en l’honneur de Dionysos fondateur de la lignée des Lagides et de ses parents divinisés, lui permettant ainsi de se considérer comme fils de dieux. Cet événement est fêtée tous les quatre ans et se déroule en quatre étapes : la procession de deux jours hiérarchisée selon le métier, l’âge et le genre, suivi du sacrifice de mille taureaux, le concours de trois épreuves (athlétisme, musique et équitation) et le banquet divisé en deux, l’un pour les hauts fonctionnaires et le second pour les autres. Ce spectacle permet de charmer les visiteurs, de leur montrer le pouvoir et les richesses du roi. Cette fête englobe à la fois la victoire, la puissance, le respect des anciens et des dieux, la richesse et la paix afin de garantir l’attachement et l’appui du peuple grec.

L’une des plus célèbres fêtes du temple romain ptolémaïque d’Esna est « la fête du soulèvement du ciel et de l’instauration du tour de potier ». Lors de cette fête, on commémore et imite les actions des dieux aux origines. On a aussi retrouvé un calendrier des fêtes, qui donne toutes les instructions nécessaires. Les jours de fêtes sont fériés en Egypte tout comme en Grèce. Tous les rituels d’Egypte ont des actes en commun, mais possèdent aussi chacun leurs spécificités. La cérémonie d’Esna est axée sur le concept de la création du cosmos par le dieu Khnoum, d’où l’acte du « soulèvement du ciel ».

Les rituels du matin ont lieu toute l’année dans tous les sanctuaires d’Egypte. Ils se déroulent toujours de la même manière : offrandes, « chant du matin » et « éveil du dieu » par le prêtre.

La cérémonie, après la seconde purification des prêtres, se poursuit avec la « sortie du dieu ». L’on place l’image du dieu dans la barque sacrée. Le cortège fait un circuit autour de la ville, puis revient à son point de départ et continue avec les offrandes. Ensuite a lieu le rituel de « l’union au disque », permettant à la statue de récupérer de la vitalité. Cette « révélation du visage » accompagnée de chants permet à tous les Egyptiens de voir le dieu. Puis un prêtre lit Le Livre de détruire Apophis qui retrace le combat du dieu solaire contre le serpent maléfique. « Le mystère de la naissance royale » est une fête qui justifie le lien indispensable entre le dieu, son office de création (ici Khnoum) et l’office royal. À Esna, on célèbre la naissance du premier roi sur « le tour de potier » du dieu Khnoum.

Le dernier acte qui se déroule en fin de journée doit assurer la continuité du pouvoir de création du dieu Khnoum à travers l’espèce humaine. La barque sacrée quitte à nouveau le temple, suivi de la purification, des offrandes, des chansons et l’éclairage de torches. Un rite spécifique à la ville d’Esna, appartenant au dieu Khnoum, est d’installer symboliquement le « tour de potier », emblème de création, « dans le ventre » de toutes les femmes, afin d’assurer la continuité du pouvoir.

La vie des prêtres égyptiens dans un temple est rythmée par des fêtes. Les prêtres consacrent une grande partie de leur temps au « service du dieu ». Cependant, la vie ordinaire sacerdotale est faite d’occupations variées qui ne sont pas obligatoirement cultuels. Grâce aux documents grecs et démotiques, nous savons quels étaient les activités et les devoirs des prêtres au sein du temple. Les temples bénéficient de revenus sur leurs terres cultivées qui sont louées, permettant ainsi la bonne conservation du temple. La domination romaine instaure des lois plus strictes, coupant les subventions de l’Etat. Contrairement à cette période, l’époque ptolémaïque permettait à l’Etat d’aider les temples dans leurs frais de culte. Cependant, ce sont parfois les fidèles qui participent aux frais du culte. La plupart des dépenses du temple sont destinées aux impôts. L’organisation des prêtres au sein du temple est très rigoureuse. Répartis en cinq « tribus », ils exécutent leurs fonctions à tour de rôle. Chaque rôle est hiérarchisé et contient plus ou moins de prêtres selon l’importance de la tâche.

Dans le second chapitre, Christiane Zivie-Coche traite des deux types de religions égyptiennes, la religion officielle, pratiquée dans des temples, et la religion privée. La religion officielle empêche les fidèles d’être en contact avec leurs dieux, contrairement aux Grecs. C’est pour cela qu’est née la religion privée qui s’inspire de celle des temples. La coutume de la prière apparaît justement dès l’époque gréco-romaine. La piété, importante dans le monde égyptien, consiste à participer aux cérémonies publiques ou aux pèlerinages. Elle se pratique aussi de manière privée (amulettes, objets sacrés, graffiti personnels, figurines etc.), montrant l’attachement des fidèles égyptiens à leur mythologie, dans leur vie de tous les jours.

En Egypte, les temples servent parfois aussi de refuge à n’importe quelle personne. Certains Grecs et Egyptiens vivent ensemble dans des temples. Ils accueillent parfois des exilés, pour diverses raisons (grève, misère, conflits personnels, maladies etc.). Cette procédure est moins développée à l’époque romaine. Soit le pensionnaire reste dans le temple, avant de repartir. Soit il décide d’y rester plus longtemps et se consacre aux dieux. D’ailleurs, Ptolémée vécut dans un temple égyptien, le Sarapieion de Memphis, pendant près de vingt ans. Au IIème siècle av. J.-C., les relations pacifiques et problématiques entre les Grecs et les Egyptiens montrent un attachement à la protection des dieux, de la part des deux cultures, car il semblerait que leurs mondes ne soient pas équilibrés. Les dieux, comme les temples, sont indispensables à la protection du peuple.

Pour communiquer avec les dieux, les Egyptiens vont dans les temples ou communiquent avec les oracles. En Egypte, cette pratique existe déjà depuis le Nouvel Empire, mais se développe sous la domination gréco-romaine. Pour communiquer, les Egyptiens ont plusieurs possibilités. Ils peuvent passer par l’intermédiaire des oracles et des prêtres, s’adresser aux dieux directement ou passer la nuit au sanctuaire ou dans un sanatorium pour voir le dieu en rêve. Les sujets traités sont généralement des soucis de la vie (peurs pour le futur, problèmes familiaux, santé etc.). La religion privée ne peut pas être simplement comparée à la magie, qui est reconnue publiquement. Effectivement, le domaine de la magie, appartient plutôt aux prêtres qui connaissent les formules. Dans l’Egypte hellénisée, la magie égyptienne assimile aussi des pratiques grecques ou autres. Elle a pour but d’avoir de bonnes ou de mauvaises intentions sur quelqu’un.

Dans le troisième chapitre, le thème traité est celui de la foi et des rites funèbres.

La vision égyptienne est centrée sur le bonheur terrestre. Cependant, les Egyptiens s’inquiètent aussi de la vie dans l’au-delà et accordent une importance à la conservation du corps. Les images que les Egyptiens se font de l’au-delà se répercutent dans leur vie quotidienne, mais aussi sur les tombes, les sarcophages, les « cercueils », simples linceuls et sur les murs des chambres funéraires, s’inspirent du Livre des morts, permettant au défunt d’atteindre le monde souterrain, sans tomber dans les pièges. Certaines images à forte teneure symbolique (pilier djed, nœud d’Isis, croix ansée) préservent le défunt. Les scènes représentent surtout des concepts usuels de conservation. Parfois, l’on retrouve des décors des deux cultures grecque et égyptienne dans une même pièce. Les défunts grecs sont enterrés dans des tombes, mais peuvent aussi être brûlés. La vision gréco-romaine de la vie après la mort est difficile à cerner, car elle approuve facilement celle des Egyptiens qui est plus attirante et positive. Les sujets les plus souvent abordés dans les tombes grecques sont la perception de la mort et de la vie dans le royaume d’Hadès, qui est bien plus noire que celle des Egyptiens. Par son optimisme, la religion égyptienne charme les autres cultures. Un des rites funéraires traditionnels, connu et rependu dans l’Egypte gréco-romaine, est sûrement la momification utilisée aussi chez les Grecs-égyptiens. Grâce aux auteurs grecs, cette pratique décrite vise à conserver le corps du défunt afin qu’il subsiste dans l’au-delà. La momification est coûteuse et n’est donc pas abordable par tous. Il existe donc trois catégories de momification qui passe d’un embaumement rapide et sans traitements à une momification de bonne qualité, accessible à une petite partie de la population égyptienne. Un autre rite traditionnel égyptien, utilisé par les Grecs, est la disposition, dans les tombes, d’objets à significations particulières et utiles à la vie du défunt (statuettes de dieux, lampes à huile, ouchebtis etc.). Les tombes retracent et expriment ainsi parfaitement la vie du défunt en fonction de sa décoration, de la qualité de l’embaumement et des objets. L’embaumement nécessite plusieurs personnes. Le métier s’enseigne de père en fils. A l’époque ptolémaïque, la charge revient aux prêtres qui travaillent avec les embaumeurs. Cependant, il se peut aussi que le fils du défunt prenne la charge d’embaumeur. Voici une des raisons de l’utilité de la succession masculine en Egypte. La momification des animaux se développe dans l’Egypte gréco-romaine, même si elle existait bien avant.

Il est intéressant de remarquer que lorsqu’un Egyptien se convertit, il conserve certaines pratiques traditionnelles. Cela se démontre bien lorsqu’on est en face d’une tombe qui date de l’Egypte chrétienne, car il est difficile de déterminer si elle appartient à un chrétien ou à un Egyptien. De plus, certains cimetières sont utilisés par les deux religions. Il semblerait même que des chrétiens aient adopté la pratique de l’embaumement surtout pour le côté conservateur, qui rappelle la renaissance. Ce mélange des deux pratiques funéraires montre une certaine influence égyptienne sur les chrétiens. Le symbole égyptien de la croix appelé « croix ansée » est réinterprété dans le christianisme comme homologue de la croix chrétienne. Petit à petit, les pratiques sont abandonnées et jugées profanes, « païennes », mauvaises, afin de marquer la séparation entre les deux religions. La religion égyptienne restera, dans les esprits chrétiens, une religion de personnes mélangeant animaux et humains à la fois effrayante et fascinante.

Pour conclure, dans ce livre que j’ai beaucoup apprécié, on découvre que les cultures, bien que différentes et rigides, ont des choses en commun. Elles se modifient et assimilent des valeurs.

Contrairement aux autres livres qui ne parlent que de l’Egypte pharaonique, ce livre dépasse cette limite. Ce qu’on y trouve est tout aussi complet et rempli d’informations qui font partie du bagage historique de l’Egypte, mais que beaucoup de gens oublient de mentionner. La deuxième partie, structurée et complète, traite des changements et des influences de l’Egypte gréco-romaine. Christiane Zivie-Coche démontre bien la relation importante entre les Egyptiens et le monde religieux qui rythme leur vie quotidienne, tel que les craintes et les espoirs.

Image du haut : Temple de Medinet Habou

Image du bas : Photo faite au Musée de Berlin, Allemagne

Bibliographie : DUNAND, Françoise et ZIVIE-COCHE, Christiane, Dieux et Hommes en Egypte, 3000 av. J.-C. à 395 ap. J.-C., Paris, 2001

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Les Textes des Pyramides d'Ounas

1 Septembre 2013 , Rédigé par Tania Falone Publié dans #Egyptologie, #Archéologie

Les Textes des Pyramides d'Ounas

La nécropole memphite de Saqqarah a abrité les tombes des rois des premières dynasties. Divisée en deux parties distinctes, une partie nord et une partie sud, Saqqarah devient la nécropole principale au cours de l’Ancien Empire. Ainsi, pendant la IIIème dynastie, le roi Djoser fait construire à Saqqarah la première grande construction pyramidale, la fameuse pyramide à degrés, chef d’œuvre d’Imhotep. Cette construction devient le premier élément d’une longue tradition qu’est celle de la construction de pyramides. En effet, les successeurs de Djoser reprennent son exemple et construisent des bâtiments semblables à sa pyramide dans la nécropole de Saqqarah.

