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ArteHistoire

Les Textes des Pyramides chez Pépi Ier

15 Septembre 2013 , Rédigé par Célimène Bonjour Publié dans #Egyptologie, #Archéologie

Pyramide de Pépi Ier à Saqqarah, vue du ciel (http://www.ancienempire.net/article-la-pyramide-de-pepi-1er-64170619.html)

Pyramide de Pépi Ier à Saqqarah, vue du ciel (http://www.ancienempire.net/article-la-pyramide-de-pepi-1er-64170619.html)

Contexte historique du protagoniste :

Pépi Ier est le fils de Ipout Ière et Téti. Successeur de son père, il est le troisième roi de la VIème dynastie. Sa mère devait certainement être régente à ses débuts. Entre le règne de son père et sa montée sur le trône, on note un court règne d’un certain Ouserkarê. Est-ce un usurpateur ou le demi-frère de Pépi Ier ? Est-ce qu’il y a eu une corégence pendant un petit moment ? On ne sait pas.

Son temps de règne varie selon les sources et les avis des spécialistes. Les dates de règne vont de vingt ans pour le papyrus de Turin jusqu’à quarante ans pour Ian Shaw, tandis que Manéthon lui en donne cinquante-trois. En règle générale, il ne devrait pas dépasser quarante-cinq ans.

Durant son règne, Pépi change son nom de Nefersahor à Meryrê[1]. Il construit et décore un grand nombre de temples à Abydos, Boubastis, Dendérah, Éléphantine et probablement Hiérakonpolis. Peu de ses bâtiments sont encore sur pied. Cependant, les archéologues ont découvert un grand nombre de fragments inscrits de sa titulature, que ce soit pendant ou après son règne.

Verner note une probable conspiration[2] durant son règne due à un mariage tardif avec deux femmes, filles de Khui, un officiel d’Abydos qui aurait eu une grande influence sur le roi. En effet, des inscriptions contemporaines décrivent la préparation d'un procès contre une reine après qu'une conspiration non réussie contre le roi a eu lieu dans son harem. Certains détails manquent par la suite, mais on peut assurément penser que les reines favorisent leurs propres fils pour les faire accéder au trône.

La conspiration se déroule, selon les sources, la « 21ème année de recensement du bétail »[3], mais le nom de la reine n’est pas mentionné. Callender[4] pense que ce n’est pas l’une des épouses de Pépi, mais plutôt la mère de son adversaire, Ouserkaf.

Il semblerait que les deux filles de Khui, donnèrent au roi les deux futurs héritiers : Merenrê et Pépi II. Le fils de Khui, Djau, devient vizir sous Pépi Ier et Merenrê. Y’a-t-il eu une corégence avec Merenrê durant les dernières années de Pépi Ier ? Là encore, ce ne sont que des hypothèses.

Pépi a eu beaucoup d’épouses. Nous le savons grâce aux nombreuses petites pyramides que l’on a retrouvées au sud de la sienne. Or, ce nombre n’est pas représentatif du nombre réel des épouses qui l’accompagnaient. Effectivement, ce ne sont que les personnes les plus proches du pharaon qui sont enterrées à ses côtés.

Carte de la région de Saqqarah (http://msaqqara.free.fr/images/planSaqqara.gif)

Carte de la région de Saqqarah (http://msaqqara.free.fr/images/planSaqqara.gif)

Les Textes des Pyramides chez Pépi Ier

Architecture du complexe funéraire :

Le complexe funéraire de Pépi Ier est situé dans la moitié Sud de la nécropole de Saqqarah, proche de la pyramide de Djedkârê-isesi en bordure de la vallée, face à Memphis.

La pyramide de Pépi Ier se nomme mn-nfr-ppi que l’on peut traduire par : « Pépi est stable », « Pépi est parfait » ou « le beau monument de Pépi »[1]. Ce nom serait à l’origine de la nomination de la capitale la plus proche, Memphis.

Aujourd'hui, il ne reste que des vestiges de ce monument, dont la hauteur originale était de cinquante-deux mètres et d’une longueur de septante huit mètres. Elle est réduite en un petit amas de pierres et ne fait plus que douze mètres de haut. De plus, un grand puits a été creusé au centre de la pyramide par des pilleurs de tombes.

