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ArteHistoire

Histoire de la littérature latine antique - La période de formation (IIIème siècle av. J.-C.)

4 Juin 2017 , Rédigé par Sabrina Ciardo Publié dans #Histoire, #Archéologie

La littérature latine de l'antiquité est transmise de façon fragmentaire, allant jusqu'à un simple titre, ou de façon entière. Une petite partie de cette production nous est connue et pour deux raisons. D'une part, une partie de ces textes ont été détruits par les accidents et les catastrophes de l'histoire, tel que l'incendie qui ravagea la bibliothèque d'Alexandrie en 47 av.J-C. D'autre part, le livre antique était constitué de fibre de papyrus, matière peu résistante et sujette à un vieillissement rapide. Les ouvrages prenaient la forme d'un rouleau, dont le maniement était peu commode, mais également fragile. La conservation de ces textes s'est faite grâce à des copies, réalisées sur d'autres supports au cours des siècles, tels que des codex, prenant la forme de cahiers. Or, ceux-ci n'ont pas toujours été considérés importants et ont disparu suite à un désintérêt général à l'époque du copieur. La disparition de certains textes latins a été aussi due à ce dernier phénomène.

Qu'est-ce qu'un texte antique?

Nous classons dans la catégorie de textes antiques les textes épigraphiques soulevant des problèmes historiques, institutionnels et mentaux.
Parmi les plus anciens types de "livres" figurent les libri lintei ("les livres de lins"), qui ont été utilisés non seulement chez les anciens Romains, mais aussi chez les Samnites, les Herniques et les Etrusques pour des transcriptions sacrées. De tels livres comportaient chez les Romains également des listes des magistrats de l'année, depuis environ 509 av. J.-C.
Un autre support plus répandu, préfigurant le codex, était les tabulae. Le plus souvent sous forme de panneaux de bois recouverts de cire, elles étaient reliées pour former une unité. Elles ont été utilisées essentiellement à des fins de documentation et d'archivage, jusqu'à l'époque impériale.
Du IIIème au Ier siècle av. J.-C., le rouleau de papyrus était la forme habituelle du livre pour les textes littéraires latins. Une grande partie de lambeaux de textes sur papyrus se trouvent en Égypte à cause des conditions climatiques. Une bonne partie de cette littérature est en grec, mais une petite proportion est tout de même conservée en latin.
Un texte antique peut également être conservé dans des manuscrits ou des codices, dont la majeure partie se trouvent dans une bibliothèque publique ou semi-publique. Dans ces lieux d'études, nous trouvons surtout des livres de la latinité classique conservés dans des copies médiévales. Les codices les plus anciens remontent au IXème et XIème siècle et c'est notamment durant la renaissance carolingienne que ces copies ont explosé, car Charlemagne a réinventé un système culturel sur le modèle culturel romain classique. Ces manuscrits conservent différentes versions de ces copies, car des fautes au moment du recopiage se sont glissées ou un moine a ajouté une correction, ou encore certaines lignes étaient trop abîmées pour être recopiées.
La première bibliothèque publique a été fondée peu après 39 av. J.-C. par Asinius Pollion. La culture livresque manifeste de presque tous les Romains lettrés prouve cependant qu'ils possédaient eux-mêmes des collections de livres privées ou qu'ils y avaient accès.

La culture grecque et la civilisation romaine

Contrairement à la littérature grecque, la littérature latine s'est développée avec un temps de retard et dans une large mesure sous l'influence de cette première. Les poèmes homériques, marquant le début de la littérature grecque, ont été composés autour du VIIIème siècle av. J.-C., tandis qu'à Rome, la première pièce de théâtre de Livius Andronicus, considéré comme le père fondateur de la littérature latine selon Cicéron, a été présentée qu'en 240 av. J.-C. Pourtant, il faut attendre les premières comédies de Plaute, un quart de siècle plus tard, pour avoir les premiers textes suivis.
A ses débuts, la littérature latine s'est développée en traduisant et en adaptant les répertoires et les thématiques de la littérature grecque. Ce sont surtout le théâtre, la poésie et la prose philosophique qui en sont les exemples les plus frappants de ce phénomène. Elle va surtout imiter la littérature athénienne et alexandrine. C'est ainsi que le vieux vers saturnien, propre aux dialectes de l'Italie centrale, a été vite abandonné au profit de la versification grecque, dont certaines règles ont été modifiées afin de les rendre compatibles avec les exigences rythmiques et mélodiques du latin.

Les origines

Rome a été fondée en 753 av. J.-C. et son histoire s'étend jusqu'au milieu du IIIème siècle av. J.-C. Or, la littérature n'apparaît que cinq siècles après sa fondation! Nous ne connaissons pas les écrits avant la naissance de la littérature latine proprement dite, mais des témoignages de l'écriture à Rome sont conservés par bribes d'inscriptions qui remontent au VIème siècle av. J.-C. Nous supposons qu'une culture orale a dû séparer ces deux siècles avant le premier texte latin. Durant ces siècles obscurs, plusieurs rois sont chassés depuis 509 et les institutions publiques sont mises en place, grâce à l'écriture, en 450 av. J.-C. avec la Loi des XII Tables. Mais, en 390 av. J.-C., les Gaulois saccagent Rome et détruisent les archives antérieures à cette date. L'hypothèse selon laquelle, une tradition orale s'était mise en place durant ces siècles-là est proposée suite à la mise en place des premiers jeux scéniques en 364 av. J.-C. Une période de construction s'est produite sous Appius Claudius entre 312 et 308 av. J.-C. Rome a été ensuite engagée dans la guerre contre Tarente et Pyrrhus, roi d'Epire, en 280 av. J.-C., et s'est aboutie par la victoire des Romains en 272 av. J.-C. Une autre guerre a occupé les pensées de ce peuple entre 264 et 241 av. J.-C. Il s'agit de la première guerre punique. Durant ce IIIème siècle av. J.-C., l'empereur Tacite donne un nouveau souffle à la littérature latine en promouvant la diffusion des écrits.
Les premiers jeux séculaires se développent en 249 av. J.-C. et l'année selon laquelle la littérature latine a débuté se situe autour de 240 av. J.-C. Mais de cette littérature archaïque il ne nous reste plus que le 20%.

