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ArteHistoire

Les Vestales

30 Janvier 2014 , Rédigé par Célimène Bonjour Publié dans #Histoire des religions

 Falconet - Statue d’une vestale, Louvre. URL: http://www.insecula.com/oeuvre/O0010061.html

Falconet - Statue d’une vestale, Louvre. URL: http://www.insecula.com/oeuvre/O0010061.html

Les vestales, vierges romaines dédiées au culte de la déesse Vesta, sont presque nées avec la fondation de Rome. Prises à un très jeune âge et soumises à l’autorité du Pontifex Maximus, elles possèdent un statut privilégié extraordinaire dans la société romaine.

Indispensable au bon fonctionnement de la cité, ces femmes ont certes des droits, mais aussi des devoirs, fortement liés au bien être de la ville. Or, si ces devoirs ne sont pas respectés, les châtiments sont tout aussi impressionnants que les privilèges accordés.

Quel est le rôle des Vestales ? En quoi consiste le culte ? Quelle était la signification particulière de la virginité de la vestale et la garde du feu sacré ? Pourquoi la perte ou leur extinction provoquaient-elles une réaction extraordinaire ?

1. Vesta

Selon certains, la déesse Vesta serait née dans l’idée des peuples nomades qui se retrouvent autour du feu et qui symbolisait l’union, la ville, la prospérité et la paix.

Le mot Vesta descendrait du sanscrit was qui signifie la demeure, l’habitation ou de l’hébreu eschgal, qui signifie le feu de l’éternel.

Dans son ouvrage, Vesta, Pierre Labrechts, explique qu’à l’origine, il y avait des petits cultes comme le culte du foyer, de la porte de la maison etc. ils ont pris de l’importance et il en serait sorti le culte de divinités qui leur étaient spécialement préposées.

Ainsi donc, Vesta, à l’origine, aurait été le foyer lui-même et comme le foyer faisait l’objet d’un culte il en est résulté une déesse spéciale, protectrice du foyer. Puis, puisqu’il y a un lien étroit entre individu et communauté, le culte de la déesse du foyer individuel, se transforma en culte public romain.

Dans la mythologie romaine, Vesta est la fille de Saturne et Rhéa ou l’épouse d’Uranus, le ciel, ce qui la lie à la Terre. En effet, Vesta est fortement liée à la Terre, notamment pour la stabilité et parce que en son centre il y a le feu éternel.

Vesta représente le foyer autour duquel la famille se réunit. Elle représente également la protection.[1] Comme une ville n’est qu’une famille plus considérable Vesta devient une déesse très importante pour Rome.

En effet, aucun repas, aucune prière, aucun sacrifice ne se fait sans l’invocation de cette déesse[2]. Sur les médailles et les monuments, les titres qu'on lui donne sont : Vesta la sainte, l'éternelle, l'heureuse, l'ancienne, Vesta la mère, etc.

[1] OVIDE, Fastes, 6, 257-282

[2] CICERON, De Natura Deorum, II, 27

2. Les Vestales

Les vestales sont des prêtresses romaines, vierges, dédiées au culte de la déesse vierge Vesta, associée au foyer et au feu.

Il y a plusieurs versions sur l’origine de la création de cette prêtrise. Selon certains, les vestales seraient nées sous Romulus au début de l’histoire romaine, supposant même que la mère de Romulus et Rémus en était une[1], tandis que d’autres proposent plutôt son successeur, Numa Pompulius qui aurait construit le temple dédié à la déesse, introduisant ainsi le culte de Vesta à Rome[2].

Selon Virgile, c’est Enée qui aurait introduit le culte de Vesta (Hestia chez les Grecs) de la Grèce, en passant par Albe, etNuma n’aurait que construit le temple rond de la déesse donc amené cette religion dans Rome.

Numa choisit quatre jeunes filles vierges auquel il confia la garde du feu sacré. Selon Plutarque, les quatre premières étaient: Gegania, Verenia, Carnuleia et Tarpeia[3].

Puis, sous le règne de Servius, on ajouta deux autres vierges au collège des Vestales, puis, selon Saint Ambroise, une septième quelques temps plus tard.

Le nombre est donc assez restreint, mais il suffisait au service du temple. De plus, les matrones romaines venaient souvent les aider et les esclaves prenaient soin de la maison et remplissaient tous les services. Cependant, on remarque quand même une augmentation des vestales ce qui expliquerait le succès, l’intérêt et l’importance de cette prêtrise.

Pas n’importe quelle fille n’était prise pour être vestale. L’élection était un acte solennel des pontifes et des empereurs et l’Etat tout entier s’y intéressait.  

Les critères étaient très stricts et précis. Dans son œuvre Nuits Attiques, livre I, chapitre II Aulu-Gelle décrit avec précision tous les critères qui devaient être respectés : Tout d’abord, il faut être une jeune fille, vierge, âgée entre six et dix ans et sans problèmes physiques. Les parents, vivants en Italie, doivent être libres et ne doivent pas exercer un métierdéshonorant. Un couple ayant trois enfants ne peut pas donner sa fille.

Il y avait des exceptions pour celle dont la sœur avait déjà été appelée ou dont le père était un flamine, un augure, un prêtre etc.

Il était rare qu’une Vestale soit une simple fille du peuple. En effet, Aulu-gelle, qui semble bien documenté sur les Vestales et ne mentionne pas de filles d’affranchis.

Sous la république (
50927 av. J.-C.) 
c’est le Pontifex Maximus qui faisait le choix, tandis que sous l’Empire (27 av.C. – 476 ap. C.), on pouvait présenter sa candidature, sûrement par manque de Vestales. Devant la carence des candidates, on décida d’élargir le sacerdoce en l’ouvrant à d’autres catégories sociales.

Voici les paroles prononcées par le grand Prêtre au moment de la décision :

« O ma bien aimée, je te prends conformément aux lois ; je te fais Vestales, et je te charge de t’acquitter de tout ce qu’une Vestale doit faire pour le peuple romain ».

Ou

« afin de pratiquer les rites sacrés que la règle prescrit à une Vestale de célébrer, dans l'intérêt du peuple romain et des Quirites, en tant que candidate choisie selon la plus pure des lois, c'est toi qu'à ce titre je prends, Amata (« bien-aimée ? »), comme prêtresse Vestale »[4]

On utilise le verbe « prendre », car le grand Prêtre, saisit la fille et l’enlève de son père, comme une captive en temps de guerre. Mariée au grand Prêtre (proche du mariage romain).

Ainsi, la Vestale passe sous l’autorité du Pontifex Maximus (avant, le père).

Dès que la jeune fille était admise, le grand Prêtre lui coupait les cheveux et la revêtait de nouveaux habits. Puis elle instaure le groupe des Vestales et loge dans la maison des vestales qui se trouve dans le forum romain à proximité de la résidence du Pontifex Maximus et du temple des vestales.

Les statues découvertes au Forum nous ont permis de voir quel était le costume des Vestales. Elles portaient la tunique (tunica), la stola, la toge/palla, tout de blanc, symbolisant la pureté. Elles se laissaient pousser les cheveux en nattes (lien avec la mariée).

 

Selon certains auteurs, elles avaient également une ceinture bordée d’une bande de pourpre destinée à créer une sorte de barrière magique entre elles et les influences mauvaises/hommes. Sur le front elles avaient un bandeau d’où pendaient deux bandelettes de laine (infulae) en guise de rubans. Durant les sacrifices, elles se couvraient encore d’un long voile blanc et qui, s’étendant le long du corps, était retenu par une boucle au dessous du menton.

Ainsi, pendant trente ans, la vestale se consacre entièrement à la garde du feu et du Palladium. Ces trente ans étaient séparés en trois fois dix ans :

  1. Les premiers dix ans : formation aux tâches à accomplir, c’est-à-dire les rites et les cérémonies de culte.
  2. Deuxième dix ans : exerçait son métier de Vestale
  3. Dernier dix ans : forme les novices

Cette période terminée, elles pouvaient rejoindre la vie civile et se marier si tel était son désir, mais beaucoup restèrent jusqu’à leur mort.

