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ArteHistoire

Les stéréotypes de genre dans les dessins animés de Walt Disney

31 Août 2015 , Rédigé par Célimène Bonjour Publié dans #Etudes genres

Croquis de la Belle au Bois dormant. http://fancysomedisneymagic.tumblr.com/post/1235459849/original-sketch-for-princess-aurora

Croquis de la Belle au Bois dormant. http://fancysomedisneymagic.tumblr.com/post/1235459849/original-sketch-for-princess-aurora

I. Les « Walt Disney »: Un succès et une influence planétaires

Dès le plus jeune âge, les enfants s’identifient aux héros, héroïnes et personnages d’histoires, de contes et de dessins animés (êtres humains ou animaux) qu’ils rencontrent dans les livres, à la télévision et au cinéma.

Nés dans l’esprit de Monsieur Walt Disney au début du XXème siècle, les films d’animation du même nom rencontrent rapidement un vif succès cinématographique dès les années 1930, puis télévisuel. Le personnage qui deviendra l’icône de la culture américaine et des studios Walt Disney: Mickey Mouse.

Quelques années plus tard, le premier long-métrage intitulé Blanche-Neige et les sept nains est diffusé en anglais au cinéma. Puis, les réalisations cinématographiques se succèdent et ce studio atteint la renommée mondiale qu’on lui connaît aujourd’hui. La production s’enrichit et apparaît également à la télévision dans les foyers, puis en cassette VHS et enfin en DVD.

Qu’elle soit appréciée ou dépréciée, l’image de Walt Disney et sa diffusion - associée autant aux productions cinématographiques qu’aux activités telles que ses parcs à thème ou ses produits dérivés - s’inscrivent indubitablement dans ce que l’on appelle la culture de masse, la culture médiatique ainsi que la culture populaire ou « pop-culture ».

Effectivement, le nom participe tout d’abord à la diffusion de la culture américaine et nourrit cette représentation. Ainsi, les pays et les cultures externes sont influencés (américanisés) par cet American way of life qui se reflète dans les films. Puis, dans la continuité de cette influence, on observe une volonté de s’imposer sur le marché mondial. Cette véritable industrie produit donc en grande quantité afin d’atteindre le plus large public possible et d’en profiter un maximum.

Enfin, nous pouvons affirmer que les films et tous les produits dérivés de la marque Disney s’inscrivent dans la culture populaire. En effet, la définition donnée par Edward Jay Whetmore mentionne qu’un élément - comme c’est le cas ici - appartenant à la pop-culture est accessible à toutes les classes de la population, et s’oppose, par définition, à une activité réservée à une élite sociale et méconnue du reste de la société. Ainsi, le nom de Walt Disney est reconnu de manière internationale tout en restant associé à la culture populaire américaine et demeure une référence incontestable pour des millions d’enfants (et d’adultes) à travers le monde. Les valeurs et les messages de ces films incarnent non seulement la pensée de Walt Disney, mais aussi de la communauté américaine toute entière. Au-delà des frontières culturelles, sociales, religieuses, linguistiques ou encore idéologiques, ces valeurs servent de dénominateur commun à l’échelle mondiale. C’est ici le monde entier qui s’unit en partageant des mêmes références.

Or, les « Walt Disney » n’ont pas intéressés que les petits et les grands de manière purement ludique. Plusieurs sociologues et personnalités du monde de la psychologie se sont intéressés et se sont penchés sur les messages et les représentations véhiculées par tout ce qui entoure la production Disney. Par conséquent, plusieurs revues, manuels, études, analyses et critiques divers ont vu le jour. Effectivement, plusieurs personnes constatent que les Walt Disney ont une forte tendance à généraliser les statuts respectifs des hommes et des femmes, leurs comportements et leur physique de manière positive ou négative, ou encore certaines valeurs familiales, éducatives voire même religieuses. Cette généralité, appelée aussi stéréotype, se base sur un modèle ou un caractère singulier admis par la majorité pour être ensuite accentué afin de faciliter l’identification. « Aux Etats-Unis, l'analyse du contenu des programmes a montré que la télévision présente généralement des visions très stéréotypées des rôles masculins et surtout féminin […] ». Or, les stéréotypes présentent des dangers et ne sont souvent pas représentatifs de la réalité, bien plus diverse. Ils poussent le public à restreindre sa vision d’un exemple unique à un ensemble. Ici, nous nous intéresserons plus spécifiquement aux messages et aux représentations de genre et de sexe que ces dessins animés promeuvent et délivrent.

Par conséquent, que disent les dessins animés créés par Walt Disney au sujet des femmes et des hommes ? Comment la féminité et la masculinité sont-elles (re)présentées aussi bien au niveau physique que comportemental ? Peut-on parler de stéréotypes ou même de sexisme ? Y’a-t-il des personnes qui ne rentrent pas dans les catégories préconçues par cette maison de production ? Existe-t-il des personnages féministes ou du moins anti-sexistes ? Si oui, s’opposent-ils aux stéréotypes ?

Ce travail, dans une perspective de genre, s’intéresse donc à extraire et à étudier divers avis émis par des professionnels ou des amateurs au sujet de quelques dessins animés de la culture populaire américaine, connus pas une grande majorité de la population mondiale. Premièrement, nous mettrons en avant, de façon chronologique, les stéréotypes à la fois comportementaux et physiques des personnages féminins dans ces longs-métrages et plus particulièrement des dessins animés classiques dits « Walt Disney » tels que Mulan, Cendrillon, Aladdin…etc. Bien que les héros soient également victimes des stéréotypes, le sujet principal de ce travail porte sur les stéréotypes des femmes dans les dessins animés. Par conséquent, nous nous attarderons principalement sur la construction des représentations associées à la féminité. Deuxièmement, nous tenterons de déterminer si les dessins animés de Walt Disney sont seulement stéréotypés ou si nous pouvons également parler de discrimination tel que le sexisme, machisme et/ou racisme. Nous nous interrogerons également sur la réception et les conséquences de ces longs-métrages sur son public. Pour terminer, nous nous pencherons sur des personnages qui pourraient se révéler être des contre-exemples des catégories développées dans les deux parties précédentes du travail. Nous exposerons des arguments pouvant démontrer qu’il existe bel et bien des personnages et des comportements attribuables au féminisme, opposé au sexisme ou qui vont à l’encontre des clichés.