Poésie épique et tragique

La période féconde de la tragédie latine s'étend de 240 av. J.-C. jusqu'au Ier siècle av. J.-C. et les auteurs fondateurs de la poésie épique et tragique sont Livius Andronicus, Gnaeus Naevius et Quintus Ennius.

Livius Andronicus (v.285 - v.204 av. J.-C.)

Ce poète provient du Sud de l'Italie qui était alors hellénisé. Il était donc Grec et sa langue maternelle n'était pas le latin. Culturellement, cette partie de l'Italie est très importante, car elle va influencer la littérature latine. Son nom Andronicus/Andronicos est très grec, par contre son prénom Livius est typiquement latin. Cet auteur avait été fait prisonnier par les Romains lors de la prise de Tarente, en 272 av. J.-C. probablement. Il est devenu l'esclave d'un membre d'une grande famille de l'époque, M. Livius Salinator. A titre d'esclave, il se serait occupé à Rome de l'éducation des enfants de ce dernier et il a été affranchi en lui donnant son nom: L. Livius Andronicus. En 240 av. J.-C., à la fin de la première guerre punique, cet auteur avait été chargé par les magistrats de composer et de mettre en scène, probablement aux ludi Romani, une fabula cothurnata sur le modèle grec. Il a été le premier à délaisser la satire pour composer des pièces à sujet, selon Tite-Live, et il prenait également la place d'auteur et d'acteur dans ses pièces.
Durant le consulat de Marcus Livius Salinator, en 207 av. J.-C., il a composé, à la demande de l'état, une chanson processionnelle dans le but de mettre en garde contre des mauvais présages.
Livius Andronicus a écrit plusieurs pièces de théâtre à différentes occasions, comme pour les jeux scéniques. Ces pièces de théâtre sont des tragédies (Achilles, Ajax mastiphogorus, Andromède, Equus Troianus, Aegisthus, Hermiona, Danaé, Tereus), dont la plupart sont reprises des oeuvres de Sophocle, et des comédies (Gladiolus, Ludius, Verpus). Malheureusement, les oeuvres écrites par cet auteur ne sont conservées que de façon fragmentaires (32 fragments de 8-10 tragédies). Nous connaissons encore aujourd'hui ces fragments à travers les grammairiens de l'Antiquité tardive. Le théâtre est le genre majeure de la littérature latine antique jusqu'à l'époque augustéenne. Le théâtre représente des sujets grecs, avec des personnages grecs et des décors grecs.
La littérature latine naît avec la poésie épique de Livius Andronicus. Fondateur de l'épopée latine, par la traduction qu'il a donné de l'Odyssée d'Homère, sous le nom d'Odissia, il a abandonné l'hexamètre dactylique pour le vers saturnin, vers typiquement latin. Ce vers a été nommé d'après la terre du dieu Saturne, à savoir le Latium. Mais pourquoi avoir choisi de traduire cette épopée? L'Illiade est un récit de guerre entre les Grecs et les Troyens, tandis que l'Odyssée est une épopée qui raconte le voyage du retour d'Ulysse. Ce dernier, contrairement au premier, propose un tableau géographique et culturel ce qui permet d'inclure les Latins dans un espace culturel qu'ils vont revendiquer. C'est notamment par des évènements qui se sont passés en Italie, en Sicile, qui feront entrer l'Odyssée dans un processus de  romanisation. Sa pratique de l'épopée est restée sans successeur notable: Naevius et Ennius ont emprunté de nouveaux chemins. Le premier par le contenu, à savoir un sujet de couleur romaine (Bellum Punicum), le second par la forme, à savoir l'emploi de l'hexamètre, et non du saturnien (Annales).

Livius Andronicus a adapté le sénaire iambique et le septénaire troachique par rapport aux exigences de la langue latine: grâce à sa richesse en longues syllabes, les accents sont davantage marqués sur le mot.

Gnaeus Naevius (v.270 - v.201 av. J.-C.)

