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ArteHistoire

Les peintures des bas-côtés de l'église Saint Paul, Genève

15 Août 2013 , Rédigé par Sabrina Ciardo Publié dans #Histoire de l'art

Les peintures des bas-côtés de l'église Saint Paul, Genève

Identification

Eglise Saint-Paul, église catholique dédiée à saint Paul.
Avenue de Saint-Paul 6, Cologny.
Numéro de parcelle : 8
Numéro de bâtiment : A25
Biens culturels : Eglise Saint-Paul
Bâtiment et objet classé : édifice religieux
Propriétaire : ASSOCIATION CATHOLIQUE ROMAINE DE ST-PAUL, Siège Genève
Numéro de classement : Ms-c220
Peintures des bas-côtés de la nef. Elles se trouvent sur les demi-berceaux des bas-côtés et entre les vitraux qui se trouvent aussi dans les bas-côtés.

Les peintures des bas-côtés de l'église Saint Paul, Genève

Dimensions

Chaque peinture sur demi-berceaux mesure environ 2m de haut x 2,50m de largeur vers le haut de la voûte et environ 20cm vers le bas de la voûte. Les quatre travées mesurent 2m de haut x 1m de largeur en haut et 15cm vers le bas.

Les peintures des bas-côtés de l'église Saint Paul, Genève

Techniques

Il y a « une volonté de créer l’illusion de voûtes en maçonneries »1, le peintre a réalisé ses peintures « sur une couche de plâtre épaisse d’au moins un centimètre, sans application préliminaire d’un apprêt : cela explique la sensibilité à l’humidité. La préparation de plâtre n’est pas fixée sur un « support de bois contreplaqué » […], mais sur un assemblage serré de roseaux maintenus par des fils de fer noués. Le tout est noyé dans une masse de plâtre et soutenu par une structure métallique constituée d’éléments profilés en forme de T, cintrés selon la courbure désirée de la voûte, à l’extérieur de celle-ci sont fixées de fines barres de métal disposées horizontalement en réseau très lâche et verticalement en réseau plus dense. Pour plus de sécurité quant à la stabilité de l’ensemble, des fils de fer attachés à la charpente retiennent en suspension les barres horizontales de façon plus ou moins régulière »2. « La peinture est appliquée sur une fausse voute vide à l’intérieur. Le
peintre a tenté d’obtenir des effets de matières mates et satinées rappelant ceux obtenus
par la technique de la fresque. Il recourt à une peinture probablement à base d’huile,
d’émulsion de cire et de colles animales solubles à l’eau »3. La peinture est traitée par une touche lisse, une touche léchée, rapide, petite.

1 Poiatti Myriam, Hermanès Th.-A-, Casanova A., L’église de Saint-Paul Grange-Canal, Genève, Berne, Société d’Histoire de l’Art en Suisse, 2001, p.40
2 Idem
3 Poiatti Myriam, L’église de Saint-Paul Grange-Canal, Genève, Berne, Société d’Histoire de l’Art en Suisse, 2001, pp.39-40