A la tête de ce collège, il y a la grande Vestale, le grand Prêtre et l’empereur. La grande vestale est appelée Virgo Vestalis Maxima (V.V.M.). Selon Ovide, c’est la plus âgée du groupe et non la plus ancienne comme on pourrait le penser qui est appelée comme cela. Elle gouvernait la maison, gérait les sacrifices et avait l’honneur de garder le Palladium, qu’elle seule pouvait le faire.

Le grand Prêtre avait quand même une grande autorité. D’ailleurs, Numa était roi et pontife en même temps. Il avait pris les Vestales sous sa juridiction, il vouait être leur gardien, leur protecteur et leur père et c’est pour cela qu’il établit sa demeure (regia) auprès des vestales. Ses successeurs furent aussi grands Prêtres.

Puis, sous la République le pouvoir est séparé : d’un côté le pouvoir civil et de l’autre côté le pouvoir religieux. Dorénavant, le Pontifex Maximus était le gardien du culte et avait la garde des Vestales lui était confiée. Il les introduisait dans le temple, les protégeait et même les punissait. Les prêtres de tous les cultes et dieux dépendaient de lui. Le Pontifex Maximus est la tête et le cœur de la religion à Rome.

Puis, sous l’empereur Auguste (Ième s. av.C.) on revint à l’ancien système qui mélange Sacerdoce et Empire. Ainsi les Vestales passèrent avec la même soumission de l’autorité des rois à l’autorité des grands Prêtres et de l’autorité des grands prêtres à celle des empereurs.

Image : http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/aa/Hestia.png

[1] TITE-LIVE, Histoire romaine, I, 3 - 4

[2] PLUTARQUE, Vie de Numa, XX

[3] PLUTARQUE, Vie de Numa, XX

[4] AULU-GELLE, Nuits attiques, I, 12, 14

3. Les domaines

  1. Le temple de Vesta

C’est dans le Forum que s’élève le temple de Vesta. Sa place nous est clairement indiquée par les auteurs anciens (Denys, Servius, Horace et Ovide) et par des découvertes archéologiques. Le temple fut élevé en l’an 40 de la fondation de Rome et la deuxipme année du règne de Numa Pompilius. Le temple a une forme ronde pour rappeler la forme de la terre, le foyer et le feu était au centre de la ville et de la Terre. Au centre du temple, il y a avait un autel en marbre qui contenait le feu sacré de la ville. Le temple subit diverses modifications, car il a été détruit plusieurs fois par l’incendie ou les inondations du Tibre. Selon Ovide, aucune statue de la déesse ne se trouvait dans le temple Cependant, hors des temples, Vesta avait ses statues, debout ou assise symbole de la stabilité de la Terre et tenant dans sa main le flambeau symbolique ou le Palladium. Le jour, le temple est ouvert aux hommes et aux femmes, mais la nuit les hommes sont interdits. Ce temple est l’endroit ou les Vestales veillent sur le feu sacré qui représente la veillée de la patrie qui permet à l’Empire de conserver sa grandeur, sa prospérité et ses victoires. 

Image: Reconstitution avec le temple de Castor et Pollux à l'arrière. URL : http://fr.wikipedia.org/wiki/Temple_de_Vesta_(Rome).

3.2 la demeure des Vestales

La demeure des Vestales se trouve à côté du temple. Elle est séparée en quatre parties, dont les appartements royaux de Numa, qui sera d’ailleurs le seul roi/empereur à vivre ici. Il ne reste presque plus rien.

Dans la cour principale, en entrant, des statues de Vestales se dressaient à gauche et à droite du passage.

Vestiges de la demeure des vestales. URL: http://www.flickr.com/photos/dalbera/5982799742/sizes/n/in/photostream/

Vestiges de la demeure des vestales. URL: http://www.flickr.com/photos/dalbera/5982799742/sizes/n/in/photostream/

4. Le culte des Vestales

La femme romaine est normalement écartée de la scène rituelle et avait une place moins importante que celle de l’homme. Mais en même temps elle est le complément indispensable de l’homme sur le plan religieux. A première vue, la femme est donc incapable, de par son sexe de célébrer les moments les plus importants du culte (mise à mort, découpe et partage des chairs de la victime sacrificielle). Cette tâche réservée aux hommes.

Les Vestales sont une des exceptions. Elles étaient indispensables aux sacrifices, car ce sont elles qui préparent tout.

Les Vestales s’organisaient autour de la déesse Vesta, mère du peuple romain, autour de son temple (image du monde), sa demeure qui reproduit la famille modèle dont le Pontife était le père/mari et les Vestales, les filles/les épouses sans cesse occupées au foyer.

Les Vestales avaient plusieurs tâches à accomplir. Pendant l’année, les Vestales avaient la garde du Palladium, l’entretien du feu sacré, la lustration quotidiennes du temple et les sacrifices à la déesse. Elles étaient notamment gardienne de l’eau, élément naturel lié au feu, car la pureté passe aussi par l’eau. De plus, le feu et l’eau sont des éléments complémentaires. Dans le culte de Vesta, l’eau devait être utilisée.

Tous les matins, les Vestales allaient dans le bois de la nymphe Egérie, ou il y avait des sources d’eau.[1] De retour au temple, les Vestales répandaient cette eau pure sur le pavé, autour de l’autel où se trouvait le feu[2] et nettoyaient.

En ce qui concerne les sacrifices en l’honneur de la déesse, on ne sait pas si c’étaient elles qui mettait à mort l’animal, car une vierge ne peut pas donner la mort.  Ces sacrifices étaient accompagnés de prières qui nous sont inconnues. Normalement, les matrones romaines avaient l’interdiction de préparer les sacrifices[3], à l'exception des Vestales qui, elles, étaient présentes[4]. On sait qu'elles avaient droit à un couteau spécial, la secespita[5], mais on ignore s'il servait à couper autre chose que des gâteaux et des vêtements.

Nous savons, par Cicéron (Pro Fonteio) et Horace (Odes, liv. I, 2) que les Vestales priaient pour le salut de l’Empire et la prospérité des empereurs. Si la guerre se déclarait, elles demandaient aux dieux le succès de l’armée romaine. Si des troubles éclataient, si la terre restait stérile, si des malades mettaient en péril les habitants, elles suppliaient les divinités d’éloigner ces malheurs et de protéger l’Empire[6]. Si la ville n’allait vraiment pas bien elles étaient sacrifiées.

Les Vestales priaient tous les jours, mais leurs prières devenaient plus importantes au moment des fêtes de la déesse. Ces fêtes, pendant lesquelles toutes les affaires publiques étaient suspendues, avaient lieu à diverses périodes de l’année :

  • mars : cérémonie du « Renouvellement du feu sacré ». Lors du premier mois de l’année, les Vestales rallumaient un nouveau feu, signe d’une nouvelle vie.
  • (1 mai : Bona dea)
  • 4 mai : cérémonie en souvenir de l’édifictaion par Auguste d’un nouveau temple à vesta sur la palatin[7]
  • 7 au 14 mai : Un jour sur deux, trois Vestales étaient chargées de récolter, griller et piler des épis d'amidonnier, une céréale.[8]
  • juin : fête de Vestalia, en l’honneur de plusieurs divinités féminines dont Vesta et nettoyages du temple et des demeurs. Les Vestales étaient aidées par les matrones romaines pour purifier les sols. En privé, repas sobres en l’honneur de Vesta pour rappeler la simplicité des premiers temps. Jour de chastesté pour le peuple. [9] De plus, les ânons étaient couronnés de fleurs, et ne travaillaient pas.
  • 13 ou 15 mai : Lors des fêtes des Lémuries, les Vestales jetaient dans le Tibre trente mannequins d'osier, symbolisant les vieillards.
  • Trois fois par an (aux Lupercales (13 et 15 février), aux Vestalia et aux Ides de septembre), Les Vestales fabriquaient la matière de deux offrandes pour les cultes/sacrifieces: l’une à base de blé, la mola salsa (farine salée) que l’on répandra sur la tête de la victime lors des sacrifices, l’autre : les produits que l’on brûlera sur les autels des dieux aux cours de fêtes. Il leur appartient également de fabriquer la muries, la saumure qui sert à fabriquer la mola. Cette pratique a donné le français « immoler », de in-molare, « saupoudrer de mola[10] ».

