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ArteHistoire

Histoire de la littérature latine antique - hellénisme et nationalisme (IIe siècle av. J.-C.)

1 Octobre 2017 , Rédigé par Sabrina Ciardo Publié dans #Archéologie, #Histoire

Le théâtre

La littérature latine antique poursuit son développement dans le domaine du théâtre avec Térence. Grâce à cet auteur ainsi que son prédécesseur, Plaute, la togata et l'atellane se développent davantage. Deux types de comédies sont jouées durant l'antiquité: les motoria et les stataria. Ce sont ces dernières que l'auteur de comédies de la période hellénistique préfèrera.
Le théâtre poursuivra encore jusqu'à la période de la République, mais le genre comique à Rome s'arrêtera et tombera en désuétude. Ce genre va disparaître au profit du mime qui est un théâtre populaire et également plus improvisé.

Térence (env. 195/185-159 av. J.-C.)

Publius Terentius Afer est né à Carthage et son surnom Afer peut indiquer une provenance aussi bien punique que libyenne. Pourtant, bien avant de se lancer dans la carrière de scénariste, il avait été esclave à Rome du sénateur Terentius Lucanus qui l'affranchi pour ses dispositions.

Térence emploie le procédé de "contamination", c'est-à-dire un procédé littéraire en vertu duquel les dramaturges latins, au moment de la transposition d'une pièce grecque, enrichissaient l'intrigue en y mêlant une ou deux scènes empruntées à une autre pièce grecque. Ce procédé avait déjà été employé par Plaute, mais contrairement à ce dernier, Térence ne vise qu'un public restreint, à savoir les Lettrés. Il écrit dans une langue épurée et ses vers sont d'une fluidité proche de la prose classique. L'emploi de la "contamination" a fait passé les pièces de l'auteur pour du plagiat, car celles-ci étaient trop proches des textes grecs. L'auteur a composé quatre pièces d'après Ménandre (Andria, Heautontimorumeros, Eunuchus, Adelphoe) et deux d'après Apollodore de Karystos (Hecyra, Phormio).