Cet auteur vient de la Campanie, région également marquée par la culture grecque, et avait servit dans l'armée romaine durant la première guerre punique avant de s'installer à Rome. La biographie de Naevius est donnée par Varron. Ce dernier affirme que cet auteur aurait représenté sa première fabula en 235 av. J.-C. et la dernière pièce semble dater de 204 av. J.-C. Naevius a créé, comme Livius Andronicus, des épopées et du théâtre, par contre il a davantage écrit des comédies. Nous conservons encore 37 titres de comédies (palliatae) et 6 titres de tragédies (tragoediae) composées d'après un modèle grec, et pour la première fois, au moins deux drames, dont le sujet était issu de l'histoire romaine.
Le nombre de fragments montre que Naevius était moins productif et apprécié comme auteur de tragédies que de comédies. Il a manifestement emprunté à la nouvelle comédie grecque ses personnages traditionnels.
Naevius est considéré le créateur de la tragédie "prétexte", fabula praetexta, à savoir la tragédie romaine. Ce genre tire son nom de la toge à bande pourpre des magistrats romains. Il s'agit d'une histoire tirée de l'histoire romaine et non de la mythologie grecque pour devenir drame historique national. Ces histoires se résument en deux titres: Romulus et Clastidium. Romulus est une protohistoire de Rome, tandis que Clastidium se passe dans l'époque contemporaine avec un magistrat romain supérieur comme héros.  La première tragédie traite de la victoire de M. Claudius Marcellus près de la ville Clastidum (non loin de Piacenza) en 222 av. J.-C. sur les Insubres celtes sous les ordres de Virdumarus. Le consul a obtenu ce faisant lesdits spolia opima, pour avoir tué de ses propres mains le souverain celte ennemi. La deuxième praetexta traitait de l'histoire de Romulus et de Rémus et de la louve. Ici, ce n'est donc pas un sujet contemporain qu'il a traité, mais le thème national par excellence: le mythe de la fondation.
Or, il a tout de même écrit une épopée mélangeant des faits réels romains à la légende. Il a créé ainsi le Bellum Punicum, une histoire contemporaine, contrairement à Livius Andronicus, et de la protohistoire (depuis le départ d'Enée de Troie jusqu'à la fondation et à la dénomination de Rome par Romulus). Cette épopée romaine retrace la guerre punique, à laquelle l'auteur avait participé, en renvoyant à la mythologie romaine, comme la chute de Troie, la venue d'Enée à Carthage, en Italie, puis dans le Latium. Il semblerait, d'après Cicéron, que le Bellum Punicum est une oeuvre de vieillesse de Naevius. Si cette information s'avérait vraie, l'épopée aurait été écrite au cours de la deuxième guerre punique, de 218 à 201 av. J.-C.. A l'origine, le Bellum Punicum était écrit en un seul livre, sans divisions en livres, en un seul rouleau de papyrus. C'est seulement plus tard, sans doute à la fin du IIème siècle av. J.-C., qu'il a été divisé en sept livres, par le philologue C. Octavius Lampadio. L'épopée de Naevius se divise visiblement en deux parties divergentes par le contenu ainsi que la forme: les trois premiers livres, la partie "mythique", contiennent, dans le style épique d'Homère, la pré- et la protohistoire de Rome depuis la fuite d'Enée de Troie jusqu'à la fondation de Rome par son petit-fils Romulus; les livres IV-VII présentent, dans le style des "chroniques", les événements de la première guerre punique.
Naevius a été considéré, par ses récits à sujets romains et en vers romains, le père de la littérature latine proprement dite. Il est également le premier à avoir réuni, dans la langue latine, la préhistoire (homérique) et l'histoire contemporaine (sous forme chronologique) de Rome, dans une épopée historique écrite dans la forme métrique indigène du vers saturnien et dans l'esprit d'une idéologie qui met en avant des valeurs romaines et la légitimation divine de la vocation de Rome à la domination.

Quintus Ennius (239 - 169 av. J.-C.)

Ennius fait partie de la génération suivante des grands écrivains d'épopées. Il est né en 239 av. J.-C. à Rudies en pays messapien (près de l'actuelle Lecce). Il parlait initialement grec, mais avait appris le latin par la suite. Il s'est enrôlé dans l'armée et en 204 av. J.-C. se retrouve en Sardaigne, où il a été remarqué par Caton l'Ancien. Ce dernier était questeur et avait amené avec lui Ennius à Rome, où celui-ci avait enseigné le grec et le latin. Il aurait vécu sur l'Aventin dans des conditions modestes.  Il a noué des liens avec plusieurs Romains hauts placés, comme on peut le conclure d'allusions ou de prévenances dans sa poésie. Plus tard, de 189 à 187 av. J.-C., Ennius a accompagné M. Fulvius Nobilior dans sa campagne en Etolie (région de la Grèce), à titre de consul, pour prendre la ville d'Ambracie. Il avait comme fonction "poète de cour".
Cet auteur s'est éteint en 169 av. J.-C. pendant la représentation de Thyeste, une de ses pièces, lors des ludi Apollinares.

Ennius a écrit plusieurs tragédies, dont la plupart sont transposées et sont donc des sujets troyens. Les titres et les fragments de 20 tragédies nous sont parvenues: Achilles, Aiax, Alcmeo, Alexander, Andromacha aechmalotis, Andromeda, Athamas, Cresphontes, Erechteus, Eumenides, Medea exul, Hectoris lytra, HecubaIphigenia, Melanippa, Neema, Phoenix, Telamo, Telephus, Thyestes. Malheureusement, il ne nous reste plus que quelques vers repris par les grands auteurs comme Cicéron, Varron, Aulu-Gelle. Il a également écrit deux fabulae praetextae: Ambracia et Sabinae.
Comme ses prédécesseurs, Ennius a composé une épopée qu'il a intitulée Annales, nom associé aux calendriers institués à Rome par Numa. L'oeuvre se présente comme une histoire épique de Rome en 18 livres, écrite en hexamètre dactylique (vers grec donnant un style plus élevé), mais en langue latine. Son épopée était la première présentation d'ensemble de l'histoire romaine en langue latine. Elle se présente comme une conciliation des évènements d'années après années. Cette épopée se veut une oeuvre historique et patriotique. Malheureusement, de ces 18 livres, il ne reste plus que 600 vers. L'histoire de Rome débute avec la fuite d'Enée de Troie jusqu'au présent immédiat. On peu reconnaître une structure d'ensemble par triades, qui masque le contenu en principe linéaire de l'épopée: ann. I-III contiennent la préhistoire romaine jusqu'à la fin de la royauté; ann. IV-VI la période de la république jusqu'à la guerre avec Pyrrhus en 280-275 av. J.-C., à laquelle est consacré tout un livre. Le début d'ann. VII est marqué par un nouveau proème métalittéraire et, du point de vue du contenu, par un saut au-dessus de la première guerre punique, passée visiblement sous silence par égard au Bellum Poenicum de Naevius; c'est avec ce livre que commence le traitement de l'histoire contemporaine: ann. VII-IX sont consacrés à la guerre contre Hannibal (218-201 av. J.-C.). Une invocation aux muses au début  d'ann. X inaugure l'évocation de la deuxième guerre macédonienne (200-197 av. J.-C.). A partir du livre X, le récit d'Ennios a dû être plus détaillé avec plus de mises en scènes: ne sont, en moyenne, traitées que deux années par livre dans ann. X-XV. Ann. XII avait peut-être un épilogue; pour la triade XIII-XV, on n'est pas tout à fait sûr de ce que la guerre contre Antioche III de Syrie (192-188 av. J.-C.) y a été, entre autres, traitée. Pline l'Ancien rapporte qu'Ennius a "ajouté" le seizième livre des annales par admiration pour T. Caecilius Teucer et son frère: on en a conclu qu'Ennius voulait à l'origine finir les Annales avec le livre XV, vraisemblablement avec le triomphe de son mécène M. Fulvius Nobilior en 187 av. J.-C., après sa campagne de 189 av. J.-C. contre les Etoliens. Ennius a marqué l'épopée latine en remplaçant le vers saturnien par l'hexamètre.
Il est également le premier auteur à avoir écrit des satires et de la poésie lyrique. Il a introduit des consonnes doubles dans la langue écrite et 1100 abréviations.