Mais d’autres cérémonies, sacrifices et fêtes les appelaient fréquemment à sortir de leur temple, car aucun acte religieux, aucune cérémonie ne se faisait sans la participation des Vestales[11].


[1] TITE-LIVE, L’Histoire romaine, LXXI

[2] PLUTARQUE, Vie de Numa, XII

[3] PLUTARQUE, Questions romaines, 85.

[4] a et b Scheid 1990, p. 411.

[5] FESTUS GRAMMATICUS, p. 473 L. et  Cazanove 1987, p. 170.

[6] TACITE, Annales, XI, 32, Hist, III, 81 et Suétone, vitell. 16

[7] OVIDE, Fastes, IV, 998 – 1004

[8] Servius augmenté, Commentaire aux Églogues de Virgile, VII, 82.

[9] OVIDE, it. 397 et Properce, liv. IV, chant I

[10] a et b Scheid 1990, p. 411.

[11] Servius et Tacite, Histoire, liv. IV, §LIII

5. Les devoirs

5.1 Le Palladium et le feu sacré

La cause de la prospérité et de la gloire de Rome était attribuée à la conservation de la virginité des Vestales, de la garde du feu sacré et du palladium selon les Romains. La perte de la statue ou de la virginité et l’extinction du feu devaient entrainer la chute de l’Empire.

La principale obligation des Vestales était de garder le Palladium (statue sacrée de Pallas Athénée en arme portant la javeline et l’égide d’Athéna) et d’entretenir le feu sacré.

Il y a des incertitudes quant à l’origine, la nature et l’histoire du palladium. Denys, rapporte les opinions de différents auteurs :

a. Après avoir tué accidentellement Pallas, Athéna façonne à son image une statue, le Palladium, qu'elle place aux côtés de Zeus. Un jour, Électre, cherchant à échapper à Zeus, se réfugie derrière la statue. Furieux, Zeus jette l'effigie du haut du ciel. Ilos, fondateur de Troie (Ilion), la trouve devant sa tente et la rapporte à Troie où il fonde un temple pour l'honorer. Elle confère alors la protection à la cité.

Lors du siège de Troie, Hélénos, capturé par Ulysse, révèle que Troie ne tomberait pas tant qu'il abriterait la statue. Dans la tradition grecque, elle est alors dérobée par Ulysse et Diomède qui la ramènent au navire. Selon la tradition romaine, elle est emportée par Énée en Italie et sera placée plus tard dans le temple de Vesta, à Rome.

Dans tous les cas, Pallas protège la ville, tout comme le feu sacré de Vesta. Si ces deux objets disparaissent, l’Empire disparaît comme Troie avant elle.

Les Vestales tenaient caché la statue dans un endroit secret et seule la grand Vestale avait le droit de la contempler.

Le feu est aussi un élément très important. Il est ambivalent et paradoxal :

Côté positif : pure, stérile, comme la virginité de la vestale (lien avec la virginité).

Côté négatif : destruction mais fertile. 

Selon Virgile le feu sacré qui brûle à Rome aurait aussi été ramené de Troie[1].

Le feu sacré devait être entretenu jour et nuit car l’extinction du feu amenait la perte de l’Empire. Veillaient le feu au nombre de un ou deux quand il y avait des nouvelles prêtresses à instruire par exemple.  Si l’extinction arrivait, et s’est arrivé plusieurs fois, la vestale était fouettée par le Pontifex maximus, car des mains profanes ne pouvaient se porter sur elles.

La manière dont on rallume le feu lors de la cérémonie de renaissance (mars), n’était pas ordinaire.

Frotte le feu puis on le met dans un vase avant de le porter sur l’autel, symbolisant le renouveau (même chose chez les mexicains, indiens, grecs etc). Pour Plutarque ce n’est qu’avec le soleil avec un jeu de miroir (vase d’airain) qui brûle des matières facilement inflammables, mais les scientifiques pensent que c’est faux car les miroirs ont été inventés que 500 ans après Numa.


[1] Virgile, Eneide, II, 165

5.2 La virginité

Le deuxième devoir était de conserver la virginité. Non seulement cette virginité était importante pour la vestale qui lui confère ce statut de sacrée et lui permet d’avoir pleins de privilèges, mais cette virginité est aussi synonyme de paix dans Rome. Elle représente la stabilité politique de l’état aussi bien que l'instrument qui a restauré la stabilité quand la crise a menacé.

En effet, la rupture du vœu de chasteté signifiait une possibilité de crise et inversement.

En effet, les Vestales étaient définies par leur virginité.

En latin Uirgo : C’est un terme positif qui désigne la puissance de vie de la jeune fille. Le statut de virginité n’est pas associé à la stérilité, mais plutôt à la chasteté comme une matrone romaine qui reste fidèle à son mari, la vestale reste fidèle à Vesta et au Pontifex maximus (pudicitia) et à la fertilité, comme le feu. Ce sont donc les mieux placées pour s’en occuper.

La virginité à Rome est entourée de respect. On estime qu’elle est un bien précieux qui appartient plus à la cité et à la famille qu’à la jeune fille. C’est le père qui s’engage a conserver la virginité de sa fille jusqu’au mariage. Ainsi les petites filles étaient gardées à la maison. Ici le pontife a le rôle du père qui surveille sa fille pour conserver la virginité

La sainteté des prêtresses doit être directement liée à leur virginité et pureté. Selon Ovide[1], Vesta étant vierge, ces prêtresses devaient l’être aussi.

Selon Mary Beard, la Vestale a plusieurs statuts :

  1. Epouse/ Mariée : Matrone : mariée au pontife, comme une matrone qui reste fidèle à son mari. La thèse que les Vestales doivent être vus comme provenant et plus tard représentant les épouses des premiers rois remplacés plus tard par le Ponifex Maximus qui jouera le rôle du roi. Tendre de la flamme sacrée, le devoir le plus important des Vestals, devrait être associé à la garde du foyer par la matrone du ménage. Rôle domestique.

Leurs robes ressemblent à celle des matrones romaines ou des mariées + ressemblances entre les rites du mariage et la captio où la jeune fille est prise des mains de son père et enlevée comme dans un mariage. Elle est aussi appelée « amata ». Chevelure comme les femmes le jour de leur mariage

le droit de punition exercé par le pontifex maximus sur les vierges était directement comparable au pouvoir de l'homme romain sur sa femme quand elle le trompait. le rôle juridique de l'université pontificale de totalité dans ces cas-ci est alors lié au tribunal domestique supposé qui a conduit des épreuves dans la famille.

  • Homme : privilèges d’hommes.

La Vestale est perpétuellement dans ces rites d’initiations qui font passer la vierge à l’épouse ou la fille à la femme. Perpétuellement fixées au moment du passage d'une catégorie à l'autre. De plus, l'ambiguïté de leur position sexuelle peut être vue pour agir en tant qu'agent de isolement dans leur rapport avec la famille traditionnelle et la structure sociale de la communauté romaine. Leur statut de vierges, matrones et des hommes (d'autres termes, les filles et les femmes et, peut-être, mari) supprime la possibilité qu'ils puissent jouer un rôle traditionnel dans le peuple romain. Leur séparation avec les Romains fait qu’elle devient non seulement sacrée, mais elle représente tout le peuple dans toutes ses catégories.