La pyramide d’Ounas, située au Nord de Saqqarah, est construite à la Vème dynastie durant l’Ancien Empire. Cette pyramide est connue pour les textes présents sur les parois de la chambre funéraire, découverte par Maspero en 1880. Ces textes, appelés Textes des Pyramides, sont l’une des découvertes majeures de Saqqarah. En effet, les pyramides précédant celles d’Ounas ne possédaient aucune inscription. Les appartements funéraires d’Ounas sont les premiers à posséder ce corpus de textes sur les parois.

Que sont les Textes des Pyramides ? Quelle est leur importance ? Quel est le rôle de ce corpus ? Quelle est la relation entre les textes et leur disposition dans les appartements funéraires ? Quelles sont les particularités graphiques dans les tombes d’Ounas ?

Pour répondre à ces différentes problématiques, nous allons suivre un plan chronologique en nous intéressant à Ounas. Nous ferons une brève biographie, nous situerons le complexe funéraire dans la nécropole de Saqqarah et nous regarderons l’architecture. Pour finir, nous nous intéresserons aux Textes des Pyramides, à leur disposition dans la pyramide et à leurs particularités graphiques.

 

Contexte historique du protagoniste:

Le roi Ounas est le dernier pharaon de la Vème dynastie (2375-2345 av. J.-C.). Cette affirmation est faite par Manéthon. De plus, ce dernier fait du règne d’Ounas le dernier de l’Ancien Empire. Ainsi la VIème dynastie serait le début de la décadence qui précède la Première Période Intermédiaire. Selon le Canon de Turin et Manéthon, Ounas a régné environ trente ans.

L’historiographie mentionne peu d’éléments sur sa vie privée, car elle est peu connue et encore très sombre. Son successeur est Téti, premier roi de la VIème dynastie et père de Pépi Ier. Dans son ouvrage, Nicolas Grimal pense qu’Ounas est le fils de Djedkârê, mais cela reste une hypothèse car aucune preuve ne confirme cette affirmation.

Le règne d’Ounas est marqué par une diplomatie suivie et active entre l’Egypte, Byblos et la Nubie. Il est également connu comme étant un grand bâtisseur. On retrouve ses constructions à Eléphantine et à Saqqarah nord avec son complexe funéraire.

 

Architecture du complexe funéraire :

La pyramide d’Ounas se trouve à Saqqarah nord, au sud-ouest de la célèbre pyramide à degrés du roi Djoser, roi de la IIIème dynastie. Elle a été construite entre la pyramide à degrés et celle de Sekhemkhet. Cette disposition n’est pas anodine. En effet, le sommet de la pyramide d’Ounas est parfaitement aligné avec celui de la pyramide de Djoser et de Sekhemkhet. Il semblerait donc, selon Labrousse, que la pyramide a été installée de façon volontaire entre ces deux pyramides à degrés dans la plaine désertique de Saqqarah.

La pyramide est dans un très bon état de conservation comparée aux autres monuments de Saqqarah. Contrairement à une majorité des pyramides bâties sur le site de Saqqarah, la pyramide d’Ounas est de petite taille. La hauteur de la structure est de 82,5 coudées soit l’équivalent de 43 mètres environ. Par conséquent, on constate que la pyramide d’Ounas est plus petite que celle de Djoser qui atteint 62 mètres de haut.

La pyramide a été découverte par Maspero, à l’époque chef du Service des Antiquités, le 28 février 1881. Par la suite, elle a été fouillée par Barsanti de 1889 à 1901, Firth de 1929 à 1930 et Lauer en 1937 pour ne citer qu’eux.

La pyramide d’Ounas a eu le privilège d’avoir été dégagée sur ses quatre faces, ce qui n’est pas le cas des autres édifices de la nécropole.

Le nom de la pyramide « nfr sw.t wnis » possède plusieurs traductions comme par exemple « Les places d’Ounas sont parfaites » ou « Ounas a des places parfaites ».

Le complexe funéraire d’Ounas semble avoir été construit sur le modèle de la pyramide de son prédécesseur, Djedkârê Isesi, et possède ainsi les éléments standards des complexes de l’Ancien Empire. En effet, la pyramide du roi, élément central du complexe, se trouve au centre et est mis en évidence par sa taille. A l’est de la pyramide, se trouve un temple funéraire et une pyramide satellite pour le kA du défunt. Le temple funéraire est relié à un autre temple, se trouvant dans la vallée, au sud-est de la pyramide, par une chaussée d’environ 750 mètres. Contrairement à la pyramide de Pépi Ier, celle d’Ounas n’a aucune pyramide de reines à proximité, cependant des scientifiques ont découvert plusieurs mastabas de hauts dignitaires ayant vécu durant son règne autour de son complexe. La pyramide possède une cour nord, avec une chapelle, et une cour sud qui sont encadrées par une enceinte, englobant la pyramide satellite et l’ensemble du temple présent à l’Est, formant ainsi une structure rectangulaire.

Aujourd’hui, les fouilles se poursuivent sur le plateau de Saqqarah et certainement de nouvelles informations vont émerger concernant la pyramide d’Ounas.

Concernant les appartements funéraires dans la pyramide, l’architecture se fixe également avec Djedkârê Isesi. Cette architecture est reprise par les successeurs d’Ounas jusqu’à Pépi II. Ainsi, on retrouve la chambre funéraire à l’ouest du complexe. La chambre funéraire est le lieu le plus important, car elle contient le sarcophage du défunt et sa dépouille. Cette pièce communique avec l’antichambre au moyen d’un petit couloir qui occupe la place centrale de l’architecture. A l’est du complexe funéraire, se trouve le serdab, pièce un peu à part du reste, qui communique avec l’antichambre par un petit passage.

Le serdab mesure 6,76 mètres du nord au sud et 2,12 mètres d’est en ouest. Il y a un plafond à 2,56 mètres de hauteur et trois magasins se rattachent au serdab. La chambre funéraire de la pyramide d’Ounas est quasiment intacte et est l’une des chambres les mieux conservées. Les murs nord et sud font environ 7,33 mètres de long et le mur est-ouest mesure 3,13 mètres. La hauteur de la chambre est estimée à 3 mètres. A l’est de la chambre, les murs sont en calcaire gravés et possèdent une décoration en albâtre avec une façade de palais entourant le sarcophage de grès.

 

 

A Pyramide du roi; B Pyramide satellite; C Chaussée; D Entrée du temple de la vallée; E Entrée du temple funéraire; F Entrée de la pyramide: G Temple interieur; H mur

A Pyramide du roi; B Pyramide satellite; C Chaussée; D Entrée du temple de la vallée; E Entrée du temple funéraire; F Entrée de la pyramide: G Temple interieur; H mur

Les Textes des Pyramides chez Ounas :

La grande nouveauté de la pyramide d’Ounas est la découverte des Textes des Pyramides, textes qui figurent pour la première fois dans le complexe de ce pharaon à la Vème dynastie. Ce corpus se retrouve dans les pyramides des successeurs d’Ounas tels que Téti, Pépi Ier ou encore Pépi II. Au total, il existe cinq pyramides à textes : celles d’Ounas, Téti, Pépi Ier, Merenrê, Pépi II et ses reines. Les Textes des Pyramides n’apparaissent pas dans toutes les pyramides de l’Ancien Empire. En effet, durant cette période, le corpus se retrouve chez les rois et les reines. On trouve les Textes des Pyramides gravés sur les murs des appartements funéraires jusqu’à la VIIIème dynastie, avec la tombe de Aba, roi de la VIIIème dynastie qui aurait régner deux ans selon le Canon royal de Turin. On retrouve les Textes des Pyramides dans la tombe du dignitaire Senouseretankh, qui a vécu sous Sésotris Ier, pharaon de la XIIème dynastie.

Par la suite, les formules figurant sur les murs se retrouvent dans les Textes des Sarcophages et plus tardivement, dans le Livre des Morts. Au fur et à mesure de cette évolution, les textes funéraires ne seront plus attribués uniquement à la royauté, mais se retrouvent dans les tombes des hauts dignitaires.

Explication des Textes des Pyramides :

Mais que sont donc ces fameux textes gravés sur les différentes pièces composant l’appartement funéraire d’Ounas ? Les Textes des Pyramides sont « la plus ancienne composition funéraire de l’humanité » selon Bernard Mathieu. Ils expriment, dans une langue poétique, le parcours symbolique du roi défunt de la mort vers la vie éternelle. Pour se faire, des hiéroglyphes figurent sur les murs de la chambre funéraire dans un ordre particulier. On trouve dans ces textes des prières, des conseils pratiques, des formules magiques qui aident le défunt à surmonter les différents obstacles qui se dressent devant lui.

Le but des Textes des Pyramides est de permettre au roi mort de retrouver ses principales fonctions vitales dans l’au-delà, lui offrant ainsi une renaissance auprès des différentes divinités du panthéon égyptien. Le thème de la transformation est un thème récurrent dans les Textes des Pyramides, tout comme le thème du contraste entre immobilité et énergie, lumière et ombre. En effet, le roi passe d’un corps momifié, immobile et inerte à un être fort, dominant, puissant à travers diverses étapes de transformation du défunt, étapes décrites sur les différentes parois de la tombe du roi mort. Le texte possède ainsi un pouvoir « magique », c’est à travers les mots et l’écriture des formules que le roi va pouvoir atteindre son état d’être parfait dans l’au-delà. Le symbolisme du texte est très important dans les textes égyptiens.

Ce corpus n’est pas placé au hasard dans la pyramide. En effet, la disposition du texte dans les appartements funéraires de la momie suit un ordre logique et précis.

Historique de la découverte :

La pyramide d’Ounas, découverte par Maspero le 28 février 1881 n’est pas la première pyramide découverte avec les Textes des Pyramides. Cependant, elle est la plus ancienne pyramide attestée ayant les Textes des Pyramides. En effet, ses prédécesseurs n’avaient aucune inscription dans leur tombe, démontrant ainsi une nouveauté à l’époque d’Ounas. Le corpus funéraire a été découvert par Maspero dans la pyramide de Pépi Ier entre mai et juin 1880. Dès le début de sa découverte extraordinaire, Gaston Masperon va procéder à l’estampage des inscriptions de la pyramide.

Par la suite, Maspero publiera les Textes des Pyramides pour la première fois en 1882-1893. Ensuite, Kurt Sethe fait une édition synoptique des textes de la pyramide de Pépi Ier, d’Ounas, Téti et Merenrê et Pépi II.

Emplacement des Textes des Pyramides chez Ounas :

Les Textes des Pyramides sont en relation directe avec l’architecture de la tombe du roi. Cette relation est reprise par la suite par les successeurs d’Ounas. Comme énoncé plus haut, la structure des appartements funéraires de la pyramide est fixée avec le prédécesseur d’Ounas, Djedkârê Isesi. Le roi Ounas va, en fonction de cette architecture, appliquer les Textes des Pyramides dans un ordre logique et précis, ordre qui deviendra fixe avec sa tombe.

Dans la chambre funéraire se trouve la momie, inerte, immobile, ayant besoin d’énergie pour entamer son long voyage dans l’au-delà. Cette énergie est fournie au défunt par les offrandes énoncées sur la paroi nord de la chambre. On appelle ce texte « les listes d’offrandes » et il est composé d’une série de formules d’offrandes, de libations, d’encens, de pains, de céréales, de galettes, de laitage, de viande, de volailles, etc. Ces textes offrandes sont offerts de manière symbolique mais permettent au roi d’acquérir des forces nécessaires pour sortir de son inertie.