La comédie latine


La comédie latine possède trois formes différentes de représentations. La première est la palliata, une comédie latine ayant un sujet grec. Les décors, les costumes, les personnages et même l'oeuvre originale de laquelle la pièce est tirée sont tous grecs. D'ailleurs le nom de palliata dérive du large manteau grec (pallium), considéré comme le vêtement typique de ce genre. La deuxième forme de comédie est la comédie attelana, jeux improvisés. La troisième forme est celle de la togata, dont le nom provient du costume typiquement romain. Cette dernière représente des sujets romains avec des costumes, des personnages et des décors romains dans un milieu urbain. Ces comédies étaient représentées lors des jeux.
La période féconde de la comédie (palliata) s'étend de 240 av. J.-C. jusqu'au IIème siècle av. J.-C. La togata, qui subit l'influence de la première, n'a été développée que par quelques auteurs, dans le deuxième tiers du IIème siècle av. J.-C. et dans le premier tiers du Ier siècle av. J.-C. L'atellana est devenue un genre littéraire vers la fin du IIème siècle et début du Ier siècle av. J.-C.
La comédie est écrite en vers et est constituée d'un prologue qui explique les circonstances dans lesquelles l'auteur a écrit la comédie. Dans ce prologue la scène nous est expliquée. Cette partie du texte/discours comique est prononcé par une autre personne que le comédien. et donne toutes les informations nécessaires aux spectateurs de toutes les classes sociales.
La comédie latine s'inspire de la nouvelle comédie grecque jouée à Athènes durant le IIIème siècle av. J.-C., dont l'auteur le plus connu est Ménandre. La comédie latine se veut une critique de la société de l'époque. Les intermèdes lyriques sont supprimés pour ne laisser place qu'aux acteurs sur scène.

Des différences entre le théâtre grec classique et le théâtre latin sont déjà perceptibles dès les premiers emprunts: 1. Les différences de dramaturgie et de métrique entre la tragédie et la comédie vont être en grande partie atténuées. 2. Le choeur est absent dans la comédie alors que, s'il était présent dans la tragédie, il n'était plus intégré à l'action. 3. De sorte que disparaît la division habituelle du théâtre hellénistique en cinq actes, ce qui explique quelques modifications de dramaturgie dans la comédie. 4. L'élément musical dans la tragédie et la comédie a été considérablement renforcé par la transformation en vers chantés (cantica) des vers parlés. 5. Les mètres obéissent à une répartition différente, suivant laquelle les vers longs mélodramatiques sont préférés aux vers parlés plus courts. 6. En raison de la préférence pour les effets dramatique et la peinture des caractères ont été négligées. 7. La prise en compte dans la comédie hellénistique de données locales et actualisées rend possible leur transposition dans le monde italique, sans en ruiner l'esprit. Les noms des lieux, exclusivement grecs, où se déroule l'action sont interchangeables à volonté. 8. Les fragments de tragédie et les comédies dont nous disposons comportent de nombreuses réflexions de philosophie populaire et des discussions sur le notions de valeurs. 9. Le théâtre romain, qui repose sur des modèles grecs - de préférence la palliata -, a été influencé aussi par les formes d'organisation du théâtre grec de l'Italie du Sud, par la farce populaire italienne et par les Etrusques.

Plaute (254 - 184 av. J.-C.)

Titus Maccius Plautus provenait d'Ombrie, de la ville de Sarsina. Il est venu par la suite à Rome pour faire carrière dans le métier du théâtre. Plaute est le premier auteur du Nord de l'Italie et il se spécialise uniquement dans la comédie. Il aurait écrit plus de cent comédies, mais seulement 21 ont été conservées.
Les sujets des comédies de Plaute sont empruntés au théâtre comique grec de la fin du VIème - début du IIIème siècle av. J.-C. (Alexis, Démophile, Diphile, Ménandre, Philémon sont quelques noms de ces grands auteurs de la comédie grecque). Plus de la moitié des pièces de cet auteur latin sont précédées d'un prologue que prononce tantôt un dieu, tantôt un personnage nommé Prologus. C'est durant cet instant que Plaute présente l'intrigue de sa pièce et obtient ainsi les bonnes grâces du public.
Durant l'intrigue, l'auteur met en valeur le dynamisme et la ruse de l'esclave-meneur de jeu. Le canevas général des pièces se fonde sur l'amour contrarié d'un jeune homme pour une courtisane ou une jeune fille enlevée à sa famille et prisonnière d'un leno (un marchand de femmes). Pour libérer la belle, il faut trouver de l'argent pour l'acheter, mais le jeune homme n'en a pas et son père le traite durement. C'est à ce moment-là qu'intervient l'esclave. L'intrigue se termine souvent par une scène de reconnaissance: la jeune fille est en réalité de naissance libre, le leno est dépossédé et bafoué, l'esclave obtient le pardon de son père et les jeunes gens se marient le jour même. Dans ces comédies, l'esclave est le vrai meneur de la pièce, le vrai héros. Il est rusé, vantard et doué d'une exubérance verbale prodigieuse. De plus, il interagit avec le public, dont les personnes visées sont souvent les sénateurs, l'élite, et va jusqu'à les traiter de voleur.
La forme métrique de ces comédies se distinguent d'une pièce de théâtre moderne. Celles-ci alternent des parties récitatifs - dont les vers sont longs, des ballets agonistiques présentent des duels entre deux personnages et des parties qui font rire -, des parties parlées - c'est-à-dire un dialogue dont l'avancement de l'intrigue n'est pas spécifique - et des parties chantées - parties accompagnées par la flûte sur un thème populaire très apprécié. Plaute utilise la musique pour souligner une situation, exprimer un caractère et
rythmer l'action.