Dans une société où la procréation est fondamentale, cette injonction permet à ces femmes de se mettre à part du peuple, non seulement des femmes du peuple, mais aussi des hommes. Cela les rend uniques.

Selon Satples, parce que les vestales étaient mises à part de la collectivité et ne pouvaient pas représenter aucun des rituels, elles étaient capables de tous les représenter. Dans un sens rituel, les vestales sont Rome.

[1] Ovide, Fastes, liv. VI, 283-294

6. Les privilèges

Le peuple appréciait la vertu des Vestales et récompensait leur service. Dès qu’une jeune fille devient Vestale elle est sacrée et possèdes des privilèges.

1. Droit de « tester ». Loi qui leur donnait le droit de disposer de leurs biens, contrairement aux autres femmes de la société.

« Aussitôt que la vestale a été prise, qu'elle a touché le seuil du temple de Vesta, qu'elle a été remise entre les mains des pontifes, elle est, sans émancipation ni changement d'état, affranchie du pouvoir paternel, et acquiert le droit de tester. »[1]

Ainsi, elles sont indépendantes et libres de toute tutelle dès le jour de leur consécration, ca elles n’appartiennent plus à sa famille. C’est une fille des dieux et de l’Etat.

2. Droit de paraître en justice. Le pureté leur assurait une voix valable et vraie.

3. Droit d’assistier aux funérailles qui se produisaient parfois en plein Forum, devant leur maison.

4. Droit de se rendre à des jeux et des spectacles.

5. Accompagnées par des gardes appelés « licteur » leur de leurs sorties pour pas qu’il ne leur arrive quelque chose.Devant elles on s’écartait, s’abaissait.

6. Droit de se déplacer en char, litière, chaise à porteurs.

7. Droit de Gracier[2]

8. Privilège jusque dans la mort. En efet, la loi romaine interdiaait d’ensevelir les cadavres dans l’enceinte de la cité, sauf pour les empereurs et les Vestales qui pouvaient même chosir leur sépulture à l’intérieur de la ville et même dans le Forum[3]. Même les Vestales enterééres vivantes ne sortaeitn pas des murs de la ville. Une fois morte, le corps était brûlé au Forum au milieu d’une immense foule, puis les cendres étaient portées dans la sépulture choisie avec une gravure en son honneur.

Quand les Vestales étaient malades ou en fin de vie, les matrones se succédaient auprès d’elles et leur prodiguaient les soins[4].


[1] Aulu-Gelle, Nuits attiques, liv. I, ch. II

[2] Plutarque, Numa, X, 5

[3] Plutarque

[4] Pline, Lettre, VIII, 19

7. Les châtiments

Les vestales étaient indispensables et respectées à Rome. Cependant, leur vie très stricte était remplie d’interdits et de devoirs. En effet, les transgressions des lois entraînaient souvent la mort.

Un double devoir leur était imposé : veilleur sur le feu sacré et le Palladium, et pour être dignes de la déesse et assurer la pérennité de la ville, conserver leur virginité durant tout le temps de son sacerdoce.

Si le feu s’éteint de lui-même par hasard, les Vestales n’avaient aucun châtiment à subir. Mais, si elles manquaient volontairement à l’un ou l’autre de leurs devoirs, la punition était la mort. En effet, il était menacé.

En ce qui concerne la suspicion de la perte de la virginité, la punition était l’enterrement vivant.

Les soupçons de l’inceste et de sa conséquence presque inévitable - enterrement vivant - ont surgi typiquement au cours des périodes d'instabilité.

En effet, la perte de la virginité de la vestale était un signe que la relation avec les dieux n’allait pas très bien et que l’Empire allait à sa perte. Et la seule manière que la relation soie réparée ou que l’Empire soit sauvé, était par le rituel de l’enterrement vivant.

Le crime pouvait être découvert par dénonciation, par un mauvais comportement et une toilette jugés trop légers, par des événements prodigieux (prodigia) ou des épidémies (pestilentia), mais le plus souvent par l'extinction du foyer public[1]. Quand survenaient de grandes catastrophes pour la cité, on soupçonnait rapidement les Vestales. Ce fut le cas à l'occasion du siège de Rome par Brennos en 230, de la défaite de Cannes dans la guerre contre Hannibal en 216 ou encore suite aux troubles liés aux Gracques[2] en 114. L’incestus de la vestale profanait le culte et l'exécution qui suivait servait à rétablir la pax deorum rompue par cette souillure[3].

Dès les premières origines de Rome, on trouve deux Vestales coupables :

  • Rhéa Sylvia, la mère de Romulus et Rémus[4]
  • Tarpeia, qui trahi sa partie.[5]
  • Mais il y en a d'autres, comme Pinaria, Cornelia (accusée à tort), Primigenia (mauvais comportement) etc. Le supplice de Cornelia est une exception. Emilia [6], Tucia[7] ou Claudia Quinta[8]

Voici les peines :

  1. Si l’extinction était due à la négligeance de la Vestale, à de la paresse ou à un manque de soin, le grand Prêtre, averti, enfermait la Vestale dans un lieu obscur et enveloppée d’un voile pour la pudeur, elle était battue violemment, parfois jusqu’à la mort.
  2. Avant la fondation de Rome, la législation d’Albe ordonnait que si une Vestale avait violé sa chasteté, elle devait être battue à mort. Puis, sous les premirs rois, les châtiments varièrent : soit la tête tranchée (et quant à son amant, il était fouetté à mort, la tête passée dans une fourche, comme un esclave[9] ), soit lapidées
  3. Dès Tarquin, enselvelies vivantes.

Dès qu’une Vestale était accusée, les pontifes se réunissaient dans la « regia ». Le grand Prêtres ou l’empereur présidait l’assemblée. Durant l’assemblée, la Vestale était isolée et ses fonctions retirées. Si le crime n’était pas prouvé, elle était innocentée[10]. Si on jugeait son comportement trop provocant, on lui interdisait de sortir aux jeux et aux spectacles[11]. Si elle était coupable, on la dépouillait de ses vêtements. Denys d’Halicarnasse[12] et Plutarque rapportent que les affres de l’Etat étaient suspendues, les temples fermés et tout le monde se réunissait sur le Forum. La Vestale était transportée, dans une litière fermée, jusqu’au « champ scélérat » (=campus sceleratus), derrière l’agger de Servius, en haut du monde Quirinal. En passant devant les Comices, le séducteur de la Vestale, dépouillé lui aussi était battu jusqu’à la mort.

Puis, la Vestale est enterré dans le sous-sol creusé d’une chambre sépulcrale avec un lit, une lampe, du pain, un vase de lait, une cruche d’eau et un vas d’huile. Puis tout le monde se retire, sans rien dire. [13]

Pas de prières, pas d’au revoir, rien. Personnes n’a le droit de se recueillir, car, normalement, dans les mœurs romaines, les parents et les amis du défunt célébraient un festin le 9ème jour de la sépulture et le jour de l’anniversaire de la mort, mais ici, c’était interdit. La Vestale doit tomber dans l’oubli.

A Staples souligne qu’il s’agit d’un rite semblable aux prodiges, comme si elles avaient été envoyées par les dieux. Cela montre que les personnes-prodiges ne sont jugées que par l’instance à laquelle elles sont soumises, ici le pontife.

Mais il faut relever que ce n’est que le Pontifex Maximus qui a la capacité de donner la peine de mort, dans les deux sels cas d’incestus et d’extinction du feu, car la condamnation à mort de la prêtresse constituerait alors un acte de juridiction domestique entre le paterfamilias (=Pontifex Maximus) et la filiafamilias (=Vestale).

La dernière Vestale coupable qui subit le supplice de l’ensevelissement fut Primigenia[14] à la fin du 4ème s., à la veille de l’abolition des Vierges de Vesta. Celui qui ordonne sa mort est Symmaque, consul de Rome, défenseur des vieux cultes.

