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ArteHistoire

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

16 Septembre 2013 , Rédigé par Sabrina Ciardo Publié dans #Egyptologie

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Djoser est selon le papyrus royal de Turin, le second roi de la 3ème dynastie que l’on situe aux alentours de 2650/2600 av. J.-C. et il régna pendant dix-neuf ans[1]. Imhotep, son architecte, réalisa son complexe funéraire en développant le plus possible l’architecture de la 1ère à la 3ème dynastie en remplaçant la brique, un matériel périssable, par de la pierre, un matériel qui se préserve.

Mais la pierre n’est pas une nouveauté dans l’architecture de ces dynasties. Elle est déjà utilisée avant Djoser, par exemple : « les chambres funéraires des tombeaux Thinites peuvent comporter, dès le milieu de la 1ère dynastie, de grandes dalles de calcaire placées côte à côte dressés pour revêtir les parois ou posées à plat pour former le plafond. Le sol du caveau est parfois dallé, ou comporte un socle sur lequel le sarcophage est installé » [2], mais certaines tombes comportent aussi des herses. Dans cette nouvelle forme d’architecture, la méthode de construction des premières dynasties, utilisant la brique crue, étaient reprise et remplacée par de gros blocs de pierre. Le matériau utilisé dans tout le complexe funéraire est « un calcaire provenant de Toura, dans les montagnes de la rive orientale, de l’autre côté du Nil »[3].
Cette très grande architecture se trouve à Saqqarah Nord, entourée par les mastabas des 1ère et 2ème dynasties, ainsi que ceux des 3ème dynasties. Au Sud du complexe funéraire, se trouve le complexe de son successeur Sekhemkhet.
Plusieurs expéditions ont été faites durant deux siècles environ. En 1821, Heinrich Menu von Minutoli et Girolamo Segato découvrent le complexe, peut-être après d’autres personnes qui sont passées bien avant eux. En 1837, John Perring dégage des galeries latérales, et en dresse un plan, les décrivant comme des « catacombes étendues [comportant…grande quantité de fragments de marbre, de vases d’albâtre et de sarcophages »[4]. Six ans plus tard, Lepsius continue les fouilles. En 1924, Firth découvre les Maisons du Sud et du Nord et le serdab qui contenait la statue du roi. En accord avec Pierre Lacau, il décida d’explorer la Pyramide à degrés. Deux ans plus tard, il découvre des fragments d’un socle d’une autre statue royale, se tenant debout. L’inscription de ce fragment livre non seulement le nom du roi, mais aussi celui d’Imhotep. A sa mort, en 1931, Quibell continue les fouilles avec Lauer qui était chargé des relevés d’architecture depuis 1926. De 1933 à 1936, ils découvrent des milliers de vases en pierre, entassés dans une galerie. En 2011, une restauration du puits funéraire a été réalisée sous la direction de Zahi Hawass et Hassan.

[1] M. BAUD, Djéser et la IIIe dynastie, Paris, 2002, p. 71.

[2] Ibid, p. 101.

[3] K. LANGE, M. HIRMER, E. OTTO, C. DESROCHES-NOBLECOURT, L’Egypte, Paris, 1968, p. 57.

[4] BAUD, op. cit., p. 15.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Le complexe funéraire

Le mur d'enceinte

D’après l’estimation de Lauer, « l’enceinte est bastionnée et ornée de redans et s’élevait à l’origine […] à près de 10 m 50 »[1]. Elle mesure environ 545 mètres en longueur et 277 mètres en largeur. Elle délimite une surface d’environ une quinzaine d’hectares. L’enceinte est de forme rectangulaire et est orientée dans l’axe Nord-Sud. Baud ajoute d’autres chiffres à ce mur d’enceinte qui « comporte 211 bastions rectangulaires, larges de 3 m en moyenne, à l’exception de 15 d’entre eux qui sont doubles, qui correspondent à des entrées monumentales »[2]. Ces dernières comportent quatorze fausses portes, dont la seule qui se trouve sur la façade Est est la véritable entrée. Selon Hermann Kees, « les quinze portes étaient liées à la fête sed et renvoyaient à la moitié du mois lunaire comme la période pour les cérémonies »[3]. Il faut aussi remarquer que la façade de l’enceinte adopte un système de saillants et de rentrants typique de l’architecture des mastabas en briques crues des dynasties précédentes.

[1] J.-Ph. LAUER, Histoire monumentale des pyramides d’Egypte, I. Les Pyramides à degrés (IIIe dynastie) (BdE 39), Le Caire, 1962, p. 109.

[2] BAUD, op. cit., p. 99.