De cet auteur nous ne possédons que six comédies. Mais malgré la longueur de celles-ci, il n'était pas très apprécié par son public.Térence crée des oeuvres à thèmes et à thèses. Parmi ces pièces conservées, les Adelphes est une une comédie qui traite un problème social, comme la confrontation entre l'éducation stricte paternelle et une éducation plus permissive.Voici le résumé de ces six comédies:
1. Andria: Simo est fâché, comme il l'expose à l'affranchi Sosia, de ce que son fils Pamphilus aime Glycerium, la prétendue soeur d'une courtisane récemment décédée. Il avait arrangé, avec son voisin Chremes, le mariage de son fils Pamphilus avec Philumena, la fille de ce dernier. Quand il apprend les relations de Pamphilus, Chremes veut retirer son consentement; Simo décide de châtier son fils, et feint des préparatifs de mariage pour causer une réaction du fils. Sur les conseils de l'esclave Davos, Pamphilus feint de donner son accord, afin que Simo puisse de nouveau convaincre Chremes. Mais Pamphilus se trouve dans l'embarras, car il ne veut pas abandonner Gylcerium, qui, avec l'aide de la sage-femme Lesbia, met au monde un enfant. Davos fait en sorte que Chremes retire encore une fois son consentement. Simo croit qu'il s'agit d'une fourberie, et cause, de par ses fausses explications, une plus grosse confusion encore. Crito, le cousin de la courtisane décédée, vient à point élucider l'affaire; il révèle que Glycerium est une jeune fille libre d'Attique et la fille de Chremes disparue depuis longtemps. Plus rien n'empêche le mariage avec Pamphilus.
2. Hecyra: Pamphile a épousé Philumène, la fille de son voisin, selon le voeu de son père Lachès, et bien qu'il aimât la courtisane Bacchis. Il n'a pas consommé le mariage, mais a commencé pourtant à aimer, peu à peu, sa femme. Alors qu'il état en voyage, Philumène s'est retournée auprès de sa mère Myrrhina car, suite à un viol précédant son mariage, elle attend un enfant. Lachès accuse sa femme Sostrata d'avoir chassé sa belle-fille. Le père de celle-ci, Phidippe, ne devine rien. En rentrant chez lui, Pamphile devient le témoin de la naissance d'un enfant, mais il promet à Myrrhina de garder le silence. Par contre, il refuse de reprendre Philumène, ce qu'il justifie par de la loyauté à l'égard de sa mère Sostrata. Par là il irrite Lachès et Phidippus. Bacchis dénoue l'affaire du fait qu'elle possède l'anneau que Pamphile avait jadis enlevé à une jeune fille lors d'un stuprum. Il en ressort que cette jeune fille était Philumène et que Pamphile est donc le père de l'enfant, ce qui rend possible la réconciliation entre les époux et les familles.
3. Heautontimorumenos: Ménédème se punit lui-même par un dur labeur parce qu'il a chassé son fils Clinia de sa maison en raison d'une relation amoureuse. Chremes, son voisin, lui fait par de ses conseils compatissants. Mais, dans la conversation avec son propre fils, Clitiphon, il se montre tout au contraire auto-satisfait et outrecuidant. Il ne devine pas que celui-ci est amoureux de la courtisane Bacchis et qu'il a besoin d'argent. Rentré au pays, Clinia loge au préalable chez Clitiphon. L'esclave Syrus ramène Antiphila, l'amie de Clinia, et Bacchis dans la maison de Chremes, pour procurer à Clitiphon, grâce à leur aide, de l'argent. Il présente Bacchis (qui se comporte de manière éhontée) comme l'aimée de Clinia. Antiphila est reconnue comme la fille que l'on croyait disparue, grâce à un anneau, par Sostrata, la mère de Clitiphon. Alélguant qu'Antiphila s'est endettée auprès de Bacchis, Syrus réclame de l'argent à Chremes. Quand celui-ci découvre qu'il a été trompé, il cherche à punir Clitiphon. Sur ce sujet, une vive dispute éclate avec Sostrata. A la fin, Clitiphon se dit étonnamment prêt à épouser une jeune fille qu'il n'a pas été nommée jusque là. Syrus obtient son pardon.
4.Eunuchus - "L'Eunuque": La courtisane Thais prie le jeune Phaedria de lui donner deux jours de liberté, car elle attend du soldat Thrason un cadeau: la jeune Pamphila, qui, dans son enfance, lui a tenu lieu de soeur. Elle veut restituer cette citoyenne de l'Attique à ses parents, pour gagner un patronus. Phaedria fait offrir à Thais une esclave éthiopienne et un eunuque par l'entremise de l'esclave Parménon. Tandis que Gnathon, le parasite de Thrason, se rend avec Pamphila auprès de Thais, Chaerea, le frère cadet de Phaedria, s'approche de Pamphila en ayant revêtu les vêtements de l'eunique. Chremes, le frère de Pamphila, suit Thais chez Thrason, ce qui suscite la jalousie de celui-ci. Plus tard, Thrason veut reprendre Pamphila de force. Chremes lui objecte son statu de citoyenne. Thais apprend que "l'eunuque" a violé la jeune fille, ce qui contrarie ses plans, mais elle finit par se montrer compréhensive. L'origine de Pamphila est corroborée. Le père de Chaerea accorde le mariage de celui-ci avec Pamphila et promet à Thais son appui. A la fin, Gnathon demande à Phaedria de partager Thais avec Thrason. En raison de son style de vie coûteux, il est d'accord.
5. Phormio - Phormion: Pendant que deux frères, Chremes et Démiphon, se trouvent en voyage, leurs fils, Antiphon et Phaedria, commencent à entrretenir des relations amoureuses: Antiphon avec sa concitoyenne Phanium, dépourvue de tout bien, et Phaedria avec une courtisane qu'il voudrait racheter au proxénète Dorio. Le parasite Phormion trouve une échappatoire pour l'un et l'autre. Devant un tribunal, il fait passer Antiphon pour le plus proche parent de Phanium ce qui "l'oblige" à l'épouser, en vertu de la loi athénienne sur la fille épiclère. Quand il rentre de voyage, Démiphon offre à Phormion 30 mines, afin qu'il fasse annuler le mariage, et qu'il épouse lui-même Phanium, car Démiphon et Chremes ont décidé qu'Antiphon épouserait une fille illégitime de Chremes, native de Lemnos. Phormion fait semblant de s'exécuter, mais donne l'argent à Phaedria pour qu'il puisse acheter son amie. Quand il s'avère, grâce à sa nourrice Sophrona, que Phanium est la fille recherchée de Chremes, Démiohon veut annuler son pacte avec Phormion. Celui-ci exige au moins de conserver l'argent et met Chremes à nu devant sa femme Nausistrata, en dévoilant sa double vie. Offusquée, Nausistrata promet à Phormion sa bienveillance à l'avenir.