Dans ses comédies, Plaute aime jouer avec la confusion en mélangeant un personnage pour un autre à l'aide des jumeaux. Il est également le premier auteur a avoir introduit des dieux sur la scène comique.
Plaute a écrit plusieurs pièces qui ont été conservées par Varron, car la postérité romaine avait besoin de garder des traces d'un auteur qui fasse rire les Romains. Voici le résumé de 21 oeuvres conservées:
1. Amphitruo: Présentée comme une pièce mêlant tragédie et comédie, Jupiter a pris l'apparence d'Amphitryon, général thébain parti en guerre. Peu avant le retour victorieux de ce dernier, le dieu a séduit Alcmène et engendré Héraclès, son fils demi-dieu. Le dieu Mercure le seconde dans le rôle de l'esclave d'Amphitryon, Sosie, et il a pour mission de refouler les deux hommes qui reviennent avant l'heure chez eux, pendant que Jupiter se repose une dernière fois auprès d'Alcmène, au cours d'une nuit prolongée par la toute-puissance du dieu. Sosie et Amphitryon échouent devant la puissance de leurs doubles divins, jusqu'à ce que, à la fin, après la naissance de deux admirables jumeaux, le mystère de la substitution soit dévoilé par Jupiter en personne.
2. Asinaria, "La comédie des ânes": Déménète demande à Liban, l'esclave et le confident de son fils Argyrippe, de l'escroquer, lui et sa riche mais tyrannique épouse Arémone, afin de procurer à Agyrippe les ressources nécessaires pour entretenir son idylle avec la courtisane Philénie. Cette dernière a encore un autre amant insolvable, Diabole, qui est mis à la porte par la mère de la jeune fille, une lena sans scrupules, qui ne pense qu'au profit. Liban réussit, avec l'aide de l'esclave Léonide, à soutirer l'argent à un marchand qui vient payer le prix de la vente de deux ânes à l'intendant d'Artémone. Mais Agyrippe est exploité de manière éhonté par les esclaves qui l'avaient aidé à retrouver la courtisane. Le père lubrique, Déménète, est également dénoncé à sa femme par Diabole désabusé. La honte du vieil homme concupiscent et le couple d'amoureux enfin réuni forment la fin de la pièce.
3. Alulularia, "La comédie de la marmite": En proie à une angoisse maladive à propos d'une marmite pleine d'or, qu'un ancêtre a enfouie dans sa maison, le pauvre paysan Euclion est devenu quelqu'un de bizarre. Il n'a pas remarqué que sa fille, qui a été violée par Lyconide, le fils du voisin, au cours d'une fête nocturne en l'honneur d'une divinité, est sur le point d'accoucher. Bien que méfiant, il consent à donner sa fille en mariage à son riche voisin Mégadore. Lorsque Euclion veut mettre en sûreté sa marmite d'or avant les préparatifs du mariage qu'il la cache hors de sa  maison, elle lui est volée. Tout d'abord, il tient Lyconide pour le voleur, lequel, pris de remords, demande la main de sa fille, puis il finit par donner en dot à sa fille le trésor qui l'oppresse tant.
4. Bacchides, "Les deux soeurs Bacchis": Pistoclère, qui a retrouvé à Athènes la jeune Bacchis (II), la maîtresse de son ami Mnésiloque, auprès de sa soeur jumelle qui porte le même nom (Bacchis I), consent, malgré la protestation de son pédagogue, l'esclave Lydus, à fournir son aide pour libérer Bacchis (II), qui se trouve au pouvoir du militaire Cléomaque. Chrysale, l'esclave de Mnésiloque, qui est arrivé entretemps, se procure l'argent nécessaire, en dupant Nicobule, le père du jeune homme. Mais lorsque Mnésiloque voit son ami auprès de Bacchis (I), ignorant qu'il y a deux soeurs jumelles, il croit avoir été trompé et il rend l'argent à son père. Une fois la confusion levée, Chrysale, à l'aide de deux fausses lettres, doit procurer pour la deuxième fois l'argent qui servira à libérer et entretenir la maîtresse. La pièce finit avec les deux soeurs qui séduisent les pères des deux jeunes gens.