II. Les stéréotypes

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Définis comme une croyance et une image générales qu’un (ou plusieurs) individu se fait au sujet de caractéristiques d’un autre groupe (classes sociales, cultures, origines…etc), les stéréotypes peuvent être négatifs ou positifs. Pour exemple typique: « (toutes) les blondes sont bêtes » ou « (tous) les Thaïlandais sont gentils ». Par stéréotypes, nous entendons ici tout ce qui concerne la représentation du sexe, mais aussi du genre. Cela inclut à la fois les représentations symboliques, comportementales ou encore narratives, que l’on retrouve partout. Bien que dans cette étude nous nous pencherons plus en détail sur les stéréotypes des femmes et des hommes dans les dessins animés de Walt Disney, notons que ceux-ci ne se restreignent pas qu’au genre et au sexe, mais peuvent s'appliquer à une bien plus large palette (enfants, animaux, cultures ou plus précisément les asiatiques, les gros, les blonds, les roux par exemple).

Les catégorisations peuvent s’avérer utiles pour simplifier des conceptions. Or, le souci advient lorsque ces dernières ne laissent plus de place aux changements et aux diversités possibles. Elles deviennent excessives ou réductrices, irréelles et inexactes. Par conséquent, les distinctions sont accentuées entre les individus qui appartiennent à des groupes différents, tandis que les disparités d’un même groupe sont minimisées. Dès lors, ces représentations du genre posent des problèmes d’identifications, de déformations de la réalité et entraînent de nombreux troubles (complexes, perte de confiance en soi, moqueries ou exclusions). Ces catégorisations existent dans toutes les cultures. Elles changent, apparaissent, disparaissent et évoluent au fil des années selon le lieu, les influences externes et internes. Celles-ci reflètent donc les idéologies des sociétés en général. Nous y reviendrons plus tard.

Les caricatures restent très fortement présentes dans la plupart des médias : journaux, magazines, livres, bandes-dessinées, affiches publicitaires, films, publicités et dessins animés. Même s’il est difficile de dire à quel point les médias - et plus précisément les dessins animés dans ce cas - influencent la vision et le comportement du public vis-à-vis de lui-même et du reste du monde, « [o]n a pu montrer à plusieurs reprises et de manière convaincante que la télévision a une influence sur la conception des enfants vis-à-vis de la réalité sociale ». Selon certains, comme Julie Z., le taux d’influence reste discutable. Elle laisse supposer dans son bref article que certains dénonciateurs ont tendance à exagérer : « Sure, I think Disney created some pretty sexist characters here. But they weren’t exactly dumb bimbos who acted without any purpose throughout the entirety of the movies. ». D’autres pensent tout de même que le public, notamment les enfants, reste vulnérable: « […] des études ont mis en évidence que, déjà l'âge de trois ans, les enfants qui regardent assidûment la télévision ont des vues plus stéréotypées des deux sexes que les enfants qui la regardent moins». Dans tous les cas, les médias, comme les dessins animés ont des fonctions pédagogiques prépondérantes. Leur omniprésence dans la plupart de nos sociétés contemporaines en fait un élément d’apprentissage et un processus d’assimilation d’éléments sexués considérés comme socialement acceptables. Ils participent très probablement à la construction de l'identité de l'enfant, dans sa relation aux autres, avec ses proches et dans sa relation au public.

  1. La construction des représentations associées à la féminité

Pourtant exposées à chaque fois comme uniques, les princesses Disney partagent bien plus de traits communs (physiques et psychologiques) que de différences, correspondant aux idéaux des deux derniers siècles. Les caricatures sont diverses: manque d’ambition, naïveté, gentillesse, passivité, solitude, âme pure, maladresse, soumission, faiblesse physique, voire même faiblesse d’esprit, dépendance financière, sentimentale, sociale, mais aussi voix aiguë, douceur, joie, sensibilité, attention, dévouement, attachement, docilité, maternité, compassion et amabilité démontrent que les personnages féminins manquent de diversités.

Héritiers des contes populaires, la plupart dessins animés reflètent les idéologies d’une société à un moment donné. Ainsi, le statut des femmes dans les Walt Disney correspond le plus souvent à celui des femmes des sociétés occidentales et américaines. De plus, bien que certaines héroïnes Disney appartiennent à d’autres cultures (Mulan, Jasmine, Pocahontas), beaucoup les trouvent fortement occidentalisées: « Cette passivité des personnages féminins dévoile le statut des femmes au sein de la société, elle en dit long sur les relations entre les hommes et les femmes, les dominants et dominées […] ». En plus, : « L’idée de la femme désormais entourée de multiples gadgets ménagers, épanouie dans son rôle de ménagère persiste dans les années cinquante. Disney suit donc cette continuité. D’ailleurs aucune critique ne relèvera ce statut de femme dépendante et inactive dans ses films. ».

De Blanche-Neige à Elsa, en passant par Pocahontas, toutes ces femmes partagent comme représentation stéréotypée leurs apanages physiques. Véritable expression du désir, la beauté devient leur caractéristique principale. Soumises aux normes esthétiques américano-occidentales des différentes époques, elles jouissent toutes de traits fins et jolis qui évoquent les modèles de publicités. Cette beauté répond d’ailleurs aux critères occidentaux et non pas asiatiques, sud-américains ou autre. Dans Blanche-Neige, premier long métrage sorti en 1937, celle-ci est maquillée à l’image des stars d’Hollywood de son époque : rouge à lèvre, cils noirs foncés et recourbés, teint pâle synonyme de séduction et style enfantin qui plaît à cette période. Elle doit représenter toutes les caractéristiques physiologiques et physionomiques de la femme idéale de son époque.

Ne laissant aucune place à l’action, les premières princesses Disney (comme Blanche-Neige et Cendrillon) sont des femmes au foyer qui font le ménage, la cuisine et s’occupent des autres. Miroir de la société industrielle des années trente, cette image ne choque pourtant personne à cette époque. Incapable de sortir seule de la situation difficile dans laquelle elle évolue, la princesse Disney, dans l’attente passive de son sauveur, n’a comme seul atout que ses qualités physiques. Derrière une femme en difficulté, se cache une jeune princesse vierge, éclatante de beauté qui sera révélée grâce à l’arrivée du prince, seul capable d’exposer sa véritable nature. Son seul souhait : le mariage amoureux. Il est montré comme une étape indispensable, synonyme de réussite sociale et affective ultime : « Il est intéressant à ce titre de noter que les princesses ne se marient pas mais qu'elles sont épousées. Cendrillon est ainsi l'objet d'un mariage, alors que son prince en est le sujet ». En qualités féminines, la passivité, la beauté et la serviabilité sont valorisées dans la société occidentale de l’avant-guerre et donc dans les films. Elles provoquent la jalousie et sont la raison et l’enjeu du récit, des épreuves et de la quête du prince.