[3] M. VERNER, The Pyramids – Their Archaeology and History, Londres, 2002, p. 112.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

L'entrée à colonnade

En entrant dans le complexe, on passe d’abord par une courette. Après l’avoir franchie, on passait par une longue galerie dans laquelle il y avait deux rangées de vingt colonnes fasciculées et engagées au mur. Cette colonnade supportait une lourde toiture en pierre qui était arrondie à sa partie inférieure pour imiter « des stipes de palmier »[1]. Cette colonnade couverte se termine « par un portique transversal à quatre colonnes adossées par paires »[2]. Certains égyptologues pensent que sur chaque côté de la colonnade, des chapelles représenteraient chacune les provinces de la Haute et de la Basse Egypte[3]. Selon Hans Goedicke, « l’arrangement structurel de la salle reflète une conception symbolique de la juridiction du jugement : les chapelles latérales entre les colonnes seraient réservées aux deux Ennéades en tant que juges, présidés par le souverain »[1]. Un socle de statue a été trouvé dans les décombres. Sur celui-ci, il est inscrit le serekh du roi, ainsi que les titres d’Imhotep : « Le chancelier du roi de Basse Egypte, le premier après le roi de Haute Egypte, l’administrateur du grand Palais, le noble héréditaire, le grand-prêtre d’Héliopolis, constructeur, sculpteur et [« fabricant de vases »] »[2]. Ce personnage était d’abord considéré comme un sage au Moyen Empire, puis vénéré au Nouvel Empire en tant que patron des scribes, ensuite, déifié à la période Saïte, mais aussi considéré comme le fils de Ptah et pour finir, il a été identifié à Asklépios par les Grecs, grâce à ses connaissances en médecine.

[1] LAUER, op. cit., p. 111.

[2] BAUD, op. cit., p. 106.

[3] VERNER, op. cit., p. 112.

[1] Ibid, p. 114.

[2] LAUER, op. cit., p. 114.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Les palais

Sur le côté Sud de l’entrée à colonnade, on accède à un temple d’accueil. Le bâtiment est allongé, comportant une façade à redans en son centre. Il ne contient que deux pièces étroites construites en chicane, permettant de se diriger vers une niche. De l’autre côté de la colonnade, du côté Nord-Est, on pouvait accéder – en suivant un couloir parallèle à l’enceinte – par une entrée placée sur le côté Ouest, à une construction plus complexe et de plus grandes dimensions. Plusieurs couloirs en chicane mènent à un ensemble de petites pièces allongées qui devaient abriter, au total, neuf statues. En longeant le couloir qui mène à ce deuxième palais, on accédait à un nouvel ensemble ouvert : la cour de la fête sed.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

La cour Hb-sd

Deux rangées de chapelles longent l’espace cérémonial dans un axe Nord-Sud. Elles sont accolées les unes aux autres et se font face. Chaque chapelle comporte un accès en chicane à ciel ouvert, et séparé du mur de clôture, permet d’accéder à la statue qui se trouvait à l’intérieur. La rangée occidentale est composée de treize chapelles de deux types différents : le sh-nTr et le pr-wr. Trois d’entre elles sont du premier type : la première, la septième et la dernière. Les chapelles sh-nTr sont le type de « pavillon divin » consacré à Anubis »[1] et sont percées latéralement par un niche sur le côté Nord. La chapelle la plus grande se différencie non seulement par sa taille, mais aussi par la pièce intérieure en forme de « L ». Celle-ci contenait la statue d’un groupe de quatre personnes, identifiée au couple royal et à ses filles. Les autres chapelles, du type pr-wr, possèdent « des colonnes cannelées engagées dans la façade et une toiture voûtée »[1]. Ce type de chapelles est la représentation symbolique du sanctuaire divin de la Haute Egypte. Du côté oriental de l’espace cérémonial, douze chapelles du type pr-nw – à façade aveugle et à toit voûté – représentaient symboliquement les sanctuaires de la Basse Egypte. D’après plusieurs égyptologues, ces chapelles étaient identifiées, au début, aux nomes de Haute et Basse Egypte pour l’intronisation du roi unificateur des Deux Terres. Mais le nombre de chapelles était insuffisant, « à moins qu’il ne soit agi que des nomes du Delta […] »[2] . Alors Lauer proposa de voir plutôt des « chapelles des principales divinités de la Haute et de la Basse Egypte, respectivement situées à l’ouest et à l’est »[3].
Entre les deux rangées de chapelles, du côté Sud, il y a un podium à double escalier, qui, d’après Baud, « supportait, à l’origine, un modèle de pavillon à toiture incurvée, soutenue par de fins piquets sculptés dans la pierre […] »[4]. Ce podium servait peut-être de support pour un trône qui était utilisé lors de l’installation du roi de Haute et de Basse Egypte[5]. Selon Verner, le roi était « symboliquement couronné »[6].
L’ensemble de la cour était considéré, par plusieurs égyptologues, « comme une pétrification des installations nécessaires à cette fête-sed, qui comportait une série de stations devant les principaux sanctuaires des dieux territoriaux du pays, ainsi qu’une course rituelle du souverain »[7].

[1] Ibid.

[2] LAUER, op. cit., p. 148.

[3] Ibid

[4] BAUD, op. cit., p. 110.

[5] Ibid.

[6] VERNER, op. cit., p. 131.

[7] BAUD, op. cit., p. 110.