5. Captivi, "Les captifs": Un riche Etolien, Hégion, pour pouvoir libérer son propre fils, fait prisonnier de guerre, a acheté en masse de nombreux prisonniers de guerre venant d'Elis, parmi lesquels se trouvent Philocrate et l'esclave de celui-ci, Tyndare. Mais lorsque Philocrate, après avoir échangé ses vêtements avec son esclave, recouvre la liberté, Hégion en colère punit le dévoué esclave en l'envoyant dans les carrières. Philocrate, cependant, revient avec Philopomène, le fils de Hégion, et il lui livre en outre l'esclave Stalagme, qui autrefois avait enlevé l'autre fils de Hégion. Ce dernier n'est autre que Tyndare, que le repentant Hégion fait sortir des carrières.
6. Casina: Le vieux Lysidame et son fils Euthynique sont tous deux tombés amoureux de Casine, la fille adoptive de leur esclave et chacun envoie, pour être sûr de ne pas être découvert, un intermédiaire en tant que futur marié: le père envoie son fermier, le rustre Olympion, et le fils sont écuyer, l'élégant esclave de ville Chalinus. Mais Cléostrate, qui devine les plans de son mari, intrigue en faveur de son fils. Pour ce qui est de l'action scénique, qui tourne autour du vieillard lubrique, elle peut se passer non seulement d'Euthynique, mais aussi de Casine. Lorsque la jeune fille, après une violente querelle de ménage, est attribuée à Olympion, Clostrate fait prendre à Chalinus le rôle de la mariée. Ce dernier rosse Olympion et l'entreprenant Lysidame. La pièce finit sur le ridicule pitoyable du vieillard.
7. Cistellaria, "La comédie de la cassette": La jeune courtisane Sélénie est désespérée, car a son amant Alcésimarque doit épouser une autre femme. Elle quitte la maison qu'elle habite avec d'autres, pour rejoindre sa nourrice, la lena Mélénis, qui défend l'entrée de la maison à Alcésimarque en dépit de ses serments de fidélité. Ce dernier enlève Sélénie de force et l'emmène chez lui. Finalement, avec l'aide de l'esclave Lampadion, on découvre qu'elle est la fille de Démiphon, un marchand de Lemnos, et sa femme Phanostrate, qu'il avait violée lors d'un séjour à Sicyone et qu'il avait épousée plus tard.
8. Curculio, "Le charançon": Phédrome est amoureux de Planésie, mais celle-ci est aux mains du marchand de filles, Cappadox. Le jeune homme obtient l'aide de son esclave Palinure, afin de trouver l'argent nécessaire. Il a juste le temps de saluer rapidement sa maîtresse, avant de devoir laisser la place à l'antipathique proxénète. Le parasite Curculion, de retour de voyage, ne rapporte pas l'argent escompté mais le sceau du soldat Thérapontigonus, avec lequel il pourra libérer la jeune femme. Le soldat, le proxénète et un banquier se rendent compte que Curculion les a trompés. Mais l'anneau permet la reconnaissance: Planésie est de naissance libre, Thérapontigonus est son frère et il la fiance immédiatement à Phédrome.
9. Epidicus: Stratippoclès rapporte d'une campagne militaire une belle jeune fille, bien qu'il ait déjà chez lui une maîtresse, une joueuse de lyre, Acropolistis. Son esclave Epidique avait assuré l'entretien de celle-ci sans débourser d'argent, en la faisant passer pour Télestis, la fille du père de Stratippoclès, Periphane, enfant d'un premier mariage, qu'il avait perdue. Il se voit à présent confier la tâche de trouver l'argent nécessaire pour entretenir la seconde maîtresse. Il projette alors de vendre la première maîtresse à un soldat, conseille cependant à Périphane de racheter la prétendue nouvelle maîtresse de son fils, une joueuse de lyre et de la revendre à un soldat, pour pouvoir marier son fils avec sa demi-soeur. Lorsque le soldat arrive pour chercher, de façon inattendue, non pas la deuxième joueuse de lyre, mais la prétendue fille de Périphane, ce dernier comprend qu'il a racheté, grâce à la ruse d'Epidique, deux femmes, deux fois la fausse; Epidique échappe cependant à la catastrophe qui le menace, parque que l'on découvre que la nouvelle maîtresse de Stratippoclès est la vraie Télestis. Comme celui-ci a racheté, par hasard incroyable, sa propre demi-soeur,  il ne lui reste plus, d'après l'avis d'Epidique, qu'à revenir à son premier amour.
10. Menaechmi: Ménechme (I), un fils jumeaux d'un marchand de Syracuse, a été enlevé alors qu'il était enfant et emmené à Epidamne, où il a été adopté par un marchand. Son frère jumeau, Sosiclès, qui a été rebaptisé Ménechme (II) en souvenir de lui, part plusieurs années après à la recherche de son frère. Après avoir parcouru de nombreux pays, il débarque à Epidamne. Lorsqu'il rencontre un parasite et un cuisinier, la courtisane Erotie, l'épouse de Ménechme (I) et son père, un médecin et, finalement, Messénion, l'esclave de Ménechme (II),la ressemblance et le nom identique des jumeaux provoque un tel enchaînement de quiproquos que chacun doit endosser les conséquences de l'action de l'autre. Lorsque les jumeaux finissent par se trouver en présence l'un de l'autre et qu'ils se reconnaissent grâce à Messénion, après un interrogatoire serré, ils décident de quitter Epidamne - et l'épouse querelleuse - pour retourner chez eux à Syracuse.
11. Mercator, "Le marchand": Charinus, que son père Démiphon a envoyé faire du commerce pour l'éloigner d'une courtisane, est revenu de voyage avec une nouvelle courtisane, Pasicompsa, dont il s'est épris. Le père, qui l'a découverte à bord du bateau qui vient d'accoster, cherche avec l'aide de son voisin Lysimaque à avoir une aventure amoureuse avec elle.  Le père et le fils luttent au cours d'une sorte de mise aux enchères à qui obtiendra la jeune fille. Lorsque Charinus ne peut empêcher que sa maîtresse soit achetée par quelqu'un qu'il ne connaît pas, il décide de quitter le pays. Mais Dorippa, la femme du voisin, découvre la courtisane dans sa maison et fait par erreur des reproches à son mari qu'elle croit infidèle. Leur fils Eutychus, ami de Charinus, clarifie la situation et Démiphon, raillé de tous côtés, doit renoncer à son aventure amoureuse. Comme morale de l'histoire, Eutychus promulgue une loi interdisant à tout homme de plus de 60 ans d'avoir une aventure amoureuse.
12. Miles gloriosus, "Le soldat fanfaron": Le capitaine fanfaron Pyrgopolynice a enlevé la courtisane Philocomasie, la maîtresse du jeune Athénien Pleusiclès. Il l'a emmenée à Ephèse, où l'a retrouve Palestrion, l'esclave du jeune homme, capturé de son côté et venu à Pyrgopolynice. Son maître, qu'il a réussi à prévenir, s'installe dans la maison du voisin, chez Périplectomène, un vieil ami de sa famille, et peut rencontrer sa maîtresse grâce à un trou pratiqué dans le mur. Mais comme le gardien de la jeune fille, l'esclave Scélédrus, qui était monté sur le toit, l'a aperçue dans les bras de son amant dans la cour de la maison voisine, Palestrion a l'idée d'une soeur jumelle et induit Scélédrus en erreur, en faisant sortir Philocomasie tantôt d'une maison, tantôt de l'autre. Pour pouvoir la libérer, Palestrion fait croire que la femme du voisin, pour laquelle se fait passer la courtisane rusée, Acrotéleutie, est tombée amoureuse de Pyrgopolynice. Celui-ci tombe dans le pièce et renvoie Philocomasie. Il la remet à Pleusiclès, déguisé en capitaine de bateau. Après le départ des deux amants, Pyrgopolynice est roué de coups dans la maison du voisin pour le punir de l'adultère qu'il projetait.
13. Mostellaria, "La comédie du fantôme": Pendant l'absence de son père Théopropide, parti pour un long voyage d'affaires, Philolachès a dilapidé beaucoup d'argent avec sa maîtresse et avec ses amis, si bien qu'il est fortement endetté. Son esclave Tranion, qui a favorisé cette débauche, s'aperçoit du retour inopiné du père, arrivé au port, et enferme la compagnie de buveurs dans la maison. Pour empêcher le père d'y entrer, l'esclave lui fait croire que la maison est hantée par le fantôme d'un hôte assassiné il y a longtemps et qu'elle a donc été évacuée. Ce mensonge en entraîne d'autres: Tranion doit faire passer le crédit et les intérêts, qu'un prêteur vient réclamer à Philolachès, pour un prêt destiné à l'achat d'une maison de remplacement et il doit convaincre le voisin Simon de laisser visiter sa maison à Théopropide. Alors que la double ruse réussit et que Tranion se passe réellement par deux esclaves, venus chercher leur maître Callidamate, ami de Philolachès. Le vieillard en colère ne réussit pas à faire enchaîner Tranion, car l'esclave se réfugie au pied d'un autel. Callidamate, qui se déclare disposé à prendre en charge toutes les dépenses, permet à Tranion d'échapper finalement au châtiment qui le menaçait.