La pyramide est découverte en 1880 par Auguste Mariette. Une année plus tard, Georges Maspero se fraye un chemin dans la partie souterraine de la pyramide et découvre pour la première fois les Textes des Pyramides.

Dès 1950, les fouilles françaises de la mission de Saqqarah poursuivent une investigation autour de la pyramide. Le déblaiement de l’intérieur est mené par M. Leclant et M. Lauer.

On découvre également les petits complexes pyramidaux des épouses de Pépi.

Le complexe funéraire est composé de tous les éléments qui deviendront conformes au cours de la VIème dynastie. L’entrée de la pyramide est au nord avec la chapelle au niveau du sol, juste au dessus de l’entrée. À l’Est se trouvent un temple funéraire, une petite pyramide satellite et une chaussée qui relie le temple haut au temple bas dans la vallée. Au Sud du complexe funéraire se trouvent les pyramides des Reines.

En ce qui concerne les pyramides des Reines, nous ne possédons pas beaucoup d’informations. Nous savons qu’elles avaient une place importante auprès de Pépi. Elles pouvaient être ses épouses, mais aussi ses sœurs ou autres. Quelques-unes possèdent des textes. Parmi ces monuments se trouvent deux tombeaux d’hommes.

Une fois entré par la chapelle, un premier couloir descend dans la pyramide. Puis, l’on débouche sur une petite chambre horizontale. Si on continue, dans un second couloir horizontal, on bute sur trois herses. Leur objectif est d’éviter que des pilleurs entrent dans la chambre funéraire du pharaon. A la suite des herses, un couloir horizontal s'ouvre sur l'antichambre qui est placée exactement sous le centre de la pyramide.

À l'Est de l'antichambre, on trouve le serdab et à l'Ouest, la chambre funéraire avec son sarcophage. Il est toujours en place, mais vide avec le couvercle brisé. Lors de sa découverte, plus rien ne restait à l’exception d’un morceau de toile portant l’inscription « lin pour le roi de Haute et Basse Egypte, puisse-t-il vivre pour toujours »[2], un petit couteau de silex et un coffre à vases canopes. L’antichambre possède des dimensions difficiles à reconnaître car les murs Nord et Sud ont disparu lors de l’effondrement.

Les murs de la chambre funéraire, de l'antichambre et une partie du passage horizontal sont inscrits avec des Textes des Pyramides.

Les Textes des Pyramides chez Pépi Ier

Les Textes des Pyramides chez Pépi Ier :

Historique de la découverte:

Au XIXème siècle, l’égyptologue français Auguste Mariette était convaincu que les archéologues ne trouveraient jamais un texte ou une inscription dans des pyramides. Mais entre mai et juin 1880, Gaston Maspero se fraye, non sans difficulté, un chemin à travers les décombres de la Pyramide de Pépi Ier, plus particulièrement dans la chambre funéraire, et découvre les Textes des Pyramides. Mariette est informé de cette découverte juste avant son décès.

Cette pyramide est la première découverte avec des textes mais elle n’est pas la première à les posséder, puisque les textes d’Ounas sont antérieurs à ceux de Pépi Ier.

Par la suite, Gaston Maspero ordonne l’ouverture des pyramides des Vème et VIème dynasties. En quelques mois, on découvre des textes dans les chambres funéraires des pharaons Ounas, Pépi Ier et Pépi II.

En 1882 – 1893, Maspero publie les textes avec une première traduction assez hésitante. Effectivement, il n'y a, à cette période, encore aucun instrument de travail ou ouvrage de référence. Ils arriveront quelques années plus tard grâce aux découvertes de Jean-François Champollion.

En 1930, l’égyptologue suisse Gustave Jéquier constate que les inscriptions sont presque identiques dans toutes les pyramides découvertes jusque-là.

Durant de nombreuses années, la mission archéologique française dirigée par J.-Ph. Lauer et J. Leclant fouille, déblaye et restaure l’intérieur de la pyramide de Pépi Ier et met au jour les pyramides des Reines. En 1994, les 2'500 fragments de textes sont remis à leur place. En 1999, Bernard Mathieu rejoint la mission et publie l’année d’après l’étude complète de la pyramide de Pépi Ier.

