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ArteHistoire

Le camp de concentration d’Auschwitz et la déportation hongroise de 1944.

28 Septembre 2014 , Rédigé par Tania Falone Publié dans #Histoire

Le camp de concentration d’Auschwitz et la déportation hongroise de 1944.

Dès son accession à la Chancellerie allemande en 1933, Adolf Hitler établit sa politique autour du « danger » juif pour la « race aryenne » qui s’accompagne de lois antisémites. L’objectif d’Hitler est de « purifier» la race allemande en écartant les Juifs du Reich pour permettre « l’aryanisation ». Ainsi, dès 1938, des expulsions hors du territoire sont organisées et elles sont suivies de la concentration des Juifs dans des camps de concentration externes à l’Allemagne ou dans des ghettos, solutions qui seront jugées insuffisantes par le Führer. Décidée lors de la Conférence de Wansee, durant l’automne 1941, l’extermination finale des Juifs, appelée « Solution finale », fait naître un procédé d’extermination massive des Juifs d’Europe avec l’aide de camps d’extermination comme Auschwitz. L’Europe entière est concernée par cette décision, notamment les pays d’Europe de l’Est qui connaissent un fort enracinement de la communauté juive. Tour à tour, ces pays voient leur population juive se faire enfermer dans des ghettos, puis déporter, massivement, vers les camps d’extermination. Durant l’été 1944, les Juifs hongrois sont conduits vers Auschwitz, principal camp d’extermination de l’Europe à partir de 1942. Cette déportation impressionnante par son ampleur a laissé une trace photographique unique. En effet, lors de l’arrivée des prisonniers, des photos sont prises par les SS, rassemblées dans un album puis retrouvées par une survivante juive lors de la libération des camps, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. A travers ce dossier, nous chercherons à comprendre selon quel processus le camp d’Auschwitz devient le lieu d’extermination principal des Juifs d’Europe. Ensuite, nous nous focaliserons sur les conditions et le contexte de la déportation hongroise de 1944 ainsi que sur l’album retrouvé par une survivante, source photographique de la déportation hongroise dont nous ferons un historique ainsi qu’une analyse, qui nous permettra, notamment, de concevoir visuellement l’événement connu à travers de nombreux témoignages, et qui nous pousse à nous interroger sur l’utilisation de la photo dans le camp ainsi que sur l’importance de ces clichés.

Auschwitz :

Arbeit macht Frei, « le travail rend libre », voici le « slogan » que l’on peut lire sur les entrées de certains camps de concentration, dont l’un des plus célèbres, le camp d’Auschwitz, nom qui est directement associé à l’Holocauste. En effet, il est connu pour son rôle prépondérant dans le massacre des Juifs européens qui ont fini dans ses chambres à gaz. Il est surnommé le « centre de mise à mort » .

Un bref historique du camp:

A l’origine, Auschwitz n’est pas un camp de concentration mais une ville frontière, nommée Oświęcim, qui se situe dans la région de la Haute Silésie, au sud-ouest de la Pologne. Cette région est annexée par les troupes allemandes en septembre 1939, puis est rebaptisée en allemand « Auschwitz ». Dès que la Silésie est prise, la police nazie entreprend la construction des camps de concentration afin de vider les prisons surpeuplées de Pologne. La construction du complexe d’Auschwitz se fait dans un lieu isolé, loin des regards indiscrets. La seule liaison possible avec le monde externe est celle des voix des chemins de fer qui permettent l’acheminement des convois de prisonniers qui arrivent d’Europe entière.

Le camp de concentration :

Le camp de concentration d’Auschwitz est construit, à partir de veilles casernes polonaises le 27 avril 1940, sous l’ordre de Heinrich Himmler, chef de la police d’Hitler et l’un des organisateurs de la « Solution Finale ». Le camp accueille ses 728 premiers prisonniers le 14 juin 1940. Ces derniers sont majoritairement des prisonniers politiques polonais, des étudiants et des militaires, considérés comme « une menace immédiate » pour la politique du Reich. L’on remarque ainsi que les premiers prisonniers de ce camp, connu principalement pour avoir joué un rôle primordial dans l’extermination massive des Juifs d’Europe, sont des opposants politiques et non des Juifs. Ce phénomène s’explique par le fait qu’au départ, le régime nazi a fait un « nettoyage » interne du Reich, en éliminant principalement les « dangers » politiques comme des communistes et des sociaux-démocrates. Les Juifs n’étaient pas encore la cible principale du régime à l’ouverture du camp. Autre élément important, Auschwitz, à ses débuts, est un camp de concentration et non d’extermination. Cette distinction est importante car la fonction entre ces deux catégories n’est pas identique. En effet, les camps de concentration ne sont pas une invention du totalitarisme et existent depuis la fin du XIXème siècle. Le but principal de ces camps de concentration, appelés Konzentrationslagern (KL) par les allemands, est de « retirer, d’éliminer du corps social toute personne considérée comme politiquement ou « racialement » suspecte » pouvant s’opposer au régime nazi. Le second objectif de ces camps d’internement est le redressement par le travail forcé, ce qui explique le « Arbeit macht frei » présent à l’entrée de quelques camps de concentration nazis. Dans un premier temps, Auschwitz sert uniquement à l’isolement et au redressement par le travail forcé des « indésirables » politiques du Reich. Auschwitz est donc loin d’être le camp de la terreur qu’il deviendra à partir de 1942. Le camp d’Auschwitz peut accueillir environ 10 000 personnes. En mars 1941, Himmler décide de l’agrandir pour augmenter sa capacité de détention et décide d’y aménager Birkenau, le centre d’extermination d’Auschwitz.

Le camp d’extermination

L’année 1942 est l’année la plus meurtrière en ce qui concerne la « Solution Finale ». Au début de cette année, le seul camp d’extermination en fonction est Chelmno, Auschwitz n’a aucun rôle prépondérant dans la destruction des Juifs. Cependant, dans le courant de cette même année, Auschwitz entame sa transformation pour devenir un camp majeur dans le processus d’extermination des Juifs d’Europe, le début de la « Solution Finale » commence dans le camp. Le 17 Juillet 1942, Himmler fait une visite du camp afin de voir l’avancée des travaux de Birkenau, débutés en 1941. L’agrandissement du camp, qui se fait par les détenus, permet la construction d’un nouveau crématorium ainsi que l’aménagement de chambres à gaz destinées aux communautés juives de l’Europe, devenant ainsi un Sonderkommando (SK), un camp d’extermination. Durant l’été 1942, Auschwitz reçoit des convois massifs de Juifs provenant de l’Europe entière (Slovaquie, de France, de Belgique et de Pays-Bas). Dès le printemps 1943, un ensemble de quatre fours crématoire et de chambre à gaz deviennent fonctionnelles à Auschwitz-Birkenau. Dès l’été 1943, Auschwitz a la capacité de tuer environ 150 000 personnes par mois avec ses nouvelles installations meurtrières permettant ainsi des massacres à l’échelle quasi-industrielle. Durant cette année clé, le camp d’Auschwitz devient un centre majeur pour le régime nazi. En effet, après la construction de Birkenau, celui-ci devient un camp mixte. Il peut ainsi concilier travail forcé et extermination massive des Juifs, permettant ainsi l’extermination des « invalides » et parallèlement l’utilisation d’une main d’œuvre gratuite et nombreuse pour l’économie du Reich. Le travail forcé est également un outil d’assassinat. Les détenus sont employés dans différents travaux lourds et fatigants afin de les affaiblir physiquement et psychologiquement jusqu’au stade de la mort. La main d’œuvre est abondante et personne n’est irremplaçable, cela explique pourquoi les SS tuent des détenus pour des motifs d’évasions ou les exploitent jusqu’à leur dernière force. Ce travail forcé est donc une manière différente d’exterminer les communautés. En été 1944, Auschwitz connu la déportation la plus massive de son histoire, celle de Juifs Hongrois. Entre le 15 Mai et le 6 Juillet 1944, environ 438 000 Juifs sont déportés de la Hongrie en direction d’Auschwitz. Une grande majorité des déportés sont gazés dès leur arrivée. L’extermination des Hongrois excéda la capacité des crématoriums obligeant la construction de cinq fosses d’incinération à ciel ouvert. Cette déportation fut d’une ampleur impressionnante et démontre ainsi l’ensemble des massacres pratiqués à Auschwitz dès l’année 1942.

Déportation hongroise de 1944 :

Depuis 1942, toutes les communautés juives de chaque pays d’Europe sont prises dans le fléau de la « Solution Finale » allemande. Cependant, une population juive arrive à retarder le moment de la déportation jusqu’en printemps 1944. Ainsi, la Hongrie connait la déportation la plus tardive et la plus rapide durant cette fin de Seconde Guerre Mondiale. Espérant ainsi une expansion territoriale au Nord, à l’Est et au Sud de ses frontières, la Hongrie s’allie à l’Allemagne en signant le pacte Tripartite. Certes, cette association permet à la Hongrie de conquérir certains territoires mais, en contrepartie, elle a certaines obligations à respecter. Ainsi, elle doit fournir à l’Allemagne des troupes, notamment pour l’attaque, en 1941, contre la Yougoslavie et en 1943 contre l’Armée Rouge. De plus, les Allemands insistent pour que la Hongrie impose les lois de Nuremberg qui obligent notamment le port de l’étoile des Juifs et leur rejet de la société. Jusqu’en 1943, l’Allemagne est trop occupée sur les fronts de l’Est et de l’Ouest pour vraiment s’inquiéter de la politique hongroise, politique fortement instable. En effet, depuis la signature du pacte Tripartite en octobre 1940, il y a un fort contraste entre les différents ministres qui se trouvent au pouvoir. Il y a une scission entre les pros et les antinazis, scission qui influe directement sur le sort des Juifs hongrois. Aucun pays d’Europe n’a connu autant de flux et reflux politique durant la guerre. En 1944, Hitler s’intéresse à son allié et lui impose une déportation de ses Juifs vers les différents camps de concentration de l’Est, au risque d’une invasion allemande sur le territoire hongrois. Ainsi, les Juifs hongrois, qui représentent environ 5% de la population , entre 1938 et 1941 sont obligés d’appliquer les lois de Nuremberg qui impose le port de l’étoile jaune, la mise à l’écart des communauté juives hors de la société obligeant leur enfermement dans des ghettos. De plus, l’accès à certaines professions, notamment dans les domaines commerciaux, leurs sont interdits. Ces interdictions et ce rejet ne se fait pas sans conséquence pour le pays. En effet, les Juifs hongrois, représentent une majorité de la bourgeoisie de la Hongrie, pilier de toutes les activités commerciales s’assurant de la bonne marche de la vie économique. Ainsi, lorsque les Juifs sont évincés des professions économiques pour être destinés au travail forcé, le gouvernement hongrois doit remplacer les fonctionnaires juifs par d’autres fonctionnaires, démarche longue qui déstabilise le pays économiquement et qui a un effet désastreux dans le domaine industriel. Malgré l’application des exigences allemandes, la Hongrie est envahie par l’armée du Reich le 19 mars 1944. Dès son arrivée, Eichmann, organisateur de la « Solution Finale », prend en main la déportation des Juifs hongrois. La concentration de la communauté juive c’est fait par région. Ainsi, le pays est divisé en 5 zones, sans compter la ville de Budapest. Les rafles sont organisées par la Gestapo qui travaille en collaboration étroite avec la police et la gendarmerie hongroise. Chaque rafle est suivit d’une déportation immédiate et cela dès le 27 et 28 avril. Une majorité de ces déportations aboutissent à Auschwitz, centre de mise à mort qui tourne à plein régime durant cette période. A Auschwitz, à l’occasion des déportations hongroises les SS doivent construire, une rampe de gare à l’intérieur même du camp qui permet ainsi une réception directe des prisonniers hongrois. La rampe se situe entre Auschwitz I, camp de travail forcé et Birkenau, centre de mort. Cette structure est mise en place afin de permettre un acheminement plus rapide des Juifs vers le camp de travail ou vers les chambres à gaz. Dès leur arrivée, les déportés sont « triés » par des médecins du camp de concentration. Dans un premier temps, les médecins séparent les hommes et les femmes. Ensuite, à l’intérieur de cette première sélection, déterminant ainsi quels hommes et quelles femmes sont aptes au travail, déterminant ainsi le sort des prisonniers, les aptes au travail survivent et les inaptes, les personnes âgées, les handicapés, les enfants, les femmes enceintes, sont gazés. Cette déportation hongroise est l’une des plus meurtrières de la « Solution Finale ». Ainsi, entre le 15 Mai et le 6 Juillet 1944, environ 438 000 Juifs sont déportés de la Hongrie vers Auschwitz, dont une grande majorité finit dans les chambres à gaz. Cette déportation est importante par le nombre de victimes qu’elle engendre mais également parce que cet événement a été immortalisé dans un album retrouvé par une jeune déportée hongroise à la fin de la guerre, album qui témoigne de l’atrocité et des procédés des nazis.

L’Album de Lili Meier, illustration de la déportation hongroise.