14. Persa, "Le Perse": Toxile, en absence de son maître, engagé dans une aventure amoureuse, a besoin d'argent pour racheter sa maîtresse, la courtisane Lemnisélénis, au proxénète Dordale. Il fait pression, par la promesse d'un repas, sur le parasite constamment affamé, Saturion, pour qu'il lui prête sa fille pour une vente fictive. Il réussit cependant à obtenir de son ami, l'esclave Sagaristion, qui a détourné la somme qu'il a reçue pour acheter des boeufs, l'argent nécessaire, qui lui permet de racheter sur-le-champ sa maîtresse. Pour rentrer en possession de l'argent détourné, il faut encore procéder à l'achat fictif. Bien que la fille de Saturion se révolte d'abord contre ce procédé déshonorant, elle consent à être vendue, déguisée en esclave, au proxénète, par Sagaristion, lui-même déguisé en Persan. Dordale se laisse tenter par cette deuxième affaire miroitante. Lorsque Saturion réclame sa fille et le menace de poursuites judiciaires pour avoir acheté une personne de condition libre, Dordale doit bien reconnaître qu'il a été dupé par Toxile et se voit contraint de rembourser le montant de l'achat. Toxile triomphe, salue sa maîtresse désormais affranchie et invite aussi Dordale à prendre part au festin, où il est la risée de toute le monde.
16. Pseudolus, "Le menteur": Calidore demande de l'aide à son esclave Pseudolus car sa maîtresse Phénicie doit être vendue le lendemain par Ballion, le marchand de filles (leno), à un soldat macédonien qui a déjà avancé 15 des 20 mines du prix d'achat. L'esclave projette d'escroquer l'argent nécessaire à Simon, le père de Calidore. Il va jusqu'à conclure avec ce père, averti de ses ruses, un double pari (20 mines): de faire en sorte que Simon l'oblige même à prendre l'argent et de réussir à dérober Phénicie au leno. Mais le hasard veut que le stratagème réussisse autrement que prévu: par duperie, Pseudolus parvient à intercepter la lettre, d'une valeur de 15 mines, que le soldat a adressée à Ballion, et reçoit d'un ami de Calidore le reste de la somme. De la sorte, il obtient Phénicie du leno, en se servant d'un faux messager. Ballion perd le pari - lui aussi pour 20 mines - qu'il avait conclu avec Simon selon lequel le stratagème de Pseudolus échouerait. Simon règle ainsi à Pseudolus la somme de son premier pari; le marchand de filles, lui, a tout perdu: l'acompte du soldat, Phénicie et l'argent du pari.
17. Rudens, "Le cordage": Meurtri par l'ingratitude des hommes et par la disparition de sa fille Palestra, Démonès s'est retiré dans une ferme isolée sur la côte proche de Cyrène. Cependant, suite à une tempête provoquée par les dieux, le navire, sur lequel Palestra et sa suivante devaient être amenées en Sicile par l'ignoble proxénète Labrax, vient à s'échouer sur un rivage voisin. Les deux femmes trouvent refuge à proximité du temple de Vénus auprès de la prêtresse Ptolémocratie, si bien que Palestra ne peut retrouver, dans l'immédiat, ni son père, ni son amant Plésidippe. De sont côté, ce dernier a chargé son esclave Trachalion de la rechercher. Face au proxénète, qui atteint justement la plage avec ses compagnons de naufrage, les deux femmes bénificient de la protection de Trachalion, et de Démonès appelé en renfort. La reconnaissance ne devient possible que lorsque Gripus, esclave de Démonès, rapporte la cassette de Palestra qu'il a repêchée en mer et contenant les effets permettant de l'identifier. Il en appelle à l'arbitrage de Démonès contre les prétentions de Trachalion. Le cordage, au bout duquel sont ballottés, comme des esquifs, les personnages, a donné son nom à la pièce. Gripus doit renoncer au trésor, mais gagne sa liberté; seul l'entremetteur repart les mains vides.
18. Stichus: Deux soeurs, Panégyris et Pamphila, sont depuis deux ans sans nouvelles de leurs époux qui, à la suite d'une dispute avec leur beau-père Antiphon, sont partis afin de réparer leur fortune, pour une expédition commerciale. Antiphon veut par conséquent pousser ses filles à se remarier, mais elles s'en défendent adroitement en lui retournant ses préceptes moraux. Or, voici que reviennent les deux frères, annoncés par un parasite toujours affamé, et chargés de trésors. Après les retrouvailles et la réconciliation, Antiphon leur réclame une courtisane en cadeau, mais il en sera privé, tout comme le parasite perdra son invitation tant convoitée à banqueter. La pièce s'achève sur des chants et des danses lestes d'esclaves, car Stichus (l'esclave qui donne le titre à la pièce) avait sollicité une journée de congé après ce long voyage, afin de faire la fête avec son amante Stéphanie chez son rival.
19. Trinummus, "Les trois sous": Parce que Lesbonicus a dilapidé l'argent de son père Charmide, ce dernier est parti en expédition commerciale. Il a confié à son ami Calliclès son fils et sa fille nubile. Calliclès a racheté à vil prix au pauvre Lesbonicus la maison paternelle afin de préserver le trésor que Charmide y avait enterré pour servir de dot à sa fille. Lysitélès demande sa main, bien qu'elle ne semble avoir aucune dot à apporter. Dans un sursaut de générosité, Lesbonicus insiste pour vendre son dernier domaine, pour offrir une dot à sa soeur. Calliclès prélève secrètement de l'argent sur le trésor et le fait transmettre comme étant un don du père parti en voyage, ceci par l'entremise d'un sycophante, qui doit toucher trois sous pour cette commission. Mais celui-ci rencontre Charmide, qui rentre inopinément de voyage et dont la méfiance croît lorsqu'il apprend que sa maison a été vendue à Calliclès son voisin. Après s'être fait brièvement expliquer le bien-fondé de cette affaire, Charmide donne son accord aux fiançailles de sa fille avec Lysitélès et impose un mariage à Lesbonicus, son fils prodigue, comme condition de son pardon.
20. Truculentus, "Le rustre": Diniarque, que sa liaison avec la cupide courtisane Phronésie a pratiquement ruiné, se voit au retour d'un voyage diplomatique, évincé par un riche rival, le soldat Stratophane. En outre, Phronésie, par l'entremise de son esclave Astaphie, aussi rouée qu'elle, convie, comme troisième amant, Strabax un jeune paysan, dont l'esclave Truculentus désapprouve la coûteuse aventure et menace de la révéler à son père; plus tard, il succombe lui-même au charme d'Astaphie. Diniarque, qui balance entre amour et ressentiment, est finalement mis par Phronésie dans la confidence: elle s'est procurée un bébé, par l'entremise de sa coiffeuse Sura, avec lequel elle compte faire chanter le soldat. Mais Calliclès, le voisin, qui a soumis à un interrogatoire sa servante et la coiffeuse Sura, apprend, éberlué, que les deux femmes ont subtilisé le bébé de sa fille, né secrètement, et que son père n'en est autre que Diniarque. Celui-ci se dit prêt à épouser la fille de Calliclès, mais il laisse l'enfant à la rusée Phronésie pour quelque temps encore afin qu'elle puisse duper Stratophane. Dans la scène finale, la courtisane occupe la position d'arbitre du conflit qui oppose ses deux amants rivaux, Strabax et Stratophane.
21. Vidularia, "La valise": Le jeune Nicodème, qui, lors d'un naufrage, a perdu sa bien-aimée Soteris ainsi que tous ses biens, est recueilli par le pêcheur Gorginès après que son radeau se fut échoué sur la plage. Nicodème veut être embauché comme travailleur agricole chez le vieux Dinias, bien que la vie citadine ne l'ait habitué à aucune tâche physique. Dinias, qui a en tête le fils qu'il a perdu, se montre plein de compassion pour le malheureux. Lorsque Gorginès est sollicité pour arbitrer une dispute entre le pêcheur Caciste, les bijoux contenus dans cette dernière permettent la reconnaissance: Nicodème est le fils de Dinias tandis que Soteris, qui s'était réfugiée dans le temple, est la fille de Gorginès.