Sur le mur est de la chambre funéraire, on prévient la faim et la soif du défunt avec des formules de provendes. Sur la paroi sud, on trouve des formules cosmographiques composées de formule de résurrection, de progression et d’ascension. Le voyage du pharaon commence avec ces formules. En effet, après les offrandes et les formules de provende, le roi est sorti de son immobilité et est rassasié de ses offrandes; il peut donc entamer son parcours à travers le monde funéraire. Géographiquement, les inscriptions nous emmènent en direction du passage qui conduit à l’antichambre. Ainsi, en lisant les inscriptions, on suit le parcours du roi et on voit sa transformation.

Le passage entre la chambre funéraire et l’antichambre est également couvert de textes qui soulignent l’état auquel le roi est arrivé après les différents procédés de la chambre funéraire. On aboutit alors à une première étape de transformation. Le défunt n’est plus une momie inerte mais un être plein d’énergie. La paroi Nord de ce petit passage continue sur le thème des offrandes et énonce ainsi la fin de la fatigue du roi et l’écartement des forces hostiles qui pourraient gêner le roi dans sa progression.

Dans l’antichambre, le nouvel état du défunt et les différentes étapes de l’ascension du roi sont énoncées et précisées. La paroi ouest décrit l’état du mort où il apparait sur son trône, dominant, gouvernant le cosmos. Cette notion de ciel et de cosmos est représentée, dans la pyramide, par un ciel étoilé figurant au plafond des différentes pièces qui possèdent les Textes des Pyramides. Le roi est ainsi décrit comme étant fort, puissant, ayant une grande liberté de mouvement que l’on peut mettre en opposition avec l’état immobile de la momie. Cette liberté est énoncée sur la paroi sud de l’antichambre. Sur cette même paroi, on décrit le parcours du roi entre le ciel et la terre et de ses mouvements qui lui permettent d’entamer son ascension. La paroi ouest résume les différents procédés de transformation et on y trouve des formules de conjurations. La paroi Nord décrit les déplacements du roi qui quitte le monde des Hommes pour monter vers les étoiles.

A l’est de l’antichambre se trouve le serdab, lieu le plus à l’est des appartements funéraires et qui a la particularité de n’être jamais inscrite. Cette pièce recèle généralement une statue du défunt.

Le sens global de la lecture se fait d’ouest en est, sens qui a toute sa signification. En effet, l’ouest représente, dans la religion égyptienne antique, le monde funéraire, l’orientation des nécropoles et où le soleil se couche. L’est représente la vie, la lumière et le lever du soleil. Ainsi, les hiéroglyphes nous font passer du monde funéraire au monde des vivants. Cette opposition est-ouest est également représentée géographiquement par la disposition des pièces dans l’appartement funéraire. En effet, la pièce le plus à l’ouest est la chambre funéraire ou se trouve la momie du roi, qui se trouve être dans une immobilité complète. La partie le plus à l’est est le serdab, lieu anépigraphe qui recèle la statue du défunt ou d’un Osiris. Arrivé devant cette pièce, le roi a recouvré toutes ses forces et est un être en mouvement qui peut vivre éternellement auprès des dieux. On accompagne le roi dans son évolution, de son état léthargique à son état de roi dominateur ayant recouvré toute sa puissance et toute sa gloire.

Particularités graphiques du texte chez Ounas :

L’écriture pour les Egyptiens est sacrée et tous les signes représentés par les hiéroglyphes prennent une réalité symbolique. Cette idée du « réel » dans l’écriture a poussé certains rois de l’Ancien Empire à modifier graphiquement les Textes des Pyramides présents dans leur tombe. Ainsi, chaque roi modifie les textes comme il l’entend démontrant ainsi une évolution de la pensée et de la réflexion des anciens Egyptiens. Par conséquent, les modifications graphiques varient d’une tombe à l’autre, modifications qui ont été étudiées de près par P. Lacau.

Concernant la pyramide d’Ounas, Lacau émet l’hypothèse que les inscriptions peuvent être antérieures au règne de pharaon. L’indice de cette antériorité a été révélé par Kurthe Sethe, publicateur des Textes des Pyramides. En effet, il a relevé que les 649 colonnes de textes portent de nombreuses traces de reprises de gravure. Au total, il y a environ 163 corrections. Ces modifications sont variables et certaines portent sur un seul signe, sur un mot ou encore sur un passage entier.

Selon Lacau, le texte a d’abord été dessiné sur les parois à l’aide d’encre noire, à partir d’un texte original en hiératique (écriture simplifiée des hiéroglyphes). Les premières corrections sont certainement dues à une mauvaise copie du texte original, ce qui implique un décalage de certains signes car leur emplacement dans un mot n’est pas conforme à l’esthétique égyptienne. Cette modification concerne un signe ou un groupe de signe dans leur ensemble.

Le texte est particulier car il semblerait qu’à la base ce texte a été conçu pour un roi quelconque. Ainsi, on constate que le cartouche d’Ounas semble avoir été gravé par-dessus le terme n(y)-sw.t, terme signifiant roi.

Pourquoi autant de modifications ont-elles été faites ? Certainement parce que les erreurs et les mauvaises dispositions ont été détectées après la gravure. En effet, après le dessin à l’encre noir, une première vérification a lieu pour confirmer la gravure. Ensuite, après la gravure, une seconde vérification est faite pour mettre en évidence les éventuelles erreurs restantes indiquées à l’encre rouge ou noire. Ainsi, certaines modifications ont été faites avant que la portion du texte suivant ne soit gravée.

Parmi les 163 modifications présentes chez Ounas, on distingue différents types. On trouve ainsi des inversions de signes ou de mots. Un signe voit sa position inversée dans la phrase car sa position n’est pas adéquate. Cette modification ne change en rien le sens général de la phrase.

La seconde modification courante est la suppression d’un signe ou d’un mot gravé à l’aide de plâtre. Pour finir, on trouve l’insertion d’un mot ou d’un signe dans une phrase, ajout certainement dû à un oubli d’un signe, comme un déterminatif dans la phrase.

Un élément frappe dans la pyramide d’Ounas. Tout ce qui concerne l’humain est banni de la tombe. En effet, on ne trouve aucune partie de corps humain ou d’humain entier dans les textes de la tombe de ce pharaon. Cette particularité graphique est reprise chez Téti, qui n’indique que certaines parties du corps humain mais ces derniers ne sont jamais représentés de façon complète. Cette exclusion de l’humain est moins présente chez Pépi Ier, qui lui martèle les mammifères et les animaux en règle générale.

Cette exclusion de l’homme dans la pyramide d’Ounas pourrait s’expliquer par le fait que le seul être humain présent dans la tombe doit être le défunt lui-même. Aucun autre homme ne doit être présent. Par conséquent, on supprime toutes les représentations humaines qui pourraient interférer avec le défunt de façon magique et symbolique. Ce phénomène pourrait aussi traduire une peur générale de l’homme et une grande méfiance vis-à-vis de ce dernier.

Pour cette première partie, nous pouvons conclure que la pyramide d’Ounas est un monument unique en son genre et plein de surprises. Disposée de façon particulière entre les pyramides à degrés de la nécropole de Saqqarah, la pyramide d’Ounas, découverte par Gaston Maspero au XIXème siècle, est la première pyramide à posséder les Textes des Pyramides, corpus funéraire le plus ancien connu aujourd’hui. Bien que repris par les successeurs du roi Ounas, ce corpus nous permet de mieux comprendre l’importance des pyramides et des emplacements des appartements funéraires. Mis en lien direct avec l’architecture, le corpus permet au roi d’atteindre l’au-delà et de passer d’un état léthargique à un état de force. De plus, chaque pyramide adapte et modifie le texte à sa guise et selon les modes de pensées de l’époque. Toujours étudiées aujourd’hui, les pyramides à textes nous réserve certainement encore de nombreuses surprises cachées sous les sables.

Bibliographie:

LACAU, P., « Suppressions et modifications de signes dans les textes funéraires », ZÄS 51 (1914), p. 1-64.

ALLEN, J.-P., « Reading a pyramid », in : BERGER, C., CLERC, G., GRIMAL, N. (dir.), Hommages à Jean Leclant I (BdE 106/1), Le Caire, 1994, p. 5-28.

ENGLUND, G., « La Lumière et la répartition des Textes des Pyramides », in : BERGER, C., CLERC, G., GRIMAL, N. (dir.), Hommages à Jean Leclant I (BdE 106/1), Le Caire, 1994, p. 169-180.

GRIMAL, N., Histoire de l’Egypte ancienne, Paris, 1988, p. 103-110.

LABROUSSE, A., L’architecture des pyramides à textes (vol.1 : Saqqarah Nord) (BdE 114), Le Caire, 1996, p. 3-41.

LABROUSSE, A., L’architecture des pyramides à textes (vol.2 : Saqqarah Sud) (BdE 131), Le Caire, 2000, p. 1-45.

LECLANT, J., « Pépi I », in REDFORD, D.B. (ed.), The Oxford Encyclopedia of Ancient Egypt (vol.3), Oxford, University Press, 2001, p. 33-34.

LECLANT, J., « Quand les pyramides se sont mises à parler », Egypte, Afrique et Orient N°12 (février 1999), Avignon, p. 7-12.

MATHIEU, B., « Modifications de texte dans la pyramide d’Ounas », BIFAO 96 (1996), p. 289-311.

MATHIEU, B., « Que sont les Textes des Pyramides ? », Egypte, Afrique et Orient N°12 (février 1999), Avignon, p. 13-22.

MALEK, J., « The Old Kingdom (c. 2686 – 2125 bc J.C.) », in SHAW (ed), The Oxford History of Ancient Egypt,Oxford, 2000, p. 89-117.

PIANKOFF, A., The Pyramid of Unas (Egyptian Religious Texts and Representations 5; BollSer 40), Princeton, 1968.

SHAW, I., NICHOLSON, P., The Princeton Dictionary of Ancient Egypt, 2008, p. 245 et 338.

VERNER, M., The Pyramids. Their Archaeology and History, London, 2003, p. 332-355.

Site Internet:

http://www.clio.fr/bibliotheque/pdf/pdf_les_textes_des_pyramides.pdf

(consulté le 08.04.2013).

Chambre funéraire d'Ounas

Chambre funéraire d'Ounas

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Exposé: Trois objets au Musée d'Art et d'Histoire de Genève

30 Août 2013 , Rédigé par Célimène Bonjour Publié dans #Egyptologie

Exposé: Trois objets au Musée d'Art et d'Histoire de GenèveExposé: Trois objets au Musée d'Art et d'Histoire de Genève

Information

Tous ces objets se trouvent en salle d'Egyptologie, au sous-sol du Musée d'Art et d'Histoire.

Plan

  1. La statue de Sekhmet
    1. La cour du temple d’Amenhotep III
  2. La statue de Ouadjit
    1. Les formes de la déesse lionne
  3. Le verrou de porte à tête et arrière-train de lion
    1. Le pouvoir de protection

Exposé

  1. La description de la statue de Sekhmet
Exposé: Trois objets au Musée d'Art et d'Histoire de Genève

La statue de Sekhmet est une statue anthropomorphe, ici un félin et corps de femme.

La déesse est assise sur un trône, un piédestal se trouvant à l’avant afin qu’elle puisse poser ses pieds. Ses mains sont posées sur les cuisses. Elle porte également un collier, une tunique à bretelle et une coiffe. Le disque solaire endommagé laisse apercevoir le reste d’un uraeus.