La déportation hongroise est notamment connue par la masse de personnes qui ont été conduites à Auschwitz, par la rapidité et la date tardive de sa mise en application, mais c’est surtout grâce à un album photographique que cette déportation est connue du public. Document unique d’environ 200 photos et d’une importance certaine, l’album dit « album de Lili Meier » est l’un des seuls témoignages photographique concernant la déportation que nous ayons dans sa quasi-totalité permettant ainsi un véritable souvenir photographique de l’arrivée des convois Juifs à Auschwitz. Il est retrouvé le 11 avril 1945 par une fille nommé Lili Jacob dans un camp de concentration en Silésie. Tout commence dans la soirée du 24 mai 1944, à Berehovo, dans les Carpates. Un convoi d’environ 4000 Juifs quitte la Hongrois et se dirige vers Auschwitz. Parmi les prisonniers, se trouve une jeune fille de 18 ans, Lili Jacob, jeune fille ainée de 6 enfants. Après plusieurs jours, le convoi arrive sur la Judenrampe, rampe de la gare que se situe entre le camp de travail et Birkenau. Les détenus sont triés, les hommes et les femmes sont séparés. Puis, dans chacune de ces deux catégories les médecins distinguent ceux qui sont capables de travailler de ceux qui ne le peuvent pas les envoyant ainsi directement dans les chambres à gaz. C’est durant cette dernière phase que Lili est séparée du reste de sa famille et voit ainsi sa mère et ses petits frères partir pour les chambres à gaz. En voilant les rejoindre dans l’autre file, Lili se prend un coup de couteau, acte violant non photographié. En octobre 1944, l’armée soviétique se rapproche d’Auschwitz, les détenus sont alors déportés vers un camp se situant à huit cent kilomètres de là, dans le camp de concentration de Dora et les infrastructures de Birkenau sont détruites pour ne laisser aucune trace. Ainsi, Lili Jacob se voit déplacée d’un camp à un autre. Le centre de Dora est libéré par les américains le 11 avril 1945, la jeune fille est alors atteinte du typhus et se retrouve transporté par un soldat dans une ancienne cabane SS, en cherchant de quoi se couvrir dans l’armoire, Lili découvre l’album qui provenait d’Auschwitz et dans lequel elle retrouve des visages familiers. Ce document, Lili Jacob le garde précieusement. Après la guerre, elle en fait quelques copies pour les musées permettant ainsi la mise en circulation des clichés aujourd’hui si célèbrent. Cette découverte est inattendue lorsqu’on connaît les règlements concernant la photographie dans le camp de concentration d’Auschwitz. En effet, il faut que les activités du camp et le sort des Juifs restent secrets pour le monde extérieur. Dans cette optique, il est donc interdit de prendre des photos des prisonniers ou des structures d’extermination comme les chambres à gaz ou les crématoires, images qui pourraient servir de preuves des différentes atrocités nazies. Cependant, dans certains cas particuliers, comme la prise de photo d’identification ou dans la situation de la déportation hongroise, une autorisation est donnée pour la prise de certains clichés, mais aucune marque de violence ou d’extermination ne doit apparaitre en image. Ainsi, afin de bien surveiller les photographies, un premier studio photo est aménagé à Auschwitz I, camp de travail et de concentration. Entre 1941 et 1942, un second studio est en fonction et est destiné principalement aux photographies de construction faites à l’intérieur du camp lors des différents travaux. Les clichés sont traités par des soldats SS ainsi que par huit détenus qui doivent rester dans le secret et ne rien dévoiler au risque d’être puni de mort. Avec de telles réglementations, on se demande comment les photos qui figurent dans l’album ont pu être prises. Peut-être le photographe a eu une autorisation spéciale, le débat reste ouvert. L’album retrouvé par la jeune Lili Jacob contient environ 200 photos et ses dimensions sont ordinaires, 33 centimètres de long, 25 centimètre de large et 56 pages . Les photographies sont aménagées de façon à ce qu’elles racontent étapes par étapes la déportation hongroise. C’est pour cette raison que l’album est découpé en segments. Les premières photos sont celles prises dans le cadre de la photographie des Juifs. En effet, les SS ne prennent aucune photo de Juifs sauf si ces derniers ont des tenues ou un aspect physique particulier ce que démontre les premiers clichés de l’album . Les photos suivantes illustrent l’arrivée des convois avec les prisonniers qui marchent en masse sur la Judenrampe. Ensuite, plusieurs clichés illustrent la seconde étape, la séparation entre les hommes et les femmes et le triage entre ceux qui sont capables de travailler et ceux qui ne le peuvent pas. Dans le segment suivant, le photographe entre dans le camp pour suivre, dans un premier temps, les hommes qui sont capables de travailler et dans un second temps, ceux qui sont condamnés aux chambres à gaz. Le photographe fait de même pour les femmes. L’album de Lili Meier est un document unique en soi. Découvert dans des circonstances et par une personne particulière, il permet ainsi la mise en circulation de photos peu communes permettant ainsi au public de comprendre et de mieux se représenter le phénomène des déportations durant la Seconde Guerre Mondiale. Cet album est l’un des seuls témoignages que nous avons sur ces événements qui ont bouleversé la vie de millions de Juifs et c’est notamment pour cette raison qu’il est particulièrement précieux.

Conclusion :

Le camp de concentration d’Auschwitz est le camp le plus connu principalement pour les millions de Juifs qui y sont morts. Au départ, lors de sa construction en 1940, Auschwitz est un simple camp concentrationnaire destiné aux prisonniers politique du Reich. Il faut attendre 1942 pour que le centre de mise à mort de Birkenau soit construit dans le camp permettant ainsi à Auschwitz de devenir un centre mixte. A partir de cette date, une grande majorité des Juifs d’Europe sont acheminés vers Auschwitz pour y travailler ou pour y être gazé. Ainsi, le camp d’Auschwitz extermine des millions de Juifs en quelques années seulement devenant ainsi le « centre de l’horreur nazi ». La dernière déportation est l’une des plus massives que le camp est connue. Elle provient de la Hongrie, alliée de l’Allemagne. Longtemps indépendante, la Hongrie a tardivement appliqué les lois de Nuremberg qui étaient alors en action dans les autres pays dominés par le Reich. Ainsi, ce n’est qu’en 1944 que la déportation des Juifs de Hongrie commence après une invasion des troupes allemandes. Cette déportation est rapide et brève et ne laisse presque aucun survivant. Lili Meier est l’une de ces miraculés. Elle a été déportée avec toute sa famille au mois de Mai 1944 et en est la seule survivante. Avec l’arrivée des armées soviétiques, la jeune juive est transportée au camp de concentration de Dora. Lors de la libération par les américains le 11 avril 1945, elle découvre dans une bâtisse de SS un objet particulier qui deviendra un document d’une grande valeur après la guerre. L’album photo, provenant d’Auschwitz, démontre en image les différentes étapes de la déportation qu’a subie Lili Meier. Copiées, les précieuses et rares photographies deviennent accessible au publique permettant à ce dernier de percevoir une des étapes les plus importantes qui compose le long parcours de l’extermination ainsi que certains visages représentant les victimes de la « Solution Finale ».

Bibliographie :

~~BRAHAM, Randolph «The Holocaust in Hungary: A Retrospective Analysis », An Eyewitness Acount », in BRAHAM, Randolph (ed.), The Holocaust in Hungary. Fify Years Later, New York, Columbia Universiy Press, 1997, p.285-304.

DIETER, Pohl, « The Holocaust and the concentration camps », in : Caplan, Wachsmann (ed.), Concentration camps in Nazi Germany. The new Histories, New York, Routleedge, 2010, p. 149-163.

HELLMAN, Peter, L’Album d’Auschwitz, d’après un album découvert par Lili Meier, survivante du camp de concentration, Paris, Seuil, 1983. HILBERG, Raul, La destruction des juifs d’Europe, Paris, Fayard, 1988.

KOTEK, Joël, « Camps et centres d’extermination au XXe siècle : essaie de classification », Les Cahiers de la Shoah, 2003/1 no 7, p.45-85. : Panstwowe Muzeum Oswiecim-Brzezinka, Auschwitz. A History in Photographs, Bloomington, Indiana University Press, ksiazka i Wiedza, 1993.

RESS, Laurence, Auschwitz, les Nazis et la « Solution finale », Paris, Albin Michel, 2004.

WIEVIORKA, Annette, Auschwitz, 60 ans après, Paris, Robert Laffont, 2005, p. 9-136.

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La question indienne dans la conquête de l'Ouest

18 Septembre 2014 , Rédigé par Catalina Roth Publié dans #Histoire

Scène de combat entre Indiens et soldats
Scène de combat entre Indiens et soldats

Étoile mon frère,

Terre ma mère.

Soleil mon père,

Lune ma sœur.

À ma vie, donnez la beauté,

À mon corps, donnez la force,

À mon maïs, donnez la santé

À mon esprit, donnez la vérité,

À mes Anciens, donnez la sagesse.

Prière indienne, source inconnue .

L'histoire des Indiens d'Amérique est une histoire sombre. Plus que d'un jugement de valeur, il s'agit ici d'un fait. En effet, le début de l'histoire américaine, suite à l'indépendance du pays, est aussi celle de nombreuses cultures à jamais détruites, de populations volontairement décimées et dépossédées et celle de la conquête d'un nouveau territoire. Pourquoi une telle destruction ? Les premiers colons et trappeurs français cohabitent pourtant sans trop de mal avec les premiers habitants du continent. Alors, pour quelles raisons les jeunes Etats-Unis, désormais « libérés » de la tutelle britannique, alors qu'ils prétendent combattre pour la liberté, repoussent-ils et éliminent-ils leurs voisins ? Nous trouvons un élément de réponse dans le lien entre la conquête territoriale et la construction identitaire de la jeune nation, puisqu'en effet, c'est pour affirmer leur nouvelle identité après la victoire sur leur ancienne métropole, que les colons américains ont besoin d'éliminer ceux qui par leur présence même, délégitiment la leur. Désormais maîtres de leur pays, il leur faut chasser les « Sauvages », selon eux plus proches de l'animal que de l'homme et donc impossible à inclure dans la nouvelle nation, pour coloniser le territoire et ainsi, se doter « bases territoriales qui la [la nation] rendront juridiquement et culturellement incontestable » . De plus, les Indiens sont perçus comme des ennemis, à la solde de la Couronne, comme en témoigne cette phrase de la main de Thomas Jefferson : [il, en parlant du roi George III] « (...) avait cherché à attirer sur les habitants de nos frontières les Indiens, ces sauvages sans pitié, dont la manière bien connue de faire la guerre est de tout massacrer sans distinction d’âge, de sexe ni de condition » . Pourtant, selon Elise Marienstras, au commencement du conflit, les tribus les plus proches de Boston essayent de rester en dehors de cette guerre – qu'ils ne considèrent pas comme la leur – le plus longtemps possible. De plus, les nations indiennes ne prennent pas toutes le même parti et leur engagement résulte alors surtout d'un choix tactique, tout en ayant bien conscience que la victoire des colons, qui empiètent chaque jour davantage sur leurs terres, aurait de très fâcheuses conséquences pour eux . Pour avoir une meilleure idée de la manière dont les nations indiennes se comportent dans le conflit, nous commencerons par expliquer les différentes positions adoptées par les Indiens lors de la guerre d'Indépendance et ce qui les motive. Dans la deuxième partie, nous discuterons des enjeux de la conquête de l'Ouest pour les États-Unis, des discours qui ont permis sa justification, ainsi que du début de la spoliation officialisée des terres amérindiennes. Au fur et à mesure de son avancée, le gouvernement américain doit « régler la question indienne », considérant tour à tour l'Indien comme un éternel ennemi, ou comme un être à éduquer. Nous étudierons la manière dont les autorités l'ont fait, sous couvert de discours civilisateurs, entre politique d'acculturation et de répulsion , avec une attention particulière sur l'impact que cela a eu sur la construction identitaire du pays.

Les indiens dans la Révolution américaine

La situation des différentes tribus au début du conflit

Certaines sources de la guerre d'Indépendance américaine ont laissé à la postérité des images des Indiens qui perdurent encore aujourd'hui. L'une d'elle est essentielle : la Déclaration d'indépendance. Sous la plume de Thomas Jefferson, elle place « les Indiens du mauvais côté, et du combat pour la liberté, et de l'histoire, dès le début de la Révolution » et les décrit comme des « sauvages sans pitié, dont la manière bien connue de faire la guerre est de tout massacrer, sans distinction d’âge, de sexe ni de condition » . Il serait tentant d'attribuer cette mauvaise image des Amérindiens à leur comportement durant la guerre d'Indépendance, mais ce serait manquer de nuance, car la réalité de la multitude de tribus indiennes peuplant le continent nord-américain est bien différente et plus complexe. Néanmoins, nous ne nous attarderons pas à dresser un portrait et un historique complets de toutes les tribus touchées ou non par le conflit à l'époque et nous nous bornerons plutôt à esquisser les grandes lignes de la situation générale. Pour commencer, il nous faut souligner le fait que les tribus amérindiennes sont aussi nombreuses que différentes. Le mode de vie, la langue ainsi la structure de la société diffèrent selon la région. Par exemple, dans le Nord, la zone subarctique ne permettant pas l'agriculture, les tribus sont nomades et pratiquent la chasse, la pêche et la cueillette, avec des rapports patriarcaux parfois très durs entre les individus ; à l'inverse, au Sud-Est, l'agriculture est possible et les tribus sont sédentaires . Ensuite, nous l'avons signalé, toutes les nations indiennes n'ont pas été touchées de la même manière par la guerre d'Indépendance. En effet, le conflit d'abord très localisé n'est pas perçu par la majorité des tribus résidant au-delà du Mississippi et la révolte de Boston, ainsi que fondation même des États-Unis n'est connue que plusieurs années après, lors de l'expansion .

• Quel camps choisir ?

En revanche, les quelques 200'000 individus des nations indiennes vivant à l'Est du fleuve sont immédiatement secoués par le conflit et pour eux, la question du côté à adopter est cruciale, car si les chefs de tribus ne comprennent pas bien toutes les implications idéologiques du conflit, ils imaginent sans peine ce que la victoire des colons américains signifierait pour eux. Selon Colin Calloway « les Indiens qui s’engagèrent dans le combat de la Révolution (certains en faveur des Américains mais la plupart du côté des Britanniques) ne se battaient pas contre la liberté : tout comme les patriotes américains, ils combattaient pour défendre leur liberté » . En effet, pour les Amérindiens, la cause principale du conflit avec les colons réside dans leur empiètement continuel sur leurs territoires, les rendant ainsi bien plus menaçants pour leurs libertés et leurs modes de vie que le lointain roi George III. Au contraire, pour les tribus alliées aux futurs Américains, l'enjeu est de ne pas se priver de biens matériels, notamment les armes . En effet, progressivement, plusieurs tribus indiennes s'habituent tant aux produits manufacturés européens qu'il en résulte une véritable dépendance, qui à terme, bouleverse leurs cultures. Cependant, comme le relève Elise Marienstras, même si les Indiens sont admis à se joindre à leur camps, jamais ils ne sont pas considérés comme des partenaires égaux : « marginaux, hommes de demi-statut, ils furent guides ou espions, rarement combattants à part entière » . Cette question de l'allégeance divise aussi les membres alliés en une ligue, comme l'illustre le cas de la Ligue iroquoise: les Mohawks, ainsi que la majorité des Cayuga, des Onondongua et des Seneca refusent l'alliance avec les Américains et prennent parti pour les Britanniques, au contraire du reste des tribus de la Ligue, les Oneida et les Tuscarora. Cette situation prend rapidement la tournure tragique de la guerre civile pour ces tribus montées les une contre les autres.