6. Adelphoe - "Les Adelphes"/"Les deux frères": L'un des fils du sévère Déméa, Chtsésiphon, est élevée par ce dernier lui-même, l'autre, Eschine, l'est par son libéral frère Micion. Lorsqu'Eschine enlève une courtisane des griffes d'un proxénète, Déméa se moque de Micion qui se montre compréhensif face à la situation. En réalité, Eschine a agi pour son frère, car il aime pour sa part une femme de la ville, qui attend un enfant de lui. Eschine l'avoue de lui-même à son père. La conversation montre le succès de la méthode éducative de Micion. Déméa est consterné lorsqu'il découvre que Ctésiphon aime la courtisane et qu'Eschine de son côté va se marier civilement. Il se décide d'une manière surprenante à surpasser Micion en libéralité: il affranchit l'esclave Syrus aux frais de son frère et force celui-ci en outre à se marier contre sa volonté si bien que, contrairement à la conception exprimée dans les quatre premiers actes et demi, c'est Déméa qui apparaît comme un habile calculateur, et Micion, à l'opposé, comme un raté.

Les didascalies sont des sources importantes pour connaître l'organisation du théâtre romain et pour dater les comédies de Térence. Elles relèvent que les comédies sont données lors des jeux par des édiles curules, que la musique leur est étroitement liées, elles divulguent l'identité du chef de troupe et de l'acteur principal. Elles nous transmettent que toutes les pièces ont été dirigées par Ambivius Turpio et en partie aussi jouées par lui. Les didascalies citent l'auteur, le titre de la comédie romaine et de son (ses) modèle(s) grec(s), la fête où elle fut représentée, les commanditaires (édiles), le directeur du théâtre, le compositeur, le genre musical, son numéro d'ordre dans l'ensemble de l’œuvre, les consuls de l'année de la représentation.

Les prologues jouent le rôle d'exposition, et sont prononcés par des divinités ou des figures de la comédie. Plaute, quant à lui, glisse à l'occasion de la narration de l'histoire qui précède, des remarques sur l'auteur grec et romain, ou bien sur les spectateurs, qui relie à la situation comique. Térence pour sa part rompt avec la tradition, et sépare le prologue du drame. Il abandonne la présentation de l'histoire qui précède, et évoque reproches et critique; il les rejette d'une manière très polémique et fait en même temps de la réclame pour la comédie concernée. Ses prologues ont une valeur documentaire de premier plan concernant la compétition qui animait le paysage théâtral de Rome autour de 166-160. Dès ce moment là, le prologue avait obtenu une nouvelle fonction. Les intrigues de l'auteur comique sont plus respectueuses de la morale que celles de Plaute; il ne met en scène ni vieillards amoureux, ni esclaves voleurs. Ses personnages renoncent aux simplifications et aux excès caricaturaux de la comédie plautienne; ils dépassent les catégories de l'âge, du métier, de la condition sociale; ils sont complexes, nuancés et aussi proches que possible de la nature. Contrairement aux personnages figés de Plaute, ceux de Térence parlent, dansent et chantent des chants populaires.

L'importance de la comédie de Térence réside dans le fait que les modèles attiques y sont adaptés avec un raffinement indépassable. Mais ce qui ressort le plus de ses œuvres, c'est que l'auteur s'est davantage appuyer sur le texte original grec, contrairement à Plaute. Ses comédies prennent aussi des traits du caractère "saturnien" du théâtre populaire italien: dévalorisation de l'autorité du pater familias qui est très considérée à Rome; moquerie à l'égard de la matrone; réunion des deux composants quand l'épouse triomphe de l'épouse; glorification du non-privilégié sous la figure de l'esclave.
De ce point de vue, il faut louer sa dramaturgie. Elle évite les oppositions crues et simplistes, comme on les rencontre de manière caractéristique chez Plaute, mais elle s'éloigne aussi considérablement de l'économie de ses modèles. Contrairement à son prédécesseur, Térence s'éloigne de la langue artistique, pui
ssante et colorée. Il faut également noter que le style de cet auteur n'est pas comparable à la simplicité de Ménandre. Il porte largement la marque de pathos et de forte expressivité, il aime les métaphores énergiques, les allitérations et les assonances entre les mots, si bien que, de ce point de vue aussi, la proximité avec le théâtre populaire est manifeste.