Elle fut ensevelie en dehors de Rome. Elle fut envoyé à Albe pour présider des cérémonies elle fut séduite par un certain Maxime. Coupable, on la jugea indigne de franchir les murs de Rome et elle fut enterrée sur place.

La manière dont la vestale est punie est en fait montrée comme une fiction, c’est-à-dire qu’elle n’est pas réellement tuée, car la chambre dans laquelle est descend possède quand même des petites provisions pour rester en vie un petit moment. Il n'y avait clairement aucune supposition réaliste que ceux-ci maintiendraient la femme vivante, mais dans le rituel de fiction elle n’était pas mise à mort. Elle descend dans une chambre symbolique. Les pontifes ne regardent pas la scène. Pour finir, la chambre est totalement effacée.

La mort publique, les batailles sanglantes, les exécutions étaient familières à Rome. La mise à mort d’une vestale est racontée comme si elle choquait.

Le seul moyen d’échapper à toutes ces punitions est par des miracles (ex. : Emilie où le feu se rallume).


[1] Lovisi 1998, p. 699-700.

[2] Lovisi 1998, p. 703-704.

[3] Lovisi 1998, p. 709

[4] Ovide, Fastes, III 11-48

[5] Properce, liv. IV, ch IV

[6] Denys d’Halicarnasse, II, 68 et Properce, liv. IV, chant IX

[7] Denys, II, 69, VIII, 89

[8] Ovide, Fastes, liv. IV, v. 251

[9] Source 5

[10] Plutarque, Crassus, I

[11] Tite-live, L’Histoire romaine IV, XLIV

[12] Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines II, 67 et Plutarque, Numa, X, 9

[13]Plutarque, Vie de Numa, X, 8-13 et Denys d'Halicarnasse, Antiquités de Rome, II, 67, 3-5.

[14] Symmaque, Lettres, IX, 121 et 122

Giani - Vestale flagellée par le grand pontif. URL: http://mythologica.fr/rome/religion/vestale.htm.

Giani - Vestale flagellée par le grand pontif. URL: http://mythologica.fr/rome/religion/vestale.htm.

Gamelin - La vestale punie. URL: http://mythologica.fr/rome/religion/vestale.htm

Gamelin - La vestale punie. URL: http://mythologica.fr/rome/religion/vestale.htm

8. Abolition du Collège des Vestales

Progrès rapide du christianisme à Rome. Conversion de plusieurs familles nobles, dès le 3ème s. ap. C. puis devient la religion des empereurs. Les Vestales eurent des rapports avec des personnages chrétiens (apes, patriciennes etc.). Ont-elles été convaincues par cette nouvelle religion ? On ne sait pas, mais on sait qu’elles ont eu des contacts. On a trouvé une inscription dans des fouilles d’une Vestale dont le nom a été effacé, datant de l’an 364. Il y a deux hypothèses de cette damnatio memoriae :

1. Indigne ou suspecte

2. Conversion de la Vestale en question et les prêtres païens avaient une haine contre elle.

Naissance d’une opposition entre nouvelle et ancienne religion. Les Vestales restaient comme le dernier rempart du paganisme, même après que l’Etat devienne chrétien. Ont découvrit que les vierges chrétiennes étaient plus simples, moins riches et plus modestes que les vierges Vestales. Mais le peuple conservait la peur de la suppression de l’autel de la Victoire et la souffrance de l’Empire. Elles furent supprimées en 389 après J.C. par l’empereur Théodose.

9. Conclusion

Les hommes avaient ce respect de la crainte qui provoquait l’admiration de la déesse et de ses prêtresses vierges. Traitées avec de grands égards, respect, honneur et dignité. La vénération était si grande que si quelqu’un avait osé les injurier, ce manque de respect était puni de mort[1]. Le Collège des Vestales pose le problème de l’initiation féminine, car les religions monothéistes ne posent pas une véritable initiation à la femme. Par le biais de l’institution des Vestales, l’antiquité romaine, dans un système patriarcal par excellence, sut, à l’intérieur de limites bien définies, mettre en relief et respecter une spécificité féminine.

A. Staples souligne dans son ouvrage, que l’identité de la femme est définie à travers sa relation sexuelle avec les hommes. Ainsi, les rites pour les divinités Bona Dea, Vesta ou encore Vénus délimitent donc les différentes catégories du féminin : matrones, prostituées, vierges vestales. Elles commandaient le respect, soulevaient l’admiration devenue un élément indispensable à l’Etat. Mais il faut aussi relever qu’elles sont les boucs-émissaires de la cité, car ce sont elles qui subissent les châtiments si la ville va mal. Mary bread souligne que le statut sexuel des Vestales se situe entre celui des matrones, vierges et hommes. Aucun auteur ne relève de points négatifs en parlant des Vierges Vestales.

« Dans Rome, il n’y a rien de plus saint, rien de plus vénérable que ces Vierges, auxquelles est confiée la garde du Feu sacré »[2]


[1] Plutarque, Vie de Numa, 6

[2] Plutarque, Tiberius Gracchus, XV

Bibliographie

Ouvrages généraux

DUBOIS-FONTANELLE, Joseph-Gaspard, Essai sur le feu sacré et sur les vestales, Paris, Le Jay, 1768

GRIMAL, Pierre, le dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, PUF, Paris, 1999

GRIMAL, Pierre, Rome et l’Amour, Vierges et matrones, Robert Laffont, Paris, 2007, p. 460

LAZAIRE, Elisée, Etude sur les vestales d’après les classiques et les découvertes du Forum, Rebis, Paris, 1986

LIPSE, Juste, Vesta et les vestales, trad. Filip Vanhaecke, Peeters, Paris, 2006

STAPLES, Ariadne, From Good Goddess to Vestal Virgins : Sex and Category in Roman Religion, Londres, Routledge, 1998

 

Articles/ collectifs 

BEARD, Mary, « The Sexual Status of Vestal Virgins », in The Journal of Roman Studies, vol. 70, 1980, p. 12-27, http://www.jstor.org/stable/299553?seq=1

LAMBRECHTS, Pierre, « Vesta », Latomus, T. 5, Fasc. 3/4 (JUILLET-DÉCEMBRE 1946), pp. 321-329

LOVISIS, Claire, « Vestale, incestus et juridiction pontificale sous la République romaine », Mélanges de l'École française de Rome, vol. 110, no 2, 1998, p. 699-735

MEKACHER, Nina, Françoise Van Haeperen, « Le choix des Vestales, miroir d’une société en évolution » (IIIème s. A.C. – Ier s. p. C.), in Revue de l’histoire des religions, 2003, Vol. 220, N°1, pp. 63 – 80

SCHEID, John, « D'indispensables étrangères. Les rôles religieux des femmes à Rome », dans Pauline Schmitt-Pantel (s. dir.), Histoire de femmes, L'Antiquité, Paris, Plon, 1990, p. 410-412

STERBENC ERKER, Darja, Ariadne Staples, « From Good Goddess to Vestal Virgins : Sex and Category in Roman Religion », in Revue de l'histoire des religions, vol. 219,  N°3, 2002,  pp. 358-3

 

Sources primaires 

AULU-GELLE, Nuits attiques, I, 12

CICERON, De Natura Deorum, II

DENYS d’HALICARNASSE, Antiquités romaines

HORACE, Odes, I, 2

LUCAIN, Pharsale, I

OVIDE, Fastes, VI, 249 - 460

PLINE L’ANCIEN, Histoire natuelle, XVIII, 7

PLINE LE JEUNE, Lettres, VI, 11

PLUTARQUE, Vie de Numa, XIII ; XIV ; XV; Vie Parallèles, ; Vie de Romulus ; Questions Romaines ;

PROPERCE, Élégies, IV, 1

SERVIUS, Commentaire à l’Eneide de Virgile, VII, 82

SUETONE, Vie des XII Césars,

SYMMAQUE, Lettres, IX, 121 et 122

TACITE, Annales, II, 86 ; Histoires

TITE-LIVE, L’Histoire romaine, I, 3, 4, 20

VIRGILE, Eneide, II, 165

URL: http://www.roma-quadrata.com/vestales.html

Peinture de Frédéric Leighton - Vestale. URL: http://mythologica.fr/rome/religion/vestale.htm

Peinture de Frédéric Leighton - Vestale. URL: http://mythologica.fr/rome/religion/vestale.htm

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Compte-rendu: Joël Schmidt, Femmes de pouvoir dans la Rome Antique

29 Janvier 2014 , Rédigé par Célimène Bonjour Publié dans #Histoire des religions, #Histoire, #Compte-rendu

SCHMIDT, Joël, Femmes de pouvoir dans la Rome antique, Perrin, Paris, 2012, 263 p.