• La situation après le traité de Paris (1783):

Enfin, les anciens colons anglais remportent la victoire et après l'armistice déclarée le 3 février 1783, le sort des nations indiennes se joue lors des tractations du traité de Paris, en septembre. Qu'ils aient été du côté des Britanniques, ou de celui des Américains, aucun diplomate ne se rappela les droits des Amérindiens, et la Grande-Bretagne cède ses territoires à la future république , sans considération pour ses anciens alliés. La seule faveur accordée aux Iroquois qui les avaient soutenus est la proposition de s'installer au Canada. La situation déjà instable quant à la question de la frontière est désormais bien pire et le sort des Indiens est scellé, car plus rien ne retient la progression des colons vers l'Ouest : « effacée la barrière des Appalaches que le roi avait tracée à l'expansionnisme colonial, la Frontière prendra désormais le sens particulier que lui donnent les Américains : une ligne mouvante, toujours ouverte à la progression du Progrès, au recul des primitifs » . En effet, les tribus résidant au-delà des Appalaches avaient été jusqu'alors relativement protégées par une proclamation royale du gouvernement britannique, mais après la signature de ce traité, le gouvernement américain a le champs libre pour traiter avec les Indiens comme il l'entend ; et pour imposer sa loi, il lui faut s'assurer de la soumission des tribus. En effet, rappelons que la majorité des tribus vivant à l'Ouest du territoire américain n'avaient pas encore été touchées par la politique américaine. Les tractations, quand il y en a, ne sont donc pas menées d'égale à égale entre deux nations souveraines, mais de vainqueur à vaincu, et selon Carl Waldman : « Les responsables anglais et américains les considéraient comme secondaires aussi bien pour le passé que pour l'avenir de la race blanche en Amérique... La nouvelle nation et ses Pères fondateurs ont pu à l'époque se préoccuper de démocratie, d'égalité, de liberté et de justice, mais absolument pas en ce qui concernait l'Indien » . Cette « ligne mouvante » se déplace évidemment au détriment des Indiens et l'avancée vers l'Ouest se concrétise à travers la cession de territoires et le confinement des Indiens dans des réserves. L'étude des ordonnances successives du Nord-Ouest de 1783, 1785 et 1787, tentatives malheureusement sans efficacité de la part du Congrès pour protéger les Indiens contre l'avidité des colons, laissaient pourtant espérer un minimum d'équité quant à la répartition territoriale. En effet, elles reconnaissent les traités, la souveraineté des tribus, leur légitimité sur la propriété des terres et elles les assimilent à des nations étrangères. Cependant, la plupart du temps, les termes de ces traités sont bafoués et rarement respectés. Nous pouvons donc constater à présent que la fin de la Révolution américaine apporte certes l'indépendance aux colons désormais Américains, mais que cela se fait au détriment des Indiens, pour qui cette révolution marque surtout le début de leur absorption par la nation américaine. Cependant, le détachement des colons de leur métropole passe aussi par la colonisation et la progressive mainmise sur ce qu'ils considèrent comme leur continent. Pourquoi un tel besoin d'avancer vers l'Ouest ? Voyons maintenant les enjeux auxquels le nouveau gouvernement américain est confronté.

B. À la conquête de l'Ouest, étendre les États-Unis

• Le mythe de l'Ouest, entre théories et enjeux matériels.

Au lendemain de l'Indépendance, la situation du gouvernement de la jeune république est très délicate. En effet, il se retrouve face à l'obligation de négocier avec les nations indiennes, qui ont certes perdu leur droit à la terre par la conquête, mais toujours source d'instabilité. Il faut dire que les empiétements illégaux, le non-respect des traités et la violence des colons provoquent chez elles courroux et indignation. Les autorités doivent aussi composer avec les oppositions des puissances étrangères, souvent encore en lien avec les nations indiennes, les partisans des droits des états, qui refusent l'autorité du gouvernement fédéral concernant la politique indienne et enfin, avec les colons avides de terres . Les terres sont évidemment la clé du conflit et l'enjeu essentiel de cette conquête de l'Ouest, d'abord pour une raison pratique : depuis le début de la colonisation, les pionniers sont en constante augmentation et selon le premier recensement fédéral en 1790, la population a atteint les 4 millions . Ainsi, c'est non seulement la pression démographique et mais aussi celle des spéculateurs, qui obligent le Congrès a obtenir toujours plus de terres, d'une manière ou d'une autre. De plus, les autorités comptent sur la vente de ces terres aux états pour rembourser leurs dettes de guerre, payer les vétérans et faire fonctionner le gouvernement . Plus tardivement, dans les années 1840, les hommes politiques et les journaux américains propagent une théorie qui justifie l'avancée américaine en territoire indien : la théorie de la Destinée Manifeste, ou « manifest destiny ». Elle érige le peuple américain en élu de Dieu, pour créer une nouvelle société et dit que la destinée des Américains est de se répandre sur tout le continent alloué par la Providence . Le théoricien Frederick Turner écrit en 1893 que « l'existence d'une région de terres libres, constamment en recul, et l'avance de la colonisation américaine vers l'ouest sont la clé du développement de l'Amérique », on comprends donc qu'à la fin du XIXe siècle, l'Ouest suscite espoir et interrogation. Pourtant, selon Philippe Jacquin, avant la découverte de gisements d'or en Californie, l'engouement des Américains pour l'Ouest est loin d'être unanime et passionné : en effet, le courant migratoire est principalement alimenté par des fermiers et des artisans ruinés ; ajoutons à cela la difficulté des communications, les incertitudes au sujet des Indiens, ainsi que les déconvenues des certains colons, qui font que l'Ouest est bien plus apparenté à une terre d'exil qu'à une terre promise .

• Le début de la spoliation des terres amérindiennes

Déjà à l'époque de Benjamin Franklin, on voit dans l'avancée vers le Nord-Ouest l'avantage de voies navigables, mais aussi et surtout, un « paradis des fermiers », l'idée est reprise par Thomas Jefferson. Le troisième Président des États-Unis a une vision économique pour le pays qui évolue progressivement – on passe de l'auto-suffisance au protectionnisme, avec le libre-échange comme étape intermédiaire – mais qui reposent toutes trois sur l'agriculture et la propriété agricole, vertus de la république et piliers de sa prospérité. Ainsi, selon lui, les États-Unis ne peuvent pas être pauvres tant qu'il existe des terres susceptibles d'être colonisées et travaillées et la propriété privée de ces terres conditionne l'épanouissement des citoyens . Ainsi, dès 1785, l'acquisition de terres cultivables pour le bien-être des Américains est imminente : Chaque fois que, dans quelque pays que ce soit, on trouve des terres non cultivées et des pauvres sans travail, il est clair que les lois de la propriété ont été tordues au point de violer le droit naturel. La terre est donnée en commun à l'homme pour être travaillée et pour qu'il vive dessus (...). Il est trop tôt encore dans notre pays pour affirmer que chaque homme qui ne peut pas trouver de travail mais qui peut trouver une terre non cultivée doit avoir la liberté de la cultiver, moyennant un loyer modéré. Mais il n'est pas trop tôt pour faire en sorte par tous les moyens possibles que le plus grand nombre possible d'individus aient un petit lopin de terre . Le lien que fait Jefferson entre les lois de la propriété et le droit naturel est intéressant, car il implique non seulement c'est par sa condition même d'humain que le citoyen américain a droit à la terre, mais aussi que l'Indien, lui n'est pas concerné par cette nature humaine. Cette condition humaine est perfectible par l'agriculture : ainsi, selon l'analyse de Magali Bessone,

« la propriété de la terre assure en effet d'abord l'indépendance individuelle par l'autonomie des ressources, qui entraîne à son tour la participation responsable au processus politique et la possibilité de discerner et de poursuivre spontanément le bien commun, au lieu de servir les intérêts particuliers liés au besoin. »

Cependant, avant de pouvoir construire cette république pastorale idéale, il est nécessaire d'avoir le contrôle sur le territoire et d'affirmer la puissance de la jeune nation états-unienne, et la politique d'expansion territoriale de Jefferson obéit à cette logique. L'achat de la Louisiane, l'expédition menée par les capitaines Meriwether Lewis et Wiliam Clarke (1804-1806), sont deux des trois entreprises majeures de l'expansion ; la troisième étant l'encouragement de l'appropriation, légale ou non, des terres indiennes. Il s'agit à présent de voir de voir comment. La spoliation des terres amérindiennes ne s'est pas faite brusquement après la signature du traité de Paris. Déjà auparavant, à l'époque des Britanniques, le concept de « Pays Indien » illustre la volonté des Blancs de se couper des autochtones, par la délimitation des terres, avec pour frontière la ligne des Appalaches. Dans le premier quart du XIXe siècle, l'accent est mis sur le départ volontaire des Indiens et des accords prévoient un dédommagement – en argent et en terres, mais plus à l'ouest – pour les Indiens qui acceptent de laisser leurs terres et de partir, avec en plus la protection de troupes . Cependant, face aux exigences des colons, le gouvernement est face un à dilemme, car ces derniers ne veulent pas d'une assimilation des Indiens ; à tel point que des responsables des Affaires indiennes en viennent à considérer la déportation à l'ouest du Mississippi comme le moyen le plus humain de protéger les tribus. Il est vrai que la menace d'extermination est plus que réelle et cette mesure leur permettrait d'être à l'abri.

La question indienne : entre répulsion et civilisation

Certaines tribus tentent pourtant de jouer le jeu de l'assimilation comme les Creeks, les Choctaws et les Cherokees en Caroline du Nord et en Géorgie, mais malgré les promesses, jamais les Indiens n'eurent leur chance, leur place étant toujours ailleurs et le plus loin possible . En 1830, avec la naissance de l'Indian Removal Act, autrement dit la loi de déportation des Indiens, le déplacement des populations amérindiennes à l'ouest du Mississippi est désormais officialisé et huit années plus tard, on assiste au tristement célèbre épisode de la Piste des Larmes. En automne, des milliers de Cherokees sont alors déportés par voie de terre, pendant un voyage de plus de six mois où la maladie, le froid et la faim tuent une personne sur quatre . Cet éloignement forcé est l'une des facettes de ce que nous pourrions appeler une politique de répulsion, avec comme corollaire le placement des tribus survivantes dans des réserves. La question de l'acculturation que nous abordons à présent nécessiterait davantage d'explications que celles que nous nous apprêtons à donner, mais il nous semblait important de donner même un bref aperçu de cet autre aspect de la conquête américaine après l'Indépendance. À la fin du XIXe siècle, la population indienne est quasiment exterminée, l'idée qu'il faut sauver l'Homme par la civilisation germe et c'est alors la grande époque des programmes d'acculturation . Bien sûr, ce phénomène n'est pas une nouveauté et trouve des antécédents déjà au XVIIe siècle, lorsque les colons britanniques créent une « ville de prière » près de Boston, pour contraindre les Indiens à renoncer notamment au chamanisme . Il faut tout de même souligner que les Amérindiens acceptent assez facilement la christianisation, car elle ne semble pas contradictoire avec la vision du Grand-Esprit et le baptême par exemple, revêt des similitudes avec le culte du « renouveau », de même que le culte à la Vierge Marie leur rappelle celui de leur mère la Terre. De plus, les Indiens espèrent que leur conversion fasse cesser les guerres et les violences. Dès 1840, des écoles sont ouvertes dans les réserves, leur objectif est d'acculturer progressivement les autochtones sans les couper de leurs traditions. Cependant, avec le système d'internat hors réserve, cette relative continuité culturelle est rompue, car dans ces établissements, les jeunes Amérindiens apprennent à renier leur religion au profit du christianisme, à oublier leur langue pour apprendre l'anglais et à porter les cheveux courts et des vêtements à l'américaine . Ainsi, lentement mais sûrement, les Indiens assistent à la destruction de leur patrimoine culturel, d'autant plus que leur culture de type oral ne permet pas, ou très difficilement l'enseignement sans support alphabétique. Les Indiens en sortent désorientés, partagés entre deux cultures, Indiens de coeurs et Américains par nécessité, comme le disent Anne Garrait-Bourrier et Monique Vénuat .

La formation de l'unité nationale

Dans cette réflexion, nous devions aussi nous interroger sur l'impact que la conquête de l'Ouest et la guerre contre les Indiens a eu sur la formation d'une conscience identitaire américaine. Les idéologies de liberté et de destinée manifeste ne s'adressent qu'au peuple blanc, aussi, se pose la question de la place de l'Indien dans le phénomène identitaire issu de l'Indépendance, puis de la conquête. Élise Marienstras relève qu'avant l'Indépendance, les colons britanniques oublient progressivement leurs liens avec la métropole et développent un patriotisme bien plus régional que national : « La patrie était la colonie, la province où l'on avait élu domicile : on était virginien ou pennsylvanien, bostonien ou new-yorkais ; ensuite, seulement (...), on se souvenait qu'on était anglais » . Avec la résistance à la politique britannique, la solidarité intercoloniale surpasse l'attachement à la province, solidarité qui ne prend réellement corps qu'avec la fondation du Congrès Continental et les revendications d'être américain ont a ce moment surtout une visée politique. Plus tard, avec l'Indépendance, le phénomène de la colonisation du continent ajoute une nouvelle composante à la construction de l'identité collective, faisant franchir une nouvelle étape à l'unité nationale. En effet, par cette conquête, les Américains ne sont plus des colons au service de la Couronne, mais des colonisateurs, des colons au sens actif du terme. Cependant, comme le soulève Elise Marienstras, on peut se demander en quoi les treize anciennes colonies britanniques et désormais Etats (...), les quelque douzaines de nationalité et de langues présentes d'une manière ou d'une autre dans le Nouveau Monde pouvaient et peuvent former une nation . La réponse ne peut être donnée dans ces quelques pages, mais il apparaît que c'est un défi, encore aujourd'hui aux États-Unis, de lier toutes ces différentes cultures sous un même drapeau et à l'époque suivant l'Indépendance, la conquête du territoire n'en est qu'une étape.