Il existe plus de 600 manuscrits de Térence. Dans le lot, quatre proviennent de l'Antiquité. Trois ne présentent que de petits fragments, le quatrième est presque complet et porte le nom de Bembinus (Vat. Lat. 3226, IVe-Ve siècle s.). Tous les autres proviennent du Moyen Âge (au plus tôt, du IXe s.) et de la Renaissance; ils sont dénommés Recensio Calliopiana, car l'on trouve dans certains manuscrits des souscriptions telles que Calliopius recensui(t) ou feliciter Calliopio bono scholastico. Comme Térence est depuis l'Antiquité, à l'inverse de Plaute, un auteur scolaire, ses comédies ont été très tôt interprétées par des grammairiens, et elles ont été amplement copiées.

La satire

Au sens littéral, la satura est un "mélange"; le mot s'appliquait à des lois qui comportaient des dispositions hétérogènes, ou à des offrandes religieuses de fruits variés.
Ce n'est que durant la seconde moitié du IIe siècle que Lucilius fit, de cette satura, un vrai genre littéraire, en lui proposant comme objet la raillerie et la critique. En effet, cet auteur représente la première phase de la satire, à savoir la phase moderne, parmi plusieurs autres auteurs, tels que Horace et Perse. Cette satura est limitée à une poésie d'invective qui critique les fautes humaines. Tandis que la deuxième phase, la plus ancienne est représentée par Ennius et Pacuvius.

La satire est une poésie de l'expression personnelle, il exprime des sentiments d'ironie et de critique. C'est une poésie de l'expression personnelle exprimant des sentiments d'ironie et de critique.

Bien qu'Ennius soit manifestement le premier poète romain qui ait donné à une œuvre poétique le titre de satura et soit par là le fondateur de la satura du type plus ancien, celui qui est considéré comme le véritable "inventeur" de la satire de l'Antiquité, déjà chez Horace, est Lucilius. C'est en effet lui qui, sur le plan de la forme, a fixé la satura au vers unique de l'hexamètre et, sur le plan du contenu, lui a donné une teneur principalement, bien que non continûment, agressive. C'est de ce type plus récent de la satura, marqué par l'empreinte de Lucilius, qu'ont fait fondamentalement profession les trois grands satiristes postérieurs Horace, Perse et Juvénal.

Lucilius (180-102 av. J.-C.)

Gaius Lucilius était citoyen romain de la ville latine Suessa Aurunca. Il appartenait à l'ordre équestre et disposait d'une fortune considérable sous forme de propriété foncière. Il était familier de l poésie et de la philosophie grecques autant que de la littérature latine. Lucilius était ami intime de Scipion Emilien, sous les ordres de qui il prit part à la guerre de Numance (134/133) en Espagne, sans doute en tant qu'ami dans son état-major.

Seulement 1400 vers ou partie de vers et quelques 950 fragments sont conservés des satires de Lucilius. Celles-ci circulaient dans l'Antiquité dans un recueil de 30 livres réuni de façon posthume, dont le classement ne correspondait pas à la chronologie de leur composition. A coté de cela, il y avait manifestement des éditions séparées des livres en hexamètres 1-21 et des livres polymétriques 26-30.
Les livres 26-30 représentent le plus ancien recueil partiel. Celui-ci comprenait des satires datant des années 132-129. Le classement des satires était effectué en premier lieu selon des aspects métriques. Une évolution poétique de l'écrivain est perceptible: il expérimenta d'abord, en suivant les traces d'Ennius, les mètres dramatiques, jusqu'au moment où il se fixa entièrement sur l'hexamètre, qui devin dorénavant le mètre canonique de la satire en vers romaine.