Puis, petit à petit, au fil des années et notamment grâce à la naissance des courants féministes qui influencent certainement la production cinématographique (entre autre), la société des années 80 - 90 change de mentalité vis-à-vis du rôle des femmes. En conséquence, les femmes des films Disney voient leurs activités, leurs comportements et leurs physiques se diversifier. Même s’il reste des progrès à faire, le comportement, la physionomie et la pression masculine sur les héroïnes Disney évoluent sensiblement. En effet, ces dernières apparaissent plus curieuses, espiègles, fières, sûres d’elles, libres et actives. Courageuses et intelligentes elles rejettent le modèle patriarcal imposé et détiennent le pouvoir. On peut voir émerger doucement un modèle de femmes plus affirmées. Contrairement aux princesses traditionnelles plus anciennes, celles-ci ne sont plus sous l’autorité du père ou du mari. Par ailleurs, on peut même constater que ce sont désormais ces héroïnes qui les révèlent et non l’inverse: ils réfléchissent, aiment, deviennent plus matures et se dotent des qualités de leur bien-aimées, vues comme des modèles à suivre, « […] symbole d’un idéal féminin, elle possède d’innombrables atouts de manière innée, juste par le simple fait qu’elle est une femme; et est donc en cela maîtresse du monde ». En allant à l’opposé des stéréotypes, les personnages féminins comme Mulan, Belle, Fiona (Shrek, 2001) ou encore Jane ne sont plus réduites à des activités ménagères, à leur beauté physique, leur passivité, leur crainte et leur dépendance: Mulan, courageuse, part à la guerre et se bat tout aussi bien que les soldats, Jane entreprend une expédition scientifique sans crainte et se montre toute aussi savante que ses coéquipiers. Même chose pour le personnage de Mérida, dans le film Rebelle - dont le titre est déjà explicite - qui paraît sensiblement se détacher du stéréotype féminin que nous venons de dépeindre: attitude de garçon manqué, cheveux indisciplinés et premier personnage principal féminin de Pixar. « Elle se rebelle contre le destin tout tracé pour elle, refuse de se marier et de devenir une bonne petite femme d’intérieur alors qu’elle aime les longues balades en forêt et le tir à l’arc ». À savoir maintenant s’il ne s’agit pas d’un simple contre-exemple créé par Disney afin d’atténuer les nombreuses critiques. À propos de la texture des cheveux, il ne semble pas puisque technologiquement parlant, cela n’était pas possible auparavant: « […] c’était trop difficile de les dessiner à la main, et ça aurait coûté beaucoup d’argent d’inclure toutes les boucles», explique Brenda Chapman, qui a créé le personnage de Merida, co-écrit et co-réalisé Rebelle[…] Pour Merida, les équipes de Pixar ont passé près de trois ans à développer les logiciels. […] Il a fallu six mois pour ajouter progressivement chaque boucle au modèle de crâne de Merida, jusqu'à obtenir un total d’environ 111.700 cheveux ».

Malgré de larges avis en défaveur de Disney, il existe également des avis partagés quant à la (re)présentation des personnages de ces films. Sans totalement les nier, certains considèrent que ces attitudes et comportements ne sont pas à mépriser et que certains personnages de Walt Disney ne véhiculent pas un message physique et moral totalement dégradant. Perçus comme des avantages, auxquels le public peut s’identifier, certaines démarches sont des véritables qualités. Par exemple, l’attirance notable de Belle (La Belle et la Bête) pour la littérature n’est en rien dégradant: « I’d say an appetite for literature is a pretty good asset to have». Ou encore, bien qu’elle n’ait pas le choix du mariage, le fait que Jasmine puisse choisir son époux peut être vu comme un pas vers l’indépendance. Selon Jude Ninon, les femmes des contes et dessins animés sont appréciées pour leur vertu: sans jamais baisser les bras et malgré les injustices, elles continuent à voir le côté positif des choses. Au final, les qualités et morales véhiculées par le studio Disney sont bonnes à prendre.

Néanmoins, rappelons que certains stéréotypes persistent dans le temps. D’abord, la domination masculine, ou du moins sa présence, perdure. De plus, Disney termine sans cesse ses récits par la même morale: les relations amoureuses, la maternité et le mariage restent des destins incontournables dans l’épanouissement des femmes. Qu’il s’agisse de Belle, Mulan, Jasmine, toutes - ou presque - n’échapperont pas à ce destin et toutes épouseront un beau prince. Ensuite, les stéréotypes physiques restent sensiblement les mêmes. Il suffit d’observer la silhouette des héroïnes pour constater qu’elles sont toutes très fines, portent principalement des robes, ont les cheveux plutôt longs et raides, le même visage ainsi que la même taille. Comme le dit Anne-Michelle Escher: « Their frames could be mixed and matched by switching hair color and clothing. ». Nous observerons, pour terminer, la scène étonnamment similaire de Blanche-Neige (1937) et Raiponce, septante-trois ans plus tard, dans un contexte social et idéologique pourtant différent.

Notons aussi que l’univers manichéen de Disney dessine et distingue aussi les caractéristiques physiques et comportementales des personnages en fonction, non seulement de leur sexe, mais également de leur nature positive ou négative. En effet, les héroïnes de taille fine sont dépendantes des hommes au niveau physique et émotionnel et s’opposent aux femmes fortes qui jouent le rôles des méchantes. Les héros virils et puissants s’opposent eux, aux ennemis masculins faibles et soumis: « […] la nature diabolique de ce[s] personnage[s] s’exprime de manière totalement différente suivant si l’on a affaire à une méchante ou à un méchant. […] ces personnages constituent donc des écarts par rapport à la norme sexiste qui veut que les hommes soient puissants et virils, et les femmes belles, jeunes, dépendantes et soumises à un homme. » Effectivement, les protagonistes s’opposent à la fois physiquement et psychologiquement selon leur rôle dans les récits, ces oppositions étant différentes selon qu’il s’agisse d’un héros et d’un malfaisant ou d’une héroïne et d’une méchante.