Le pilier dorsal, épousant la forme du dos, monte jusqu'en au sommet du disque solaire.

Dans sa main gauche, Sekhmet tient une croix ‘nx (, lire ankh) endommagée et porte des bracelets au poignet, ainsi qu’aux chevilles. Le poignet droit est détruit, mais on peut supposer qu’il était décoré d’un bracelet.

Au niveau des jambes, figure une inscription de chaque côté de celles-ci. Cependant, la jambe de gauche est la seule à être lisible. On y lit :

« nfr ntr, nswt – bity, nb t3.wy [Nb-m3at-ra], mry sxmt […] di(w) anx D.t

« Le dieu parfait, le maître du Double Pays Nebmaâtrê, aimé de Sekhmet […], doué de vie éternellement. »

Elle comporte le cartouche du pharaon Amenhotep III, suivi de la mention « […] aimé de Sekhmet » et de l’épithète donnée à la déesse, malheureusement illisible ici.

Son état de conservation général est assez bon même s’il n’est pas suffisamment bon pour reconnaître correctement le texte écrit le long de la jambe droite. On constate aussi que le haut du corps est travaillé d’une meilleure façon que le bas.

Fiche technique

Numéro d’inventaire

20926

Mesures

215 cm x 56 cm x 100 cm

Poids

1'700 kg

Matière

Granodonite noir

Cette pièce qui a été offerte par la République Arabe d’Égypte à la Confédération Suisse, en reconnaissance de la contribution Suisse au sauvetage des monuments de Nubie en 1972.

Elle daterai du Nouvel Empire (XVIIIème dynastie) et proviendrait du temple funéraire d’Amenhotep III à Thèbes (1402-1364 av. J.-C). Cette information est confirmée grâce au nom du pharaon inscrit sur la statue.

1.1 La cour du Temple d’Aménophis III

Sekhmet est une déesse dangereuse. Etant associée à la lionne féroce dans la nature, elle est souvent représentée de manière anthropomorphique avec une tête de lionne. Elle répand à travers le monde ses terribles messagers porteurs de maladies et de malheurs.

Elle est particulièrement redoutable lors des changements de cycles comme la crue du Nil ou la célébration de la nouvelle année.

C’est également une des manifestations hostiles du soleil, ce qui se traduit dans son iconographie par un disque solaire protégé par une uræus.

Le disque solaire rappelle Le Mythe de la Vache Céleste lorsque Rê, fâché contre les hommes, envoie Sekhmet sur terre pour faire un massacre. Il faudra alors recourir à la ruse, en substituant l’eau par de l’alcool afin de calmer la déesse et la faire cesser le carnage.

Les prêtres de Sekhmet sont ainsi chargés non seulement d’apaiser ses fureurs, grâce à des rites, mais aussi de soigner les malades, puisque c’est la déesse qui répand les maladies. Par conséquent, elle est la mieux placée pour savoir comment les guérir.

Etant donné que la force et la dangerosité de Sekhmet sont permanentes, Amenhotep III y apporte une réponse permanente. Il fait construire dans son temple, sur la rive ouest du Nil en face de Thèbes, plusieurs centaines de statues de Sekhmet.

Plusieurs chercheurs pensent qu’il y en avait une série de 365 statues debout et une autre série de 365 assises en face, soit un total de 730 statues.

Chaque statue avait une épithète différente, qui était récitée comme une litanie chaque jour de l’année pour apaiser la déesse et ainsi assurer la protection du monde, du roi et des sujets du royaume.

L’égyptologue français Jean-François Yoyotte note que les gravures et le polissage présents sur notre statue ne sont pas bien terminés, comme s’il y avait eu un énorme programme de fabrication et qu’il avait du être terminé le plus rapidement possible.

On trouve également ces types de statues dans le temple de Mout de l’autre côté de la rive. Jean-François Yoyotte pense que toutes ces statues ont été construites dans un premier temps pour le temple d’Amenhotep, puis qu’elles ont été réemployées ailleurs.

2. La statue de Ouadjit

Exposé: Trois objets au Musée d'Art et d'Histoire de Genève

C’est une statue en bronze d’une déesse à corps d’humain et à tête de lion(ne). L’absence d’inscriptions et la forme du visage posent des problèmes pour déterminer le nom de la déesse. En effet, la tête de lion(ne) n’est pas obligatoirement liée à Sekhmet.

La statue est posée sur le même type de trône que la précédente, à un détail près : celui-ci possède trois petits « tenons » sous le trône. La main droite est posée sur la cuisse tandis que la main gauche est relevée, le point fermé, comme tenant un objet.

Elle est habillée d’une robe moulante, porte un disque solaire sur la tête ainsi qu’une coiffe.

Le siège est décoré de chaque côté, d’écailles et de plumages. Une inscription figure sur l’un des côtés : sm3-t3wy ( lire sema tawy) qui signifie « l’unification des deux terres » en égyptien ancien.

L'arrière du trône est orné de plants de papyrus, qui rappelle la zone marécageuse du Delta, associée à la Basse Egypte.

L’image du faucon qui s’élève au dessus du sm3-t3wy est un thème général d’avènement royal. Son corps est de face, mais sa tête est dessinée de profil et surmontée du disque uré. Dans chacune de ses serres il tient l’anneau Sn ( lire chen), symbolisant la durée et l’universalité et un éventail fixé sur un manche papyriforme xw (lire rou) symbolisant la protection. Un oeil wD3.t (lire oudjat) se trouve de chaque côté de l’oiseau.

L’état de conservation peu être considérée comme très bon, mis à part le côté gauche qui est un peu enfoncé.

Fiche technique

Numéro d’inventaire

25634

Mesures

64cm

Poids

-

Matière

Bronze

Cet objet est un don en mémoire de Mr. et Mme Victoire Adda en 1983.

Sa fabrication daterait entre la fin de la basse époque et le début de la période ptolémaïque (vers 400 – 250 av. J.- C.).

Selon Eric Varin[1], la statue proviendrait de Bouto, une ville du Delta. En effet, plusieurs statuettes en bronze à tête de lion(ne) y ont été retrouvées. Peut-être pourrait-il s’agir de la déesse Ouadjit, puisque son lieu de culte se trouve dans cette ville, mais rien ne peut le confirmer.

Comme mentionné au début de la description de cette statue, il est délicat d’annoncer clairement de quelle déesse il est question ici. En réalité, on constate plusieurs détails qui mènent à une réflexion. Premièrement, on observe la présence de poils autour du mufle, rendus par les ciselures ce qui rapproche la tête d’une tête de lion et non de lionne. Ainsi, une question se pose : Est-ce qu’au départ de l’assimilation anthropomorphique, les déesses à têtes de lionnes sont en fait des déesses à têtes de lions et seront féminisées dans un deuxième temps ?

Deuxièmement, on remarque que ses oreilles sont différentes de celles de la grande Sekhmet. Elles sont pointues, et non rondes, ce qui signifie que ce sont des oreilles d’une chatte. Le sculpteur essaye de représente l’humeur de la déesse, qui est ici sous sa forme apaisée.

[1] varin, Eric, « Bulletin de la Société d'Egyptologie », in, Bulletin de la Société Égyptologique, Genève (BSÉG), 14 (1990), p. 81-87.

2.1 Les formes de la déesse lionne

Cette étude permet de faire une déduction simple : dans le système polythéiste égyptien, les divinités sont rarement limitées à une apparence et à un nom uniques. Sekhmet, Ouadjit, Tefnout, Hathor, Mout, Bastet représentent toutes une même divinité à tête de lionne, mais avec des noms différents selon l’humeur et le lieu de la déesse. Elle peut être Sekhmet quand elle est en colère, mais aussi Bastet quand elle est apaisée.

3. Le verrou de porte à tête et arrière-train de lion

Exposé: Trois objets au Musée d'Art et d'Histoire de Genève

Fiche technique

Numéro d’inventaire

A 2008 – 1

Mesures

7 cm x 2 cm

Poids

3kg

Matière

Bronze

Ce verrou de porte à tête et un arrière-train de lion a été acheté en 2008 par le Musée d’Art et d’histoire, d’une ancienne collection. Il daterait de l’époque ptolémaïque (332 – 30 av. J.-C.). Sa provenance reste inconnue.

3.1 Le pouvoir de protection

Le lion est souvent considéré comme le gardien des édifices. Imposant, dangereux, il représente la protection. C'est pourquoi les verrous égyptiens adoptent l'iconographie du félin, pour protéger l’entrée du temple, des maisons etc. afin qu’il attaque quiconque transgresserait l’accès interdit de la porte qu'il protège.

Il faut savoir que les égyptiens anciens choisirent d'insérer le verrou dans les éléments maçonnés de la porte, à l'intérieur même d'un des piédroits et non sur le vantail lui-même. Ils n'ont jamais conçu de porte à vantail unique qui aurait intégré une serrure, contrairement à nos habitudes. On ne pouvait ainsi fermer la porte que dans un sens (généralement de l'intérieur), en rabattant le vantail devant soi, et en tirant ensuite le verrou pour bloquer la porte.

On ne sait pas quel type de porte protégeait ce verrou. Cependant, au vu de son poids, son matériau et sa qualité de sa finition on peut imaginer qu’il aurait servi dans les hautes sphères de la société, peut-être dans une porte d’un temple.

Bibliographie

La statue de Sekhmet

[1]CHAPPAZ, Jean-Luc, « La déesse aux multiples visages », in : Genava, t. 41(1993), Genève, 1993, p. 52, fig. 9.

CASTONIE, Christiane, DEROBERT Dominique & Cie, Egypte, n° 10, Genève, 1977, p. 28.

« Musée d'art et d'histoire, Principales acquisitions de l'année 1972 », in : Collections archéologiques, t. 21, Genève, 1973, p. 343.

TRAUNECKER, Claude, GOLVIN, Jean-Claude, Karnak, Résurrection d'un site, Paris, 1984, p. 36, fig. 26

SAVARY, Claude, GROS, Christophe, Des jumeaux et des autres, Genève, 1995, p. 176, fig. 3.

FRANCO, Isabelle, Nouveau dictionnaire de Mythologie égyptienne, Paris, 1999.

LALOUETTE, Claire, Contes et récits de l’Égypte ancienne, Paris, 1995.

RITSCHARD, Claude, Animaux d'art et d'histoire, bestiaire des collections genevoises, Genève, 2000, p. 157 et p. 15 – 28.

GERMOND, Philippe, Sekhmet et la protection du monde (AH 9), Genève, 1981.

YOYOTTE, Jean, « Une monumentale litanie de granit. Les Sekhmet d’Aménophis III et la conjuration permanente de la Déesse dangereuse », BSFE 87-88 (1980), p. 46 – 75.

Référence électronique: http://www.villege.ch/musinfo/bd/mah/collections/detail.php?type_search=simple&lang=fr&criteria=sekhmet&terms=all&page=1&pos=7&id=1248144 (consulté le 17.4.13)

La statue de Ouadjit

[2]RITSCHARD, Claude, Animaux d'art et d'histoire, bestiaire des collections genevoises, Genève, 2000, p. 200 et p. 157.

CHAPPAZ, Jean-Luc, « La déesse aux multiples visages », in : Genava, t. 41(1993), 1993, p.53, fig. 10.

VARIN, Eric, « Bulletin de la Société d'Egyptologie », BSÉG 14 (1990), p. 81-87.

« Acquisitions du Musée d'art et d'histoire en 1984 », in : Archéologie, t. 33 (1985), Genève, 1985, p. 187-189.