[1] BAUD, op. cit., p. 109.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Le temple T

Le temple T se trouve derrière les chapelles de la cour Hb-sd. Ce bâtiment est fonctionnel et constitué de salles qui pouvaient avoir servi de magasins à matériel culturel. Trois colonnes cannelées et engagées supportaient à l’origine une toiture en pierre. Une salle tripartite se trouve au fond de ce temple. Baud explique que cet édifice était « un modèle de palais destiné au repos royal en marge des cérémonies de la fête-sed »[1]. Mais la façade de ce temple ressemblait au pavillon divin d’Anubis, ce qui a amené certains égyptologues à « associer le bâtiment à des cérémonies de préservation du corps, relayant l’hypothèse d’une destination autre que jubilaire de la cour voisine »[1]. Quant à Firth, il suggére « qu’il aurait pu figurer le pavillon où, durant la cérémonie, le roi venait changer ses vêtements, ses attributs et ses couronnes, entre les rites d’intronisations successives sur l’estrade de la cour principale »[2]. Bien sûr, il fallait imaginer que la cérémonie était fictive, c’est-à-dire que cette dernière se faisait dans l’au-delà.

[1] Ibid, p. 112.

[1] Ibid.

[2] LAUER, op. cit., p. 151.

Les maisons du Nord et du Sud

Au nord de la cour Hb-sd, se trouvent deux bâtiments de très grande taille. Ceux-ci furent baptisés, « maison du Sud et du Nord » à cause de leur emplacement. La Maison du Sud comporte une cour qui la précède. Cette dernière possède deux bornes alignées au centre, sur un axe Nord-Sud. Elles sont caractéristique par leur forme en « D » et sont distancées l’une de l’autre de 35 m. Ces bornes représentent « les plots autour desquels le monarque accomplissait une course rituelle dans le contexte de la fête jubilaire […] »[1]. La façade de la maison Sud est caractérisée par le type de chapelle pr-wr. Sa taille est deux fois et demi supérieure à celles des chapelles décrites précédemment dans la cour Hb-sd. Cet édifice est caractérisé par une façade haute à colonnes cannelées et engagées, décorées par des chapiteaux floraux et soutenant une toiture arquée. Ce sanctuaire est typique de la Haute Egypte. La façade est ouverte par une niche qui mène à un couloir en chicane. La Maison du Nord est, elle aussi, très grande. Elle comporte cinq niches en hauteur qui donnent sur des couloirs en chicane. Dans la cour de ce sanctuaire, il y a trois colonnes possédant un chapiteau en forme de papyrus. Des traces de couleur ocre-rouge ont été relevées sur certaines colonnes de la Maison du Nord. Celles-ci simulaient la couleur du bois. Sur les deux édifices, il y avait une frise décorée de signe Xkrw qui n’était interrompue que par les pilastres ou les colonnes. Lauer interprète ces édifices comme les symboles de la Haute et de la Basse Egypte qui sont « caractérisés principalement par leur situation relative dans l’enceinte et par les colonnes représentant les deux plantes héraldiques des royaumes du Sud et du Nord, liseron et papyrus […] »[2]. Il ajoute encore, en comparant les chapelles avec le signe hiéroglyphique sH qui représente un pavillon – mais il sert aussi de déterminatif au nom Hb, fête – sous lequel on plaçait une image de la divinité célébrée[3]. C’est pour cela que Ricke propose d’identifier ces bâtiments comme « la figuration des deux salles du trône de Haute et de Basse Egypte, qui

trouveraient place ici – toujours à l’usage du ka – en symbole de la puissance royale sur les deux terres du Sud et du Nord »[1]. Un puits de chaque côté des édifices a été trouvé et semble avoir appartenu à deux princesses.
Un fragment d’ostracon a été exhumé du sable. Celui-ci serait une des rares traces trouvées permettant de construire une partie du monumental complexe. Il comportait « un diagramme d’une courbe avec des mesures ordonnées »[2]. Dans l’article de Gunn, il y a toute une description de ce fragment qui permet de construire une voûte à l’aide de coudées, de paumes et de doigts[3].

[1] BAUD, op. cit., p. 112.

[2] LAUER, op. cit., p. 164-165.

[3] Ibid, p. 165.

[1] Ibid.

[2] J.-Ph. LAUER, La Pyramide à degrés – L’architecture. Tome I – Texte (SAE), Le Caire, 1936, p. 241.

[3] B. GUNN, « An Architect’s Diagram of the Third Dynasty », ASAE 26 (1926), p.197-202.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
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La cour du serdab

Du côté Ouest de la Maison du Nord, il y a la cour du serdab. Contre la Pyramide et le temple funéraire, le serdab du roi contenait encore la statue du propriétaire du complexe. Cette sculpture en calcaire peint représente le monarque assis. Sur la parois du serdab, deux trous cylindriques « permettaient à la statue de communiquer avec le monde extérieur »[1]. Une reproduction de la sculpture du roi se trouve maintenant dans le serdab, quant à l’original il se trouve au Musée du Caire (JE 49158). Le roi porte un nemes, le manteau est peint en blanc et les cheveux en noir. Les yeux portaient à l’origine des pupilles de cristal, mais celles-ci ont disparu[2]. D’après la description de Lauer, le menton serait « enveloppé par une barbe très allongée dont l’extrémité cassée semble avoir atteint le bras droit rabattu sur la poitrine avec le poing serré, la main gauche étant posée à plat sur la cuisse »[3]. La titulature du roi est inscrite sur le socle, sur lequel repose la statue du roi : Netjerikhet. Tout au Nord de la cour, des vestiges d’un sanctuaire orienté vers l’Est ont été découverts. Cet édifice permettait l’entrée sur une cour secondaire qui était accessible depuis l’Est par « un simulacre de porte ouverte à une autre cour où donnent trois groupes de petits sanctuaires adossés au massif de la « maison du Nord » […] »[4].