Des indications chronologiques dans les fragments des livres en hexamètres 1-21 couvrent à peu près la période entre 126 et 107/106; ces poèmes aussi furent manifestement disposés pour l'essentiel dans l'ordre de leur composition.
Les livres 22-25 ne peuvent être classé chronologiquement, seul 8 vers en distiques élégiaques sont conservés.

Un thème central des satires ressort davantage: celui-ci allait de la discussion de problèmes grammaticaux et orthographiques en passant par des réflexions poétologiques et des propos théoriques sur la satire, jusqu'à l'examen polémique d'autres poètes, tels qu'Ennius, Pacuvius et Accius, allant jusqu'à l'invective personnelle.
Des attaques particulièrement violentes concernaient aussi des hommes politiques dont une partie étaient haut placés, et qui le plus souvent étaient aussi des adversaires de son ami Scipion Emilien. A coté d'attaques personnelles, on trouve avant tout dans les fragments du plus ancien recueil (livres 26-30) des traces de prises de position décidées sur des évènements politiques du moment dans le dernier tiers du IIe siècle, une époque agitée sur le plan de la politique intérieure avant tout par les initiatives des deux Gracques et les suites de celles-ci.
Dans de nombreuses satires, Lucilius faisait en outre la critique de dysfonctionnements sociaux et manifestations de dégradations morale de son époque; il fustigeait l'activité pleine d'intrigues sur le Forum, la cupidité, l'avarice, le parasitisme, le luxe et la superstition, et parlait de l'amitié fausse et authentique, de la mesure et de la véritable virtus.
Une majeure partie est occupée par des poèmes de contenu érotique, dans lesquels ont été prises pour thèmes, avec une grande franchise, des formes homosexuelles comme hétérosexuelles de l'amour, parfois avec une trivialité sans fard et des détails obscènes.
Lucilius utilisa la forme du dialogue et de la lettre littéraire, de l'anecdote, du mot d'esprit et de la fable, il composa des poèmes de philosophie populaire à la manière de la diatribe cynico-stoïcienne et parodia des poètes de grands genres avec des vers isolés ou des satires entières. La langue de ses satires évoluait en général au niveau du sermo cotidianus et était fortement émaillée de grec. Lucilius savait se servir de la diction emphatique des tragiques ou du style élevé de l'épopée aussi bien que de la langue familière la plus triviale.

Cet auteur fait de la satire l'instrument d'une manifestation d'opinion résolue et personnelle sur des thèmes issus de presque tous les domaines de la vie publique et privée. Il est considéré par ses successeurs comme l'inventor du genre.
Lucilius est le premier poète de Rome qui appartienne à la classe sociale dirigeante, et il a conscience de son indépendance. Cette position lui permet la libertas qui manque aux satiristes postérieurs. Il écrit ses poèmes plutôt pour un public exclusif; ses propos selon lesquels il ne s'adresserait ni aux gens très cultivés ni aux incultes, mais à des gens dans des villes de province, sont à comprendre de manière ironique.

L'influence de Lucilius sur des poètes postérieurs, particulièrement sur les satiristes Horace, Perse et Juvénal, fut considérable. Les satiristes se réfèrent non seulement à lui de façon répétée en tant qu'inventor du genre, mais s'inspirèrent aussi sans cesse de différents poèmes pour des satires de leur production.
 

La prose classique

Depuis le IVe siècle av. J.-C., le grand pontife notait sur un tableau affiché sur le Forum les événements les plus importants de l'année en cours. Ceux-ci représentaient les principaux événements politiques et militaires, les faits religieux, quelques données économiques et quelques prodiges. Cette historiographie prenait la forme d'une accumulation qui prit fin en 120 av. J.-C., lorsque le grand pontife P. Mucius Scaevola décida de faire publier un résumé en 8 volumes de toute la documentation existante. Ce furent les Annales des pontifes.
Les Annales était un ouvrage historique qui remontait à un passé ancien, et commençaient de préférence avec le récit de la fondation de Rome, tandis qu'il réservaient le titre d'Histoire à des œuvres qui relataient les événements plus récents.
L'ensemble de l'historiographie romaine de l'époque républicaine antérieure aux deux monographies historiques de Salluste, rédigées toutes les deux après 44 av. J.-C., est perdu; de la fin du IIe siècle jusqu'au milieu du Ier siècle elle n'est connue que par des testimonia et des fragments. Seuls la structure et le contenu des livres des Origines de Caton sont assez bien connus grâce à une sorte de sommaire. Bien qu'également fragmentaire, le plus ancien exposé suivi de l'histoire romaine conservé se trouve dans le livre 2 du De Republica de Cicéron, rédigé entre 54 et 51 av. J.-C.; mais il s'agit d'une sélection partiale de faits historiques, censée démontrer la thèse du développement continu de Rome vers une constitution mixte.
La brevitas est caractéristique de l'historiographie romaine ancienne et celle-ci prend fin au milieu du Ier siècle av. J.-C.