C. Conclusion

Après cet exposé, il est intéressant de relever que l'identité américaine, au début de sa construction, se fait par opposition à d'autres : d'abord par opposition aux Anglais lorsque les Américains sont des colons, puis face aux Indiens lorsque l'indépendance est obtenue. Celle-ci donne aux anciens colons de nouvelles responsabilités, dont celle de mener la politique de leur choix face aux Indiens. En ce qui les concerne, nous pouvons assurément constater que globalement, pour les autorités américaines, jamais il fût question d'intégrer l'Indien, en tant que tel, dans la nation américaine de quelque manière que ce soit. D'abord pratiquement exterminé, puis dépossédé de ces terres et enfin toujours plus repoussé, l'Indien n'eut pas d'autre choix que de subir, ou de résister. Nous n'avons que très peu parlé des différentes résistances des autochtones, mais il est évident que les tribus ne se sont pas rendues sans rien faire. Nous avons choisi de nous arrêter approximativement à la fin du XIXe siècle, mais la question indienne n'est pas encore totalement résolue, même aujourd'hui. Les Amérindiens contemporains sont confrontés à de nouveaux défis : la reconquête de leurs droits et la reconnaissance de leur histoire, ou de leur « indianité ». Réappropriation de l'histoire qui n'est pas à sens unique, puisque depuis janvier 2004, les écoles primaires du Maine doivent inscrire dans leur programme des cours d’histoire amérindienne . Si à la fin du XVIIIe siècle, ce sont les colons qui ont lutté pour l'indépendance, les Indiens d'aujourd'hui luttent aussi pour la leur d'une certaine manière.

Bibliographie :

A. Extraits de sources

JEFFERSON, Thomas, « Lettre au Révérend James Madison », le 28 octobre 1785, in The Life and Selected Wrintngs of Thomas Jefferson, A. Koch et W. Peden éd., New-York, The Modern Library, 1998, p.362.

B. Ouvrages généraux

FELTES-STRIGLER, Marie-Claude, Histoire des Indiens des Etats-Unis : l'autre Far West, Paris, L'Harmattan, 2007, pp. 113-132.

BERNAND, Carmen, GRUZINSKI, Serge, Histoire du Nouveau Monde, [Paris], Fayard, 1991-1993, vol. N°2.

C. Monographies et articles

BESSONE, Magali, A l'origine de la République américaine, un double projet : Thomas Jefferson et Alexander Hamilton, Paris, Michel Houdiard, 2007, pp.103-115.

CALLOWAY, Colin Gordon, « La révolution américaine en territoire indien », in Annales historiques de la Révolution française [en ligne], n°363, janvier-mars 2011, consulté le 15 mai 2013. URL : http://ahrf.revues.org/11950

DELANOË, Nelcya, « L’identité indienne à l’épreuve de la modernité », in Journal de la société des américanistes [en ligne], n° 90-2, 2004, consulté le 08 juillet 2013. URL : http://jsa.revues.org/1695

DOREL, Frédéric, « La thèse du ʺgénocide indienʺ : guerre de position entre science et mémoire », in Amnis [en ligne], n°6, 2006, consulté le 1er juillet 2013. URL : http://amnis.revues.org/908

HAVARD, Gilles, « Long Knife et Red Hair : Lewis et Clark en territoire indien », in Nuevo Mundo Mundos Nuevos [en ligne], BAC - Biblioteca de Autores del Centro, Havard, Gilles, 2007 consulté le 08 juillet 2013. URL : http://nuevomundo.revues.org/3138

JACOBS, Wilbur R., « Frederick Jackson Turner : la théorie de la Frontière », JACQUIN, Philippe, « L'Ouest vu, inventé et rêvé », in JACQUIN, Philippe, ROYOT, Daniel (dir.), Le mythe de l'Ouest : L'Ouest américain et les ʺvaleursʺ de la Frontière, Paris, Autrement, 1993, pp. 19-26, 27-54.

MARIENSTRAS, Elise, La résistance indienne aux États-Unis, du XVIe au XIXe siècle, [Paris] Gallimard/Julliard, 1980, pp. 79-207. Wounded Knee ou l'Amérique fin de siècle, Bruxelles, Editions Complexe, 1996, pp.7-13. MARIENSTRAS, Elise, « Les réprouvés de la Révolution : nations indiennes et guerre d'indépendance », in VINCENT, Bernard, MARIENSTRAS, Elise [études réunies], Les oubliés de la Révolution américaine, femmes, Indiens, Noirs, quakers, francs-maçons dans la guerre d'Indépendance, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1990, pp. 13-53

MARIENSTRAS, Élise, « L'invention des États-Unis. Colons, colonisateurs, citoyens : de la colonie britannique à la république américaine », in GRUZINSKI, Serge, WATCHEL, Nathan (dir.), Le Nouveau Monde, mondes nouveaux : l'expérience américaine ; actes du colloque organisé par le CERMACA (EHESS/CNRS), Paris, 2, 3 et 4 juin 1992, Paris, Éditions Recherche sur les Civilisations et Éditions de l' École des Hautes Études en Sciences Sociales, 1996, pp. 407-422.

GARRAIT-BOURRIER, Anne, VÉNUAT, Monique, Les Indiens aux Etats-Unis : renaissance d'une culture, Paris, Ellipses-Marketing, 2002.

SERME, Jean-Marc, « Etudes amérindiennes : le poids des plumes », in Amnis [en ligne], n°2, 2002, consulté le 18 mai 2013. URL : http://amnis.revues.org/158

D. Ressources électroniques

Pour les images du titre : http://commons.wikimedia.org/ :

Portrait de Sitting Bull, 1885, photographie de David Frances Barry (1854-1934). URL :http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b2/Sitting_Bull.jpg

Native Americans, G. Mülzel, Nordisk Familijbok, 1904 URL : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Amerikanska_folk,_Nordisk_familjebok.jpg

The Silenced War Whoop, Charles Schreyvogel (1861-1912), 1908. URL : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:The-Silenced-War-Whoop-1100x790.jpg

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L'usage de la perspective chez Vermeer

15 Septembre 2014 , Rédigé par Sabrina Ciardo Publié dans #Histoire de l'art

Hans Vredeman de Vries, Perspective, la Haye, 1604
Hans Vredeman de Vries, Perspective, la Haye, 1604

Les artistes du 17ème siècle utilisaient la plus part du temps la perspective pour construire leurs tableaux.Plusieurs ouvrages de perspectives sont apparus aussi au 17ème siècle. Appliquant la technique aux 3 points, Vermeer varie l'horizon et les points de distance pour obtenir différentes approches et différents effets sur le spectateur. Mais, l'artiste se différencie de ses contemporains par l'usage de la perspective. Vermeer ne cherchera pas à donner à voir un espace, mais il créera un lien entre le tableau et le spectateur.

La technique à l'aiguille

Vermeer utilise une méthode artisanale pour créer la perspective sur la toile. Il plante une aiguille à un certain endroit de sa toile, au bout de laquelle il tirera un fil, enduit de vraie et de l'autre mais il fera tomber le fil sur la toile, laissant ainsi une trace de la ligne. L'artiste, ensuite, repassera cette ligne au crayon ou au pinceau. L'aiguille laissera une trace matérielle sur le tableau qui sera visible à l’œil nu.

Johannes VERMEER, La Laitière, entre 1653-1675, huile sur toile, 45,5 x 41 cm, Amsterdam, Rijksmuseum / Johannes VERMEER, L’Art de la peinture, 1665-1666, huile sur toile, 120 x 100 cm, Vienne, Kunsthistorisches MuseumJohannes VERMEER, La Laitière, entre 1653-1675, huile sur toile, 45,5 x 41 cm, Amsterdam, Rijksmuseum / Johannes VERMEER, L’Art de la peinture, 1665-1666, huile sur toile, 120 x 100 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum

Johannes VERMEER, La Laitière, entre 1653-1675, huile sur toile, 45,5 x 41 cm, Amsterdam, Rijksmuseum / Johannes VERMEER, L’Art de la peinture, 1665-1666, huile sur toile, 120 x 100 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum

L'usage de la perspective chez Vermeer

Ensuite, Vermeer va créer ses points de distances sur la ligne d'horizon de chaque côté des points de fuites, à une distance qui correspond à la distance de laquelle le spectateur doit se placer. Après avoir placé ses aiguilles, il exécutera la même méthode. Ces dernières lignes permettront de placer les différents objets dans l'espace et aussi pour créer correctement les dallages et les plafonds.

La perspective aux 3 points est créée. Cette perspective est pratiquée dans les Pays du Nord. Cette technique est représentée dans une planche de Hans Vredeman de Vries. Pour éviter d'obtenir un point de fuite frontal, Vermeer va tourner ses dalles à 45° ce qui permettra d'intégrer en quelques sorte les points de distance. Quelques fois, l'artiste va placer son point de fuite, non pas au centre du tableau, mais sur un des côtés pour créer un certain effet sur le spectateur.

L'usage de la perspective chez Vermeer

Inspiration ou apprentissage de l'artiste

Peintres qui utilisaient cette technique

La méthode mentionnée plus haut a été utilisée par plusieurs artistes du 17ème siècle comme Léonard Bramer, Carel Fabritius, Gerrit Dou, Gabriel Metsu, Pieter de Hooch, Samuel van Hoogstraten et par plusieurs peintres d'architecture.

Samuel VAN HOOGSTRATEN, Les pantoufles, 1658, huile sur toile, 103 x 70 cm, Paris, Musée du Louvre / Emanuel DE WITTE, Intérieur de l’Oude Kerk à Delft, 1650, huile sur bois, 48,3 x 34,5 cm, Montréal, Mr. & Mrs. Michal Hornstein / Gerard HOUCKGEEST, Oude Kerk à Delft, 1654, huile sur bois, 49 x 41 cm, Amsterdam, Rijksmuseum
Samuel VAN HOOGSTRATEN, Les pantoufles, 1658, huile sur toile, 103 x 70 cm, Paris, Musée du Louvre / Emanuel DE WITTE, Intérieur de l’Oude Kerk à Delft, 1650, huile sur bois, 48,3 x 34,5 cm, Montréal, Mr. & Mrs. Michal Hornstein / Gerard HOUCKGEEST, Oude Kerk à Delft, 1654, huile sur bois, 49 x 41 cm, Amsterdam, RijksmuseumSamuel VAN HOOGSTRATEN, Les pantoufles, 1658, huile sur toile, 103 x 70 cm, Paris, Musée du Louvre / Emanuel DE WITTE, Intérieur de l’Oude Kerk à Delft, 1650, huile sur bois, 48,3 x 34,5 cm, Montréal, Mr. & Mrs. Michal Hornstein / Gerard HOUCKGEEST, Oude Kerk à Delft, 1654, huile sur bois, 49 x 41 cm, Amsterdam, Rijksmuseum

Samuel VAN HOOGSTRATEN, Les pantoufles, 1658, huile sur toile, 103 x 70 cm, Paris, Musée du Louvre / Emanuel DE WITTE, Intérieur de l’Oude Kerk à Delft, 1650, huile sur bois, 48,3 x 34,5 cm, Montréal, Mr. & Mrs. Michal Hornstein / Gerard HOUCKGEEST, Oude Kerk à Delft, 1654, huile sur bois, 49 x 41 cm, Amsterdam, Rijksmuseum

L'usage de la perspective chez Vermeer

Auteurs de livres de perspective

D'après un inventaire de l'atelier du peintre, réalisé en février 1676, Vermeer possédait plusieurs livres. Il est probable que parmi ces livres, il devait y avoir les ouvrages de Samuel Marolois, Perspective contenant la théorie, pratique et instruction fondamentale d'icelle (1628) ou de François Desargues et Abraham Bosse, Manière universelle de pratiquer la perspecetive, comme celle de la mesure du petit pied (1664). A part ces ouvrages, Vermeer a dû surement consulter des estampes d'autres livres, comme celles de Hans Vredeman de Vries, Perspective (1604) ainsi que ceux de Hendrick Hondius, Enseignements fondamentaux dans les arts de l'optique ou de la perspective (1647).

L'usage de la perspective chez Vermeer

Boîte à perspective

Vermeer a peut-être vu aussi les boîtes à perspective de Samuel van Hoogstraten qui se passionnait pour l'expérimentation optique en construisant des espaces en 3 dimensions. Carel Fabritius aurait peint lui aussi une boîte à perspective, dont l'une des parties qui nous reste serait une vue sur la rue de Delft. Un autre artiste, Hendrick van Vliet a peint une boîte à perspective triangulaire qui représente la nef d'une église protestante. Sur le côté d'un des panneaux, un trou est percé. Depuis cet orifice le spectateur met son œil et regarde à l'intérieur de la boîte. La vision monoculaire à partir d'une distance fixe va effacer al distorsion.

Samuel VAN HOOGSTRATEN, Boîte à perspective avec intérieur hollandais, 1663, huile sur bois, 40,3  x 25,9 x 26,7 cm, Michigan, The Detroit Institute of Arts / Carel FABRITIUS,  Vue de Delft, 1652, huile sur toile, 15,5 x 31,7 cm, Londres, The National Gallery
Samuel VAN HOOGSTRATEN, Boîte à perspective avec intérieur hollandais, 1663, huile sur bois, 40,3  x 25,9 x 26,7 cm, Michigan, The Detroit Institute of Arts / Carel FABRITIUS,  Vue de Delft, 1652, huile sur toile, 15,5 x 31,7 cm, Londres, The National Gallery

Samuel VAN HOOGSTRATEN, Boîte à perspective avec intérieur hollandais, 1663, huile sur bois, 40,3 x 25,9 x 26,7 cm, Michigan, The Detroit Institute of Arts / Carel FABRITIUS, Vue de Delft, 1652, huile sur toile, 15,5 x 31,7 cm, Londres, The National Gallery

L'usage de la perspective chez Vermeer

La figure et la création d'un système spatial

Le spectateur voyeuriste

La lettre d'amour (Vermeer) / Le couple au perroquet (Pieter de Hooch) / Les pantoufles (Samuel van Hoogstraten)

Nous pouvons constater que le premier plan de Vermeer est très proche à celui de Pieter de Hooch qui peut aussi être comparé au tableau de Samuel van Hoogstraten. Ce qui les différencies n'est pas seulement le sujet représenté mais aussi la manière dont la perspective est utilisée.
De Hooch va placer son point de fuite à l'intérieur du premier plan. Le rideau, le balai et le sceau font de repoussoir, la scène est illuminée par la fenêtre qui se trouve sur la gauche. Mais le regard tend à s'échapper dans la pièce derrière. Le spectateur est en train de regarder en cachette, mais depuis une trop grande distance et trop en hauteur, ce qui créera un effet dominant sur la scène. De plus, la ligne d'horizon est très haute et les points de distances sont beaucoup trop éloigné pour que le spectateur puisse réellement se placer dans le tableau.
Contrairement à lui, Vermeer va placer son point de fuite vers le pommeau de la chaise qui se trouve au premier plan dans la pénombre. Le rideau, le balai et les pantoufles servent aussi de repoussoir. Aucune porte ou fenêtre n'est visible. Ce point de fuite se trouvant dans la pénombre sert à placer le spectateur à cet endroit de la pièce. Vermeer cherche à créer un lien entre le tableau et le spectateur qui devient lui aussi sujet du tableau. L'artiste ne cherche pas à montrer comme De Hooch ou van Hoogstraten une perspective qui présente un espace. Il veut donner un sens, caché, à son tableau. Plaçant ainsi le spectateur dans la pénombre dans un des côtés, le spectateur a un regard voyeuriste, car il est présent dans le tableau sans être vu en même temps.
La ligne d'horizon, sur laquelle le point de fuite se trouve, coupe le tableau en deux et passe au milieu du visage de la femme tenant la lettre. Cet horizon à mi-hauteur permet de placer le spectateur à la même hauteur des figures permettant ainsi à celui-ci de faire partie de la scène. Quand à De Hooch, lui, va placer l'horizon plus haut, permettant à son spectateur de dominer la scène. Mais la perspective crée un espace qui est donné à voir. Le spectateur se place plus ou moins dans la pénombre, car ses points de distances sont trop éloignés. Vermeer canalise la lumière contrairement à De Hooch qui en multiplie les sources.