Les Textes des Pyramides chez Pépi Ier
Emplacement des Texte des Pyramides chez Pépi Ier :

Chez Pépi Ier, Jean Leclant[1] démontre que les Textes des Pyramides sont exécutés de manière bien réfléchie, tout comme chez Ounas. Effectivement, les textes guident le roi défunt dans son parcours jusque dans l’au-delà. Il s’agit de formules magiques et rituelles qui sont souvent répétitives. Ces textes ont aussi permis de mieux comprendre les croyances des Egyptiens de l’Ancien Empire.

Les Textes des Pyramides se trouvent sur toutes les parois de la pyramide, sauf le serdab et la descenderie.

La pyramide de Pépi Ier comporte un bon nombre d’éléments nouveaux par rapport à Ounas. En effet, à l’intérieur, l’emploi du vert pour les textes rappelle la couleur de la végétation et de la croissance, ce que l’on ne retrouve pas chez Ounas. Cette teinte sera désormais de règle dans les pyramides suivantes. Dans l’ensemble, les textes sont relativement bien conservés mais certaines parties sont fragmentaires à cause des effondrements et des dégâts occasionnés par les pilleurs.

La paroi Est de la chambre funéraire est composée d’environ trente-neuf colonnes de textes de grands modules qui se poursuivent sans interruption de la partie inférieure jusqu’au plafond. Les inscriptions sont tournées vers la gauche sur les dix-sept colonnes centrales, elles sont donc orientées du Nord au Sud.

Les textes figurant sur la paroi est de la chambre funéraire sont relatifs au triomphe du roi qualifié d’Osiris.

Entre l’antichambre et la salle funéraire, il y a un passage entièrement gravé qui relate l’ascension du roi.

Les thématiques abordées sont plus ou moins identiques à celles se trouvant dans la pyramide d’Ounas qui est le modèle de base pour la répartition des textes des pyramides.

Particularités graphiques des textes chez Pépi Ier :

Aux yeux d’un Egyptien, toute image est une réalité agissante et possède un pouvoir magique. Comme l’écriture hiéroglyphique est composée d’images, elle est perçue comme une écriture magique et sacrée. De plus, certains signes peuvent renvoyer à des choses nuisibles dans le quotidien des Egyptiens.

Parmi les hiéroglyphes, beaucoup d’êtres ou d’objets ont une action qui peut être menaçante. Ainsi, le moyen le plus simple pour supprimer ce danger est de « tuer » le signe en le supprimant totalement, en le remplaçant ou en lui enlevant une partie du corps.

Chez Pépi Ier, les modifications touchent principalement les animaux. Chez Ounas, les « signes-animaux » sont intacts, tandis que chez Pépi, ils sont presque toujours coupés, supprimés ou remplacés. Par contre, les « signes-hommes » (relatifs au corps humain) sont systématiquement supprimés ou remplacés par un signe rond ou un trait comme dans le hiératique. Ils peuvent aussi être mutilés en laissant apparaître un simple bras, une partie du corps etc.

Pour éviter la présence d’un « signe-homme », l’orthographe du mot peut aussi être écrit de manière pleine en détaillant tous les signes. Cette méthode est la plus rapide et la plus simple, mais peut fortement nuire à la compréhension du mot.

Mis à part les modifications graphiques, les chercheurs ont également constatés plusieurs changements de types d’écritures dans la pyramide de Pépi Ier.

Premièrement, les hiéroglyphes chez Pépi Ier sont écrits avec deux types de modules différents. En effet, on constate pour deux sortes de modules que ceux-ci deviennent de plus en plus petits et de moins en moins détaillés au fur et à mesure que l’on se rapproche de la chambre funéraire du pharaon. Par conséquent, les inscriptions chez Pépi Ier ont été modifiées d’un grand type de signes à un plus petit type.