Les Origines de Caton, sur lesquels l'auteur travaillait encore peu avant sa mort, et l'ouvrage historique de Cassius Hermina à peu près contemporain, marquent les débuts de l'historiographie écrite en latin. Le vaste ouvrage historique de Tite-Live en 142 livres, qui voit le jour à partir des années 20 du Ier siècle av. J.-C., présente pour la période ad urbe condita jusqu'à son l'époque un réservoir de toute l'annalistique antérieure.
Depuis le milieu du IIe siècle av.J.-C., le choix de la langue latine par les auteurs romains a pratiquement exclu les Grecs du nombre des lecteurs de ces nouveaux ouvrages d'histoire.

 

Caton le Censeur (234-149 av. J.-C.)

Marcus Porcius Cato (Caton), qui reçut plus tard le surnom de Censorius à cause de sa censure exemplaire en 184, est né fils d'un chevalier romain dans le municipe de Tusculum. A côté de son activité sur les terres paternelles en Sabine, il prit part à plusieurs campagnes militaires. Il est questeur du consul P. Cornelius Scipion, en Sicile et en Afrique, il administrait la Sicile comme préteur et la Sardaigne et devint consul comme homo novus en 195 avec son mentor patricien L. Valerius Flaccus. Il reçut le triomphe en 194 pour les opérations militaires qu'il y conduisit. Parmi ses exploits militaires, c'est sa contribution à la victoire romaine sur Antiochus III en 191 près des Thermopyles qui se détache. En 184, il devint censeur pour la deuxième fois avec L. Valerius Flaccus. Cette censure fut marquée par une surveillance sévère des mœurs. Sept sénateurs furent expulsés du sénat.
Caton se fit de nombreux ennemis à cause de ses principes politiques et de son attitude intransigeante, mais il réussit chaque fois à se défendre victorieusement. L'opposition éclatait clairement dans ce qu'on appelle les procès des Scipions depuis 187/184 contre P. Scipion l'Africain et son frère Lucius au cours desquels Caton jouait un rôle prépondérant, avec succès.
La seule œuvre en prose de la période archaïque qui a été transmise intégralement est le De agricultura. Son œuvre principale, les Origines en sept volumes, constitue apparemment le premier ouvrage historique en langue latine.
A l'époque où la culture romaine se transformait de façon rapide et où le conflit des générations risquait de prendre un tour aigu, Caton, comme Térence, réfléchit aux problèmes de l'éducation, conçue comme la transmission d'un savoir, d'une morale et d'une sagesse.

Origines: Des sept livres des Origines seuls les trois premiers correspondent au titre de l'ensemble: ils traitent de la période primitive (pas seulement la fondation) de Rome et de celle des villes et tribus de l'Italie.
Caton débute les Origines avec l'histoire d’Énée. Après la fondation de Lavinium, Albe-la-Longue et Rome, dont Caton date les débuts en 752/751, c'est l'époque royale qui fournit le thème principal. Les livres 2 et 3 sont consacrés au villes et tribus de l'Italie. A côté et à l'intérieur de l'histoire des fondations respective on trouve des indications géographiques, ethnographiques, de culture historique, puis des remarques étymologiques, juridiques, agricoles. On trouve aussi chez Caton un portrait des Gaulois et des Ligures, les adversaires de Rome.
Les fragments conservés permettent de conclure que dans les livres 4 à 7 était traitée la période de la 1ère guerre punique presque jusqu'à la mort de l'auteur.
Les Origines sont écrits dans un style concis, simple, si bien qu'ils ont l'allure de chroniques. Caton insère dans son texte des discours au style direct imitant ainsi la pratique des historiens grecs.
Les intentions didactiques de cette œuvre sont les suivants: les exploits des ancêtres doivent être mis sous le regard des contemporains; la contribution à l'éducation politique par la mise en relief des différences entre Rome et les autres peuples, mais aussi volonté de faire un autoportrait.