Référence électronique: http://www.villege.ch/musinfo/bd/mah/collections/detail.php?type_search=simple&lang=fr&criteria=sekhmet&terms=all&pos=8&id=1243590 (consulté le 17.4.13)

Le verrou de porte

[3]CHAPPAZ, Jean-Luc, « Enrichissements du Département d'archéologie en 2008, Collections égyptiennes pharaoniques et du Soudan ancien », in : Genava, t. 57, 2009, p. 205-208.

CHAPPAZ, Jean-Luc, « Gare aux transgresseurs de porte ! », in Tribune des Arts, 2011, p. 43.

Référence électronique: http://www.villege.ch/musinfo/bd/mah/collections/detail.php?type_search=simple&lang=fr&criteria=verrou&terms=all&page=1&pos=1&id=1513679 (consulté le 17.4.13)

[1]http://www.villege.ch/musinfo/bd/mah/collections/detail.php?type_search=simple&lang=fr&criteria=verrou&terms=all&page=1&pos=1&id=1513679

[2]http://www.villege.ch/musinfo/bd/mah/collections/detail.php?type_search=simple&lang=fr&criteria=verrou&terms=all&page=1&pos=1&id=1513679

[3]http://www.villege.ch/musinfo/bd/mah/collections/detail.php?type_search=simple&lang=fr&criteria=verrou&terms=all&page=1&pos=1&id=1513679

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Le ciel "stellaire" à l'Ancien Empire; la destinée stellaire du roi dans les Textes des Pyramides, et les théories modernes

14 Août 2013 , Rédigé par Sabrina Ciardo Publié dans #Egyptologie

Le ciel "stellaire" à l'Ancien Empire; la destinée stellaire du roi dans les Textes des Pyramides, et les théories modernes

Les Textes des Pyramides sont apparus à l’Ancien Empire dans la pyramide du roi Ounas.

Gaston Maspero, en 1880, commença à ouvrir les pyramides de l’Ancien Empire et découvrit des textes sur les parois et les nomma Textes des Pyramides. Ces Textes des Pyramides se trouvent dans les pyramides des rois Ounas, Pépi I, Merenrê, Neferkarê et Pépi II. Les textes étaient inscrits sur les murs du petit vestibule d’entrée, ainsi que sur la paroi calcaire de la chambre sépulcrale qui assuraient la vie éternelle à l’âme du pharaon.

Le ciel « stellaire » à l’Ancien Empire

La division du ciel

Pour décrire ce ciel stellaire nous nous pencherons sur les Textes des Pyramides qui sont la source principale de l’Ancien Empire.
Tout d’abord nous distinguons deux plans du ciel, c’est-à-dire un ciel du Nord et un ciel du Sud.

Dans les Textes des Pyramides il est question de deux cieux au § 541c-e : […] Il a parcouru les cieux et les deux terres sont venu à N; il a marché sur la plante verte qui est sous les pieds de Geb et il a foulé les chemins de Nout. Ces deux cieux seraient le ciel du nord et le ciel du sud puisque tout au long du texte les Egyptiens en parlent, mais nous n’avons pas de mention du ciel de l’est et de l’ouest.

L’est et l’ouest sont en fait présents dans l’horizon ou plutôt les horizons au § 4a-b : Dire les paroles par Nout Nekhbet, la grande : « C’est mon fils aimé, N ; je lui ai donné les deux horizons pour qu’il s’en rende maître comme Harmakhis. » Harmakhis est le dieu soleil à l’aube et au crépuscule et il est représenté sous forme de lion, bélier, homme à tête de faucon. Ici nous pouvons justement dire que les deux horizons sont autres que l’horizon de l’est et de l’ouest. L’est pour le lever du soleil et l’ouest pour le coucher.
Les deux cieux sont séparés par le chemin du soleil. Astronomiquement par l’écliptique.

Aux §1376a-c: Les câbles de N sont noués ; ses barques sont réunies pour le fils d’Atoum, qui a faim et soif, assoiffé et affamé sur ce côté Sud du chemin d’eau tortueux. §1377a-c: O Thot, toi qui es dans la région de l’ombre de ton arbre, place N sur le bout de ton aile, du côté Nord du chemin d’eau tortueux. Le roi mort (et/ou Rê car il sera enfanté comme ce dieu par Nout), traverse de Sud à Nord un chemin d’eau. Ce chemin d’eau représenterai en fait la Voie Lactée, car le Soleil traverse celle-ci une fois par an du Sud au nord (par la constellation du Taureau) et encore 6 mois après de nord à sud (par la constellation du Scorpion).
Si la Voie Lactée divise les deux cieux, donc le ciel du nord serait la section circulaire qui inclus la Voie Lactée et le Pôle Nord, alors que celui du Sud, les Egyptiens ne le voyaient pas entièrement car son centre est autour du Pôle Sud. Davis verrait Nout dans une partie du ciel, c’est-à-dire la voie lactée.

Le ciel "stellaire" à l'Ancien Empire; la destinée stellaire du roi dans les Textes des Pyramides, et les théories modernes

Etoiles et constellations

Les Egyptiens ont pris 10 à 12 constellations dans une bande juste un peu au sud de l’écliptique et les divisent en 36 sections espacées régulièrement de sorte qu’une nouvelle apparaît (pendant qu’une ancienne disparaît) tous les 10 jours (= 1 semaine égyptienne) tout au long de l’année. Avant 2400 av. J-C, les étoiles horaires sont mentionnées pour la première fois donc au § 269a-b: Parole à dire: Ô toi qui est sur les heures, qui sont devant Rê ; prépare la voie à N pour que N passe au milieu du circuit de ceux aux visages guerroyant. Ces décans (appelés ainsi car elles apparaissent chaque 10 jours) étaient utilisés pour exprimer le temps pendant la nuit.

La moitié des décans se trouverait en effet au Sud de la Voie Lactée (entre la constellation du Sagittaire et Canis Major),

mais l’autre moitié se trouverait au Nord de la Voie Lactée (entre l’Hydre femelle et Scorpion). Davis pense que les 36 décans se trouveraient dans le ciel du Sud. Les autres constellations décanales manquantes sont à trouver, sous d’autres noms, dans le ciel du Nord où elles appartiennent vraiment.

Seulement une des constellations du Nord est identifiable : la Grande Ourse, représentée comme deux crochets ou doigts, cuisse d’un taureau ou un taureau complet.


Les textes les plus anciens contiennent plusieurs mentions des 2 herminettes ou doigts qui se battent ainsi taillent le ciel dans le § 311a-d: Le Roi confère les pouvoirs et enlève les pouvoirs, il impose un obstacle et enlève l’obstacle, et le Roi passe le jour et la nuit rendant propice les deux crochets d’Hermopolis; son pied ne doit pas être opposé et son désire ne doit pas être frustré. Concernant les deux herminettes comme nous l’avons vu la semaine passée, elles servaient à ouvrir la bouche du mort pour restituer les facultés vitales, donc cette forme ressemble à la constellation de la Grande Ourse.

Les adversaires impliqués étaient originairement un serpent géant, peut-être une forme de la Voie Lactée, et un roi divin : § 229a-c : Parole à dire: Ceci est l’ongle d’Atoum qui se trouve sur la colonne vertébrale de Nḥbw k’w qui calma l’agitation à Hermopolis ! Tombe ! Recule !

Plus tard tous ces pairs d’adversaires tendent à être assimilé à Seth et Horus, souvent représenté comme un taureau et un faucon, voir § 1543a-b: Parole à dire: « Ô toi qui a frappé mon père et tué un plus grand que lui ! Tu as frappé mon père ; tu as tué un plus grand que toi. » § 1544a-d : C’est ton père Osiris! Je t’ai frappé celui qui te frappa, comme un bœuf : je t’ai tué celui qui t’a tué comme un taureau (sm’). Je t’ai immolé celui qui t’a immolé comme ng’. Tu es sur son dos, comme celui qui est sur le dos de la bête §1545a-d : celui qui t’a terrassé, comme pdt et t’a abattu, comme šsr, celui qui t’a étendu, comme id. J’ai coupé sa tête et amputé sa queue ; son bras, ses jambes. Ainsi on pourrait identifier le faucon à tête humaine dans le ciel du nord à l’Ourse Mineure.

Les autres constellations nous pouvons les trouver dans les Textes des Sarcophages et le Papyrus Carlsberg.

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Les 4 enfants d'Horus

Dans les Textes des Pyramides nous rencontrons les Enfants d’Horus. Donc, ce sont les 4 enfants d’Horus l’Ancien : Imséti, Hâpy, Douamoutef, Qébehsénouf. Ils représenteraient les bras et les jambes du défunt. Pour les bras nous avons Hâpy et Douamoutef, tandis que pour les jambes ce sont Imséti et Qebehsénouf.

Les bras et les jambes permettent au roi défunt de monter au ciel : § 149a-b: Tes bras sont ceux de Hâpi et Douamoutef – et quand tu désire monter au ciel, tu montes. Tes pieds sont ceux de Imséti et Qébehsénouf – et quand tu as besoin de descendre au ciel inférieur, tu descends.

Les enfants d’Horus portent le roi : § 637a-c: Horus ne te laissera pas périr : Horus a placé ton ennemi sous tes pieds ; (pour que) tu vives ; Horus t’a remis ses enfants, pour qu’ils se mettent sous toi, sans qu’aucun ne s’en aille, pour qu’ils te portent. Il le soulève et le redresse aussi. Le ciel du Sud, en effet, offrait un bel exemple d’astérisme (liaison entre étoiles) dans lequel un groupe de trois étoiles, notre Baudrier d’Orion, apparaît comme entouré de 4 autres ; il était aisé d’y reconnaître Osiris protégé par les 4 Enfants d’Horus (donc ses propres émanations).

Au § 1458a-e: N est votre quatrième. Ô dieux du ciel inférieur, les étoiles Impérissables, qui parcourez la Libye, appuyés sur leurs sceptres d’m ! N s’appuie avec vous sur le sceptre w3s et d’m, sur ordre d’Horus le patricien, Roi des dieux. On est tenté de voir dans ces Impérissables les étoiles principales de l’astérisme de Sah (baudrier d’Orion). Le défunt serait ainsi assimilé, en tant que 4ème, à l’étoile la plus forte magnitude (Riegel= Qébehsénouf) parmi les 4 qui entourent le Baudrier, et, en tant que 5ème, au Baudrier d’Orion lui-même (Osiris), entouré des 4 enfants d’Horus.

Mathieu nous cite le § 1579: Ce N est descendu pour voir le Ténébreux, votre cinquième, astres qui êtes voisins d’Orionà Osiris. Le ciel du Nord fournissait lui aussi, avec notre Grande Ourse, un magnifique astérisme susceptible d’intégrer la figure d’Osiris et celles des 4 Enfants d’Horus. Mais ici Osiris n’est pas visible.

La succession Hâpy, Douamoutef, Imséti, Qébehsénouf est majoritaire dans les Textes des Pyramides.

Et semble bien se rapporter aux étoiles entourant le Baudrier d’Orion : Hâpy, Douamoutef correspondraient à Betelgeuse et Bellatrix, tandis que Imséti et Qébehsénouf correspondraient à Saïph et Rigel. Donc si on regarde la constellation, ces 4 personnages dessineraient les bras et les jambes d’Osiris.

Bien sur l’étoile Sirius était très importante, car son levé héliaque annonçait la crue du Nil et cette étoile dans la constellation de Canis Major était identifiée à Isis.

Et bien sur nous verrons les étoiles circumpolaires, horaire, unique et du matin.