Premièrement du côté féminin, Disney oppose à la beauté des héroïnes, l’idée que les méchantes sont automatiquement vieilles et laides. En revanche, les protagonistes masculins ont le droit d’être vieux tout en restant séduisants, comme le père d’Ariel dans la petite Sirène. Deuxièmement, les femmes dominantes et indépendantes occupent souvent le rôle de méchantes : les reines dans Blanche-Neige et Alice aux pays des merveilles, la belle-mère de Cendrillon et ses filles, Maléfique (La belle au bois dormant) ou Ursula (La petite sirène). Ces comportements ont pour conséquence des changements qui tendent à se rapprocher d’un physique et d’un comportement habituellement réservés aux hommes c’est-à-dire puissants, agressifs, actifs, musclés, forts, grands comme Fiona (Shrek) par exemple. Ainsi, afin de distinguer ces femmes cruelles des princesses délicates, Disney pousse leur caractéristiques physiques à deux extrêmes : obèses pour certaines (Ursula, La reine de coeur) ou squelettiques pour d’autres (Cruella, Médusa, Maléfique). Dans tous les cas, celles-ci sont repoussantes. Véritables menaces pour l’autorité masculine, elles jouent le rôle des hommes d’où leur virilité exprimée dans leur corpulence physique et leurs attitudes : elles conduisent avec violence (comme Cruella dans Les 101 dalmatiens), elles fument (Cruella) ou tirent au fusil (Médusa). Le message caché est donc le suivant: toute forme d’indépendance et de dominance est réservée au monde masculin. Ainsi, une femme mettant en cause le commandement patriarcal ne peut être que cruelle, laide et célibataire. La fatalité des femmes est donc d’appartenir à toute forme d’autorité masculine (père, mari, oncle, ami). Et une femme convenable est une femme obéissant à un homme, dépendante de lui à tous les niveaux. À l’inverse, une femme autonome et décidée est immanquablement cruelle et affreuse. L’émancipation des femmes a encore du chemin à faire pour déconstruire l’idée que l’autonomie et le droit des femmes ne sont pas quelque chose de mal.

B. La construction des représentations associées à la masculinité

Comme mentionné plus haut, les personnages de sexe masculin sont représentés dans des rôles plus variés et valorisés. Or, ces derniers sont aussi enfermés dans des attitudes et des traits physiques dégradants, caricaturaux et faussés.

Les premiers princes Disney des années 30, dans Blanche-Neige ou Cendrillon ont un rôle très épisodique. Ils n’apparaissent qu’à la fin du récit. Privés de patronyme, ils sont réduits à leurs présence physique. Leur maturité paraît comme un acquis auquel les femmes ne peuvent aspirer qu’à la fin d’un long apprentissage. Ces souverains sont des libérateurs ôtant leur bien-aimée à leur vie antérieure latente évoquée par l’endormissement ou l’emprisonnement. Puis, avec les changements de conception du genre dans la seconde moitié du XXème siècle, les personnages masculins de Walt Disney connaissent aussi des modifications : les jeunes hommes se voient accordés des noms et prénoms, font de plus longues apparitions et s’individualisent. Dès Aladdin (1992), les protagonistes ne sont plus forcément de sang royal et présentent un caractère bien moins sûr que leurs précurseurs, laissant plus de place aux héroïnes. Contrairement à leur prédécesseurs, tous musclés, courageux, virils, grands, matures, forts et riches, les hommes voient aussi leurs aspects physiques se contraster. On notera la timidité et la maladresse de Flynn dans le film Raiponce: « Lors de sa première rencontre avec Raiponce, il perd d'abord ses moyens. Autant de réactions qui le rapprochent plus de l'antihéros que du prince traditionnel de contes de fées. Cependant, sa posture fière, sa façon caricaturale de s'asseoir jambes écartées et son courage à toute épreuve tendent à le rapprocher des princes de la période Blanche- Neige. ». Notons au reste que certaines attitudes masculines acceptées comme normes dans les années 1930-50 finissent par être critiquées dans les productions des années 1990-2010 : « La posture conquérante qu'adoptaient sans vergogne les princes de la période Blanche-Neige vis à vis des leurs princesses se retrouve par exemple vivement critiquée dans Aladdin. […] Dans Mulan, le film livre une critique simultanée du patriarcat, de la virilité et de l'androcentrisme. Mieux encore, l'héroïne en faisant « l'apprentissage » de la masculinité lors de son service militaire, dé-naturalise le genre. La démarche stéréotypée et ridicule qu'adopte la guerrière en suivant ces conseils agit comme un révélateur de l'arbitraire des codes masculins. Les efforts répétés de Mulan pour se faire passer pour un homme conduisent d'ailleurs à une multiplicité de situations extravagantes tirant leur comique de cette même logique de déconstruction ». Malgré tout, d’autres représentations masculines demeurent constantes tout au long des époques, comme la différence d’âges entre les figures masculines, plus âgées que les princesses souvent bien jeunes (Blanche-Neige n’a que 14 ans). À l’opposé des princesses, ces hommes sont principalement dans l’action: synonyme de réussite, ils combattent, gagnent, partent à l’aventure, sont libres et deviennent les véritables héros. Par ailleurs, même si au fil des époques, les personnages masculins se distinguent physiquement plus facilement que les femmes, ils restent soumis aux normes esthétiques.

Dans le même schéma que les méchantes, les méchants comme Jafar (Aladdin), Scar (Le roi lion), Dr. Faciliter (La princesse et la grenouille), sont aussi opposés en tous points aux héros. La virilité étant associée à un physique musclé et un comportement affirmé, les méchants sont presque systématiquement, eux aussi, dévalorisés: « Ces derniers tendent souvent à être soit squelettiques, […] soit obèses. Dans tous les cas, ils ne possèdent ni les proportions parfaites des héros, ni leur agilité et/ou leur puissance dans l’action. ». En réalité, cette dévalorisation et « dé-virilisation » s’expriment tous deux dans la féminisation de ces personnages. En effet, la féminité étant associée à la faiblesse et la fragilité, ces ennemis se voient donc décernés des attributs féminins: « […] c’est surtout dans leur manière de bouger et de parler que les méchants sont les plus féminins. Leur voix va régulièrement s’aventurer dangereusement du côté des aigus, tandis que leur façon de s’exprimer est parfois assez soutenue et maniérée (Scar, Shere Khan, ou Edgar par exemple). Leurs poses et leurs mouvements sont par ailleurs souvent connotés comme féminins. »

IV. Sexisme, machisme ou stéréotype ?

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  1. Le problème des discriminations

Outre les stéréotypes (féminins et masculins) mis en avant par plusieurs spécialistes ou amateurs, on observe également des attitudes discriminatoires dans les Walt Disney, ainsi que dans les médias en général, comme le racisme, le machisme et le sexisme.Le sexisme est défini comme une attitude qui distingue les individus de par leur sexe. Cette attitude donne au sexe opposé une valeur inférieure ou supérieure en lui attribuant des traits caricaturaux. Souvent, le sexisme va de pair avec le machisme qui attribue aux hommes « le meilleur rôle dans le couple et la société, aux dépens des femmes reléguées au second plan, exploitées comme objet de plaisir » .