[1] J.-Ph. LAUER, Histoire monumentale des pyramides d’Egypte, I. Les Pyramides à degrés (IIIe dynastie) (BdE 39), Le Caire, 1962, p. 169-170.

[2] C. FIRTH, « Excavations of the Departement of Antiquities at the Step Pyramid, Saqqarah (1924-1925) », ASAE 25 (1925), p. 150.

[3] J.-Ph. LAUER, Saqqarah, la nécropole royale de Memphis, Paris, 1997, p. 87.

[4] Id., Histoire monumentale des pyramides d’Egypte, I. Les Pyramides à degrés (IIIe dynastie) (BdE 39), Le Caire, 1962, p. 170.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrésLe complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Le temple nord et sa cour

Le temple de la pyramide a été construit de manière à suivre un trajet très complexe et « devait répondre à des principes de cheminement sacré »[1] selon Baud. Il fallait d’abord passer dans la première salle d’ablution qui permettait d’accéder à une deuxième salle identique en empruntant une antichambre. Ces deux salles de purification étaient séparées par une pièce carrée. En utilisant cette dernière il fallait emprunter un couloir en chicane en direction du Sud pour accéder à la cour II. Lauer propose de voir dans ces deux salles d’ablutions, placées au Nord et au Sud, « un culte funéraire royal l’une pour la Haute et l’autre pour la Basse Egypte »[2]. Dans la cour II, a été découverte la descenderie qui permettait d’accéder aux souterrains de la pyramide à degrés. Cette cour était séparée de la cour I – se trouvant à l’Est – par un massif qui possédait, au Sud, une chambre et, au Nord, par un couloir en chicane, permettant de communiquer avec les deux cours. Chacune comportait, au Sud, un vestige d’un portique à quatre colonnes, permettant de passer dans un long vestibule. A l’Est, la moitié du vestibule permettait d’accéder par quatre percées, à une salle voisine, parallèle, d’où l’on pouvait atteindre, par le Sud, une deuxième salle, orientée de la même manière. Pour finir, en se dirigeant vers l’Ouest, il était possible d’accéder à une autre chambre, mais, cette fois, perpendiculaire à la pyramide et un dernier accès donnait sur un sanctuaire carré. Lauer remarque une nouveauté dans ce temple : il est orienté en direction du Nord au lieu d’être en direction de l’Est[3]. Au fond de la cour, il y a un autel taillé dans la pierre. Lors des fouilles, Lauer et Quibell découvrirent « des simulacres de magasins superposés à des galeries souterraines contenant d’abondantes provisions de blé, d’orge, de figues de sycomore et de raisin »[4].

[1] BAUD, op. cit., p. 114.

[2] LAUER, op. cit., p.100.

[3] Id. Saqqarah, la nécropole royale de Memphis, Paris, 1977, p. 87.

[4] Ibid, p. 94-95.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrésLe complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrésLe complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

La cour sud

Cette cour est limitée par la pyramide, au nord, et par des murs à redans, sur ses côtés. Elle ne contient que trois petits édifices. Il s’agit, d’abord, d’une sorte d’autel constitué d’une rampe d’accès et d’une plate-forme qui s’élève, selon les calcul de Lauer, à un mètre[1]. Devant la rampe, il y a dans le sol une cavité rectangulaire qui aurait pu contenir une autre statue du roi. Ensuite, les deux autres édifices sont caractéristiques par leur forme en « B ». Ils étaient construits à l’aide de « deux noyaux de pierraille liée par de la terre argileuse et par un revêtement de calcaire fin […] »[1]. Ceux-ci ont été interprétés, toujours par Lauer, comme des édicules « en relation avec les rites du couronnement et du Hb-sd »[2].

[1] Id. Histoire monumentale des pyramides d’Egypte, I. Les Pyramides à degrés (IIIe dynastie) (BdE 39), Le Caire, 1962, p. 116.

[1] Ibid., p. 116.

[2] Ibid., p. 117.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Le temple Sud et le tombeau Sud