SCHMIDT, Joël, Femmes de pouvoir dans la Rome antique, Perrin, Paris, 2012, 263 p.

Dans son ouvrage « Femmes de pouvoir dans la Rome Antique », Joël Schmidt nous dépeint, en plusieurs chapitres, le rôle et l’importance de la femme romaine. Il s’entraide de quelques auteurs tels que Tacite, Suétone ou encore Tite-Live, et en déduit des clichés célèbres et des anecdotes connues. Il nous présente plusieurs femmes qui favoriseront la carrière de leur mari ou de leur fils comme Agrippine, certaines qui mourront pour l’honneur comme Lucrèce ou d’autres qui se battront pour la liberté des femmes comme Faustine.

La question est de savoir si les informations consignées dans cet ouvrages sont plus ou moins proches de la réalité historique.

Critique

L’ouvrage que présente Jöel Schimidt est complexe. Effectivement, ce livre est criticable en bien des points. Pour ce qui est du côté positif, ce volume est utile pour la compréhension du monde romain vis-à-vis des femmes, à différentes périodes.

Premièrement, il est important de noter que même si dans la majorité des cas les femmes romaines ne possèdent peu, voire pas de pouvoir politique, elles ne se camouflent pas pour influencer leurs maris ou leurs enfants mâles afin d’exercer indirectement un pouvoir politique. « […] En effet, si sous la Répubique, des femmes apparaissent dans la politique, c’est pour l’exercer à travers leurs maris et leurs époux. Mais sous l’Empire, les impératrices ne cachent pas leurs ambitions, surtout celles de voir leur rejetons accéder aux trônes impériaux et se dotent de tous les moyens, parfois les moins avouables, pour parvenir à leurs fins. »[1].

Deuxièmement, même si le monde romain est essentiellement masculin, la femme romaine a sa place dans la société et l’homme respecte et se doit de respecter le rôle de la matrone romaine : « Elle apparaît aux yeux des Romains comme la matrone type, bonne épouse, bonne mère et bonne administratrice de sa maisonnée. […] Car pour les Romains, la fonction de mère, pivot de la famille romaine, était capital pour assurer le bon ordre social ». [2]

De plus, certaines informations citées dans ce livre, nous en apprend sur l’autorité féminine à Rome. En effet, même si cela reste une exception, certaines impératrices avaient des privilèges, comme figurer sur la monnaie romaine[3], posséder des temples et des statues à leur image ou encore d’êtres affiliées à des déesses.
Ce statut leur offre en plus une autorité, comme l’auteur le mentionne ici : « L’impératrice tient en outre une place importante dans la propagande impériale : sa maison sert d’exemple pour les ménages romains. […] Son statut d’épouse impériale lui permet également de promouvoir activement cette politique par des actions en faveur des familles et des femmes romaines. C’est ainsi qu’elle dote des filles aristocratiques dans le besoin, organise un banquet pour les épouses des sénateurs à l’occasion du triomphe de Tibère et dédicace le temple de la Fortuna Muliebris et l’Aedes Concordiae, symboles respectivement de la femme et de l’entente matrimoniale. »[4].

En ce qui concerne les femmes du peuple, sous prétexte que leur foyer est leur seule demeure, liberté et moyen d’expression, cela ne les empêche pas de s’impliquer dans la politique romaine lorsque la situation dégénère. En effet, l’auteur nous le démontre avec l’exemple de la loi d’Oppia où les femmes sont prêtes à se rassembler pour protester contre la décision du sénat.

Pour conclure, même si cet ouvrage ne nous présente pas la vraie face de la société romaine, il est certain que la femme jouera un rôle important en tant que matrone romaine, tenant une maison et possédant un pouvoir à l’intérieur de chez elle. On l’aperçoit plus spécifiquement avec des femmes comme Agrippine, Messaline ou Livie qui détiennent une immense influence et feront tout pour arriver à leur fin et revendiquer, comme les femmes du peuple face à la loi Oppia, leurs droits tels que la liberté, la liberté d’expressions et la reconnaissance.

Cependant, il ne semble pas que l’auteur soit très objectif au sujet de la vision des femmes dans l’Antiquité romaine. Si celles-ci sont présentent dans les sources, c’est parce qu'elles ont fait l'objet de tragédies, parce qu'elles incarnent quelque chose de la difficile émancipation et surtout parce qu'elles ont marqué leur temps. Les auteurs latins ne font que mentionner dans leurs sources les plus illustres d’entre-elles[5], ce que fera également l’auteur qui parle peu du côté négatif que l’on présente de la femme à Rome. « Les premières femmes romaines qui firent parler d’elles appartiennent certes à l’aristocratie […] mais aussi aux femmes dont la condition, si elles ne sont pas de haut rang, reste précaire. »[6]

Ce qui est important de signaler, c’est que l’auteur s’attache peu aux a priori de la part des sources. Il ne fait que citer des sources, pas suffisamment différentes, parfois sorties de leur contexte et fait bien attention de ne choisir que les auteurs ou passages qui parlent positivement de la femme. En effet, pas tous les romains n’idéalisent les femmes, par exemple, Juvénal dans une de ces satires, donne une mauvaise image des femmes, mais l’auteur ne le mentionne pas. Son analyse n’est pas objective quant à la présentation de la femme à travers plusieurs sources afin de démontrer qui était-elle et comment la traitait-on réellement. Nous avons parfois même l’impression que l’auteur se borne à ne parler que des auteurs qui parlent positivement de la femme en décrédibilisant le discours des autres : « Faustine n’a pas bonne réputation. On dit qu’elle trompe son époux avec des gladiateurs et des hommes de rang inférieur. Ce sont du moins les ragots colportés par quelques historiens »[7] ou encore : « Malgré tout, nous restons sur l’hypothèse de la bonne entente entre Faustine et Marc Aurèle, bien que les historiens de l’Antiquité […] accablent la femme de l’empeureur »[8].

Joël Schmidt se base sur des historiens ayant rédigé leur ouvrage bien après les périodes mentionnées, ce qui pose un problème d’authenticité des informations[9]. Ici la fiabilité des sources devrait être remise en question, ce que l’auteur manque de faire. Ainsi, les sources qu’il utilise, tel que Suétone ou Tacite ont été écrites soixante ans après les événements. De plus, ces auteurs latins ne paraissent eux-mêmes pas objectifs en parlant des épisodes. Il parfois difficile, notamment chez ces deux auteurs, de différencier la critique subjective de la vérité historique.

De plus, ils ont certainement été influencés par la société dans laquelle ils ont vécus, alors qu’ils avaient accès à des archives et des documents officiels.