Pieter DE HOOCH, Couple au perroquet, 1668, huile sur toile, 73 x 62 cm, Cologne, Wallraf-Richartz Museum / Samuel VAN HOOGSTRATEN, Les pantoufles, 1658, huile sur toile, 103 x 70 cm, Paris, Musée du LouvrePieter DE HOOCH, Couple au perroquet, 1668, huile sur toile, 73 x 62 cm, Cologne, Wallraf-Richartz Museum / Samuel VAN HOOGSTRATEN, Les pantoufles, 1658, huile sur toile, 103 x 70 cm, Paris, Musée du Louvre

Pieter DE HOOCH, Couple au perroquet, 1668, huile sur toile, 73 x 62 cm, Cologne, Wallraf-Richartz Museum / Samuel VAN HOOGSTRATEN, Les pantoufles, 1658, huile sur toile, 103 x 70 cm, Paris, Musée du Louvre

L'usage de la perspective chez Vermeer

Valorisation de la figure

La Laitière (Vermeer) / La cuisinière hollandaise (Gerrit Dou)

Ces deux tableaux sont de sujet similaire, mais de composition complètement différente. La cuisinière hollandaise de Dou se trouve dans une cuisine et verse un liquide de sa cruche. Une table barre le tableau créant un effet de repoussoir. La jeune femme nous regarde et a la même position des mains que la laitière de Vermeer. Chez ce dernier, une femme se trouve dans une pièce et verse du lait d'une cruche en se concentrant sur sa tâche. Une se table se trouve sur le côté.
Gerrit Dou va placer son point de fuite derrière l'épaule de la jeune femme, donc sur le mur du fond, et l'horizon passera sur le visage de celle-ci. L'artiste a cherché à faire participer le spectateur, grâce au regard de la cuisinière et à la table qui se trouve devant lui. Mais la figure n'est pas valorisée comme chez Vermeer. Celui-ci va éliminer le plus d'éléments possible, gardant une petite table qui possède 5 côtés. Ici, l'artiste n'a pas forcément appliqué correctement les lois de la perspective, tout simplement pour que le regard puisse circuler plus facilement et par conséquence il a réduit la table, qui à première vue parait juste. Le point de fuite se trouve au-dessus de sa main qui verse le lait et la ligne d'horizon coupe le tableau en deux. Une légère contre plongée a été réalisée. Le point de fuite sur la main permet de concentrer notre attention sur l'action qu'est en train de réaliser la laitière. La ligne d'horizon coupe le personnage au niveau du buste ce qui va permettre une monumentalisation de la figure, car l'horizon correspond à la hauteur à laquelle le tableau doit être vu. La lumière illumine une partie de la femme, surtout les bras et le haut de son corps qui apparaissent forts et puissants. La figure se détache sur un mir blanc qui est rapproché. Ces nombreux éléments vont faire que la Laitière ressemblera à une sorte d'icone du 17ème siècle, une figure sacrée et héroïque. La figure ne sera pas seulement monumentalisée, elle sera la personnification de la vertu de la femme au travail. Le spectateur ne pourra pas faire partie de la scène par le mur rapproché, par la femme en contre-plongée et par la table qui joue de repoussoir, mais ne pourra que contempler cette vertu.

Gerrit DOU, La cuisinière hollandaise, 1640, huile sur bois, 36 x 27 cm, Paris, Musée du Louvre

Gerrit DOU, La cuisinière hollandaise, 1640, huile sur bois, 36 x 27 cm, Paris, Musée du Louvre

L'usage de la perspective chez Vermeer

L'invitation à une scène intime

Le Verre de vin (Vermeer) / Intérieur avec une femme buvant avec deux hommes (Pieter De Hooch)

Un groupe buvant du vin a été représenté aussi par De Hooch. Un groupe de 3 personnes sont autour d'une table et une servante se trouve sur le côté. Le point de fuite se trouve sur la carte au centre et la ligne d'horizon passe sous le verre de la femme de dos. Les points de distance sont un peu plus éloignés par rapport au tableau de Vermeer. Le spectateur a certes une place pour entrer dans le tableau, mais le fait de se placer au centre de la scène va obstruer la pièce. Là encore, la perspective est là pour créer un espace dans lequel l'artiste place ses figures.
Vermeer dans son tableau va placer son point de fuite sur la tête de l'homme accoudé et la ligne d'horizon passe par les visages de deux figures les plus proches. Ayant placé sa ligne d'horizon en hauteur, les points de distance chez Vermeer seront proche du point de fuite. C'est-à-dire que la distance que le spectateur aura vis-à-vis du tableau sera proche, permettant ainsi de créer un lien avec lui. Malgré la distorsion créée par cet approchement des points de distance, le spectateur est introduit dans le tableau grâce à l'espace vide qui se présente devant lui et par l'emplacement qu'il doit prendre, à savoir près de la fenêtre. De plus le regard de la jeune femme qui se fait séduire implique le regard du spectateur. Ici Vermeer a choisi de faire interagir le spectateur à la scène intime, car il est placé en face du perdant et non pas vers le gagnant, à savoir l'homme qui séduit la femme.

Pieter DE HOOCH, Intérieur avec une femme buvant avec deux hommes, vers 1658, huile sur toile, 73,7 x 64,6 cm, Londres, The National Gallery

Pieter DE HOOCH, Intérieur avec une femme buvant avec deux hommes, vers 1658, huile sur toile, 73,7 x 64,6 cm, Londres, The National Gallery

L'usage de la perspective chez Vermeer

L'allégorie

Femme à la balance (Vermeer) / La peseuse d'or (Pieter de Hooch)

Ces deux tableaux sont similaires dans le sujet. Chez de Hooch, le point de fuite se perd sur le mur, la ligne d'horizon sépare le tableau en deux, plus ou moins à mi-hauteur. Une porte ouverte derrière sert d'échappée. De Hooch a représenté une simple femme qui pèse de l'or.
Quant à Vermeer, le point de fuite se trouve sur les doigts de la jeune femme qui tient la balance. La ligne d'horizon se trouve au centre. Une faible lumière entre depuis le haut et illumine le visage de la jeune femme et fait ressortir les parties blanches de ses habits. La pièce est fermée. Sa main se trouve au centre du tableau, car le sujet principal n'est pas forcément une femme qui pèse une pièce d'or. Ici, le tableau qui se trouve derrière elle représente un Jugement dernier et sert de ligne de fuite ainsi que d'horizon. Le Christ se trouve tout juste au-dessus de la tête de la jeune femme. Les plateaux de la balance sont vide. Le spectateur ici ne peut pas entrer dans le tableau. Un tapis de table sert de repoussoir, la femme est présentée de près et le mur est proche et fermé. Ces quelques indices permettent de dire que la jeune femme pèse les âmes lors du Jugement dernier. Vermeer associe étroitement construction perspectiviste et emplacement de la figure. Ici, la perspective a une fonction moralisatrice et allégorique. Par le mur du fond qui est fermé, Vermeer réduit l'articulation en profondeur de la représentation; il concentre l'attention sur la figure principale et empêche le regard de parcourir des espaces complémentaires et de s'arrêter à leurs détails. De plus, le faisceau de lumière dirige le regard.

Pieter DE HOOCH, La Femme à la balance, vers 1664, huile sur toile, 61 x 53 cm, Berlin, Gemäldegalerie.

Pieter DE HOOCH, La Femme à la balance, vers 1664, huile sur toile, 61 x 53 cm, Berlin, Gemäldegalerie.

Pour conclure, on peut constater que la perspective qui construit l'espace n'a qu'un rôle secondaire chez Vermeer, contrairement à ses contemporains. L'artiste cherche à guider le regard du spectateur à un point précis qui permettra à ce dernier de déchiffrer son tableau, de donner un sens à ce qu'il voit. De plus, les points de distances chez Vermeer servent à placer le regard du spectateur à une certaine distance permettant ainsi de créer un lien entre lui et le tableau. L'artiste ne veut pas donner un espace à voir, mais une figure ou un groupe de figure à voir et avec lesquels interagir. Vermeer préfère les fautes pour valoriser le lien du spectateur sur le tableau.

Bibliographie

Monographies

AILLAUD Gilles, Vermeer, Paris, Ed. Hazan, 2004.

ARASSE Daniel, L’Ambition de Vermeer, Paris, A. Biro, 2001.

BLANC Jan, Vermeer : la fabrique de la gloire, Paris, Citadelles & Mazenod, 2014.

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GASKELL Ivan, JONKER Michiel, Vermeer Studies, Washington, National Gallery of Art, 1998.

KEMP Martin, The Science of Art. Optical themes in western art from Brunelleschi to Seurat, Londres, éd. Yale University Press, 1990.

KERSTEN Michiel, LOKIN Daniëlle, Les Maîtres de Delft, contemporains de Vermeer, 2e éd. française, Paris, Flammarion, 1996.

MILMAN Miriam, Le trompe-l’œil, Genève, Skira, 1982.

WADUM Jorgen, KEES Zandvliet, The scholary world of Vermeer, Zwolle, éd. Wanders Publishers, 1996.

WHEELOCK Arthur K., Perspective, Optics, and Delft Artists Around 1650, New York, éd. Galand Publishing, 1977.

Catalogues d’exposition

Vermeer. Il secolo d’oro dell’arte olandese, BANDERA Sandrina, LIEDTKE Walter, WHEELOCK Arthur K. (dir.), Rome, Scuderie del Quirinale, Rome, 2012-2013.

Vermeer and the Delft School, LIEDTKE Walter (dir.), New York, The Metropolitan Museum of Art, New York, 2001.

Articles

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HEUER Christopher, « Perspective as process in Vermeer », Anthropology and Aesthetics, No. 38 (automne 2000), pp. 82-99.

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TROGER Claude, « La perspective chez Vermeer », dans Sciences de l’Art, No. 2 (1965), pp. 86-102.

WADUM Jorgen, « Vermeer en perspective », dans Johannes Vermeer, Wheelock Arthur K.(dir.), Washington, National Gallery of Art, Paris, Flammarion, 1996, pp. 67-79.

WADUM Jorgen, « Johannes Vermeer (1632-1675) and His Use of Perspective », dans Preprints Historical Painting Techniques, Materials, and Studio Practice, HERMENS Erma (éd.), The Getty Conservation Institute, Leiden, 1995, pp. 148-154.

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Millénarismes contemporains : Satanisme et développement de la figure de l’Antéchrist aux USA

10 Septembre 2014 , Rédigé par Célimène Bonjour Publié dans #Histoire des religions

Signorelli, Luca, Predica e morte dell’Antichristo, 1499 – 1502, Cathédrale d’Orvieto, Italie

Signorelli, Luca, Predica e morte dell’Antichristo, 1499 – 1502, Cathédrale d’Orvieto, Italie

Et je vis les âmes de ceux qui avaient été décapités à cause du témoignage de Jésus et à cause de la parole de Dieu, et de ceux qui n'avaient pas adoré la bête ni son image, et qui n'avaient pas reçu la marque sur leur front et sur leur main. Ils revinrent à la vie, et ils régnèrent avec Christ pendant mille ans (Apocalypse 20, 1 – 4).

Le message mystérieux, tragique et insolite de l'Apocalypse de Saint-Jean, composé aux alentours du Ier siècle ap. J.-C., a engendré dès le départ des œuvres nombreuses, des courants sociaux et politiques, que les anthropologues, canonistes, historiens, sociologues et théologiens regroupent sous le terme de millénarisme.

Dans la deuxième moitié du XIXème et du XXème siècle, les courants millénaristes et fondamentalistes, les caractéristiques eschatologique et apocalyptique, ainsi que la figure de l’Antéchrist connaissent une recrudescence d’intérêt dans la culture nord américaine. La question de la date de la fin du monde va demeurer très présente, notamment dans les milieux populaires, car chaque génération va penser vivre la fin du monde décrite dans la Bible, étant donné que chaque époque connaît son lot de soulèvements sociaux, famines, effondrement de la moralité etc.

Associés à ces événements tragiques, annonciateurs de la seconde venue du Christ, les mouvements millénaristes développent la figure d’un homme mauvais, appelé l’Antéchrist, mentionné dans la Bible. Mais qui est l’Antéchrist ? En quoi cette figure, pourtant si mal connue, devient-elle populaire ? Comment est-elle présentée dans la Bible et quelles sont les interprétations des mouvements millénaristes américains à propos de cette figure si mystérieuse ?

Ce travail descriptif, sera séparé en trois parties. Premièrement, nous débuterons par une mise en contexte et une explication de l’Apocalypse de Jean, œuvre qui inspirera le millénarisme. Deuxièmement, nous développerons la figure de l’Antéchrist dans la Bible et observerons la description qu’elle en donne. Troisièmement, nous nous pencherons sur le mouvement prémillénariste et étudierons son interprétation de la figure de l’Antéchrist. En ce qui concerne l’analyse, nous commenterons les aspects politiques et sociologiques des Etats-Unis durant la période qui s’étend de 1947 à 1991, à savoir la période de la Guerre froide.