Le temple du Sud était constitué d’un décor à redans et surmonté par une frise d’uraei qui a été reconstituée lors de la découverte des éléments décoratifs sous le sable. Ce temple possédait une ouverture en son centre, permettant l’accès, par un couloir en chicane, à un sanctuaire. Le tombeau du Sud se caractérise par une forme rectangulaire orientée sur un axe Est-Ouest. Celui-ci ressemble à un mastaba à l’extérieur, aussi par son toit légèrement voûté, mais à une pyramide à l’intérieur. Le puits funéraire mesure 28 mètres, comme celui de la pyramide, et possède un caveau de granit carré qui est surmonté par une chambre de manœuvre. La descenderie est dirigée dans un axe Est-Ouest, contrairement à l’axe Nord-Sud de la pyramide. Parallèlement à celle-ci, il y avait une galerie qui aurait servi de cellier. Sur toute sa longueur, la descenderie est composée de marches revêtues de calcaire fin. Un passage, donnant accès au magasin, se trouve directement après l’entrée en tunnel. Celui-ci était « rempli de grosses jarres en poterie et de quelques-unes en albâtre, où certains dépôts prouvent qu’elles avaient contenu des liquides (bière, lait, huile, etc.) »[1]. La chambre de manœuvre qui se trouvait légèrement au-dessus du caveau en granit, était remplie de déchets en albâtre, ce qui permettait, selon Lauer, de « dissimuler le caveau de granit et son orifice d’accès, une fois celui-ci obturé »[2]. Le passage qui mène aux appartements souterrains possède des parois latérales couvertes de faïences bleues. En poursuivant dans la chambre I, semblablement ornée, on accédait à la chambre II qui comportait trois stèles fausses portes sur sa paroi occidentale. Sur ces reliefs, le roi Netjerikhet est représenté trois fois : une fois en courant avec la couronne de la Haute Egypte, et deux fois marchant, portant d’abord la couronne de Basse Egypte, puis la couronne du Sud. Poursuivant le cheminement, on passe par une autre chambre à faïences bleues qui communique avec une autre sur le côté. Un problème se pose par rapport à la taille du tombeau. Son plan carré ne pouvait pas contenir un corps étendu, c’est pourquoi les égyptologues ont pensé que cette tombe était destinée au ka[3]. D’après Lauer, le ka avait « à sa disposition tous les édifices en surface construits autour de la pyramide à l’intérieur de sa vaste enceinte, qui devaient lui permettre, en s’incarnant en quelque sorte dans les différentes statues de Zoser réparties dans celle-ci, de continuer à régner, dans l’au-delà, sur les deux royaumes du Sud et du Nord »[1]. En 1933, une hypothèse différente fut émise : le tombeau pourrait contenir les vases canopes[2]. Selon Rocke et Schott, il aurait dû y avoir les couronnes du Nord et du Sud, car la frise d’uraei sur la façade du sanctuaire du tombeau Sud correspond au symbole du pouvoir royal présent sur les couronnes[3].

[1] Ibid., p. 120.

[2] Ibid., p. 123.

[3] Ibid., p. 138.

[1] Ibid., p. 138-139.

[2] Ibid., p. 135.

[3] Ibid., p. 135-136.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrésLe complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Le massif occidental

Du côté Ouest, trois galeries de 400 mètres longent le complexe. Ce massif est composé de « bourrage de déchets de taille de pierre, de débris divers, de terre argileuse et de sable […] »[1]. Sous toute cette structure, un réseau de galeries s’étend sous forme de dents de peigne par lesquelles il est possible d’entrer par cinq puits. La galerie centrale est la plus large. Les galeries n’ont pas encore été toutes fouillées, mais les rares explorées ont permit à Firth de trouver « des fragments de vaisselle de pierre cassées qui se trouvaient en très grand nombre dans les galeries, mais non dans les chambres proprement dites »[2]. Celui-ci arriva à la conclusion, que « ces dernières auraient pu constituer des simulacres de tombes de serviteurs en souvenir du temps où l’on sacrifiait un certain nombre d’entre eux à la mort du roi »[3]. D’après Arnold, il s’agirait des offrandes faites, à l’origine, pour un roi de la deuxième dynastie[4].

[1] Ibid., p. 142.

[2] Ibid., p. 143.

[3] Ibid., p. 143.

[4] D. ARNOLD, The Encyclopedia of Ancient Egyptian Architecture, New York, 2003, p. 74.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

La Pyramide à degrés

Une construction à étapes

D’après les relevés architecturaux de Lauer, il a été possible de distinguer six étapes différentes, nommées plus communément : M1, M2, M3, P1, P1’, P2. L’étape M1 est la construction sur un plan carré d’un mastaba. Son côté mesurait, au tout début, 63 mètres et 8 mètres de haut. D’après la description du responsable en relevés architecturaux, « il comporte un massif de libages de calcaire siliceux disposés en assises horizontales, chacune de celles-ci étant enrobée en deux épaisses couches de mortier d’argile grisâtre, jaune ou rouge »[1]. Un premier revêtement de calcaire fin de Toura fut mis en place. Le sommet du mastaba était légèrement bombé. A l’étape M1, on ajouta un deuxième revêtement M2 composé de « tranches périphériques de maçonnerie à assises horizontales »[2]. L’inclinaison du deuxième parement est légèrement plus accentué que le premier. Le plan du mastaba reste encore carré. Au stade M3, le monument subit un allongement en direction de l’Est de manière à couvrir onze puits percés en lisière du parement M2. D’après Lauer, l’agrandissement M3 serait constitué « par un noyau de blocaille de calcaire jaune du désert local abondamment lié à l’argile ainsi que par un revêtement de calcaire fin […], dont l’appareil était le prolongement de celui de M2 »[3]. Le premier stade de la pyramide P1 n’était construit qu’avec quatre gradins, atteignant une hauteur de 42 mètres. P1 recouvrait à ce moment là toute la surface du M3, auquel fut ajouté sur les quatre faces un revêtement. Le stade P1’ correspond à l’agrandissement de la pyramide pour la porter à six gradins. Pour simplifier l’opération, les architectes de l’époque agrandirent la pyramide que sur deux côtés, c’est-à-dire en direction du Nord et de l’Ouest. Pour finir, le stade P2 répondait à l’addition d’un dernier revêtement en appareil plus grand et plus soigné. A la fin de la construction, la pyramide mesurait « 109 m x 121 m à la base et près de 60 mètres de hauteur »[4]. La technique de construction en lit déversé, expliquée par Baud, « assure d’une part l’élasticité de la structure ménageant des possibilités de glissement, d’autre part une cohésion d’ensemble par effet de gravité, obtenue par l’inclinaison des murs en direction du noyau »[5]. D’après Nabil Swelim, le mastaba 1 et 2 diffèrent des autres constructions, ce qui le mène à penser que la tombe était destinée, au départ, au roi Sanakht, mais Lauer le contredit dans son article[6].