Comme mentionné plus haut, les stéréotypes touchent tous les genres, catégories et races dans les Walt Disney. Or, à cela s’ajoute l’inégalité entre les hommes et les femmes avec la présence d’une la forte dominance masculine dans les cartoons aussi bien classiques que plus récents. Les dessins animés tels que La princesse et la grenouille, Aladdin ou encore La petite sirène sont marqués par des attitudes inégalitaires et discriminatoires.

En premier lieu, si nous étudions les rapports hommes-femmes, nous constatons que les hommes possèdent une plus grande variété de rôles, contrairement aux femmes réduites aux rôles de servantes, princesses inactives, épouses ou mères, même dans des films considérés comme plus modernes tels que Mulan, Pocahontas ou La Reine des Neiges. En effet, bien que ces femmes aient des rôles variés et différents des premières princesses Disney, cantonnées à domicile, beaucoup ne considèrent pas comme promotion sociale le fait qu’elles ne se maquillent pas, portent des pantalons ou se battent:

« Filles et garçons ne s'y battent pas pour les mêmes raisons, et c'est là toute la différence. Selon ce qui nous est raconté, les garçons se battent parce que ce serait dans leur nature. Les filles se battent à contre coeur, pour se défendre. […] Une femme est encore et toujours une forteresse assiégée, son intimité doit être protégé contre les prédateurs masculins dans un monde qui lui est hostile. […] Peut-on parler d'égalité dans ces conditions? Dans nos films, ce n'est qu'un leurre: il y a toujours les assaillants et les assaillies. Une fille qui se bat se doit en compensation de faire la preuve de sa "vraie" féminité et montrer qu'elle est toujours coquette ou bonne ménagère (...). L'adoption d'un comportement violent constitue plutôt pour nos héroïnes une acculturation, une acclimatation dans un monde étranger et hostile: celui des hommes ».

Deuxièmement, les protagonistes évoluent dans un milieu où les personnages masculins (héros, personnages secondaires, animaux, objets anthropoformes, figures mythiques ou imaginaires) sont constamment prééminents. Qu’il s’agisse du prince, époux, ami, père, frère, oncle, mais aussi animal de compagnie, les figures masculines sont trois fois plus nombreuses que les femmes dans les dessins animés: Mulan est entourée de son père, de son criquet Cri-Kee, son dragon Mushu ou encore de ces 3 acolytes Yao, Ling et Chien-Po. Ariel est elle accompagnée du poisson Polochon, du crabe Sébastien, de son père et du prince Eric.

Donc, malgré la tendance à l’indépendance des héroïnes dès les années 80 vis-à-vis du sexisme, on constate tout de même qu’elles restent entourées de figures masculines ou du moins des figures autoritaires, ces dernières leurs imposant souvent les principes en termes de féminité. Elles ne possèdent donc jamais vraiment une dépendance totale. Par exemple, malgré que Pocahontas refuse de suivre John Smith, elle reste quand même sous l’autorité de son père, le chef Powhatan. Dans Mulan, c'est la "dame marieuse" qui fait lui passer un test pour savoir si elle est prête pour le mariage. Mulan doit se montrer soumise, polie, serviable, gracieuse, élégante, elle doit savoir servir le thé et réciter des règles de conduite apprises par coeur, faute de quoi nul homme ne voudra l’épousera. Les garçons n'ont, eux, aucun test à passer. Tout en essayant d'innover au niveau des héroïnes, ces films maintiennent ainsi une vision des rôles sexués des plus classiques.

Dans Tarzan, au père s’ajoute la présence de Tarzan lui-même, mais aussi de Clayton le chasseur de gorilles. Dans ces deux dessins animés, la figure paternelle nourrit la quête des deux jeunes femmes: ambition de l'honneur parental pour l’une, ambition scientifique pour l’autre. À cela s’ajoute l’idée qu’étant donné que ces pères n’ont pas de fils, leur masculinité et virilité sont atténuées: « Le père de Mulan est affaibli par une ancienne blessure qui le fait souffrir et parfois chuter. Le père de Jane, lui, est petit et chétif, vieux, dégarni, mais surtout il semble un peu gâteaux, un peu simplet malgré ses compétences scientifiques ». Ainsi, l’attitude plus masculine de leurs filles s’explique par le fait qu’elles essayent de ressembler au fils que ces hommes n’ont pas eu. Au final, c’est leur compagnon qui jouera le rôle du fils idéal. Cependant, bien que le machisme soit réellement présent, nous rappellerons que les figures masculines sont elles aussi victimes de stéréotypes, comme développé précédemment. En somme, il convient donc de mettre en évidence ici que les Walt Disney accentuent non seulement les catégories sexuelles et genrées, mais soulignent également une réelle distinction entre le masculin et le féminin. Dès lors, il ne s’agit pas ici de déterminer si le sexisme est plus ou moins présent comparé aux stéréotypes, mais bel et bien de déclarer que les deux concepts, en plus d’autres, sont présents tous les deux à des échelles différentes selon les films.

B. Réception et conséquences

Très attaché aux valeurs traditionnelles américaines, Walt Disney multiplie les morales, les caricatures et les discriminations dans ses récits. Il fixe des normes de beauté et de comportements comme référence universelle, garant d’une vie splendide. Il montre à l’enfant les avantages d’adopter un comportement conforme à la morale et les inconvénients de leur transgression.