Les peintures des bas-côtés de l'église Saint Paul, Genève

Description

Scènes des actes des Apôtres. Les peintures suivent un ordre qui commence par le bas-côté droit, « depuis la travée proche du chœur »1 : « saint Jean sur l’île de Patmos et l’aigle, la Pentecôte et le linge de Véronique, saint Pierre guérit l’infirme à la porte du temple, La Lapidation de saint Etienne à laquelle assiste la Trinité (allusion à la vision d’Etienne), saint Pierre confond Simon le magicien (la statue d’Anubis renvoie à l’Egypte, symbole dans la Bible des enchantements et des sortilèges), saint Matthieu (avec à l’arrière plan, une rue orientale). La suite continue sur le bas-côté gauche, depuis la travée proche de l’entrée : Marc se trouve dans un paysage de montagnes désertiques, Philippe baptise l’eunuque éthiopien, La vision de Pierre à Joppé, Saint Paul à l’Aréopage (colline d’Athènes où siégeait le haut conseil de la ville), l’arrivée de saint Paul à Rome, Luc surplombe l’actuelle chapelle du Saint-Sacrement2. « Les scènes sont reliées par des rinceaux végétaux à motifs floraux entre lesquels, dans la partie supérieure de la voûte en demi-berceau, huit médaillons alternent avec des hexagones en camaïeu. Les médaillons du bas-côté droit représentent les quatre prophètes qui précèdent le Christ »3 : Isaïe, Jérémie, Ezéchiel et Daniel. Pour le bas-côté de gauche : saint Augustin, saint Ambroise, saint Jérôme et saint Grégoire. Les dix panneaux hexagones représentent « des scènes de l’Ancien Testament qui préfigurent le Nouveau Testament »4
Il n’y a pas d’héraldique.
Inscriptions : Le titre de chaque scènes se trouve sous la peinture concernée et deux signature et date sont visible sur deux travées. Sur la travée proche de l’entrée (saint Marc) : GEORGES DE TRAZ 1921-1925(en bas). Sur la travée de gauche (saint Matthieu) : GEORGES DE TRAZ 1918-1920 (en bas).

1 Poiatti Myriam, Hermanès Th.-A-, Casanova A., L’église de Saint-Paul Grange-Canal, Genève, Berne, Société d’Histoire de l’Art en Suisse, 2001, p. 21.
2 Poiatti, 2001, pp. 21-22.
3 Ibid, p. 23
4 Ibid, p. 22

Les peintures des bas-côtés de l'église Saint Paul, Genève

Datation et attribution

1918-1925
François Fosca de son surnom d’écrivain et d’historien de l’art est nommé Georges de Traz en tant que peintre. Les peintures des bas-côtés sont datées de 1918-1920 et 1921-1925 sur la peinture de saint Marc (sur une plaquette tout en bas à droite) et sur la peinture de saint Matthieu (en bas de la peinture). Ces deux datations sont les années que l’artiste a mis à faire toute la partie gauche et droite.
L’abbé Jacquet a conçu le programme iconographique.

Les peintures des bas-côtés de l'église Saint Paul, Genève
Les peintures des bas-côtés de l'église Saint Paul, Genève

Historique de l'objet, état de conservation, altérations

Les peintures des bas-côtés sont en très bon état de conservation, mais je m’attarderais sur l’exemple de la Conversion de l’Eunuque : peinture très bien conservée, on peut observer la couche de préparation légèrement rugueux sur le côté droit en bas. On peut apercevoir un petit bout de peinture enlevé au-dessus de la main de saint Philippe. Il y a une fissure voyante que de très près partant du haut au milieu et vers le centre de la peinture, elle part sur la droite pour finir vers l’angle droit tout en bas. L’Abbé Jacquet donne un programme iconographique aux artistes pour la décoration de l’église.
« Le chantier de Saint-Paul a été ouvert le 1er octobre 1913 et l’inauguration eu lieu le 28 novembre 1915. Mais l’œuvre décorative dut réellement terminée en 1926, malgré la mort de l’abbé Jacquet qui a eu lieu le 7 janvier 1919. C’est donc frère Antoine, qui reprit la direction des travaux respectant l’esprit voulu par l’abbé »1. Une campagne de restauration fut exécutée en 1986-1987. Les peintures furent nettoyées et retouchées rendant ainsi « la logique du faux appareil beige »2.
Les peintures sont in situ.

Documentation

Poiatti Myriam, Hermanès Th.-A-, Casanova A., L’église de Saint-Paul Grange-Canal, Genève, Berne, Société d’Histoire de l’Art en Suisse, 2001.

Casanova Antoine, L’Eglise de Saint Paul à Cologny.