Le langage utilisé par Plaute est une création essentiellement littéraire. Sans imiter le langage de la vie courante, il stylise et transpose. Le poète privilégie les jeux de mots érudits et savants. Il emploie également un vocabulaire choisi et inventif, faisant parler l'esclave comme un acteur de tragédie et donc parodiant cette dernière forme de théâtre. Plaute emploie un latin qui a largement dépassé la morphologie et la syntaxe archaïsantes, et qui se place sur la voie du préclassicisme.
Parmi les moyens spécifiques de son style, l'auteur emploie encore le latin vulgaire ou les mots empruntés au grec et depuis longtemps enracinés dans la langue latine, que ce soit dans leur usage vulgaire (jurons, mots familiers), technique (technologie et marchandises de luxe) ou soutenu.

Bibliographie

Jacques Gaillard, Approche de la littérature latine : des origines à Apulée, Paris, A. Colin, 2014.

La littérature de l'époque archaïque : des origines à la mort de Sylla, la période prélittéraire et l'époque de 240 à 78 av. J.-C., éd. par Werner Suerbaum ; avec le concours de Jürgen Blänsdorf ... [et al.] ; et une introd. à l'ensemble de l'oeuvre de Peter Lebrecht Schmidt ; version française sous la dir. de Gérard Freyburger et François Heim., vol. 1, Brepols, Turnhout, 2014, pp. 13-242.

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