Les héroïnes, que tout oppose aux cruelles, sont des femmes soumises à l’autorité masculine. Seules leurs mensurations, irréelles, leur permet d’aboutir à leur destin bienheureux : le mariage et les enfants. « Comme si le matraquage incessant des publicités et magazines féminins ne suffisait pas, Disney préfère donc prendre les enfants au berceau pour bien leur faire entrer dans le crâne les normes de beauté féminines de notre société. Avec en plus l’idée que la beauté extérieure est nécessairement le reflet de la beauté intérieure, puisque la laideur physique est toujours associée dans ces films à une laideur morale ». Bien que les héros, que tout oppose aussi aux méchants, voient leur rôles se diversifier, ceux-là sont également soumis à des stéréotypes qui les enferment. Les hommes sont des princes charmants, grands, beaux, serviables, de préférence riches. Néanmoins, le manque de modèles diversifiés auxquels le public peut s’identifier abouti à des conséquences non négligeables. Les stéréotypes masculins et féminins, le machisme, racisme et sexisme dépeignent une fausse réalité à laquelle le (jeune) public se réfère et s’identifie. Ces stéréotypes et discriminations éliminent et rabaissent toutes les différences qui existent dans la réalité. En proposant des modèles uniques, Disney accentue les attitudes discriminatoires et ne favorise ni l’estime de soi, ni l’acceptation du sexe opposé, différent du modèle (re)présenté. En imposant des normes esthétiques et comportementales uniques, aussi bien chez les personnages (humains ou animaux) masculins que féminins, Walt Disney fonde un idéal et une réalité faussée dans les yeux des individus et crée une critique morale en excluant toute possibilité de différences. Non, les femmes ne sont pas toutes des princesses, naïves, passives, faibles, fines ou en quête de mariage, car « dans la réalité, les mariages nous engagent pour le meilleur et pour le pire, mais dans les contes merveilleux, le mariage est simplement un dénouement heureux, sans complications et pour le meilleur seulement ». Non, les hommes ne sont pas tous des « prince charmants », musclés et riches. Comme développé dans l’introduction, les dessins animés sont regardés par des millions de personnes, spécifiquement par des jeunes enfants. Plusieurs études démontrent que l’influence sur ce jeune public semble non seulement certaine, mais aussi plus importante que sur les adultes, étant donné qu’ils regardent ces films à un moment de leur vie où ils affirment et interrogent leur propre identité sexuelle. Ils tendent à croire ce qu’il voit, s’identifient aux personnages et développent des comportements réactionnaires. Le jeune public apprend donc très tôt les normes transmises par la marque: ce qu’il faut aimer et ce qu’il faut rejeter, ce vers quoi il faut tendre et ce qu’il faut en revanche totalement éviter d’être. Selon Cromer: « […] tout ce que la culture dominante valorise (l'art, la science, la technique, le pouvoir économique et politique...) est présenté avec des traits masculins, implicitement réservé aux garçons ».

IV. Mulan (Mulan), Pocahontas (Pocahontas), Raiponce (Raiponce), Mérida (Rebelle) ou encore Anna et Elsa (La Reine des Neiges) : Des héroïnes atypiques féministes ?

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Existe-t-il des femmes dans les dessins animés, princesses ou héroïnes, qui ne soient pas victimes de machisme et des stéréotypes ? Difficile de répondre par une affirmation ou négation. Pour beaucoup, comme le mentionne cet article qui traite de Mulan, «Top 10 des raisons de penser que Mulan est la meilleure héroïne Disney de tous les temps », Disney progresse dans l’émancipation des héroïnes Disney et présente des femmes courageuses, féministes, naturelles, intelligentes, caractérielles et actives. Il existe même des pages Internet, comme cet article « Ranked: Disney Princesses From Least To Most Feminist » du site NERVE - traitant de la sexualité et du genre - qui classe, dans l’ordre croissant le « taux de féminisme » des princesses Disney. Par ailleurs, l’aspect historique et le statut des femmes au fil du temps sont des éléments à prendre en considération, qui coïncident avec le classement de ce site. En effet, les premières femmes des Walt Disney, dans les années 1930 à 1990, ne s’inscrivent pas dans le même contexte historique que celles du XXIème siècle. En ce qui concerne les premiers films, les princesses telles que Blanche-Neige (Blanche-Neige et les sept nains, 1937), Cendrillon (Cendrillon, 1950) et Aurore (La Belle au bois dormant, 1959) apparaissent dans un contexte social où le féminisme n’existe pas encore, puisqu’il faudra attendre les années 1960. Ici, les princesses ne se démarquent en rien. Calquées sur les critères de beauté de leur époque, elles sont présentées comme des victimes d’une autorité (la belle-mère ou une sorcière), passives et limitées en activités qui se résument en activités ménagères. Qu’il s’agisse d’Aurore ou de Blanche-Neige, les princesses s’endorment, en attente du prince charmant. Dépendantes, passives avec comme seuls atouts la beauté physique et l’art des tâches ménagères, les premières princesses Disney ne s’émancipent pas du tout.

Dans les années 1990, les héroïnes Disney comme Belle (La Belle et la Bête, 1991), Jasmine (Aladdin, 1992), Pocahontas (Pocahontas, 1995) et Mulan (Mulan, 1998) commencent doucement à se libérer des diktats de la société. Aucune d’entre elles n’est attirée par le mariage et certainement pas avec un homme qu’elles n’ont pas choisi. Suffisamment fortes, aucune n’a besoin d’un homme pour se sortir de situations difficiles. Qu’il s’agisse de Pocahontas, Mulan, Belle ou Jasmine, l’on peut dire que se sont même elles qui leur portent secours. Mulan sauvera son père, l’empereur, Jasmine, Aladdin, Pocahontas, John Smith. Cette dernière ne finira par ailleurs pas sa vie avec lui, ses ambitions et ses choix étant plus importants que son amour. Ainsi, au-delà des apparences physiques, leurs activités, leurs caractères et leurs intérêts se diversifient: force de caractère, résistance, curiosité ou acuité intellectuelle, comme la lecture pour Belle. Ensuite, quelques films du XXIème siècle (Tiana (La Princesse et la Grenouille, 2009), Raiponce (Raiponce, 2010), Mérida (Rebelle 2012)), (re)présentent des femmes qui rompent de plus en plus avec la tradition. Contrairement aux princesses précédentes, celles-ci ne sont plus réduites à leur pouvoir sexuel pour s’en sortir. Poussée par son ambition personnelle d’ouvrir un restaurant, Tiana garde cette motivation en tête tout au long du récit et parviendra à ses fins, indépendamment du prince Naveen.

Bien que les hommes soient toujours présents, ces derniers ne sont plus accablés des stéréotypes de « l’homme parfait » (grand, beau, gentil, riche, musclé). Ils sont plutôt maladroits et de corpulence raisonnable. Dans Rebelle, bien que le mariage soit un sujet abordé, le film raconte l’histoire d’une jeune fille en quête de son identité. Ici, plus de prince, de tâche ménagères, de passivité ou de dépendance, mais une jeune fille affirmée, active et ambitieuse qui n’a pas besoin d’un homme pour s’en sortir ou accomplir ses ambitions.