Les peintures des bas-côtés de l'église Saint Paul, Genève

Synthèse

Les peintures des bas-côtés ne sont pas visibles dès l’entrée dans l’église, car une imposante peinture « murale » de Maurice Denis attire notre regard vers le fond de l’église, dans le cul-de-four absidial. Notre regard mérite de s’arrêter sur ces fausses fresques, car l’artiste trompe le regard du spectateur par ses fausses voûtes assez grandes. Il place les titres des peintures à la hauteur de la ligne qui démarque la séparation de la maçonnerie par du mortier ce qui donne l’impression que les peintures sont des fresques. Cet effet d’illusion est accentué par les bas-reliefs de François Bocquet qui se trouvent sous les scènes des Actes des Apôtres. Ces bas-reliefs ne sont pas taillé dans de la pierre, mais sont en fait « des moulages en simili-pierre »1. L’appareillage est beige et l’on retrouve les mêmes traits gris du mortier. Georges de Traz crée une illusion, mais cette tromperie peut être découverte par l’ouïe que si l’on essaye de voir si la voûte est vraiment faite de pierre en toquant contre celle-ci. Mais elle résonnera, donc elle sera creuse à l’intérieur.
Le peintre utilise une technique assez ancienne car d’habitude les fresques, dans ce cas une fausse fresque sont peintes à la détrempe ou la peinture à l’huile ou encore à la peinture à la chaux ou aussi à la tempera. Mais Georges de Traz mélange à l’huile à une solution à la cire qui sèche très rapidement obligeant l’artiste à travailler par petite touches. Cette technique était utilisée dès l’antiquité. L’utilisation de la cire rendra une peinture mate qui évitera tout reflet de lumière, ce qui permettra au spectateur d’observer l’œuvre par tous les côtés sans problème de reflet dérangeant.
L’artiste crée un réseau de rinceaux végétaux à motifs floraux qui s’entremêlent créant ainsi des courbes et des arabesques qui renvoient à l’Art Nouveau. Ces réseaux illustrent la liberté que prend la main de George de Traz lorsqu’il peint ce décor. Les couleurs des rinceaux végétaux sont rouge et vert, couleurs les plus présentes dans ses peintures, faisant ainsi ressortir ces couleurs sur un fond jaune, elles permettent de créer un dialogue entre les scènes des Actes des Apôtres et le décor qui relie chaque scène. De plus, le rouge et le vert se contrastent par la complémentarité et, par conséquent, attire le regard sur le décor végétal avant de descendre sur la scène d’un des saints.
Les couleurs des peintures sont très vives ce qui permet d’avoir du recul, car une association, par exemple dans la scène de l’arrivée de saint Paul à Rome, d’orange et de rose, met mal à l’aise le spectateur par le choc de couleurs. Une bonne partie des scènes ont des couleurs très vives qui renvoient aux peintures des artistes expressionnistes, mais le dessin fait référence à celui de Ferdinand Hodler qui, lui aussi, s’était approché de l’expressionnisme.
Dans toute l’église nous avons des relations entre chaque œuvre. Par exemple, la scène de la Pentecôte, représente une Vierge aux mains croisées qui fait écho à la sculpture de la Vierge de Casimir Reymond qui se trouve actuellement à côté de la travée de saint Luc. Celle-ci prend la même pose avec les mains croisées. La sculpture fut réalisée bien après les peintures des bas-côtés. Maurice Denis, peint une immense œuvre renvoyant aux peintures de Georges de Traz par les chocs de couleurs vives. Le dessin de la mosaïque de Maurice Denis, elle aussi renvoie au dessin des personnages des bas-côtés ainsi que la peinture murale. Les vitraux de Marcel Poncet répondent aux couleurs des peintures et les bas-reliefs renvoient à l’illusion de la pierre de Georges de Traz. Les artistes qui ont décoré l’église créent des correspondances entre chaque œuvre créant ainsi une unité grâce à la couleur, le dessin et l’illusion.

1 Poiatti Myriam, Hermanès Th.-A-, Casanova A., L’église de Saint-Paul Grange-Canal, Genève, Berne, Société d’Histoire de l’Art en Suisse, 2001, p.34

Les peintures des bas-côtés de l'église Saint Paul, Genève

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