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La destinée stellaire du roi dans les Textes des Pyramides

Le mythe de l'ascension

Le chemin que fait le roi pour atteindre les étoiles a été expliqué par Davis dans son article du mythe de l’ascension.

Tout d’abord, il est question du rituel funéraire. La purification du défunt se fait avec des prières pour préparer son entrée dans l’au-delà. Donc nous avons le nettoyage, le séchage, et des récitations de formules pars les « Suivants d’Horus » - qui étaient surement les prêtres funéraires. Il fallait rejeter l’état impur pour atteindre le statut immortel. Les textes soulignent la pureté car elle était nécessaire pour l’identification du roi avec la divinité à venir : § 829a-e : Tu seras devant ceux qui sont à tes pieds ; tu commandes ceux qui te suivent, que tu puisses perpétuer ta maison après toi, et empêché tes enfants du deuil. Ta pureté est la pureté des dieux qui sont allés vers leurs doubles, ta pureté est la pureté des dieux qui ont quitté, pour qu’ils ne souffrent pas.

Ensuite, il fallait préparer la vie dans l’au-delà. Le corps et l’âme devaient être purs avant que l’immortalité puisse être obtenue, et bien sûr la pyramide devait supporter et le culte mortuaire devait être poursuivi. La pureté du roi, son statut royal et son statut d’homme de moralité, et ses droits en tant qu’héritier des domaines de la terre étaient des raisons suffisantes pour que le roi atteigne l’horizon.
Puis, le chemin vers le monde céleste commence. Nout était un symbole du ciel entier et les Textes des Pyramides souvent assimilent l’arrivée du roi dans les royaumes célestes en atteignant le corps de Nout : § 208a-c: Tu montes, ouvres ta voie avec les os de Chou (après que) les bras de ta mère Nout t’ont enveloppé. Soit pur dans l’horizon, débarrasses-toi de ton impureté dans les lacs de Chou.. Mais le roi n’a pas tout le temps utilisé les pouvoirs de Nout, mais il utilise les siens. Par exemple il manifeste un pouvoir dans la barque solaire, cat il est en tant que fils de Rê, donc tous les pouvoirs qu’il possède dans ce cas viennent directement de sa position comme garde divine de Rê. Il faut bien sûr distinguer deux sortes de pouvoir. Le premier est le pouvoir royal à travers Rê, et le deuxième est celui de l’empire absolu dans le royaume céleste. Il est mentionné que le roi n’as pas besoin de compter sur Nout dans sa préparation pour l’ascension mais au contraire il pouvait utiliser ses pouvoirs comme mortel suprême pour atteindre l’au-delà. Il est clair que le roi a été aidé par la déesse du ciel à « assembler » ses parties. Après la mort du corps mortel, l’esprit et le corps étaient apparemment laissé divisé ou du moins pas connecté, mais à travers l’application du pouvoir maternel de Nout, le corps était reconstitué et donné la direction de l’au-delà.

Après il est question de la destination de l’âme pure. Des traces du culte stellaire dans le corpus nous mène à croire que la vie-essence du roi devait éventuellement devenir une étoile. Dans son ascension le roi entre de nouveau dans le royaume céleste divin et on lui donne l’autorité royale. Sa naissance est divine (en tant que fils d’Isis (Horus) et lors de sa mort il renaît dans le monde céleste où se trouvent les dieux.
Le roi retourne au point où l’univers égyptien est mythologiquement renouvelé, c’est-à-dire l’est, § 1960a-b : Le Roi est lié pour le côté oriental du ciel, car le Roi a été conçu là-bas et le Roi est né là-bas.

Ensuite, c’est le rituel de transmission et d’identification. Ce sont deux passages mythiques. A travers les rituels de transmission, la vie-essence du Roi était transmise de la nécropole à l’au-delà.
Le Roi peut monter, par exemple, en s’aidant des sandales de Nout. Certains passages parlent du roi montant sur de la poussière et d’autre sur un nuage. Le Roi peut aussi monter grâce à une « explosion de feu ».
Et peut utiliser la lumière du soleil comme escalier pour monter au ciel au § 751a-b : Parole à dire: Ô N ! Puisses-tu grimper et monter sur la lumière du soleil, car tu appartiens à la demi-lumière qui se trouve dans le ciel polaire. Ensuite, la ritualisation applique non seulement le procédé de transmission, mais aussi l’identification. Il s’agit d’associer une forme distincte à l’être avec une autre forme : c’est la caractéristique la plus courante dans la mythologie égyptienne. En d’autre terme, le Roi monte comme ou dans la forme d’une autre force ou d’un autre être.
§ 1303a-d : La tête de N est un vautour, il montera et s’élèvera dans le ciel. Le côté de la tête de N est le ciel étoilé d’un dieu, il montera et s’élèvera dans le ciel.
§ 1304a-d : Le front de N est […] et Noun il montera et s’élèvera dans le ciel. La face de N est Oupouaout, il montera et s’élèvera dans le ciel.
§1305a-d : Les yeux de N sont la Grande à la tête des Âmes de On, il montera et s’élèvera dans le ciel. Le nez de N est Thot, il montera et s’élèvera dans le ciel.
§1306a-d : La bouche de N est Ḫns le Grand, il montera et s’élèvera dans le ciel. La langue de N est le navigateur en charge de la Barque de la Vérité, il montera et s’élèvera dans le ciel.
§1307a-d : Les dents de N sont les Âmes, il montera et s’élèvera dans le ciel. Les lèvres de N sont […], [il montera et s’élèvera] dans le ciel.
§1308a-d : Le menton de N est Kherty, le plus en avant dans Khem (Letopolis), il montera et s’élèvera dans le ciel. Le dos de N est le taureau, il montera et s’élèvera dans le ciel.
§1309a-d : Les épaules de N sont Seth, il montera et s’élèvera [dans le ciel]. [Le mains de N sont…], il montera et s’élèvera dans le ciel.
§1310a-d : [Les doigts] de N sont Babi, il montera et s’élèvera dans le ciel. Le cœur de N est Bastet, il montera et s’élèvera dans le ciel.
§1311a-d : Le ventre de N est Nout, il montera et s’élèvera dans le ciel. [Le dos de N est Geb], [il montera et s’élèvera dans le ciel].
§1312a-d : [Les Vertèbres de N] sont les deux Ennéades divines, il montera et s’élèvera dans le ciel. Le séant de N est Ḥeket, il montera et s’élèvera dans le ciel.
§1313a-d : Les fesses de N sont la Barque du Soir et de la Barque du Jour, il montera et s’élèvera dans le ciel. Le phallus de N est Apis, il montera et s’élèvera dans le ciel.
§ 1314a-d : Les cuisses de N sont Neith et de Selkis, il montera et s’élèvera dans le ciel. Les mollets de N sont les deux Âmes qui président sur le Champ ḏr, il montera et s’élèvera dans le ciel.
§1315a-b : Les pieds de N sont les deux barques de Vérité, il montera et s’élèvera dans le ciel.
Ici le Roi prend des attributs variés des dieux et les utilise pour monter. Il peut aussi atteindre l’au-delà en tant que sauterelle ou comme l’œil divin d’Horus, mais généralement il assume la forme de l’oiseau et utilise le pouvoir de l’oiseau (souvent le faucon= lien divin avec Horus) pour monter.

D’autres formules décrivent d’autres méthodes pour l’ascension de l’âme pure. Comme par exemple en un tremblement de terre, mais il pouvait aussi utiliser une échelle.

D’autres êtres sont impliqués dans l’ascension. L’ascension était accomplie en plusieurs façons : la vie-essence du Roi pouvait être transmise au ciel, ou pouvait atteindre le ciel en utilisant les pouvoirs d’un être rituellement identifié à lui-même, ou pouvait monter au ciel avec une échelle ou un autre moyen. L’âme atteindra l’immortalité dans l’au-delà, mais de nombreuses divinités et d’habitants des royaumes célestes l’aident dans son voyage. Les suiveants d’Horus ont un lien avec le royaume terrestre. Les âmes de Pe, Nekhen et Ôn sont symboliques de ce que le Roi devient.
Les âmes d’Ôn assument plus généralement la responsabilité de l’ascension du Roi, § 1090a-f : Oupouaout lui ouvre le chemin, Chou le porte. Les âmes d’On construisent pour lui des marches pour atteindre le Haut. Nout met ses mains sur N, comme elle fit pour Osiris, au jour où il mourut.
Ensuite, le défunt arrive devant les portes célestes. Lorsqu’il atteint le ciel, la vie-essence du Roi approche les portes célestes et/ou la rivière céleste.
Un seul texte décrits l’arrivée du Roi vers les portes dans le ciel, § 1740a-c : Parole à dire: […] à la porte de la Demeure de l’Âme ; puisses-tu étendre tes mains vers eux quand ils viennent vers toi en s’inclinant.
Les Textes des Pyramides nous donnent de fragments de dialogue qui prennent place au portail, § 392a-d : Parole à dire: « Ô Elevé qui n’est pas aiguisé, Portail des Abîmes, N est venu à toi ; laisse cela être ouvert pour lui ». « Est-ce N le petit-là? » ; « Je suis à la tête des Suivants de Rê, je ne suis pas à la tête des dieux qui perturbent. »
§ 1940 : Ô Roi, ils te demanderont ton nom de toi, mais tu ne devras pas leur dire ton nom. « Qui agit pour toi ?», te diront-ils. «C’est mon successeur qui fait pour vous…cette tombe ; sa brique est installée, tu devra dire… ».
§ 520a-b : Parole à dire : Salut à toi ! Portier d’Horus à la porte d’Osiris ! Dis mon nom ici à Horus. § 521a-d : car je suis venu avec de la salive pour ce cheveu à lui, qui est malade, aux [début des] mois, qui est chauve au début des demi-mois. Le Portier parle: Puisses-tu le guérir avec la magie […] qui est parmi les dieux, dans son état parfait.
§ 1252a-f : « Ô Portier du ciel, agit contre ce messager du dieu qui sort ! S’il sort de cette porte occidentale du ciel, utilise pour lui cette porte méridionale du ciel ; s’il sort de cette porte orientale, utilise pour lui cette porte septentrionale du ciel. Le Roi arrive à la porte, par laquelle il est apparemment éclipsé, et déclare qu’il est à la « tête des suivants de Rê ». Le portier demande le nom du souverain, mais le Roi a été demandé de ne pas répondre ; le dieu ensuite demande qui a fait la préparation de l’existence immortelle du Roi dans la tombe, et le roi répond que ses successeurs le soutiennent. Apparemment, si le Roi n’a personne qui subventionne le culte funéraire après sa propre mort, l’accès lui sera refusé au royaume céleste. La « mort de l’âme » est étroitement connectée avec le succès de la vie-essence à la porte céleste, et avant que l’âme puisse périr ou être condamnée à l’éternelle errance, il semble qu’il doit tenter d’entrer. Ensuite le Roi demande à être annoncé à Horus. Un nouveau mois est arrivé, et le souverain vient avec un médicament guérissant la maladie d’Horus. Le dernier texte dans la série est difficile à interpréter, mais on comprend qu’un messager hostile de Rê veut peut-être tenter de faire du mal au défunt ou lui refuser l’entrée. En général, le Roi accédera quand même par ses droits et par les pouvoirs qu’il a. Le Roi passe sur l’échelle comme Osiris l’a fait avant lui ; il attend à la porte. Ce n’est qu’une question de procédure avant que le Roi sera également admis au plus haut cercle des dieux, pour, bien sur, ouvrir les portes.