L’Apocalypse de Jean est une épître qui a été intégrée dans le canon biblique comme le dernier livre du Nouveau Testament. Il s’agit d’un texte, assez marginal, puisqu’il comprend des éléments apocalyptiques, prophétiques et eschatologiques. Le terme apokalypsis (Αποκάλυψις en grec) exprime le dévoilement, la révélation. L’auteur met ici en scène une révélation divine. De plus, l’élément prophétique se retrouve lorsqu’il met en scène un personnage disant transmettre un message divin. Il professe également une vision de faits à venir[1], ainsi qu’une explication du sens de l’histoire et de sa fin. En effet, cette épître prédit des événements dans une atmosphère eschatologique - c’est-à-dire de fin du monde - et dramatique, sans mentionner, à une exception[2], la vie de Jésus-Christ. Bien que le genre littéraire apocalyptique soit une étiquette que la science moderne a attribuée à ce texte, Christian Grappe, citant John Josep Collins (1946 - ), professeur d’étude de l’Ancien Testament à la Yale divinity School, en donne une définition assez claire :

Le genre littéraire apocalyptique se caractérise par un cadre narratif dans lequel une révélation est transmise, par un être supraterrestre à un récipiendaire humain. Elle concerne une réalité transcendante, à la fois sur le plan temporel, dans la mesure où le salut eschatologique est en ligne de mire, et sur le plan spatial, dans la mesure où l’avènement d’un autre monde supranaturel, est annoncé.[3]

En ce qui concerne l’auteur, l’œuvre est attribuée à un certain Jean, mentionné quatre fois[4] dans le texte. Exilé sur l’île de Patmos[5] - dans la mer Egée et proche de l’Asie Mineure - et composant son œuvre en ces lieux vers le Ier siècle ap. J.-C[6], ce Jean de Patmos n’est pas un personnage connu. De plus, rien ne nous permet de dire qu’il s’agit de l’apôtre Jean[7].

Dans le texte, Jean de Patmos relate une vision du retour du Christ, pendant mille ans – mille ans étant l’expression de la pérennité - parmi les martyrs chrétiens ressuscités. C’est au terme de celui-ci qu’a lieu le combat suprême entre les forces du mal, Satan et l’Antéchrist et les forces du bien, les anges et le Christ, à Armageddon, menant à la victoire du bien sur le mal et à la fin des temps. L’auteur s’adresse à des chrétiens d’Asie Mineure, comme le témoigne le chapitre 1 verset 4 : « Jean aux sept Églises qui sont en Asie […] ». Quant à la date de rédaction de l’œuvre, plusieurs théologiens tels que Christian Grappe[8] ou Raymond Edward Brown s’accordent pour dire, selon une exégèse du texte, qu’il aurait été composé au Ier siècle de notre ère, soit sous le règne des empereurs romains Néron ou Domitien.

Même si nous ne pouvons pas démontrer quelles sources l’auteur a utilisé, plusieurs chercheurs tels que Claude Dubar ou Danel von Allmen pensent qu’il aurait été inspiré par les textes prophétiques juifs de l’Ancien Testament[9]. En effet, le concept du millénarisme n’est pas totalement chrétien. Il s’inscrit dans la suite du prophétisme du judaïsme ancien. « Prophétisme, apocalypse et millénarisme ont ainsi une racine commune dans l’Ancien testament tout en désignant précisément des « objets » différents : rappel à l’ordre, fin des temps et Millénium »[10]. Certains de ces éléments font écho à des éléments de la tradition juive. Or, selon Agostino Paravicini, professeur d’histoire médiévale à l’Université de Lausanne : « […] c’est surtout l’Apocalypse de Jean qui a inventé le concept du Millénium […] »[11]. Ainsi, même si ce courant prend véritablement son sens et se développe avec l’Apocalypse de Jean, il est bel et bien présent dans le monde de l’Israël ancien dès le IIème siècle av. J.-C[12]. Par ailleurs, L’Apocalypse chrétien serait vraisemblablement héritier du zoroastrisme[13]. Le zoroastrisme est une doctrine monothéiste de la Perse antique né Ier millénaire av. J.-C. Son nom découle du prophète Zarathustra (qui donnera Ζωροάστρης, Zoroastre en grec). Les historiens pensent que des éléments – eschatologiques ou non - du zoroastrisme ont largement influencés le judaïsme, puis le christianisme. En effet, après l’Exil, le peuple d’Israël est libéré par les Perses au VIème siècle av. J.-C. Cette libération, engendre un rapprochement entre les deux peuples et facilite l’assimilation de la pensée religieuse perse chez les penseurs Juifs qui voient chez les Perses leurs sauveurs et protecteurs.

Dès le IIème siècle av. J.-C., le Proche-Orient connut la diffusion d’écrits eschatologiques d’inspiration zoroastrienne, rédigées en grec sous le nom d’Oracles d’Hystape , lesquels manifestaient la haine des Parthes contre Rome. […] Après que K.G Kuhn, A. Dupont-Sommer, J.R. Hinnells eurent remarqué l’empreinte du zoroastrisme […] sur la littérature millénariste de Qumrân, […] nous en avons analysé l’ampleur sur les origines cryptiques du christianisme. L’empreinte de la pensée perse fut si profonde sur l’élaboration de la pensée judéo-chrétienne que dès l’époque séleucide on relève déjà plusieurs tentatives d’absorption de Zoroastre dans la tradition biblique[14].

  1. L’Antéchrist dans la Bible

La Bible mentionne très peu la figure de l’Antéchrist. Cité cinq fois au total, il n’est mentionné, ni dans l’Apocalypse de Jean, ni chez Daniel. Le mot « Antéchrist » ou « Antichrist », en français, apparaît dans les épîtres de 1 Jean et 2 Jean[15], par exemple : « Petits enfants, c'est la dernière heure, et comme vous avez appris qu'un antéchrist vient, il y a maintenant plusieurs antéchrists : par là nous connaissons que c'est la dernière heure. »[16] ou « Qui est menteur, sinon celui qui nie que Jésus est le Christ ? Celui-là est l'antéchrist, qui nie le Père et le Fils. »[17].

D’abord, considérons le sens du terme « Antéchrist ». « Antéchrist » est un mot grec composé du préfixe anti – anti en grec signifiant opposé à, contre - et du nom Christos - χριστός en grec signifiant oint. Bien que le préfixe anté, signifie avant, il ne s’agit que d’une mauvaise traduction du préfixe anti. Ainsi, Antéchrist et Antichrist sont synonymes. Le préfixe anti définit dans un premier temps le sens exactement contraire du mot employé. Ainsi, le terme signifie, à première vue, une personne étant contre le Christ. Or, une telle traduction de ce mot reste trop simpliste. Effectivement, des millions de personnes sont opposées au Christ : Les Hébreux – qui sembleraient être les personnes désignées dans les passages de Jean - Paul avant sa conversion, les païens, les membres d’une religion non-chrétienne etc. La nature du mot est beaucoup plus complexe que cela. En effet, les différentes traditions bibliques, parlent d’un ou de plusieurs adversaires du Christ qui usurpent son identité de Messie. Elles finiront par les unifier sous l’appellation unique de l’Antéchrist. Aussi, l’Antéchrist s’incarne dans toute personne usurpant son identité. De plus, dans les passages cités plus haut, Jean distingue un esprit[18] et un corps[19]. Il existe donc non seulement un esprit trompeur, mais également un corps physique. Par conséquent, l’Antéchrist est vu comme une menace corporelle, mais aussi comme une puissance maléfique qui émane de l’intérieur, dans le cœur même des dévots. Quels sont ses attributs ? Les écritures bibliques ne donnent pas d’indications sur sa nationalité, son nom ou sa nature. Elles mentionnent un personnage séducteur, vicieux, talentueux, intelligent, convaincant à travers des miracles, se faisant passer pour le Christ, adversaire redoutable du Christ, puissant et colonisateur.

Jésus leur répondit : Prenez garde que personne ne vous séduise. Car plusieurs viendront sous mon nom, disant : C'est moi qui suis le Christ. Et ils séduiront beaucoup de gens.[20]

Au terme de leur règne, quand les pervers auront mis le comble à leur perversité, il s’élèvera un roi impudent et expert en astuce. Sa puissance ira croissant, […] Et à cause de son habileté, il assurera le succès de ses tromperies […][21]

Elle séduit les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui est donné d’accomplir sous le regard de la bête[22].

Quant à la venue de l’impie, marquée par l’activité de Satan, elle se manifestera par toutes sortes d’œuvres puissantes, de miracles, de prodiges trompeurs[23].

En revanche, le chapitre 13 verset 18 indique un nombre, 666 :« […] Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bête. Car c'est un nombre d'homme, et son nombre est six cent soixante-six. »[24]. Par ailleurs, beaucoup de croyants et d’exégètes verront dans : « roi impudent et artificieux »[25], « un chef qui viendra »[26], « l’homme du péché »[27], « une bête qui avait dix cornes et sept têtes »[28], non pas la mention de Satan, mais plutôt d’autres allusions à cette même figure considérée comme son disciple. En revanche, la notion de faux prophète ainsi que les attentes eschatologiques existent déjà dans la conception juive, bien avant l’avènement du christianisme. Elle se développera également dans la théologie musulmane, sous le nom de Dajjal[29].

Les prophéties bibliques annoncent que la fin des temps est précédée du règne de l’Antéchrist[30], comme l’annonce Paul dans 2 Thessaloniciens 2 : 3 : « […] Il faut que vienne d’abord l’apostasie et que se révèle l’Homme de l’impiété, le Fils de la perdition, celui qui se dresse et s’élève contre tout ce qu’on appelle dieu ou qu’on adore, au point de s’asseoir en personne dans le temple de Dieu et de proclamer qu’il est Dieu ».

Les caractéristiques de l’Antéchrist, décrites dans 1 Jean, 2 Jean ou encore 2 Thessaloniciens, sont applicables à un grand nombre de personnes, groupes, associations ou nations. L’imprécision du concept laisse donc libre cours à de multiples spéculations, qui dépendent de la culture du pays, des interprètes, des courants et de l’époque, quant à la figure corporelle de l’Antéchrist. Les prémillénaristes – voir dans le chapitre suivant pour la définition - étudient et guettent chaque élément étranger ou inconnu, provoquant un sentiment de peur, de menace ou de mécontentement, associé à des signes prophétiques bibliques, annoncés dans l’Apocalypse, mais également chez Matthieu ou Daniel. Ces signes, marquant la présence de l’Antéchrist, annoncent la venue imminente de Jésus-Christ.

  1. Le Millénarisme
  1. Les principaux mouvements issus du millénarisme

Après cette brève partie descriptive du texte johannique et de la figure de l’Antéchrist, examinons à présent le mouvement apocalyptique du pré-millénarisme, exploitant les éléments millénaristes. Avant tout, il semble judicieux de définir qui sont, comment et où sont nés, les pré-millénaristes. Le terme pré-millénarisme, découle du mot Millenium faisant directement référence aux mille ans mentionnés dans l’Apocalypse de Jean (chapitre 20, versets 2 - 4) dans la tradition chrétienne.

C’est ce passage du texte apocalyptique qui créera plusieurs courants d’interprétations, comme par exemple les pré-millénaristes, les amillénaristes et les post-millénaristes. Dans ce travail, nous nous concentrerons sur les pré-millénaristes. Les prépositions pré, post ou a, préfixées au nom millénarisme ou à l’adjectif millénariste, servent à différencier l’ordre des événements tels qu’il est compris et notamment l’instant du retour de Jésus-Christ. Ces courants naissent dès la rédaction de l’Apocalypse, mais deviennent plus populaires dès la fin du XIXème siècle.

Les post-millénaristes interprètent le chapitre 20 de l’Apocalypse de manière littérale et considèrent que la venue du Christ se fera après le millénium. Ils encouragent la modernité et le progrès et admettent qu’une bonne préparation de la société est « une condition préalable au retour du Christ »[31]. En ce qui concerne les a-millénaristes, ceux-ci supposent que le millénium est purement symbolique. Cette question de l’interprétation du chapitre 20 de l’Apocalypse de manière symbolique ou littérale s’est posée rapidement dans la croyance chrétienne. Saint-Augustin, un philosophe et théologien berbère du IIIème – IVème siècle de notre ère, prône dans son œuvre La Cité de Dieu l’idée d’une interprétation symbolique du règne de mille ans. Par conséquent, le millenium biblique, spirituel, symbolise le temps de l’Église plutôt que l’établissement d’un millenium terrestre. Cette position de Saint-Augustin sera reprise et partagée par l’Eglise catholique, qui considère qu’il n’y a pas de raison de calculer le moment de la venue du Christ puisque celui-ci indique clairement que l’heure et la date de la fin des Temps ne sont volontairement pas annoncées : « Si tu ne veilles pas, je viendrai comme un voleur, et tu ne sauras pas à quelle heure je viendrai sur toi. »[32] et « Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. »[33].

Les pré-millénaristes interprètent le passage de l’Apocalypse de manière littérale. Après un règne de Satan et de son disciple l’Antéchrist sur le monde, accompagné de la décadence du monde, la venue terrestre du Christ inaugurera son règne de mille ans parmi les fidèles ressuscités, avant le combat ultime. Comme les a-millénaristes, les prémillénaristes sont convaincus qu’ils n’ont pas d’emprise sur la venue du Christ. On observe donc une certaine passivité dans ce type de courant, puisque les croyants ne s’impliquent pas dans des activités de sauvetage des non-croyants. D’ailleurs, plusieurs écrivains, comme Jack Van Impe, un évangéliste américain, souligneront l’inutilité de l’effort social humain, car tout est prédestiné : « One who honestly feels that Christ may come to any moment is not involved with this world »[34]. Cependant, Boyer soulève que même si une partie des prémillénaristes ne sont pas engagés, une autre lutte contre les éléments pouvant les influencer, tels que la pornographie ou la télévision[35].

Le concept de la venue du Messie sur terre avant l’instauration d’un âge d’or est déjà présent dans la littérature hébraïque et précède donc le christianisme. Le christianisme reprendra le concept dès les premiers siècles. Avec la naissance du protestantisme au XVIème siècle, des courants religieux, issus de cette branche se développèrent, d’abord en Europe, tels que les anglicans, les puritains anglais, les pentecôtistes, les luthériens, ou encore les évangélistes. Puis, au XVIIIème siècle, les mouvements religieux protestants, notamment les puritains anglais, s’exportent dans les colonies anglaises du Nouveau Monde et y trouvent un terrain propice à un développement individuel. Les fondamentalistes et les courants millénaristes, issus du puritanisme anglais et du protestantisme américain et tendant vers le conservatisme, naissent aux Etats-Unis, dès la fin du XIXème siècle, début du XXème siècle et continuent leur ascension fulgurante, jusqu’à aujourd’hui[36]. « Sur le plan théologique, les fondamentalistes veulent revenir aux « fondements » de la foi chrétienne. […] On trouve aussi des éléments importants venant de la théologie calviniste/presbytérienne […] et enfin une eschatologie particulière, prémillé́nariste et dispensationaliste »[37] .

ii. La figure de l’Antéchrist aux USA, durant la Guerre Froide : comprendre les aspects politiques et sociologiques

À partir du XXème siècle, le thème eschatologique se popularise et la figure de l’Antéchrist se développe, notamment aux Etats-Unis. « […] aux États-Unis, Robert Jewett n’hésite pas à parler de « doom boom », explosion ou syndrome de la catastrophe finale, tandis que Paul Hanson souligne l’impact grandissant dans la société américaine d’une « apocalyptic consciousness » »[38].