[1] LAUER, op. cit., p. 69.

[2] Ibid., p. 70.

[3] Ibid., p. 72.

[4] Ibid., p. 73.

[5] BAUD, op. cit., p. 144.

[6] J.-Ph. LAUER, « A propos de l’invention de la pierre de taille par Imhotep pour la demeure d’éternité du roi Djoser », in : P. POSENER-KRIEGER (dir.), Mélanges Gamal Eddin Mokhtar (BdE 97,2), Le Caire, 1985, p. 64-67.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

La descenderie

La descenderie débute dans la cour II du temple funéraire Nord. Elle est orientée sur l’axe Nord-Sud. Elle commence par un escalier à ciel ouvert, puis continue en tunnel creusé dans la roche, en pente douce sur environ 50 mètres. L’escalier principal mène à un étage intermédiaire composé d’un long magasin à provisions qui est perpendiculaire à la descenderie. Plusieurs autres chemins mènent au caveau royal, mais ceux-ci ont été surtout creusés par les pilleurs de tombes.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Le puits central et le tombeau royal

Dans un puits large de 7 mètres et profond de 28 mètres, qui s’ouvre dans la masse du mastaba M1, se trouve le tombeau royal constitué de neuf assises de blocs en granit rose d’Assouan assemblés les uns à côté des autres. Il est possible d’accéder au caveau qui mesurait 2m69 x 1m65, par un trou cylindrique percé vers l’extrémité Nord. Cet orifice était obturé, après les funérailles, « par un énorme bouchon de granit de 1m75 de haut et de 1 mètre de diamètre pesant trois tonnes et demie environ »[1]. Dans les tombes des prédécesseurs de Djoser, de la IIe dynastie, le tombeau était placé après un aboutissement d’une succession de plusieurs salles. Contrairement à eux, ce roi a fait mettre son caveau directement après la descenderie.

[1] BAUD, op. cit., p. 75.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

La salle des manœuvres

La salle des manœuvres se trouvait au-dessus du caveau de granit, ce qui permettait d’introduire la momie et de fermer le caveau en mettant en place le bouchon. Toute la partie supérieure du puits était fermé par de la blocaille, la seule ouverture qui permettait d’accomplir ce travail était la salle des manœuvres. Aujourd’hui cette chambre, ainsi que la blocaille, ont disparu.

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Les magasins

Au niveau du caveau, des galeries s’ouvrent perpendiculairement à celui-ci, à peu près au trois angles du puits. Ces magasins sont au nombre de onze. Trois de ces galeries s’ouvrent sur des chambres disposées en dents de peigne. Les parois ne sont pas décorées, mais, au contraire, laissées brutes et irrégulières. Ces chambres devaient faire office de magasins pour le mobilier funéraire constitué surtout en « vaisselle de pierre dont de nombreux fragments ont été recueillis, principalement en albâtre et en diorite translucide »[1].

[1] J.-Ph. LAUER, Histoire monumentale des pyramides d’Egypte, I. Les Pyramides à degrés (IIIe dynastie) (BdE 39), Le Caire, 1962, p. 76.

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Les appartements du roi

En passant par un couloir en chicane et un autre tout droit, il était possible d’accéder aux appartements du roi. Comme au tombeau sud, il y a trois pièces allongées formant des « L » successifs. Ces chambres sont décorées de faïences bleues, à l’exception de la première. Celles-ci étaient connues sous le nom de chambres bleues. Pour les Egyptiens anciens, le turquoise symbolisait « la renaissance, la vie et la prospérité »[1]. Ces faïences imitent le clayonnage des roseaux. Les pièces possèdent « des encadrements de porte en calcaire fin, sculptés au nom du roi »[2]. Deux pièces sont allongées, en enfilade, construites sur un axe Nord-Sud. Allant dans la pièce Nord, un couloir permet l’accès à des salles latérales. Quant à la pièce Sud, des portes factices sont séparées par des panneaux. Ces derniers représentent, sur des stèles de calcaire fin, le roi « en course rituelle ou en visite à des sanctuaires divins »[3]. Ils étaient compris comme une unité courant dans la séquence du même axe Nord-Sud, reliant les panneaux du tombeau Sud[4]. Friedman donne toute une description des panneaux, faisant un lien entre les deux tombes. Dans le premier panneau, le roi porte la couronne de Haute Egypte, un pagne et un habit lourd. A sa ceinture, une queue de taureau, rappellant l’habillement de Narmer, y est attachée. Il tient une massue dans sa main gauche et un long sceptre dans la droite. Dans le deuxième panneau, le roi court, après avoir enlevé son habit lourd, et porte juste une ceinture et un tissus central. A côté de ses pieds il y a deux objets qui rappellent ceux de la cour Sud – les édicules en forme de « B ». Le roi porte un flagellum, symbole d’autorité, dans sa main droite et dans la gauche il porte un mks qui contient un document. Dans le dernier panneau, la tête du roi manque, mais on peut observer qu’il fait un plus grand effort pour courir. Cette fois, il porte juste un bout de tissu qui cache son sexe et la queue de taureau a été enlevée. Ces stèles répondent à celles qui se trouvent dans la tombe Sud, ce qui donne l’impression que le roi court autour des bornes de la cour Sud, bien sûr de manière fictive.