Or, certes, si l’on compare les premières princesses Disney avec les héroïnes actuelles, fort est de constater que leur (re)présentation se perfectionne. Mais pour beaucoup d’autres, Disney ne possède toujours pas son héroïne féministe. D’abord, bien que l’on puisse entrevoir la volonté de Disney de proposer des héroïnes plus féministes comme Mulan, Pocahontas ou plus récemment Raiponce, Elsa et Anna ou Mérida, ces dernières ne semblent pas encore y avoir accédé. Maintes fois affichées comme les porte-paroles du féminisme échappant aux discriminations et caricatures, les héroïnes Disney Mulan et Pocahontas sont aussi des films critiqués. Paul Rigouste est un blogueur et auteur de plusieurs articles en français disponibles sur son site internet « Le cinéma est politique ». Celui-ci publie des critiques sur des productions télévisées et cinématographiques dans un large spectre. Selon lui, ces deux films - comme tous les autres - n’empêchent pas les héroïnes de terminer dans un rapport de dépendance sentimentale à l’égard d’un protagoniste masculin. Certes Pocahontas reste seule à la fin du récit, mais seulement par obligation, selon l’auteur. Idem pour Mulan qui s’achève par un duo amoureux. Malgré tout, la finalité reste plus ou moins la même, puisque presque toutes ces femmes finiront pourtant par suivre leur destin et leur devoir de femmes que pose Walt Disney comme finalité absolue, en abandonnant leurs rêves et leurs passions qui s’inscrivent en dehors du cadre classique. Ainsi, elles se marient ou succombent à l’amour et renouent avec le rôle d’épouse et de mère que la société impose aux femmes.

Alors pleins de promesses, Disney diffuse en 2010 (date de sortie en Suisse) son nouveau dessin animé intitulé Raiponce. Jeune femme dominante, Raiponce ne semble au premier abord pas soumise à la destinée de toutes les princesses précédentes. Or, il est intéressant de souligner que le titre du film américain (Tangled) n’est pas le nom de l’héroïne, mais signifie « emmêlé ». Paul Rigouste explique que:

« [o]riginellement intitulé Rapunzel (du nom de l’héroïne), les dirigeants du studio avaient jugé préférable de changer ce titre trop « féminin » en quelque chose de plus neutre (Tangled), sous prétexte que le dessin animé risquait sinon de n’attirer que les petites filles, s’aliénant ainsi la moitié de son public potentiel (les garçons). Comme l’ont fait remarquer alors certaines féministes, on peut toujours rêver que le studio considère un jour de la même manière le public féminin comme son public le plus important, reste qu’aujourd’hui encore, ce sont les garçons dont Disney s’inquiète le plus. Résultat : les garçons peuvent se réjouir, car l’histoire est bien autant (voir plus) celle de Flynn Rider que celle de Raiponce.[…] »

Par conséquent, non seulement la place prise par le personnage masculin, Flynn Ryder, grandit au fil de l’histoire, mais le rôle de Raiponce se transforme. Au préalable, Flynn est le narrateur de l’histoire. Il possède donc le premier et l’ultime mot comme si Raiponce n’était pas capable de raconter sa propre histoire. À nouveau, l’histoire parle d’une femme, mais elle est racontée d’un point de vue masculin. Raiponce perd petit à petit sa domination (physique, narrative): ses cheveux perdent leurs fonctions de combat. Car même s’ils sont coupés à la fin du film, elle perd un symbole de son émancipation et de sa puissance. L’histoire termine avec le schéma patriarcal caractéristique où Raiponce renoue avec la norme en restant princesse du royaume, femme soumise et bienveillante. Secondement, la plupart des scènes où Raiponce l’emporte sur Flynn sont subtilement supprimées. D’une part, il est honorable de changer des instruments comme la poêle et les cheveux, symboles de la réduction domestique et physique des femmes, en outils d’indépendance. D’autre part, ces mêmes instruments restreignent les femmes à l'utilisation d'articles typiquement féminins même lorsqu'elles cherchent à s’affranchir. « En effet, il n’est pas question ici de « déconstruire le genre », mais seulement de tendre vers « l’égalité dans la différence ». Et effectivement, ici, tout le monde reste bien dans son rôle, dans sa « différence » : les femmes utilisent des choses de femmes, et les hommes des choses d’hommes ». Selon Paul Rigouste, si la problématique féministe reste encore actuelle, la problématique sexiste ne semble pas non plus enterrée. Effectivement, le film Raiponce possède d’étranges similitudes liées entre-autre au sexisme avec le film Blanche-Neige : « La Reine de Blanche-Neige veut tuer cette dernière pour rester la plus belle, tandis que Gothel séquestre Raiponce pour se nourrir de sa beauté. Dans les deux cas, on retrouve les idées sexistes selon lesquelles (1) devenir vieille pour une femme est insupportable car synonyme d’enlaidissement (qui se décompose en (1a) le physique est la chose la plus importante pour les femmes, et (1b) la beauté est incompatible avec la vieillesse), et (2) les intérêts des femmes s’opposent et celles-ci sont naturellement rivale ». En 2012, c’est Rebelle qui se présente comme un film moderne et féministe, tentant de casser les codes sexistes, discriminatoires et machistes. Or, tous ces films désignés comme féministes, à savoir La princesse Raiponce, Pocahontas, Mulan, Rebelle et La reine des Neiges, ont passés le « Bechdel Test ». Créé par Alison Bechdel en 1985, le « Bechdel Test » est un site internet qui mesure la présence des femmes dans les films. Il critique indirectement leur faible présence et les stéréotypes qui les accompagnent lorsqu’elles sont présentes. Mais là encore, certains nuancent. En effet, ce dernier ne prend pas en compte le caractère plus ou moins sexiste du film. Si au début du film, Mérida est une jeune fille affirmée et féministe, qui s’oppose au devoir que lui fixe sa famille, la résistance est néanmoins brève. Toujours selon Paul Rigouste, le film ne tient pas à mettre en avant l’émancipation féminine, mais s’applique par contre à avertir l’héroïne et son public des risques auxquels elle s’expose en s’attachant à son indépendance.