D’ailleurs, l’auteur affirme que les romains eux-mêmes idéalisaient leur propre histoire : « Certes, les Romains ont l’habitude dans leur histoire de mélanger ce qui est légendaire et ce qui est fondé sur des vérités historiques. Il faut se plier à cette mentalité, qui donne à l’imaginaire un tel pouvoir, aux dieux une telle présence et à leur providence une telle force qui certains faits et gestes de femmes, peut-être issus de l’invention des Romains, étaient considérés par eux comme véridiques. La répétition même de la vaillance des femmes romaines ou étrangères, mais devenues romaines par assimilation, est bien la preuve que c’est une constante dans l’histoire romaine et que tous ses témoins en ont été frappés de stupeur et d’admiration. L’enlèvement des Sabines […] n’est peut-être qu’une fable. »[10]

Les femmes, dans les récits, seraient donc inventées, imaginées et/ou idéalisées. Difficile de distinguer le vrai du faux.

Deuxièmement, la femme ne possédant aucun droit politique, elle est totalement soumise à son mari ou père : « Nos aïeux voulaient qu’une femme ne se mêlât d’aucune affaire, même privée, sans une autorisation expresse ; elle était sous la puissance du père, du frère ou du mari [… ] »[11].

D’ailleurs, lorsque des femmes sortiront de chez elles, sans autorisation, pour protester le jour de la décision de l’adhésion ou non de la loi Oppia, cet acte en choquera plus d’un, ce qui est bien une preuve que celles-ci n’ont pas leur place dans la politique et qu’elles ne possèdent pas de liberté de parole en dehors de chez elles : « Quelle est cette manière de vous montrer ainsi en public, d’assiéger les rues et de vous adresser à des hommes qui vous sont étrangers ? Ne pourriez-vous, chacune dans vos maisons, faire cette demande à vos maris ? Comptez-vous sur l’effet de vos charmes en public plus qu’en privé, sur des étrangers de plus que sur vos époux ? Et même si vous vous renfermiez à votre sexe, devriez-vous dans vos maisons vous occupez des lois qui sont adoptées ou abrogées ici ? »[12].

Ensuite, l’auteur ne mentionne pas le fait que la femme est plus souvent dépeinte comme un enjeux politique, social et économique, notamment dans la haute société, que comme une personne aimante et aimée. Souvent les hommes se marient avec des femmes assez riches afin de recevoir une dot conséquente, ce qui est le cas de la femme de Cicéron et celui-ci ne semble pas être le seul à en profiter : « […] elles (ndlr : les femmes) apparaissent souvent comme des enjeux dans la stratégie de conquête de pouvoir de l’intéressé. »[13] Ainsi, la mère de César : « […] a bien compris que sa carrière ne pourrait pas se faire sans argent. César avait besoin d’une épouse fortunée et était prêt à accepter la première femme venue, pourvu qu’elle fût riche. »

C’est avec tous ces exemples donnés par Joël Schmidt, que l’on remarque que la femme est considérée comme le sexe faible et qu’elle doit se battre contre la misogynie des hommes. Celle-ci est considérée comme une « accros » au luxe et au pouvoir et qu’il est mauvais de les lui donner. Caton le note lors de son discours en faveur de la loi d’Oppia :

« Pour conserver leur pouvoir, les femmes romains, on l’a vu ont eu à lutter contre la misogynie si fréquente chez les hommes, et notamment lorsqu’elles ont exigé l’abolition de la loi Oppia contre le luxe, ce qu’elles avaient obtenu en dépit de l’implacable discours de Caton l’Ancien, dit le Censeur […] L’argument qu’il avance pour établir la vanité et l’arrogance du sexe faible, c’est que les femmes après avoir apporté une forte dot à leur mari, retiennent et gardent par-devers elles des sommes considérables ; qu’ensuite elles les prêtent à leur mari, sur leur demande, se réservant, toutes les fois qu’elles seront de méchante humeur, d’envoyer un esclave de leur dot poursuivre et solliciter le remboursement, et de soumettre ainsi leur mari, comme un étranger, à la plus odieuse contrainte»[14].

Cela résume très bien la pensée de la société romaine sur les femmes. Même si cela est en totale contradiction avec ce que l’auteur veut nous démontrer, la femme est montrée comme vicieuse et avide de pouvoir. Si par malheur la femme possède tout cela, elle en fera mauvais usage. Or, ce discours est certes, misogyne, mais sûrement très proche de la réalité. Plusieurs auteurs gréco-romains construisent un portrait de la femme peu avantageux : amoureuse du luxe, infidèle et dépendante, on remarque qu’en dehors de certaines exceptions comme les vestales, les impératrices ou les matrones, les femmes du peuple n’ont aucun droit politique. Elles grandissent et meurent sous l’autorité d’un homme que se soit son père, avant le mariage, puis à son mari. Les romains doivent protéger les femmes de l’excès de luxe, de puissance et de luxure.

Mais en se battant pour sa liberté, la femme romaine commet un acte choquant. Elle revendique une chose qui n’est pas dans les mœurs, ainsi qu’une liberté encore inexistante, dans un monde masculin et fortement misogyne. Certes les femmes romaines n’avaient pas beaucoup de liberté, mais ce que l’auteur essaye peut-être aussi de nous apprendre à travers ces sources, c’est que contrairement à d’autres civilisations, les femmes romaines étaient suffisamment courageuses pour la revendiquer comme le montre tous ces exemples. Les femmes de Rome étaient des potentiels femmes de pouvoir et certainement pas les plus à plaindre. Faustine est certainement un bon exemple du combat pour la liberté : « Faustine n’est donc ni une Messaline, ni une Agrippine, ni une femme acharnée exercer un pouvoir sans partage, comme tant d’impératrices avant elle, sinon qu’elle a voulu se démarquer d’un époux un peu trop austère et affirmer sa liberté de femme, ce qui était donner aussi l’exemple du pouvoir d’être elle-même dans l’Empire depuis longtemps »[15].

Conclusion

Il semblerait que l’auteur veuille montrer une image de la femme indispensable et indissociable de la réussite romaine. Le combat contre la loi Oppia est un bon exemple de la situation de la femme à Rome durant l’Antiquité puisque même si celle-ci possède une liberté fortement restreinte en dehors de chez elle, ce n’est pas pour autant qu’elle ne la revendique pas. Que se soit la femme « du peuple » ou l’impératrice romaine, cela démontre que les femmes romaines se sont battues pour leur liberté. Néanmoins, cela montre aussi que la loi n’est pas considérée comme habituelle. On est loin de la femme romaine indépendante, mais proche de la femme romaine courageuse. Il est cependant important de choisir objectivement ces sources, de les varier et de montrer la femme romaine telle qu’on la traitait réellement et non pas comme on aimerait qu’elle soit traitée. L’auteur le dit lui-même : « Les femmes romaines veulent retrouver leur liberté et leur autonomie, elles qui ont accepté d’être un moment brimées et guidées par les hommes parce que Rome était menacée. Or des tribuns du peuple sont réticents à abroger cette loi Oppia qui flatte la plèbe, toujours prête à fustiger le gout du luxe des femmes aristocrates. »[16].

[1] P.239

[2] P.109 et 81

[3] « Des pièces frappées à son effigie, une première dans l’histoire romaine ou jamais profil de femme n’avait été gravé sur une monnaie, ont circulé de son vivant […] » p.117

[4] p. 127

[5] « Ainsi, ni les mères, ni les épouses, ni les concubines, ni les favorites des empereurs ne pourront comme Livie, Messaline ou Agrippine, prétendre par leurs enfants au pouvoir suprême et l’exercer à travers eux ». p. 182 - 18

[6] p. 227

[7] p.185

[8] p.189

[9] « Comme d’habitude, il nous manque les récits des historiens immédiatement contemporains […] »p. 9

[11] p.58

[12] p.55 - 56

[13] p.94 et 95

[14] p.68 - 69

[15] p.191

[16] p. 53 – 54

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Henri-Edouard Naville, un égyptologue suisse.