[1] VERNER, op. cit., p. 119.

[2] BAUD, op. cit., p. 159.

[3] Ibid., p. 160.

[4] F.D. FRIEDMAN, « The Underground Relief Panels of King Djoser at the Step Pyramid Complex », JARCE 32 (1995), p. 18.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Les galeries I à XI

Une autre structure plus profonde se trouve sous la pyramide, construite quand elle n’était qu’un mastaba. D’après Lehner, « onze puits verticaux ont été creusés, desquels de longues galeries s’étendent vers l’ouest »[1]. Ces puits sont plus profonds que celui du caveau, ils mesurent 33 mètres de profondeur et sont grossièrement taillés dans la pierre. Ils ont été fermés par le projet P1. Selon Lauer, certaines galeries étaient destinées « […] aux sépultures de princesses ou d’enfants royaux […] »[2]. La galerie I est la seule à posséder une descenderie « qui permettait de rejoindre son puits à une dizaine de mètres au-dessus de son fond »[3]. Celle-ci est faite de marches taillées dans le roc, à pente très raide. La galerie III et IV n’étaient séparées que par un mur de 35 centimètres d’épaisseur. Concernant le contenu des galeries I à IV, il n’y avait en général que des fragments de sarcophages. La galerie V s’écarte des autres en se dirigeant vers l’Ouest Sud-Ouest, contrairement aux autres qui sont axées vers l’Ouest Nord-Ouest. Dans cette galerie, il y avait un sarcophage d’un enfant de huit ans. La galerie VII se trouve sous la VI. Celles-ci étaient remplies, depuis le sol jusqu’en haut, de vases, de coupes et d’assiettes écrasées par le poids du plafond qui s’était effondré. Un total d’environ 40'000 pièces de vaisselle ont pu être recueillies. La plupart des vases avaient des formes et des types usuels de la 1ère et 2ème dynasties ainsi que des « inscriptions royales gravées sur ces vases appartenant toutes à cette période dite Thinite, prouvent que Zoser fit un large remploi de vaisselle antérieure pour en combler ces deux galeries »[4]. Presque tous les noms de la 1ère dynastie s’y trouvent, sauf celui de Aha. De même que ceux de la 2ème dynastie, en excluant Peribsen et Khâsekhemoui. Lacau et Lauer ont relevé tous les noms dans ces galeries et n’ont retrouvé le nom du roi Djoser que sur une empreinte de sceau en argile dans la galerie VII[5]. Les galeries VIII à XI ont surement dû faire office de magasins, comme les deux précédentes. Ces dernières galeries étaient remplies de remblais de terre compacte contenant des fragments de vaisselle ainsi que de rares objets en cuivre.

[1] M. LEHNER, The Complete Pyramids, Londres, 1997, p. 90.

[2] LAUER, op. cit., p. 82.

[3] Ibid., p. 83.

[4] Ibid., p. 92-93.

[5] P. LACAU, J.-Ph. LAUER, La Pyramide à degrés. Tome IV-V (SAE), Le Caire, 1959-1965.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés
Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Pour conclure, le complexe de Djoser marque l’apogée et la fin de l’art Thinite, mais il est aussi « […] le point de départ pour un art nouveau, celui de l’Ancien Empire »[1]. Dans ce vaste espace, furent disposés des éléments nouveaux, les édifices de cultes et les édifices symboliques. L’une des plus grandes innovations d’Imhotep fut l’élévation de la pyramide qui se fit par plusieurs tâtonnements pour atteindre une hauteur de 60 mètres. Si cette personne ne fut pas vraiment « l’inventeur de la construction en pierre de taille, du moins en fut-il probablement le véritable promoteur ; il semble avoir été le premier à l’employer en grand dans de vastes constructions […] ; il sut trouver des formes, des ordonnances et des adaptations nouvelles et vaincre avec une maîtrise incomparable les difficultés de réalisation »[1].