Après, il s’agit de la rivière céleste que le roi devra traverser.
Accompagné et protégé par Horus à travers sa journée, le Roi est arrêté à la rivière comme son mentor la traverse, § 1030a-d : Ô Horus ! Prends N avec toi, vivant et durable. Ô Horus ! Ne laisse pas N sans barque. N est venu à toi, son père ! N est venu à toi, Ô Geb ! Puisses-tu donner à N ta main, pour qu’il puisse monter au ciel, auprès de sa mère Nout.
Si le Roi désire utiliser les piliers du ciel, sḫn, comme un moyen de traverser la rivière, il doit confirmer sa divinité pour les dieux, § 464a-c : Ô Dieux occidentaux ! Dieux orientaux ! Dieux méridionaux ! Dieux septentrionaux ! Ces quatre roseaux-flottants purs, que vous avez placés pour Osiris lorsqu’il monta au ciel, § 465a-c : pour qu’il puisse naviguer sur le firmament avec son fils Horus à côté de lui pour qu’il puisse le placer et faire en sorte qu’il apparaisse comme un grand dieu dans le firmament – déposez-les pour N! § 466a-b: « Es-tu Horus, fils d’Osiris? » Es-tu le dieu, le plus ancien, le fils d’Hathor? Es-tu la semence de Geb? ». § 467a-c : « Osiris a ordonné N d’apparaître comme l’équivalent d’Horus, et ces quatre esprits qui sont dans On (l’)ont écrit dans l’archive des deux grands dieux qui sont dans le firmament. » On peut supposer que les quatre roseaux sont respectivement contrôlés par les dieux des quatre quartiers du ciel. Quand Osiris souhaitait établir son fils Horus en tant que dieu, et avait besoin de passer par-dessus la rivière, ces dieux l’ont fourni le moyen. Maintenant le roi veut traverser, et les dieux enquêtent son alliance avec la figure-Horus. Le roi affirme qu’il est en effet Horus obéissant aux contraintes d’Osiris et que l’identification a été enregistrée dans la chronique divine. Dans la traversée du fleuve, la destination du Roi est un quai ou un lieu de débarquement.
Le bateau lui-même est équipé avec une cabine et est décrite comme faisant 770 coudées de long, § 1209a-c : (…) ayant une âme et apparaissant en face de ton bateau de 770 coudées que les dieux de Pe ont lié ensemble pour toi, que les dieux orientaux t’ont construit. Prends N avec toi, dans la cabine de ta barque.
Le bateau a été employé avant, par Horus et par Osiris, mais aussi par les dieux en général, § 384a-b : N est venu à toi, pour que tu puisses le transporter de l’autre côté dans la barque dans laquelle tu transportas les dieux.
Suite de formules : § 1091a-c : Ô Ḥr=f-ḥ3=f, transporte N vers le Champ des Souchets – « D’où viens-tu ? » - « N est venu de 3w3rt, mon compagnon est le serpent sorti du dieu, l’uréus qui est sorti de Rê.
§ 493a-b : Ce N est Horus ; N est venu suivant son père ; il est venu suivant Osiris. « Ô toi dont la vision est devant sa face et dont la vision est derrière sa tête, §494a-b : amène cela à moi ! » « Quel navire devrai être amené à N? » - « Apportes à N « qui vole et qui plane.
§ 1743a-b : Parole à dire: Ô toi, qui es dans le poing du passeur du Champ des Souchets ! Apporte ceci à N et transporte N !
§ 1188a-f : Parole à dire: Ô toi qui transporte le juste sans bateau en tant que Passeur du Champ des Souchets, N est considéré comme juste dans le ciel et sur la terre. N est considéré comme juste sur cette Île de la Terre vers laquelle il a nagé et est arrivé, qui est entre les cuisses de Nout.
§ 386a-b : Aucun vivant fait des accusations contre N, aucun mort qui fait des accusations contre N, aucun canard ne fait des accusations contre N, aucun taureau ne fait des accusations contre N.
§ 597a-c : Réveille-toi en paix, Ô M3-ḥ3=f, en paix ! Réveille-toi en paix, Ô toi qui est dans le ciel, en paix ! Ô Passeur du chemin d’eau tortueux, dis le nom de N à Rê, annonce N à Rê, § 598a-c : car N est lié là-bas au palais éloigné des Maîtres des doubles qui adorent Rê là dans les régions d’Horus et de Seth, comme leur dieu de ceux qui sont allé à leurs doubles. § 599a-d : Ô Rê, recommande N à M3-ḥ3=f, le passeur du chemin d’eau tortueux, pour qu’il puisse m’amener son navire qui appartient au chemin d’eau tortueux, dans lequel il transporte les dieux vers ce côté du chemin d’eau tortueux, vers le côté oriental du ciel.
§ 1191a-c : Transporte ce N vers le Champ du Beau Trône du grand dieu dans lequel il fait ce qu’il doit être fait parmi les bienheureux; il les recommande aux aliments-esprits et les assigne à la chasse des oiseaux, et c’est N qu’il recommanda aux aliments-esprits et il assigna N à la chasse des oiseaux.
§ 339a-c : Ils apportent pour N ces quatre Esprits, les Anciens qui sont devant les porteurs qui sont à la tête du côté des Bouclés, qui se trouve du côté oriental du ciel et qui s’appuient sur leurs sceptres, § 340a-d qu’ils puissent dire le bon nom de N à Rê et annoncent N à Nḥbw-k3w, pour que mon entrée soit accueillie. Les Champs de Souchets sont remplis (d’eau), et N navigue à travers le chemin d’eau tortueux; § 341a- c : N est transporté sur le côté oriental de l’horizon, N est transporté sur le côté oriental du ciel, et ma sœur est Sothis, ma progéniture est l’étoile du Matin. Il est possible que les 4 esprits, dans le dernier passage, peuvent être les membres de ce groupe connu comme « les Etoiles Impérissables ».
§ 1221a-e : Parole à dire: Ô toi quatre qui sont devant les Bouclés, comme vos boucles sont derrière vos tête, à vos fronts dansent vos tresses § 1222a-d : apportez cette barque à N, apportez cette cargaison à N. C’est Ḥqrr qui les transporte vers N en compagnie de M3-ḥ3=f. Il traversera vers ce côté où sont les Etoiles Impérissables, pour que N puisse être parmi eux. Les Etoiles Impérissables semblent habiter la rivière opposée du Roi. Le Roi demande à être annoncé à Rê par ces esprits.
Dans la mythologie solaire, le voyage vers l’immortalité était presque complet quand le bateau touchait les rivages de l’Au-delà.

Pour finir le roi devait être reconnu. Une fois que le Roi a demandé l’entrée par la porte ou par la rivière et que celui-ci a été accepté, l’entrée dans l’Au-delà lui était accordée.
Un passage décrit l’admission finale du Roi, § 279a-d : Les deux bornes frontières seront réunies ensemble, les rives seront réunies ; les chemins seront impraticables pour voyager, les escaliers seront détruits pour ceux qui veulent monter. Place la corde correctement, traverse la Voie Lactée, frappe la sphère dans le pré d’Apis! § 280a-c : Oho! Tes champs sont dans la peur, ton étoile-i3d , devant le Pilier des Etoiles, car elles ont vu le Pilier de Kenzet, le Taureau du ciel, et le Troupeau de Bœuf est débordé devant lui. §281a-b : Ho! Craint et tremble, les violents qui sont sur les nuage orageux du ciel! Il ouvre la terre par les moyens de ce qu’il savait au jour quand il souhaitait venir de lৠ282a-c : – alors dit Wr-sk3t qui habite l’Au-delà. Vois, elle vient à ta rencontre, la Belle de l’Occident, te rencontrant avec ses belles tresses, et dit: « Ici vient celui que j’ai enfanté, § 283 a-b : dont sa corne est honnête, le pilier de l’œil-peint, le Taureau du ciel! Ta forme est notable; passe en paix, § 284a-c : car je t’ai protégé » - alors dit le Belle de l’Occident au Roi. « Va, rames dans le Champ d’Offrandes et voyage vers Lui qui est sur sa plante-q3t »
Le Roi peut avoir été admis par le portier, mais les textes suggèrent que les dieux supérieurs lui permettent d’entrer, § 604a-f : Parole à dire: Noun a recommandé N à Atoum. Les Bras-ouvert a recommandé N à Chou, pour qu’il fasse là-bas que ces portes du ciel soient ouvertes pour N, sauf les hommes (communs) qui n’ont pas de nom. Prends N par sa main et emmène-le au ciel, pour qu’il ne meure pas sur terre parmi les hommes.
Certains passages indiquent qu’Horus ouvre la voie pour lui, § 1048a-d : Ô N ! Libre cours t’est donné par Horus, tu brilles comme l’Etoile Unique au milieu du ciel; Tu as grandi des ailes comme un faucon au grand corps, comme un épervier vu dans la nuit traversant le ciel.
Le Roi est lié aux « conclaves de l’horizon », irty, et il entend là-bas le jugement du dieu Rê. Le dieu lui-même est informé par Sia, un dieu de la raison et de la connaissance et gardien des archives royales, qui annonce à Rê, § 267a-d : Parole à dire: C’est N qui est sur les esprits, qui unis les cœurs – alors dit celui qui est en charge de la sagesse, étant grand, et qui porte le livre du dieu, (même) Sia qui est à la droite de la main de Rê. Après être annoncé, le Roi demande à Rê l’acceptation finale.
Nous avons plusieurs versions de la demande du Roi, mais je vous en montre qu’une. § 327a-c : Parole à dire: N’ignore pas N, Ô Dieu; Si tu connais N, N te connaitra. <N’ignore pas N, Ô Dieu; De N est dit: « Lui qui a péris. »>
En général, le Roi doit avoir accepté le dieu, § 499a-c : (…) et N te dis le nom de tes « Grands Flots qui vinrent du Grand ». N ne sera pas aveugle s’il sera mis dans l’obscurité, N ne sera pas sourd même s’il n’entend pas ta voix; § 500a-d : prends N avec toi, avec toi, (même N) qui écarte les orages pour toi, qui disperse les nuages pour toi, et qui arrête la grêle pour toi. N fera pour toi louange sur louange, N fera pour toi adoration sur adoration; puisses-tu me placer par-dessus la déesse Vautour. Rê finalement accepte le roi. Après l’acceptation par Rê, le Roi est fermement établit dans l’Au-delà et l’ascension est complète.

Religion stellaire

Il est bien connu que les Egyptiens Antiques ont pris un grand intérêt dans les étoiles, non seulement en les observant à des fins pratiques comme pour déterminer le temps et les saisons, mais aussi en écrivant les plans d’étoiles et des tables dans les sarcophages et tombes au moins depuis le Moyen Empire. On a aussi réalisé que derrière ceci repose une très ancienne couche de la religion stellaire, dans laquelle les étoiles étaient considérées comme des dieux ou des âmes des morts. Voyons la relation du Roi avec les étoiles en général ou à des étoiles spécifiques ou encore à des constellations.

Les étoiles comme dieux : A part les divinités stellaires très connue comme Orion et Sirius, les étoiles elles-mêmes sont considérées comme des dieux dans le passage suivant : § 1080a-d : N est dos à dos avec ces dieux dans le nord du ciel, Les Etoiles Impérissables; (donc) N ne périra pas – Les Infatigables, (donc) N ne sera pas fatigué – qui ne peut pas être traîné dehors (de l’eau), (donc) N ne sera pas traîné dehors.

Le roi mort devient une étoile : §1455a-c : N est une étoile qui illumine le ciel, N monte vers le dieu pour qu’il soit protégé, car le ciel ne sera pas privé de N et cette terre ne sera pas privée de N pour toujours. Et bien d’autres formules.