Deux exemples démontrent un succès flagrant du thème eschatologique, apocalyptique et millénariste, dans la culture américaine. Premièrement, l’évangéliste et dispensationaliste chrétien américain, Hal Lindsey (1929 – aujourd’hui) écrit en 1970 un livre The Late Great Planet Earth, dont nous pouvons voir la première de couverture sur la figure 7[39][40] à une période où ces sujets sont réputés chez les fondamentalistes américains. Vendu à plus de 20 millions d’exemplaires, il sera repris comme livre de référence par les fondamentalistes. Lindsey y développe l’idée du déclin du monde, y compris des Etats-Unis. Pour lui, le rétablissement de l’Etat d’Israël, en 1947 indique que la fin des temps est proche.

Deuxièmement, la série des 16 volumes de fiction intitulés Left Behind[41] écrit par Tim LaHaye et Jerry B- Jenkins, et diffusé entre 1995 et 2007. Vendus à plus de 65 millions de copies, les romans auront un énorme succès aux Etats-Unis. Left Behind exprime l’idée que seuls les croyants seront sauvés avant la période de tribulation. Brève période terrestre au cours de laquelle le monde entier subit des guerres, famines, maladies etc. le concept de tribulation est important pour les prémillénaristes. Cette période – appelée Great Tribulation en anglais - précède et annonce la seconde venue du Christ et l’imminence du jugement dernier. Plusieurs passages de l’Apocalypse de Jean mentionnent cette période : « Voici, je vais la jeter sur un lit, et envoyer une grande tribulation à ceux qui commettent adultère avec elle, à moins qu'ils ne se repentent de leurs oeuvres »[42].

LaHaye cultive avec Hal Lindsey au moins deux certitudes : la première est que l’Antéchrist est bien réel, et le peuple de Dieu doit être averti de sa réalité et de son imminence. La seconde est qu’une habile présentation du thème apocalyptique peut rapporter gros, très gros, dans un pays hanté depuis les temps puritains fondateurs par un imaginaire messianique.[43]

On observe également, dès la fin du XIXème et le début du XXIème siècle, l’utilisation des thèmes eschatologiques, apocalyptiques et prophétiques dans les médias et la presse. En effet, plusieurs productions cinématographiques, comme le film « Armageddon » sorti en 1998 que l’on peut observer sur la figure 3 indique le succès de ce thème dans le grand public. La littérature s’emparera également des thèmes apocalyptiques, ainsi que de la figure de l’Antéchrist, comme l’ouvrage de la figure 2, qui pose la question de la présence de l’Antéchrist dans la société mondiale.

À partir des informations bibliques, les pré-millénaristes de la culture américaine, dans la période qui s’étend de 1947 à 1991, transposent la figure de l’Antéchrist à une multitude de types, qu’ils soient individuels ou collectifs.

Benito Mussolini (1883 - 1945), dictateur italien, fera l’objet de beaucoup de spéculations durant son pouvoir en Italie de 1922 à 1943. Ses relations avec le pape, et son lien géographique avec l’ancien Empire romain, firent de lui une cible parfaite pour de multiples accusations. En effet, la résurrection de l’Empire romain fait partie des signes précurseurs de la fin des temps. Beaucoup d’auteurs se consacreront à l’étude du cas de Benito Mussolini. World-wide War and the Bible[44] publié en 1940, par John R. Rice pose la question de savoir si le comportement de Mussolini correspond à celui de l’Antéchrist. L’auteur répond : « He may be. I know of no reason why he should not fit the description of this terrible man of sin...He is evidently an atheist »[45]. Oswald Smith publiera également en 1927 Is the Antichrist at hand ? What of Mussolini[46] où il mettra en parallèle, à l’aide de passages bibliques, la figure de l’Antéchrist et celle de l’homme d’état italien. Cependant, selon Peter d’Agostino (1962 – 2005), professeur d’histoire et d’études catholiques et à l’Université d’Illinois à Chicago, pas tous les fondamentalistes américains ne voient en Mussolini la figure de l’Antéchrist[47]. Il en va certainement de même pour d’autres associations de figures. Adolf Hitler (1889 - 1945) sera aussi longtemps considéré comme la véritable figure de l’Antéchrist au XXème siècle, de par son habileté à convaincre, sa puissance et sa volonté.

La situation dans laquelle évoluent les prémillénaristes est conflictuelle. Le monde sortant de la difficile deuxième guerre mondiale, un affrontement idéologie et politique naît entre l’Amérique capitaliste et l’Europe, plus particulièrement l’URSS communiste. En effet, les Etats-Unis s’appuient sur un modèle démocratique et s’opposent à l’attitude des Soviétiques voulant dominer les pays qui leur sont soumis, sous l’égide du communisme. La Guerre froide est plutôt caractérisée par une course à l’armement nucléaire et à l’espionnage[48], sans véritables combats armés. Ce conflit prend fin dans les années 90, à la chute du régime communiste en Europe. Ces tensions internationales et seront interprétées à nouveau comme des signes « antéchristiques ». Mikhail Gorbatchev (1938 – aujourd’hui), leader de l’URSS de 1985 à 1991, sera assimilé à l’Antéchrist, non seulement pour sa tache de naissance sur le front, associée à la marque de Satan, mais également par fait qu’il est le leader de cette superpuissance menaçant les Etats-Unis. Des ouvrages l’associant à l’Antéchrist seront également publiés, comme cet ouvrage de Robert Faid, publié en 1988, que nous pouvons examiner sur la figure 6.

Puis, après avoir associé « la confédération du nord »[49], mentionné dans la Bible, à l’URSS comme le lieu de résidence de l’Antéchrist, plusieurs penseurs verront aussi par la suite dans la constitution de l’Union européenne dans les années 1950, une création de l’Antéchrist lui-même[50]. Comme mentionné dans le livre de Hal Lindsey There’s a New World Coming[51], aux yeux des prémillénaristes, la communauté européenne est identifiée comme la source maléfique, qui se diffuse, et tente d’entrer sur le territoire américain : «We believe that the Common Market and the trend towards unification of Europe may well be the beginning of the ten-nation confederacy predicted by Daniel and the Book of Revelation »[52].

La culture européenne influençant les Etats-Unis est aussi très mal vue. Les fondamentalistes américains mettent en gardent : avec l’exportation de ses produits, le développement de sa technologie, et la mondialisation, l’Union européenne manipule le peuple américain, hypnotisé par la marque de la Bête. De plus, à travers sa production de biens culturels qui plaisent à une part de la culture américaine, l’Europe, sous l’égide de l’Antéchrist, essaie de contrôler le peuple, d’imposer son nouveau gouvernement et de diviser la société américaine en créant des sentiments de jalousie et d’envie[53]. De plus, le chiffre 666, est expliqué dans l’Apocalypse comme étant une marque de l’Antéchrist. « [P]ersonne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom »[54]. Puisque personne ne sera en mesure d'acheter ou de vendre sans la marque de la Bête, cela représente son contrôle total sur toutes les personnes qui lui ont prêté serment d'allégeance. Ainsi, les individus pensant apprécier leur liberté de contraintes morales sont en réalité réduites à la servitude absolue[55]. Selon Lindermayer, l’association de l’Europe à un élément maléfique de la part des fondamentalistes cacherait une réaction à un sentiment d’Europhilie de la part des Américains, attirés par le cosmopolitisme individualiste européen. Selon lui, cette doctrine religieuse est l’un des arguments convoqués dans le cadre de la lutte commerciale en cours entre les États-Unis et l'Union européenne dans l’atmosphère de la Guerre froide. En effet, cette association de l’Europe à un élément néfaste cache le conflit idéologique et politique de l’Amérique capitaliste qui assimile l’Europe à son adversaire communiste. D’ailleurs, l’image de couverture de l’ouvrage de Steve Terrell The 90’s : Decade of the Apocalypse. The European Common Market – The End has begun, que l’on peut observer sur la figure 2 illustre tout à fait cela. On aperçoit une carte de l’Europe. Au centre de celle-ci apparaît un homme monstrueux avec des cornes sur son front. Le symbolisme est ici très clair : l’union européenne est la source du mal, à savoir l’Antéchrist.

III. Millénarisme américain

Ce paragraphe a pour but de démontrer et de comprendre en quoi la société américaine offre-t-elle des conditions sociales, politiques et culturelles extrêmement propices au développement de la figure de l’Antéchrist et de l’eschatologie chrétienne et d’expliquer le succès des mouvements millénaristes américains.

Tout d’abord, des millions d’américains sont convaincus que la Bible offre des solutions pour comprendre la fin des temps[56]. Derrière le succès des mouvements millénaristes chrétiens, tels que les fondamentalistes américains, se cache une « théologie d’espérance », de l’attente et de la prédiction. Effectivement, cette théologie de l’espérance, développée par Ernst Bloch dans son œuvre principe d’espérance publié dans les années 1950 sera reprise par Jügen Moltmann en 1964[57]. Ce dernier affirme que l’engagement de Dieu est un l’élément essentiel du message chrétien, aussi bien dans le Nouveau que l’Ancien Testament. En réalité, Dieu promet un avenir aux fidèles, symbolisé par la renaissance du Christ. Ainsi les croyants développent un espoir d’aboutir, dans l’avenir, à la paix, la solidarité et la justice. À l’image de Psaume 111 : 10 : « La crainte de l'Éternel est le commencement de la sagesse ; Tous ceux qui l'observent ont une raison saine. Sa gloire subsiste à jamais.» les signes prophétiques sont précisément étudiés par les théologiens, persuadés que les événements bibliques valident les événements mondiaux historiques. Probablement que derrière cette « […] quête des signes de la fin […]»[58] se cache une société soucieuse, qui désire, pour donner corps à sa peur et pour se rassurer, une figure à craindre et à combattre.[59] Les millénarismes nourrissent donc l’espoir d’un paradis perdu retrouvé, proche de l’utopie[60]. L’utopie millénariste est perçue comme réalisable. Ainsi, le millénium est aussi une « histoire de l’avenir ». Il y a un lien entre l’avenir espéré, la recherche de la signification du passé historique et l’observation du présent.

On observe également dans la conception des fondamentalistes américains, et dans l’histoire du christianisme, une vision manichéenne. Cette vision tend à opposer les forces du bien aux forces du mal. En effet, Tim LaHaye, explique dans Beginning of the End : « It is helpful to keep in mind that there are only two kinds of people on the earth : Christians, and unbelievers »[61]. Le bien, représenté par Dieu, son disciple Jésus-Christ et ses fidèles, s’oppose au mal, représenté par Satan, son disciple l’Antéchrist et ses fidèles.

Il est également intéressant de s’attarder sur la relation entre la religion – ici les mouvements fondamentalistes américains et plus particulièrement les prémillénaristes - et la politique aux Etats-Unis. En effet : « Bien que la constitution américaine affirme la séparation entre l'Eglise et l'Etat, il y a toujours eu un lien très proche entre le protestantisme et la politique américaine »[62]. On remarque, dans la société américaine une forme de « culture binaire du « eux contre nous » »[63] donnant une place spécifique au pays aussi bien au niveau politique que théologique. En effet, le peuple nord-américain développe une idéologie patriotique accompagnée d’une conviction forte de la supériorité de leur nation, libérée des forces du mal, symbole de la liberté, de la paix, de la sécurité et de la justice. Plusieurs auteurs développeront cette idée d’une Amérique idéale :

En 1652 John Eliot, le premier missionnaire protestant des Indiens, affirmait que le royaume du Christ était maintenant « en train de se lever dans les parties occidentales du monde[64]. […] Un prédicateur assura en 1795 que les habitants des nouveaux États Unis pouvaient « se dire les uns aux autres avec des visages allègres : “Nous sommes un peuple particulièrement favorisé du ciel. [...] Les États-Unis sont maintenant la vigne du Seigneur”[65] […] Dans le credo mormon, par exemple, on lit cette affirmation : Nous croyons que Sion sera bâtie sur ce continent [l’Amérique] ; que Jésus règnera en personne sur la terre, que la terre sera renouvelée et recevra une gloire paradisiaque[66].

Nous avons vu auparavant qu’au niveau théologique, le fondamentalisme et les courants millénaristes américain sont héritiers du puritanisme anglais des XVIII et XIXème siècles. Pour les puritains anglais déjà, l’Angleterre est un état élu, désigné par Dieu pour jouer un rôle spécifique dans l’histoire du monde. Les puritains nord-américains du XIXème siècle associeront cette théologie de la nation élue, appelée aussi « destin manifeste », à leur idéologie, mais en remplaçant les Etats-Unis à l'Angleterre. Voici deux exemples de Neal Blough, citant Herman Melville en 1850 : Nous, les Américains, sommes un peuple particulier et choisi, l'Israël de notre temps. Nous portons l'arche des libertés du monde »[67] et Josiah Strong, un pasteur et congrégationaliste en 1893 : « Etre chrétien, anglo-saxon et américain dans cette génération, c'est certainement se trouver au sommet des privilèges »[68].

Dans la conception prémillénariste, les forces du bien sont chrétiennes, mais surtout chrétiennes américaines. La menace, symbolisée par l’Antéchrist, provient de l’extérieur, et cherche à s’emparer de la nation. Le fondamentalisme américain cherche à créer une frontière entre lui et les autres pays en luttant, avec ferveur, contre la mondialisation. De plus, à travers cette approche binaire, les croyants sont invités à croire qu’ils appartiennent aux forces du bien et qu’ils sortiront sauvés et victorieux du Jugement dernier. Grâce à cette valorisation, le fidèle se sent non seulement réconforté, mais également privilégié, puisqu’il lui est donné de savoir où va le monde, de comprendre les confusions existantes inscrites dans une trame écrite d’avance, mais également de s’assurer une bonne place lors de la fin ultime. Et, selon Neal Blough : « le souci principal du fondamentalisme dans les années 20 était moins le renouveau de l'Eglise que le maintien d'un ethos puritain au sein de la nation américaine chrétienne »[69].