Plusieurs personnes se sont penchées sur la question de l’interprétation du complexe de Djoser. Ricke voit le complexe comme la résidence symbolique du souverain combinant la Haute et la Basse Egypte à travers des spécificités architecturales[2]. Lauer pense que le constructeur du complexe de Djoser n’a pas suivi un plan posé à l’avance, mais s’est fondé sur son expérience avec deux types très différents de bâtiments[3]. Le premier correspondait à des bâtiments symboliques, dits simulacres, qui se rattachaient à la fête sed et étaient destinés à abriter le ka du souverain dans l’au-delà, comme, par exemple, le complexe du festival sed, le temple T et les maisons Nord et Sud[4]. Le deuxième type était correspondait aux bâtiments fonctionnels pour les inhumations et les rites funéraires, comme le temple funéraire du Nord[5]. Il faut noter que dans le complexe aucun texte n’a été retrouvé, à part les titulatures du roi et l’éloge à Imhotep. Les égyptologues ont dû déchiffrer les graffitis laissés par les Egyptiens anciens, datant de la 26ème dynastie, pour confirmer que cette tombe appartenait bien au roi Djoser Netjerikhet, car le nom de Djoser n’existait pas dans les titulatures du roi à l’époque où le complexe fut construit. Par conséquent, les chercheurs se voient dans la nécessité d’interpréter ces monuments.
Les rois qui le succédèrent prirent comme exemple le complexe de Djoser, tout en le modifiant. Sekhemkhet fit une pyramide à sept degrés, avec un mur d’enceinte à redans et un tombeau sud comprenant un mastaba rectangulaire sur un puits funéraire qui s’enfouit en profondeur[6]. Sa structure souterraine ressemble à celle de son prédécesseur. A Zawiyet el-‘Aryan, entre Giza et Saqqarah, il y a une autre tombe, probablement celle du roi Khaba qui comporte une pyramide à six ou sept degrés[7] mais le nombre n’est pas certain car la pyramide n’a jamais été terminée.

[1] LAUER, op. cit., p. 174.

[1] Id., La Pyramide à degrés – L’architecture. Tome I – Texte (SAE), le Caire, 1936, p. 204-205.

[2] VERNER, op. cit., p. 137-138.

[3] Ibid., p. 139.

[4] Ibid., p. 139.

[5] Ibid., p. 139.

[6] P.J. WATSON, Egyptian Pyramids and Mastaba Tombs of the Old and Middle Kingdoms, (ShirEgypt), Aylesbury, 1987, p. 23.

[7] Ibid., p. 23-24.

Le complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrésLe complexe funéraire de Djoser et la pyramide à degrés

Bibliographie

C.M. FIRTH, J.E. QUIBELL, The Step Pyramid. Volume II – Plates (SAE), Le Caire, 1935.

J.-PH. LAUER, La Pyramide à degrés – L’architecture. Tome I – Texte (SAE), Le Caire, 1936.

J.-PH. LAUER, La Pyramide à degrés – L’architecture. Tome II – Planches (SAE), Le Caire, 1936

J.-PH. LAUER, La Pyramide à degrés – Compléments. Tome III (SAE), Le Caire, 1939.

P. LACAU, J.-PH. LAUER, La Pyramide à degrés. Tome IV – Inscriptions gravées sur les vases. 1er Fascicule : Planches (SAE), Le Caire, 1959.

P. LACAU, J.-PH. LAUER, La Pyramide à degrés. Tome IV – Inscriptions gravées sur les vases. 2ème Fascicule : Texte (SAE), Le Caire, 1961.

P. LACAU, J.-PH. LAUER, La Pyramide à degrés. Tome V – Inscriptions à l’encre sur les vases (SAE), Le Caire, 1965.

J.-PH. LAUER, Histoire monumentale des pyramides d’Egypte, I. Les Pyramides à degrés (IIIe dynastie) (BdE 39), Le Caire, 1962.

J.-PH. LAUER, « A propos de l’invention de la pierre de taille par Imhotep pour la demeure d’éternité du roi Djoser», in : P. POSENER-KRIEGER (dir.), Mélanges Gamal Eddin Mokhtar (BdE 97,2), Le Caire, 1985, p. 61-67.

C. FIRTH, « Excavations of the Department of Antiquities at the Step Pyramid, Saqqara (1924-1925) », ASAE 25 (1925), p. 149-159.

B. GUNN, « An Architect’s Diagram of the Third Dynasty », ASAE 26 (1926), p. 197-202.

F.D. FRIEDMAN, « The Underground Relief Panels of King Djoser at the Step Pyramid Complex », JARCE 32 (1995), p. 1-42.

D. ARNOLD, The Encyclopaedia of Ancient Egyptian Architecture, New York, 2003, p. 72-74.

M. BAUD, Djéser et la IIIe dynastie, Paris, 2002.

K. LANGE, M.HIRMER, E. OTTO, C. DESROCHES-NOBLECOURT, L’Egypte, Paris, 1968, p. 55-58.

J.-PH. LAUER, Saqqarah, la nécropole royale de Memphis, Paris, 1977, p. 86-100.

M. LEHNER, The Complete Pyramids, Londres, 1997, p. 84-93.

M. VERNER, The Pyramids – Their Archaeology and History, Londres, 2002, p. 105-140.

P.J. WATSON, Egyptian Pyramids and Mastaba Tombs of the Old and Middle Kingdoms,(ShirEgypt), Aylesbury, 1987, p. 18-24.

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