Comme mentionné plus haut, les traits physiques ne se sont pas diversifiés, lorsque l’on constate que le poignet d’Anna (La Reine des Neiges) est aussi fin que son oeil. Puis, un autre problème se pose. Effectivement, plusieurs féministes font remarquer que l’émancipation des femmes dans les dessins animés s'accompagnent souvent d’une décadence du genre et du sexe masculin. L’un prend toujours le dessus sur l’autre et si les femmes s’émancipent c’est que les hommes leurs laissent la place. L’égalité hommes-femmes n’est donc toujours pas résolue. Et bien que l’on observe une certaine amélioration dans la trame historique, la diversité des rôles et dans les stéréotypes comportementaux, la forte présence masculine, la moralité des récits similaires et les stéréotypes physiques restent des questions à réformer: «Je préfèrerais que l’on permette aux enfants de se projeter dans autre chose que des rôles de princesse, assure Peggy Orenstein […] Mais dans la mesure où cela ne semble pas devoir être le cas pour l’instant, il faut au moins que ces princesses soient différentes les unes des autres.»

Reflets de l’évolution de la société moderne et contemporaine américaine pour certains, réalité exagérée pour d’autres, les messages de Walt Disney sont interprétés, compris, expliqués de multiples façons et de manière subjectives: dénoncés par les premiers et défendus par les seconds.

Plusieurs leçons de morales sont véhiculées, mais la conception du genre et du sexe dans les Walt Disney reste encore une des problématiques actuelles, qui n’est toujours pas résolue. En plus d’être en sous-nombre, les films transmettent en plus une idée du genre qui situe les femmes dans un rang inférieur à celui de l’homme. Elles demeurent plutôt passives et ne s’épanouissent qu’au terme d’une délivrance masculine, aboutissant au mariage. En modelant les filles et les garçons à des soi-disantes valeurs traditionnelles, Disney valorise chez les figures masculines des modèles d’ardeur, de courage, d’indépendance et de mouvement opposé aux figures féminines douces, soumises et passives. Simone de Beauvoir le disait déjà dans les années 1950 : « L’enfant peut aussi découvrir [le renoncement] par beaucoup d’autres chemins: tout l’invite à s’abandonner en rêve aux bras des hommes […]. Elle apprend que pour être heureuse, il faut être aimée; pour être aimée, il faut attendre l’amour. La femme c’est la Belle au Bois Dormant, Peau d’Âne, Cendrillon, Blanche-Neige, celle qui reçoit et subit. Dans les chansons, dans les contes, on voit le jeune homme partir aventureusement à la recherche de la femme […] elle est enfermée dans une out, un palais, un jardin, une caverne, enchaînée à un rocher, captive, endormie: elle attend.[…] Les refrains populaires lui insufflent des rêves de patience et d’espoir ». Même si les dessins animés ne sont pas le seul transmetteur de stéréotypes et qu’ils ne peuvent pas assumer à eux seuls tous les dommages de la collectivité, ils restent des outils éducatifs incontestables et très puissants qui renforcent - plus ou moins selon les avis - les croyances déjà existantes. Fortement enclin à associer la fiction à la réalité, le public se réfère donc à une réalité faussée. En imputant des modèles uniques et irréalistes - qu’il s’agisse du corps, de l’image, du récit ou de la race - Walt Disney agit de façon totalement paradoxale. En effet, le large public auquel l’entreprise s’adresse s’inscrit dans la diversité. Une part du public ne peut dont pas s’identifier aux personnages, se sent différent, non-conforme et exclu.

Les espoirs d’une émancipation des femmes et de l’égalité des genres et des sexes sont de plus en plus présents dans les films contemporains. Ces transitions sont à la lumière de l’affranchissement des femmes dans ces sociétés du XXIème siècle qui se voient assigner de plus en plus de droits : le droit de choisir un métier, de renoncer au mariage, de refuser la maternité, au célibat, de voter etc. Or, nous constatons que ces affirmations ont pour conséquences une dévalorisation du sexe masculin de moins en moins merveilleux et de plus en plus inutile, voire parasite. Parallèlement, ces mêmes sociétés semblent de plus en plus strictes vis-à-vis de l’image. Les stéréotypes physiques restent bien ancrés aussi bien dans la réalité que dans les médias: la beauté demeure encore très orientée. Ainsi, ces espoirs sont de courte durée puisque l’ordre est rétabli à la fin des récits: « Les princesses finissent par ne plus combattre, par se marier, concevoir des enfants et donc à rentrer dans le modèle conforme à la morale de société ». Miroir d’une société inégalitaire, ces médias se doivent de casser ces conceptions rabaissantes et monotones tout en rappelant qu’il est crucial de diversifier les rôles, les corpulences, les trames historiques et les attitudes des protagonistes: « […] les princesses fictives ne doivent pas toutes ressembler à Cendrillon (blanche, grande, blonde, mince) et être femmes au foyer (Blanche-Neige, Cendrillon) » ou encore présenter des princesses anticonformistes (amérindienne, asiatique, noire) qui ne comportent au final que des clichés supplémentaires. C’est l’occasion de montrer à un public que les individus sont multiples, avec leurs différences et leurs similitudes.

VII. Bibliographie

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Fig.1: Contrairement à toutes les autres héroïnes Disney, Rebelle est une des seules à posséder de véritables cheveux bouclés. (URL:http://www.slate.fr/story/60095/rebelle-merida-disney-premiere-princesse-cheveux-boucles)

Fig.1: Contrairement à toutes les autres héroïnes Disney, Rebelle est une des seules à posséder de véritables cheveux bouclés. (URL:http://www.slate.fr/story/60095/rebelle-merida-disney-premiere-princesse-cheveux-boucles)

Fig.2: La plupart des héroïnes ou princesses Disney possèdent les mêmes caractéristiques physiques et comportementales. [URL: http://www.filmspourenfants.net/video/videotheoriegenre.html] (consulté le 4.8.15)

Fig.2: La plupart des héroïnes ou princesses Disney possèdent les mêmes caractéristiques physiques et comportementales. [URL: http://www.filmspourenfants.net/video/videotheoriegenre.html] (consulté le 4.8.15)

Fig.3 : Scènes analogues. (Massei, 2013, p.79.)

Fig.3 : Scènes analogues. (Massei, 2013, p.79.)

Fig. 4: Père d’Ariel dans La petite sirène. (URL: http://www.quizz.biz/quizz-329161.html)

Fig. 4: Père d’Ariel dans La petite sirène. (URL: http://www.quizz.biz/quizz-329161.html)

Fig. 5 : Les scènes de faiblesses du prince Flynn ont été supprimées. URL: http://www.lecinemaestpolitique.fr/raiponce-2010-peut-on-etre-a-la-fois-princesse-et-feministe-chez-disney/

Fig. 5 : Les scènes de faiblesses du prince Flynn ont été supprimées. URL: http://www.lecinemaestpolitique.fr/raiponce-2010-peut-on-etre-a-la-fois-princesse-et-feministe-chez-disney/

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