Le roi est autoritaire sur les étoiles : § 1143a-b : N gouverne les dieux pour lui, N commande la barque divine du dieu pour lui. N prend possession du ciel, ses piliers et ses étoiles § 1144a-d : Les dieux viennent à lui s’inclinant, les esprits servent N, à cause de son pouvoir; ils ont détruit leurs sceptres et brisé leurs armes.

Les étoiles circumpolaires assistent le Roi. § 2183a-c : […] que tu sois pur ainsi comme un dieu. Monte comme font les messages de Rê, car ta main sera prise par les Etoiles Impérissables et [tu] ne pourra pas [périr…]

Le roi devient une des étoiles circumpolaires : § 2102a-b : ils t’apportent ton nom d’«Etoile Impérissable » et tu ne périra jamais ni sera détruit.

Le roi a l’autorité sur les étoiles circumpolaires. § 1220.

Les étoiles infatigables : § 1171a-d : Soit pur; occupe ton siège dans la Barque de Rê, rame à travers le ciel et monte dans les Lointains; rame avec les Etoiles Impérissables, navigue avec les Etoiles Infatigables.

Orion. § 1717a-c : qu’un escalier allant vers l’Au-delà soit placé pour toi à l’endroit où se trouve Orion, puisse le Taureau du ciel prendre ta main, puisses-tu manger la nourriture des dieux.

Orion et Sothis. § 819a-c : Ce Grand est tombé sur son flanc, lui qui est dans Nedit est tombé. Ta main est saisie par Rê, ta tête est relevée par les deux Ennéades. Vois, il est venu comme Orion, vois, Osiris est venu comme Orion, § 820a-e : Maître du Vin à la fête W3g. « Mon Bon ! » dit sa mère; – « Mon Héritier ! dit son père, lui dont le ciel conçu et l’aube porta. Ô N, le ciel te conçoit avec Orion, l’aube te porte avec Orion. § 821a-c : Lui qui vit, vit sur l’ordre des dieux, et tu vis. Tu montera régulièrement avec Orion depuis la région orientale du ciel, tu descendra régulièrement avec Orion dans la région occidentale du ciel, § 822a-c : votre troisième, c’est Sothis pure des trônes, et c’est elle qui vous guidera les deux vers les beaux chemins qui sont dans le ciel dans le Champ des Souchets. Le roi, Orion et Sothis forment une triade.

Sothis toute seule. § 632a-d : Ta sœur Isis vient à toi se réjouissant d’amour pour toi. Tu l’a placée sur ton phallus et ta semence monte en elle, perçante comme Sothis, comme Ḥar-Sopd est venu de toi comme Horus dans Sothis. Osiris met Isis enceinte et allusion au triangle que forment Orion, Sothis et Horus.

Sothis et l’étoile du matin. § 929a-b : N est juste de voix et le ka de N est juste de voix; Sothis est la sœur de N, l’Etoile du Matin est sa progéniture.

L’étoile du Matin. § 132a-b : N fut conçu dans la nuit et naquit dans la nuit, il appartient aux Suivants de Rê qui sont devant l’Etoile du Matin.

L’étoile du matin et la lune. § 1001a-c : N se trouve parmi eux, car la Lune est mon frère, l’Etoile du Matin est sa progéniture; met ta main sur N, pour qu’il puisse vivre.

Le roi et l’étoile unique. § 251a-d : Ouvre ta place dans le ciel parmi les étoiles du ciel, car tu es l’Etoile Unique, le compagnon de Ḥu; regarde sur Osiris quand il gouverne les esprits, car tu te trouves loin de lui, tu n’es plus parmi elles et tu ne devras pas être parmi elles. Il est indépendant.

Pour résumé brièvement, nous trouvons deux couches distinctes dans les passages cités avant. Une partie concerne entièrement les étoiles circumpolaires et le ciel nordique, qui apparaît comme la demeure des morts où les trajets du roi sont le départ dans ce monde. Les étoiles sont les âmes des morts, dans ce cas celle du mort royal.

L’autre partie est entièrement concernée par la constellation d’Orion et l’étoile Sothis, l’étoile du matin et l’étoile unique, avec la mention de la Lune. Dans quatre passages Orion est aussi un compagnon d’Osiris ou est identifié à Osiris ; autrement Orion aide le roi et est rejoins par lui, faisant avec Sothis le trio stellaire ; le Roi devrais ainsi être pensé comme un partage de la responsabilité du réglage du temps et des saisons.
Sothis est aussi associé à Osiris ; § 965a-c : C’est Sothis est ta fille aimée qui prépare ta substance annuelle en son nom d’« Année» et qui guide N quand il vient à toi. C’est probablement elle qui est décrite comme sa fille qui en son nom de l’Année prépare sa nourriture et guide le Roi en sa présence ; ce nom d’Année dérive probablement du fait que le levé héliaque de Sothis marque le début de l’année agricole.
Souvent, l’étoile du matin est la progéniture du Roi, encore parfois le Roi est l’étoile. L’étoile du matin est aussi priée d’aider le roi à aller dans le ciel.
La lune, qui est décrite tout comme le frère du roi tout comme son père, est mentionnée seulement trois fois dans les Textes des Pyramides, toujours dans le concept impliquant l’étoile du matin.
L’étoile Unique est le roi lui-même.

Pour résumer, on peut assimiler cette ascension à la destinée d’Osiris : d’abord il meurt, ensuite pour ressusciter dans l’au-delà le défunt devait comme Osiris avoir le corps préservé. Puis, le corps d’Osiris-défunt une fois reconstitué, ce dernier quittait la terre et montait au ciel rejoignant sa mère Nout. Elle lui indiquait le chemin de l’horizon, là où se trouve Rê. En tant que mère d’Osiris, elle le porte puis lui redonne vie. Le défunt réapparaît alors, tel une étoile, à l’est. En gros après 70 jours, le pharaon renaissait sous forme d’étoile, à l’est du ciel, dans les heures du soleil levant. En d’autres termes, le pharaon devenait une étoile qui effectuait son lever héliaque après être demeurer invisible pendant 70 jours. Il prenait place entre Sirius et Orion.

Le ciel &quot;stellaire&quot; à l'Ancien Empire; la destinée stellaire du roi dans les Textes des Pyramides, et les théories modernes

Théories modernes

Les théoriciens modernes pensent que les Egyptiens ont utilisé l’emplacement des étoiles pour construire les pyramides. Par exemple, Sélim Hassan, Robert Bauval et Gilbert ont traité ce sujet en se concentrant sur les ouvertures, les puits des pyramides qui selon eux pointaient vers des étoiles bien précises qui sont nommées très souvent dans les Textes des Pyramides.

Sélim Hassan fut le premier à considérer un lien entre les pyramides et les étoiles. Samuel Mercer, Virgina Trimble, Alexander Badaway et plusieurs autres archéologues s’engouffrèrent dans cette brèche au cours des décennies qui suivirent.

Alexander Badaway affirmait notamment que le soi-disant conduit d’aération de la chambre du Roi dans la pyramide de Chéops serait orienté vers les étoiles circumpolaires et vers le Baudrier d’Orion.

Selon Bauval, l’emplacement de la pyramide sous une étoile précise serait le but pour assister le roi dans son ascension au ciel. Comme les Textes des Pyramides présentaient une sorte de religion stellaire où le roi devenait une étoile et que son âme céleste devait être établie dans étoiles méridionales d’Orion et Sirius et dans les étoiles septentrionales (circumpolaires) qui incluaient les trois étoiles circumpolaires de la Grande Ourse, la Petite Ourse et Dragon. Ensuite la structure de la pyramide était premièrement un instrument de renaissance pour le roi (forme qui pointe vers le ciel).
Il y a 4 puits étroits dans les Grandes Pyramides du plateau de Gizeh. 2 étaient orientés au nord et 2 autres au sud qui partaient de la chambre du roi et de la chambre de la reine. Au tout début on pensait qu’il s’agissait de puits pour permettre l’aération des chambres, mais aujourd’hui on pense qu’elles servent à des fins religieuses qui servaient, en fait, à permettre à l’âme du défunt de sortir pour accéder aux étoiles.
Nous savons que dans les Textes des Pyramides, les étoiles septentrionales et les étoiles méridionales étaient essentiellement des aspects des rituels de renaissance et directement relié à une destinée stellaire du roi défunt.
La région septentrionale concerne la Grande Ourse, Ourse Mineure, Dragon. La dernière constellation a une étoile principale : Alpha Draconis qui est considérée comme l’étoile Polaire de l’âge des Pyramides.
La région méridionale concerne Orion, Canis Major (qui contient Sirius). A celles-ci, il faut ajouter la constellation du Taureau, incluant l’étoile Hyades.
Une des cérémonies était l’ouverture de la bouche pendant laquelle Horus et ses 4 enfants viennent dans la chambre où la momie du roi se trouvait et avec des instruments crochus, ils ouvraient la bouche d’Osiris-roi pour le faire renaître. Cette cérémonie a une connotation astrale qui est liée aux étoiles circumpolaires. Ces deux instruments ressemblaient en fait aux constellations de la Grande Ourse et la Petite Ourse. Un autre rituel de la naissance symbolique du nouveau Horus avait une connotation stellaire à Horus qui est dans Sirius-Isis.
La Petite Ourse ou le crochet céleste d’Horus était aussi connu sous le nom de couteau d’Oupouaout.

Ensuite, les pyramides avaient un nom qui faisait référence aux étoiles. « Djedefra est une étoile Sehed » et « Nebka est une étoile ». Edwards nous donne une traduction du nom de la pyramide de Cheops : « Khufu est celui qui appartient à l’horizon ».

Une théorie très importante est celle de la corrélation d’Orion qui propose une corrélation des 3 pyramides de Gizeh avec la ceinture d’Orion (Almitak, Alnilam, Mintaka). La position et la taille de ces pyramides ressemblent à celles de la ceinture d’Orion par la brillance de ses étoiles. Le Nil représenterait la Voie Lactée. En 1994, Bauval associe ses pyramides au Baudrier mais avec un léger décalage. Les Egyptiens auraient voulu représenter la carte du ciel sur le sol égyptien.

Un autre théoricien, Georges Vermard, associerait les 4 étoiles d’Orion qui forme un quadrilatère aux 4 angles de la pyramide de Chéops. Il affirme aussi que les données mathématiques correspondraient à la constellation d’Orion et l’étoile Sirius.

Malek lui, nous dit en plus que 7 pyramides seraient orientées selon 7 étoiles précises. 2 pyramides de Snefru (Romboïdale et Rouge), 3 pyramides de Gizeh (Khufu, Khephren, Menkaure), Radjedef (Abou Roash), Khnemka ( ?) (Zawiyet el-Aryan). Bauval en conclu que toutes les pyramides ensemble (d’Abou Roash jusqu’à Dashour avec le complexe de Gizeh comme centre) sont une projection de la constellation d’Orion et le Nil représente la Voie Lactée.

Toutes ces hypothèses ne peuvent pas êtres confirmées car il n’y a aucun texte qui le prouve.

Le ciel &quot;stellaire&quot; à l'Ancien Empire; la destinée stellaire du roi dans les Textes des Pyramides, et les théories modernes
Le ciel &quot;stellaire&quot; à l'Ancien Empire; la destinée stellaire du roi dans les Textes des Pyramides, et les théories modernes

Pour conclure, à l’Ancien Empire, nous voyons la base de la religion stellaire se construire dans les Textes des Pyramides, mais aussi les Egyptiens observaient les étoiles pour positionner à un certain endroit précis les pyramides qui avaient elles aussi un lien stellaire grâce à l’ouverture des puits. De plus, les étoiles servaient à des fins agricoles comme pour la montée du Nil lors du levé héliaque de Sirius.

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