27 Janvier 2014 , Rédigé par Tania Falone Publié dans #Egyptologie

Henri-Edouard Naville

Henri-Edouard Naville

Né à Genève le 14 juin 1844 de l'union d'Adrien et Sophie Naville, Henri-Edouard Navile est un égyptologue suisse de grande renommée. En 1861, il suit des cours de littérature classique et de science naturelle à l'Académie de Genève. En septembre 1862, il part pour Londres et étudie au King's College. Dès lors, il découvre sa passion pour l'histoire de l'Antiquité. Son intérêt est particulièrement porté sur l'Egypte antique. Il passe l'hiver 1864 à Rome et cherche alors à enrichir ses connaissances sur l'Antiquité.

L'année suivante, il se retrouve à Bonn, en Allemagne pour perfectionner ses connaissances sur la civilisation égyptienne. En 1866, il rejoint Paris pour obtenir sa licence et ainsi se spécialiser en égyptologie.

Il part ensuite à Berlin, en 1867, où il a l'occasion de suivre les cours de Richard Lepsius, l'un des célèbres égyptologue de son temps. De cette relation très enrichissante nait une forte admiration et amitié.

Il fait un grand voyage en Egypte de novembre 1868 à avril 1869. Edouard Naville descend jusqu'à Assouan et copie les hiéroglyphes relatifs au mythe d'Horus dans le temple d'Edfou.

Il décède dans sa maison de Malagny, dans la commune de Genthod le 17 octobre 1926 à l'âge de 82 ans.

Edouard Naville nous laisse un grand nombre de découvertes et de connaissances relatives à l'Egypte antique. En effet, il a participé à de nombreuses fouilles notamment pour l'Egypt Exploration Society (EES) dès 1882. Il publie également d'importants travaux sur les textes solaires et sur le fameux Livre des Morts. Il a fait une publication majeure sur la tombe de Séthi Ier à Thèbes. En 1910, il va faire une inspection de la nécropole royale d'Abydos. Puis, en 1914, il participe à la fouille de l'Osireion avec Gibson et Wainwright, fouille interrompue par la Première Guerre Mondiale. Il va également déblayer le grand temple de Deir el Bahari dont le monument funéraire de la célèbre reine Hatchepsout.

De ses voyages en Egypte, il a ramené plusieurs objets importants dans la tête de granite d'Amenemhat III conservée aujourd'hui au British Museum de Londres.

L'égyptologue genevois a publié de nombreux articles ainsi que des ouvrages majeurs sur les tombes, les textes funéraires et la langue égyptienne. Dans un cadre général, il s'intéresse aux textes relatifs à la religion égyptienne et au destin de l'âme après la mort.

Edouard Naville est également à l'origine de la première chaire d'égyptologie à l'Université de Genève permettant ainsi l'accessibilité de l'Egypte antique aux étudiants genevois.

Bibliographie:

BERBIER, M.-L., Who was who in egyptology, Londres, Egypt Exploration Society, 1995, p.307-308.

HALL, H.R., Edouard Naville, JEA 13, Londres, 1927, p. 1-6.

VAN BERCHEM, D., L'égyptologue genevois Edouard Naville. Années d'études et premiers voyages en Egypte, Genève, Gerog éditeur S.A., 1989, p.1-97.

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Les joueurs de cartes et diseuse de bonne aventure de Nicolas Regnier

13 Janvier 2014 , Rédigé par Sabrina Ciardo Publié dans #Histoire de l'art

Aujourd'hui je vous propose de découvrir une oeuvre se trouvant au Musée d'Art et d'Histoire de Genève. Il s'agit du tableau de Nicolas Regnier (1550-1667), un peintre français: Les joueurs de cartes et diseuse de bonne aventure, réalisé en 1620. Cette huile sur toile mesure environ 2 mètres sur 1,5 mètres. Le tableau se trouvait dans le dépôt de la République de Genève en 1974.

L'oeuvre de cet artiste se caractérise par le style caravagesque à cause du fond sombre sur lequel les personnages se détachent et par le clair obscur très prononcé.

Le sujet représenté est une scène de genre représentant cinq joueurs de cartes, un personnage caché dans le noir et une diseuse de bonne aventure qu'un homme consulte au fond du tableau.

Par le format très grand, des personnages représentés très prêt et une scène de genre qui représente la vie des gens à l'époque, permet au spectateur de s'intégrer à la scène.

Le centre d'intérêt sont les joueurs de cartes et la diseuse de bonne aventure, comme le titre du tableau nous l'indique. Cette scène est un moment précis de la vie de tous les jours. Le regard circule de gauche à droite: d'abord la femme en rouge, ensuite l'homme en jaune et pour finir la diseuse de bonne aventure.
Les lignes de forces sont les obliques, les courbes et les contres-courbes, ce qui permet de donner une douceur dans les gestes des personnages. Le sujet est compris dans un ovale, ainsi qu'un triangle, par conséquent ces formes géométriques permet de concentrer le regard du spectateur au milieu de celles-ci.
Le dynamisme du sujet est représenté par les mouvement et les gestes des personnages.
Un certain déséquilibre est ressenti, car le tableau est plus plein sur la droite.

L'espace est tridimensionnel, grâce aux trois plans, les ombres, les drapés, la table et la perspective. Un point de fuite a été placé sur l'angle de la table et la profondeur est réalisé par le traitement de la couleur ainsi que les différents plans.

La lumière vient de gauche, mais la source n'est pas visible.
La moitié des visages sont éclairés ainsi que la partie supérieure du corps, sauf pour les deux personnages au premier plan où l'on voit tous leurs habits éclairé (surtout la femme en robe rouge).
Cette lumière est douce, chaude, artificielle et très contrastée, créant ainsi des effets de clair-obscur.
Ce genre de lumière est typique du style caravagesque ce qui permet de rapprocher les personnages au spectateur.

Les couleurs ont une dominante chaude, mais on peut aussi apercevoir du bleu, du blanc, du beige et du gris. Les couleurs qui ressortent le plus sont le rouge, le jaune, le brun et le noir.
La plupart de ces couleurs qui attachent l’œil au tableau sont des couleurs primaires, donc des couleurs assez vives, mais cela ne crée pas de contrastes violents.
Ces couleurs sont réalistes, ce qui est normal pour la période dans laquelle l'oeuvre a été réalisée (période baroque), car à cette époque les personnes portaient ces couleurs et le Nicolas Regnier a voulu les représenter dans sa scène de genre.

Le tracé est visible, les contours sont marqués et nets. La caractéristique des lignes sont des courbes et des lignes brisées. Les objets et les sujets sont délimités par le noir, ce qui est typique du style caravagesque.

La peinture n'as pas de trace de pinceau, c'est une peinture lisse (touche léchée) et est posée d'une manière régulière et contrôlée avec des effets de transparence, évitant ainsi tout effets de matière.
La touche se veut la plus réaliste possible pour que les personnages soient le plus réel possible et pour que le spectateur se sente proche du tableau, de la scène.

L'artiste a voulu montrer une scène d'une certaine journée du 17ème siècle, mélangeant les classes sociales: des soldats, deux femmes, deux hommes et une diseuse de bonne aventure. Dans le fond du tableau il est possible d'entrevoir le visage d'un homme qui se cache dans le noir. Ce que l'on peut se demander sur ce dernier personnage est ceci: l'artiste ne s'est-il pas représenté lui-même dans cette scène de genre?
Ensuite, la femme au premier plan montre ses cartes comme comme pour inviter le spectateur à se joindre à la partie de cartes, quant à la diseuse de bonne aventure est un peu mise à côté avec son client par rapport au groupe autour de la tale.

Nicolas Regnier, Joueurs de cartes et diseuse de bonne aventure, 1620. Huile sur toile. 2m x 1,5 m. Musée d'Art et d'Histoire, Genève.

Nicolas Regnier, Joueurs de cartes et diseuse de bonne aventure, 1620. Huile sur toile. 2m x 1,5 m. Musée d'Art et d'Histoire, Genève.

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