Deuxièmement, au début des textes le roi est nommé Nefersahor alors que par la suite, son nom est modifié en Merirê. Nous ne connaissons pas les raisons exactes de ce changement de nom. Peut-être le pharaon a décidé de modifier son nom en cours de règne.

Les hiéroglyphes sont peints en vert-bleu, couleur éternelle qui symbolise la végétation féconde des rives du Nil.

L’interdit des signes des parties du corps s’applique aussi à certains mammifères chez Pépi Ier. Par exemple, le léopard est parfois représenté sans tête. Ce sont surtout les signes du lion « rw », du faon « iw » ou le lièvre « wn » qui sont très souvent coupés en deux ou qui ont l’arrière-train plâtré. Ces mutilations sont pratiquées sur les animaux considérés comme dangereux. Ainsi, ils sont rendus inoffensifs de façon symbolique.

On constate cependant que les oiseaux restent intacts chez Pépi Ier. Il semblerait donc qu’ils ne soient pas considérés comme des animaux dangereux pour le pharaon.

En revanche, toutes les espèces de poissons sont supprimées de manière absolue dans tous les Textes des Pyramides. Dans l’idéologie égyptienne, le poisson est un animal impur pour le roi et son image souillerait la momie royale. Ici la règle est stricte : le signe est remplacé ou supprimé systématiquement. Cependant, on constate qu’au Moyen Empire, le poisson ne sera plus supprimé.

On remarque également que les serpents, qui ne sont pas modifiés dans les Textes des Pyramides de Pépi Ier et d’Ounas à l’Ancien Empire, seront supprimés dès le Moyen Empire.

Il faut savoir qu’à l’origine, les signes sont entièrement gravés. Puis l’opération magique consiste à replâtrer l’arrière-train de l’animal qui est privé d’une partie de son corps. Il ne reste donc plus que la partie peinte en vert.

Dans certains cas, le plâtre a été conservé et il était même si bien lissé que les inscriptions ne comportent que l’avant de l’animal, par exemple chez Sethe.

Mais, le plus souvent, une partie du plâtre étant tombée, tout le contour de l’animal apparaît et entraine une copie entière de l’animal alors que seule la partie avant est peinte.

Pour conclure, il faut souligner que ces signes sont dangereux dans un contexte bien particulier, car dans la vie courante, si ces signes avaient été considérés comme dangereux en tout temps, ils auraient rapidement disparu de l’écriture hiéroglyphique. Ainsi, une image inoffensive pour le vivant la journée peut devenir dangereuse pour le défunt dans sa tombe, une fois la nuit venue.

En fait, les suppressions et les modifications de signes ne se rencontrent que dans les textes funéraires, destinés à l’usage personnel du mort et qui sont placés à côté du défunt dans la chambre funéraire sur les murs et le sarcophage.

Les signes susceptibles de nuire au mort sont des êtres vivants (hommes et animaux), mais jamais des objets seuls. On les supprime soit parce qu’ils sont dangereux, impurs ou parce qu’ils risquent de déranger le mort. Malheureusement, ces modifications graphiques entraînent un bouleversement orthographique qui entraîne des confusions aussi bien pour les scribes que pour les chercheurs modernes.

Bibliographie:

[1] VERNER, M., The Pyramids. Their Archaeology and History, London, 2003, p. 355.

[2] VERNER, M., The Pyramids. Their Archaeology and History, London, 2003, p. 355.

[3] VERNER, M., The Pyramids. Their Archaeology and History, London, 2003, p. 355.

[4] VERNER, M., The Pyramids. Their Archaeology and History, London, 2003, p. 355.

[1] LABROUSSE, A., L’architecture des pyramides à textes (vol. 2 : Saqqarah Sud) (BdE 131), Le Caire, 2000, p. 2.

[2] VERNER, M., The Pyramids. Their Archaeology and History, London, 2003, p. 354.

[1] LECLANT, J., Les Textes de la pyramide de Pépy Ier (vol.1 Description et analse) (MIFAO 118), Le Caire, 2001.

Image 3 : http://www.ancienempire.net/article-la-pyramide-de-pepi-1er-64170619.html

Images 4 et 5 : http://antikforever.com/Egypte/rois/pepi_I.htm

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