Orationes: Caton inaugure pour Cicéron l'histoire de l'art oratoire d'après le Brutus de 46, pour deux raisons: d'abord il est l'orateur le plus ancien dont Cicéron puisse citer des discours authentiques; ensuite, Cicéron découvre chez Caton toutes les qualités qu'exige la rhétorique grecque mis à part le rythme qui manque chez Caton.
Des 150 discours de Caton que Cicéron pouvait lire avant 46, nous connaissons environ 80 titres et fragments.
La plupart des discours de Caton ont un caractère politique et ont été prononcés au sénat. Même les discours judiciaires, la plupart du temps des réquisitoires ont presque toujours un arrière-plan politique. Caton cherchait à y imposer ses conceptions de la conduite intègre d'un membre de la noblesse à la manière d'un "censeur". Ils sont le reflet d'une forte personnalité dotée d'une conscience de soi qui s'affirmait aussi avec succès dans ses 44 discours d'auto-défense.

De agricultura: Le contenu de ce livre plus qu'aucun autre de l'Antiquité reflète la vie de l'époque. Les différents conseils permettent de déduire la vie au cours de l'année ou de la journée même sur une propriété italique du IIe siècle. L'utilisation de nombreux termes techniques pourrait indiquer que Caton s'est servi d'une littérature technique grecque, malgré son anti-hellénisme démonstratif.
Le livre de Caton est un écrit pédagogique. Les conseils s'adressent de manière générale à un dominus, le propriétaire futur ou déjà en charge d'une propriété agricole d'une grandeur normale de 100 iugera (environ 25 ha), au moins une fois mais aussi au vilicus, l'intendant, esclave de son état. Ils cherchent à rentabiliser au maximum la gestion de la propriété assurée par des esclaves. Caton recommande même de vendre les esclaves vieux et malades.
Le manuel commence vraiment avec les conseils pour l'achat d'une propriété d'exploitation agricole. Outre les conseils pour al gestion de la propriété au sens restreint du terme, qui suivent le déroulement de l'année sous la forme d'un calendrier des travaux, Caton indique des remèdes pour les hommes et les animaux, des recettes de cuisine et de guérison, des recommandations juridiques, des rituels et d'autres conseils.

Libri ad Marcum filium et autres récits: La recherche ancienne a considéré l'ouvrage que Caton a écrit pour son fils aîné M. Porcius Licianus comme une véritable "encyclopédie" avec différents livres De medicina, De agricultura et De rhetorica, et aussi De re militari. En sens inverse une réaction plus sceptique et plus récente réduit le livre à des conseils informels d'un père à son fils. Il cherchait à conserver les connaissances de la culture pour éduquer les générations suivantes.

Caton privilégie dans ses textes le fond au détriment de la forme. Il refuse l'ornementation excessive et préfère un discours sobre.
La valorisation de Caton par Cicéron a été influencée par le débat de l'atticisme. Il présente Caton comme un orateur digne d'être imité dans le Brutus. Cet auteur de la fin du IIIe et début du IIe siècle se voulait un modèle de l'esprit vieux-romain et de ses antiques vertus: droiture, intégrité, frugalité, acharnement au travail, patriotisme intransigeant.

 

Bibliographie

Jacques Gaillard, Approche de la littérature latine : des origines à Apulée, Paris, A. Colin, 2014.

La littérature de l'époque archaïque : des origines à la mort de Sylla, la période prélittéraire et l'époque de 240 à 78 av. J.-C., éd. par Werner Suerbaum ; avec le concours de Jürgen Blänsdorf ... [et al.] ; et une introd. à l'ensemble de l'oeuvre de Peter Lebrecht Schmidt ; version française sous la dir. de Gérard Freyburger et François Heim., vol. 1, Brepols, Turnhout, 2014, pp.243-440.

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