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Les perspectives millénaristes ont constamment accompagné le christianisme. Ainsi, les premiers chrétiens songeaient déjà au retour imminent du Christ Jésus et de la fin du monde[70].

Même si l’époque contemporaine reste favorable au développement ou au renouvellement des croyances et des groupes millénaristes, n’oublions pas que les multiples discours eschatologiques chrétiens, issus d’interprétations diverses et variées du Nouveau Testament, ne sont que la continuité d’une croyance qui existait déjà avant même l’avènement du christianisme, dans la littérature hébraïque et même dans des discours antiques, puisqu’« entre 150 av. J.-C. et 800 ap. J.-C., plus de deux cents Apocalypses ont ainsi circulé dans les communautés chrétiennes et juives »[71].

Selon Daniel Marguerat, professeur à la Faculté de théologie de l’Université de Lausanne, même si la date et l’heure ne sont pas annoncées par Jésus-Christ, cette omission laisse la possibilité aux pré-millénaristes de renouveler les prédictions concernant la situation à venir et d’observer les indices afin de « […] prévenir les adeptes et leur éviter d’être surpris par l’arrivée de la catastrophe.»[72], dans un souci de bonne foi. Cela permet à ce type de mouvement, s’apparentant à la « théologie d’espérance »[73] que nous avons vu plus haut, de ne pas tomber en désuétude en maintenant des serments de régénération du monde.

En ce qui concerne l’interprétation de la figure de l’Antéchrist, pendant de nombreuses années, les institutions religieuses américaines - et autres - ont émis des hypothèses sur l’identité de l’Antéchrist, ainsi que le moment de son arrivée sur la scène internationale. En effet, les informations au sujet de la fin du monde sont sans cesse renouvelées en insérant de nouveaux éléments à chaque fois. Du pape, à Joseph Staline, de Benito Mussolini à Adolf Hitler, en passant par Mikhail Gorbatchev et à l’Union Européenne, puis à George Bush ou encore Barack Obama, il semblerait, pour les prémillénaristes, que tous les dirigeants, groupes, individus ou nations soient prétendants au rôle de l’Antéchrist. En effet, il existe même des sites internet, tels que Rapture Ready[74], créés par des fondamentalistes ou simples croyants américains ou autres. Ces derniers étudient et interprètent les textes bibliques et les faits contemporains, puis mettent à disposition du grand public des informations permettant notamment d’examiner les signes de notre temps afin d’identifier, par exemple, la figure de l’Antéchrist. Malheureusement, ces prédictions ne se sont jamais confirmées et ont dû être révisées et modifiées constamment pour répondre aux circonstances variables. De plus, comme mentionné dans le chapitre précédent, la Bible n’associe en rien la figure de l’Antéchrist à un homme politique, ou autre, en particulier. Au fond, les désignations nombreuses, applicables en réalité à n’importe quoi ou qui, ne sont qu’hypothétiques, car il est impossible de connaître la véritable identité de l’Antéchrist. Selon Sébastien Fath: « comme figure religieuse ou romanesque, l’Antéchrist peut toujours compter, aux Etats-Unis, sur une « industrie de l’Apocalypse », qui sait vendre et faire vendre en cristallisant les peurs et les espoirs de millions d’Américains »[75][76].

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Bibliographie sélective

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Ouvrages généraux

  • Boyer, Paul S., When Time Shall Be No More: Prophecy Belief in Modern American Culture. 7th print. Studies in Cultural History. Cambridge, Mass. [etc.]: Harvard Univ. Press, 2000.
  • Brown, Raymond Edward, Que sait-on du Nouveau testament, Paris, 2000.
  • Du Breuil, Paul, Le Zoroastrisme, Que sais-je ?, Paris, 1982.
  • filiu, Jean-Pierre, L’Apocalypse dans l’Islam, Paris, 2008.
  • Fuller, Robert, Naming the Antichrist : The History of An American Obsession, Oxford University Press, New York, 1995, 233p.
  • Lindermayer, Orestis. “‘Europe as Antichrist’. North American Pre-Millenarianism.” In Christian Millenarianism: From the Early Church to Waco, edited by Stephen Hunt, 39–49. London: Hurst & Co, 2001.
  • Lindermayer, Orestis. “‘The Beast of the Revelation’: American Fundamentalist Christianity and the European Union.” Etnofoor 8, no. 1 (1995): 27–46.
  • Wojcik, Daniel, “Embracing Doomsday: Faith, Fatalism, and Apocalyptic Beliefs in the Nuclear Age”, Western Folklore, Vol. 55, No. 4, Explorations in Folklore and Cultural Studies (Autumn, 1996), pp. 297-330.
  • Grappe, Christian, Initiation au monde du Nouveau testament, Genève, 2010.
  • Gervais, Pierre, Les Etats-Unis de 1860 à nos jours, Paris, 2005.
  • Desbiens, Albert, Histoire des Etats-Unis. Des origines à nous jours, Paris, 2012.

Articles

  • Allmen, Daniel von, « L’apocalyptique juive et le retard de la parousie en II Pierre 3 : 1 – 13 », in Revue de Théologie et de philosophie, 16, 1966.
  • Barkun, Michael, « The Reign of Antichrist », in : A Culture of Conspiracy: Apocalyptic Visions in Contemporary America, University of California Press, 2006 (2003), p. 40 – 45, [http://books.google.ch/books?id=0wFZRWKdfoC&pg=PA43&lpg=PA43&dq=mussolini+antichrist&source=bl&ots=7i5lkdAjeD&sig=uy3PMP6V8hn3XntiAvlSQb5yqcg&hl=fr&sa=X&ei=qyp_U7OiE9OY0AX5poHYDA&ved=0CE0Q6AEwBA#v=onepage&q&f=false] (consulté le 22 mai 2014).
  • Blough, Neil, « Evangélisme et fondamentalisme au cours du XXème siècle aux Etats-Unis », in Évangélisme et fondamentalisme, Fac – réfexion, n° 24, 1993, France, pp. 4-15.
  • D’Agostino, Peter, Rome in America: Transnational Catholic Ideology from the Risorgimento to Facism, The University of North Carolina Press, 2003, 384 p. [http://books.google.ch/books?id=U9wNxgCo7ycC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false] (consulté le 22 mai 2014).
  • Delumeau, Jean, « Une traversée du millénarisme occidental », in : Religiologiques, 20, 1999, p. 165 – 179, [http://www.religiologiques.uqam.ca/20/Religiologiques20PDF/20(165-179)Delumeau.pdf] (consulté le 22 mai 2014).
  • Dubar, Claude, « La fin des temps : millénarisme chrétien et temporalités », Temporalités 12, 2010, [http://temporalites.revues.org/1422] (consulté le 22 mai 2014).
  • Fath, Sébastien, « L’Antéchrist chez les évangéliques et fondamentalistes américains de 1970 à 2007 », in : Table ronde sur l’Antéchrist, Société des amis des sciences religieuses, Ecole Pratique des Hautes Etudes, Sorbonne, 2007.
  • Mayer, Jean-François, « Et je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre »: mouvements et espérances millénaristes, Cycle d’Observatoire de la modernité, collège des Bernadins, Paris, 2011, [http://orbis.info/2011/02/et-je-vis-un-nouveau-ciel-et-une-nouvelle-terre-mouvements-et-esperances-millenaristes/#more-242] (consulté le 26 mai 2014).
  • Prévost, Jean-Pierre, « Vers une résurgence des millénarismes ? Les mouvements apocalyptiques contemporains », in : Religiologiques, 20, 1999, p 153 – 164, [http://www.religiologiques.uqam.ca/20/Religiologiques20PDF/20(153-164)Prevost.pdf] (consulté le 22 mai 2014).
  • Rochat, Jocelyn, « Voilà bientôt 2001 ans qu’on nous annonce l’Apocalypse pour demain…Et qu’elle n’arrive pas », in : Aller savoir !, 18, Lausanne, 2000, [http://www2.unil.ch/unicom/allez_savoir/as18/pdf/mythe.pdf] (consulté le 22 mai 2014).
  • Segond, Louis, La Bible, dans : Topchrétien, Strasbourg, 1999, [http://www.topchretien.com/topbible/] (consulté le 22 mai 2014).

Site internet

[1] Apocalypse 1 :1, 1 :19, 1 :3, op. cit.

[2] Apocalypse, 11 :8 « Et leurs cadavres seront sur la place de la grande ville, qui est appelée, dans un sens spirituel, Sodome et Égypte, là même où leur Seigneur a été crucifié. » Traduction de la TOB.

[3] Grappe (2010), p. 265.

[4] Apocalypse 1 :1 ; 1 :4 ; 1 :9 et 22 :8

[5] Apocalypse 1 :9.

[6] Prévost (1999), p. 157.

[7] Grappe (2010), p. 273.

[8] Grappe (2010), p. 273 et Brown (2000), p. 831.

[9] Dubar (2010), p. 4. et Von Allmen (1966), p. 261 – 262.

[10] Dubar (2010), p. 2.

[11] Rochat (2000), p. 4.

[12] Von Allmen (1966), p. 265. et Prevost (1999), p. 157

[13] Ibid., p.

[14] Du Breuil (1982), p. 77 – 78.

[15] 1 Jean 2:18 ; 2:22 ; 4 :3 et 2 Jean 1:7, trad. Segond (1999).

[16] 1 Jean 2:18, op. cit.

[17] 1 Jean 2:22, op. cit.

[18] 1 Jean 4:3, op. cit.

[19] 1 Jean 2:18, op. cit.

[20] Matthieu 24:4 – 5, trad. Segond (1999).

[21] Daniel 8:23 – 25, op. cit.

[22] Apocalypse 13:14, op. cit.

[23] 2 Thessaloniciens 2:9, op. cit.

[24] Apocalypse 13:18, op. cit.

[25] Daniel 8:23, op. cit.

[26] Daniel 9:26, op. cit.

[27] 2 Thessaloniciens 2:3, op. cit.

[28] Apocalypse 13:1, op. cit.

[29] filiu (2008), p. 33 - 40

[30] 1 Jean 18, op. cit.

[31] Prévost (1999), p. 161.

[32] Apocalypse 3 :3, trad. Segond (1999).

[33] Matthieu 24:36, op. cit.

[34] Boyer (2000), p. 298.

[35] Ibid., p.301.

[36] blough (1993), p. 7. et Gervais (2005), p. 150 – 151.

[37] Ibid., p. 7.

[38] Prévost (1999), p. 153 – 164.

[39] Lindsey, Hal, Carlson, Carole C., The Late Great Planet Earth, Grand Rapids, Michigan, Zondervan, 1970, 180 p.

[40] Cf. : Fig. 7

[41] Cf. : Fig. 8 et 9

[42] Apocalypse 2 : 22. Voir aussi 7 :14

[43] Fath (2007), p. 6.

[44] R.Rice, John, World-wide war and the Bible, Sword of the Lord, 1940.

[45] Ibid., p. 212.

[46] Cf. : Fig. 5

[47] D’Agostino (2003), p. 211.

[48] Gervais (2005), p. 95

[49] Apocalypse 23, trad. Segond (1999).

[50] Lindermayer (2001), chapitre II.

[51] Lindsey, Hal, There’s a New world coming : An In-depth Analysis of the Book of Revelation Eugene : Harvest House, 1984.

[52] Lindermayer (2001), p. 41, cité d’après, Lindsey (1984), p. 83.

[53] Lindermayer (1995), p. 34 – 40. et Lindermayer (2001) p. 41 – 45.

[54] Apocalypse 13:17, op. cit.

[55] Lindermayer (2001), p. 1 – 5.

[56] Boyer (2000), p. 293.

[57] Rochat (2000), p. 7. Pour plus d’informations, voir Moltmann, Jürgen, La théologie d’espérance, Etudes sur les fondements et les conséquences d'une eschatologie chrétienne, 1983 (1964).

[58] Fath (2007), p. 2.

[60] Boyer (2000) p. 218.

[61] Ibid., p. 315.

[62] Blough (1993), p. 7.

[63] Fath (2007), p. 9.

[64] Delumeau (1999), p. 9.

[65] Ibid., (1999), p. 10.

[66] Ibid., (1999), p. 13.

[67] Anderson (1988), p. 98, cité d’après Blough (1993), p. 7.

[68] Idem.

[69] Blough (1993), p. 8.

[70] dubar (2010), p. 4.

[71] Rochat (2000), p. 7.

[72] Ibid., p. 7.

[74] Cf. : Fig. 1.

[75] Fath (2007), p. 16.

[76] Annexe : image 4

Site internet « Rapture ready ». Plusieurs articles concernent l’identification de l’Antéchrist ou l’interprétation des signes de la fin des temps

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TERRELL, Steve, The 90’s : Decade of the Apocalypse. The European Common Market – The End has begun, 1992.

TERRELL, Steve, The 90’s : Decade of the Apocalypse. The European Common Market – The End has begun, 1992.

Film « Armageddon » (1998). Adaptation cinématographique et moderne de la fin des temps.

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MULLER, Albert, L’Antichrist est-il parmi nous ?, Marseille, 1994.

MULLER, Albert, L’Antichrist est-il parmi nous ?, Marseille, 1994.

Un des nombreux ouvrages publiés au sujet du dictateur italien, Benito Mussolini. OSWALD, J. Smith, Is The Antichrist at Hand ? What of Mussolini, 1927.

Un des nombreux ouvrages publiés au sujet du dictateur italien, Benito Mussolini. OSWALD, J. Smith, Is The Antichrist at Hand ? What of Mussolini, 1927.

Questionnements au sujet de l’identité de l’Antéchrist. FAID, Robert W., Gorbatchev ! Has the real Antichrist come ?, 1988.

Questionnements au sujet de l’identité de l’Antéchrist. FAID, Robert W., Gorbatchev ! Has the real Antichrist come ?, 1988.

Œuvre à succès de Lindsey Hal dans les années 70 – 80. LINDSEY, Hal, CARLSON, C.C., The Late Great Planet Earth, 1970.

Œuvre à succès de Lindsey Hal dans les années 70 – 80. LINDSEY, Hal, CARLSON, C.C., The Late Great Planet Earth, 1970.

Livre de LAHAYE, Tim, Left Behind, Michigan, 1995

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Affiche de son adaptation télévisée.

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